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13 avril 2018 5 13 /04 /avril /2018 06:56
 
 
 
 
Ne restez donc pas là bouche bée.
Le fait de m’être saoulé pendant si longtemps de voyelles
et d’avoir consommé tant de consonnes
ne signifie pas pour autant qu’il soit dans mes intentions
de changer de langage en mangeant ma parole
une fois le dernier mot arrivé à son terme.
Celle ou celui qui aurait la faiblesse d’en déduire
que je serais apte à dominer la situation se trompe
et tout ce qu’on raconte un peu partout sur mon compte
relève en général de l’imaginaire.
Il n’y a absolument personne ici, hormis vous,
qui fasse autorité.
Pour ma part,
je ne suis dur qu’à la détente,
parfois aussi un peu de la feuille,
et, bien que n’écoutant que mon courage
en répondant toujours du tac au tac,
même après l’avoir retourné comme un gant
avec le doigté qui me caractérise,
je n’ai jamais réussi qu’à dresser l’oreille.
Alors, de grâce, eu égard à tous ces aveux d’impuissance :
Motus et bouche cousue.
 
©Michel Duprez  



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30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 06:38
Le silence est d’or (Roger Bezombes 1968)

 

 

 
 
Vous pensez que je déraille ?
On croit rêver !
Ouvrez un peu les yeux :
Voilà justement qu’il rapplique à nouveau en quatrième vitesse
et pleinement conscient du péril encouru.
Le train où vont les choses m’a encore filé sous le nez
sans crier gare,
à tel point qu’il m’a laissé sans voix,
pour ne pas dire muet d’admiration.
Ce qu’on voit à présent n’est d’ailleurs plus que son ombre.
Il m’a carrément coupé la parole,
menacé de représailles
s’il me venait par hasard l’idée saugrenue
d’oser ne fût-ce qu’un simple signe de la main
pour tenter de l’interrompre.
 
Un grand moment de paix intérieure
envahit depuis mon pauvre corps de fortune.
 
Pardon ? Comment est le silence en cet instant précis ?
Enfin, nom d’un chien !
Mais d’or, voyons, mais d’or !
 
©Michel Duprez
 
 
 
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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 05:22

 

 
 
 
Tu n’existais pas.
Nous attendions que ta mère
songe à t’inventer.
 
            *    *
               *
 
On t’a refilé
un bas de laine haut de gamme
et tu perds ta langue ?
 
            *    *
               *
 
Tout coulait de source.
Il te suffisait de suivre
un trait continu.
 
            *    *
               *
 
Un mot après l’autre
jusqu’au retour à la ligne
et ainsi de suite.
 
            *    *
               *
 
À toi d’être en l’Être
tout en demeurant toi-même
au cœur du poème.
 
            *    *
               *
 
Hélas, il est clair
que le plaisir ressenti
s’inscrit dans l’instant.
 
            *    *
               *
 
Toute voix rend l’âme.
À moins de reprendre vie
après un temps mort.
 
            *    *
               *
 
Il est donc normal
de trembler comme une feuille
avant d’être lu.
 
©Michel DUPREZ
                                                                                    



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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 05:02
Patrick George/Getty Images

 

 

 

 

Je croyais être un personnage en vue, un grand homme, mieux, vu ma taille, un grand homme grand… Eh bien non, quand j’ai ouvert les yeux, mon nom n’était écrit nulle part, j’étais devenu, ou alors – allez savoir – j’avais toujours été persona non gratta, le poète invisible !
 
Franchement, cette fois, ça commence à bien faire ! À tel point que, complètement désœuvré, je suis pour l’instant à deux doigts de replonger dans mes rêves. Car tout le monde sait qu’en dormant le sommeil se dissipe, la réalité apparaît alors tel un soleil de pure poésie, raison pour laquelle, d’aussi loin que je me souviens, mes pareils et moi avons toujours été bâilleurs de fond de pères en fils.
 
