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7 décembre 2019 6 07 /12 /décembre /2019 07:43
ekladata.com

 

 

 

                                             

Te rappelles-tu,

toi, la langue de bois

trahie par tes racines,

ou plutôt leur absence ?

Te rappelles-tu

quand je me suis engagé,

moi qui n’ai qu’une parole,

à te scier les côtes

en te priant à maintes reprises

de surveiller ton vocabulaire,

faute de quoi il se pourrait

que tu doives affronter

un sérieux problème d’articulation ?

 

Toi qui déclarais toujours mettre un point d’honneur

en guise de ponctuation,

souriant sous ton masque imprégné d’innocence.

Imposteur invétéré face aux faux reflets du réel,

avec ta bouche amère,

tu m’as déçu à tous les coups.

 

Quoi, la mienne ? Ah, ma langue à moi !

Oh, mais vas-y, tu as le feu vert pour me fouiller,

on ne la trouvera pas dans ma poche,

et d’ailleurs, la prochaine fois,

rien que pour te faire enrager,

croix de bois, croix de fer,

je la donnerai au chat.


©Michel Duprez

 

 

 

 

 

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13 novembre 2019 3 13 /11 /novembre /2019 07:20

 

 

 

 

 

Eh bien, non, figurez-vous que je ne me souviens plus du jour

où « Anticlope » est devenu mon sobriquet !

 

Oui, je sais, depuis lors,

et ce jusqu’à l’instant même où je vous parle,

on se pose encore la question :

« Mais, enfin, comment a-t-il rendu

son paquet de cigarettes invisible ? »

 

Évidemment qu’il y a un truc !

Tous les tours de passe-passe en ont un.

Le mien, c’était une blague.

 

Oh non, ne riez pas,

il s’agissait bel et bien d’une blague à tabac.

Vide il est vrai, mais malgré tout odorante,

en général juste assez pour me permettre d’appliquer

le principe de la tirette.

Autrement dit : la fermeture-éclair ouverte,

il me suffisait de renifler quelques secondes,

le nez dans le sac,

pour qu’un sentiment d’apaisement

m’aide à récupérer mes esprits.

 

Alors, magie ou poésie ? Allez savoir…

 

En tout cas, le dernier à ne pas m’avoir pris au sérieux,

jusqu’à m’attribuer à ce sujet

l’invention d’un écran de fumée,

eut beau me passer un cigare,

il n’est déjà plus de ce monde.


©Michel Duprez

 

 

 

 

 

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23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 06:33
Photo Soeren Stache/DPA/AFP – Source : La Croix (Quotidien)

 

 

 

 

 

 

Naître,

affirmer n’être qu’un être à penser que je suis

après avoir passé plusieurs dizaines de printemps,

tantôt à savourer mon bonheur,

de préférence en tenue d’été,

tantôt à panser mes blessures

sans jamais rien laisser paraître.

 

N’être qu’un être

avec être pour tout avoir,

mais aussi tellement d’espoirs.

 

être celui qui se vit revivre

et retourner sa dernière heure en poussière

à tant de reprises

que sa mémoire, à nouveau effacée,

redevient l’angle mort

auquel il doit une fois de plus son salut,

soutenant sans relâche et presque depuis toujours

n’y être pour rien

si quelqu’un d’autre,

éternellement attaché à ses pas,

lui remet sans arrêt le pied à l’étrier.


©Michel Duprez

 

 

 

 

 

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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 06:41
Un ange passe…

 

 

 

 

Il suffit que tu me regardes avec tes yeux de biche

pour que je prenne aussitôt mon élan

et me demande encore à quoi ça sert

de nier que, depuis toujours, je suis ton fan le plus fidèle.

Or, chaque fois qu’un ange passe,

on dirait que le temps s’arrête en plein vol

et j’ai beau clamer mon innocence,

avertir que je ne suis rien de plus

qu’un simple intermédiaire,

un détail à mes yeux jugé presque insignifiant

vient régulièrement me contredire.

 

On me surnomme alors « Envoyé spécial »,

mais aussi, parfois, « Agent de transmission »,

moi, l’heureux messager de quelques souffles de vie

soigneusement prélevés au fond d’un corps d’oiseau

en apparence tout à fait ordinaire.

 

Il y a déjà bien longtemps que son aile gauche est condamnée.

La plus adroite, heureusement,

demeure intacte.

 

Ah, mais j’y pense :

Et s’il était ressorti en planant mine de rien par l’arrière-cœur

au lieu d’emprunter bêtement cette porte dérobée,

ouverte à tous les abus,

peut-être aurait-il eu plus de chance, après tout,

de passer inaperçu ?


©Michel Duprez

 

 

 

 

 

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10 septembre 2019 2 10 /09 /septembre /2019 06:31
 
 
 
 
 
-           allô ? Allô, qui est à l’appareil ?
 
-           Bonjour, c’est moi.
 
-           Moi ? Salut, Moi. Euh… Attendez un peu, parce que, vu les circonstances, comment dissimuler mon embarras ? Avouez que c’est plutôt déconcertant, comme si, tout d’un coup, ma propre identité se trouvait en état de siège et que je cherchais en vain n’importe quel point de repère en vue de me rappeler qui je suis.
 
-           Êtes-vous quand même en mesure de m’indiquer votre position actuelle ?
 
-           Assise. Eh oui, forcément, en vous écoutant, j’ai eu les jambes sciées. Mettez-vous à ma place !
 
-           A6 ? Pas de chance aujourd’hui pour vous, mon pauvre ami : A6 égale « touché ».
 
-           Alors là, désolé de vous contredire, mais votre ami, aussi pauvre soit-il, est encore apte à percevoir la différence entre propos réalistes et effets présumés « téléphonés ».
 
-           Ne sois donc pas mauvais joueur et commençons d’abord par nous tutoyer. J’ai annoncé « Touché » et non « Coulé ». Ce numéro n’avait en réalité pour objectif que de te rendre la pareille après toutes les nuits blanches que tu viens à nouveau de m’infliger. Et puis zut, puisque le capitaine a préféré quitter son « Bateau ivre », on passe automatiquement au plan B sans problème et tu recevras bientôt la suite écrite à l’encre appelée sympathique en dépit du bon sens !
 
-           Comment ça où ça ? Ben, chez moi tout simplement. Aurais-tu déjà oublié que, depuis que tu fis corps avec ma première idée, nous fûmes contraints d’habiter sous le même toit ?
 
©Michel Duprez
 
 
 
 
 
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19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 07:13

 

 

                                                                                    à Michel Mairiaux

 

 

Dans ce monde où plus les discours sont concis,
plus ils en disent long,
dans ce monde où l’on préfère avoir le cœur léger
pour que la tâche assignée à chacun d’entre nous
devienne un peu moins lourde,
il paraît que des amoureux du silence
auraient parfois fait grand bruit
et que d’autres, ayant la prétention d’être modestes,
en seraient venus à la conclusion qu’ils étaient sur le point
d’enfin pouvoir prononcer la bonne formule…
Eh bien, non, loin de là !
La potion magique inventée en effet dans ce monde
est de celles qui mettent longtemps à agir.
Pas assez, voire un peu trop de sel ou de sucre
et les carottes sont cuites !
Certains ont l’impression qu’il suffirait d’ajouter
quelques louches d’expressions courantes
aromatisées à l’eau de rose
pour réussir à accommoder les restes,
mais ce serait bien trop facile !
D’autant plus que, dans ce monde,
le plus important c’est la chute
et seulement quand le rideau tombe
que tout doit tenir debout.


©Michel Duprez

 

 

 

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 06:13


 


-    Dis-moi, mon cher pigeon voyageur,
lorsque tu n’es plus sur la touche
et t’en vas coucher par écrit,
loin du nid douillet où le feu couve sous la cendre,
le récit un peu flou de ta nouvelle excursion
au fond d’un sommeil aussi profond
que réparateur,
combien de cordes as-tu encore à ton arc
et de flèches dans ton carquois ?

-    Oiseau je suis de par mes plumes.
Au moins deux que je manipule à ma guise :
la première, bien taillée, ouverte aux traits d’esprit,
y compris les plus excessifs ;
l’autre, en parfaite apesanteur, édulcorante à souhait,
quelle que soit la question évoquée.
C’est ainsi qu’entre poids plume et poil à gratter,
avoir de la patte ou marquer vos mémoires de ma griffe,
il m’est fréquemment arrivé d’hésiter
avant d’emprunter la seule voix de l’air
qui ne serait pas complètement dénuée d’intérêt.  
 

©Michel Duprez
 
 
 
 
 

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3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 06:34
arcimboldo Vertumnus

 

 

 

Dans tous les cas où l’occasion se présente à nous, il s’agit de brosser le portrait d’un rêve arrivé à maturité d’après nature.

Un seul petit grain de fantaisie est souvent plus que suffisant pour qu’une poignée de paroles en l’air devienne aussitôt un poème au goût fruité et, cerise sur le gâteau, ne manque pas non plus de piment, surtout lorsqu’il vous asperge d’un parfum délicieusement exotique.

 

Un être inventif est censé produire au lieu de se contenter de reproduire, à l’abri dans son jardin secret, où il ressent les vers durs à fleur de peau et les vers lents comme un monde à l’envers imprimé par erreur à l’intérieur d’une feuille de chou au tirage extrêmement limité.

 

En résumé : quelques pétales par-ci, quelques pépins par-là… Ne vous inquiétez pas, cette vision des choses est plus que raisonnable.

 

Bien entendu, sans le recours à l’écriture, il est clair que la personne concernée deviendrait presque un légume.

 

Il est logique aussi, parfois, qu’une voix se répercute à l’infini ou se plante après n’avoir pourtant osé lâcher qu’un seul mot de trop.

 

Enfin, bref ! Si vous pouviez lui concéder juste un espace vert afin qu’une âme charitable ait l’excellente idée d’y insérer sa bio, plus tard, quand beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts, il se peut que, grâce à vous, l’on ne soit plus alors enclin à raconter des salades et que ce dont nous avons hérité ne compte pas pour des prunes.  

 

©Michel Duprez

 

 

 

 

 

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11 juin 2019 2 11 /06 /juin /2019 06:33

 

 

 

 

Toutes ces ombres sur le mur,

tous ces murmures…

Les mots me manquent,

à moitié mangés par la peur

de ne pas savoir exprimer ce que je ressens,

ce que je voudrais tant vous offrir du fond du cœur

et dont je n’ai pourtant pas la moindre idée.

Tous ces mystères gardés secrets,

ces sonorités impossibles à reproduire

avec la perfection escomptée.

 

Un nouveau combat se dispute en profondeur,

se dispute alors que l’on m’a toujours assuré

qu’il fallait au moins être deux

pour en venir aux mains.

 

à moins que je sois double,

que c’était lui cet émoi

devant moi dans la nuit

et moi cet être humain si fragile,

aux premières lueurs de l’aube,

attiré par le jour.

 

Vous ne verrez ni n’entendrez d’ailleurs jamais

qu’une infime partie de moi-même.

L’autre est bien trop absorbée par son travail

et ne peut se permettre un seul moment d’égarement

sous aucun prétexte.

Elle doit sans cesse adapter mon rythme cardiaque,

avoir à cœur de m’épargner aussi longtemps qu’il se pourra

la peine infligée par le dernier souffle

ou encore garantir la circulation du sang dans mes veines,

et ce vingt-quatre heures sur vingt-quatre,

autrement dit œuvrer jour et nuit

quand je ne pourrais l’imiter, dans le meilleur des cas,

que du matin au soir.

 

Les mots me manquent,

me manquent encore,

mais pas le cœur,

pas la voix,

non, pas la voix,

ni le cœur,

qui me resteront jusqu’à la mort

dévoués corps et âme.  

 

©Michel Duprez

 

 

 

 

 

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27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 06:45

 

 

 

 

 

Ah, ça, c’est le bouquet !

Des fleurs ? Pour à peine quelques vers à l’eau de rose ?

Ou bien tu n’entends interpréter les choses qu’à ta façon,

ou bien tu es sourd comme un pot.

 

Apprends d’abord à raisonner juste

en faisant parfois parler la poudre

au point de déclarer la guerre

aux virtuoses de la langue.

 

Ouvre un peu la bouche…

OK, ça suffit, il vaut mieux en rester là.

Pas étonnant que tu ne fasses jamais qu’effleurer le sujet,

ayant recours plutôt deux fois qu’une

au coup de la panne.

 

Allez, on reprend tout à zéro.

Tu remets la pression,

rallumes la fournaise,

augmentes le tirage.

Attention : cinq, quatre, trois, deux, un…

 

à la fin, le voilà, ton texte original.

Mais non, crois-moi, je t’assure,

en dépit des apparences, il ne s’agit pas d’un four ;

tu as vraiment réussi à prononcer ton vœu le plus cher !

 

Comment ça, tu ne vois pas le rapport ?

C’est normal :

écris-le, et tu le verras.  

 

©Michel Duprez

 

 

 

 

 

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