Bien sûr, les méchantes langues ne manqueront pas aussi d’ajouter qu’avec moi, le hic, c’est que le dernier vers est toujours le premier. Et alors ! Le grand Baudelaire lui-même n’a-t-il pas conseillé de s’enivrer ?
 
Je sais, ce genre de jugements, à l’emporte-pièce, manque cruellement de poésie, mais que voulez-vous, c’est ainsi, on ne changera pas le monde ! Tenez, un jour, quelqu’un a prétendu que certaines anthologies étaient des machines de guerre. Des machines de guerre, non, mais vous vous rendez compte ? Même si j’avoue ne pas être candidat au Prix Nobel de la Paix, je dois bien reconnaître que cette personne n’avait pas tout à fait tort et qu’en poésie est souvent appliquée la loi du plus fort ! Du coup, presque tous les poètes qui prétendent innover ont tendance à se prendre  pour Attila, roi des Huns.
 
Il m’en aura fallu du temps pour comprendre, mais à présent je sais : je suis le roi des Autres.
 
©Michel Duprez

 
 
 
 
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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 07:44

 

 

 

 

Elle a remué,
La bête.
Je l’ai sentie bouger dans ma tête.
Que faire en pareil cas,
À part retenir son souffle
Et tendre l’oreille
En restant aux abois
Dans l’espoir de pouvoir réagir
Quand le moment sera venu ?
La bête est là,
Elle est de retour
Et je ne m’y attendais pas.
Elle pense, elle voudrait s’exprimer,
Chanter, rire, hurler à tout vent,
Mais non, jamais, jamais rien de tout cela n’arrive,
Tous ses rêves et ses désirs
Tourbillonnent sans fin en elle et donc forcément aussi en moi.
Les êtres et les choses transpirent de bonheur
Et quand elle s’est trop gavée d’amour,
Quand ma tête, à cause d’elle,
Menace de bientôt exploser,
La bête comprend enfin qu’elle n’est qu’une idée
Et demande alors ma main
Pour qu’après l’avoir épousée,
Je lui permette de s’étendre
Sur ce doux lit de feuilles
Où le jour qui se lève
Scellera notre alliance.
 
©Michel Duprez
 

 
 

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2 février 2018 5 02 /02 /février /2018 07:41
Chaise musicale des lettres

 

 

 

 
 
Mon êve : la pozie lue au frage uverzel, vec un gounement de pètes si bin siques que dernes our viter la crelle bituelle. Mère-yeuse et tonnante pozie, mon nique zon de hîvre, mon radis su erre, ma wa d’exter et de me père-tuer. Crire, crire et core crire des taines et des taines de pêmes, des andrins, des lades, des vinelles, crostiches ou trolets, su des himes sculines et minimes.
Ive la pozie, ive la térature !
 
Quoi ? Comment ça, tout ce charabia ne veut rien dire !
 
Vous pourriez au moins faire un effort pour essayer de me comprendre à demi-mots !
 
©Michel Duprez
 
 
 
 
 

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19 janvier 2018 5 19 /01 /janvier /2018 07:44
Rimbaud par Valentine Hugo

 

 

 

 

 
Bonjour, ici le comité d’accueil, votre attention s’il-vous-plaît ! Ce n’est plus qu’une question de temps, mais il arrive, il sera bientôt là. Tenez-vous prêts à intervenir.
Un bon conseil : nous ne saurions trop vous recommander la plus grande prudence. Sachez en effet que l’individu en question, bien qu’armé jusqu’aux dents de son sourire désarmant, est le délire incarné et que, par conséquent, il n’hésitera pas un seul instant à user de son pouvoir sur les êtres et les choses pour répandre en nous sa foi du doute !
Non seulement il a volé l’âme du monde et tous nos rêves d’enfants, mais, de plus, c’est un menteur qui, lorsqu’il se met à parler, a le culot d’affirmer qu’il chante !
Et dire qu’il aurait pu faire un excellent veilleur de nuit… Ah, la nuit, cette merveilleuse nuit d’encre où le désir fou cherche asile, plumes au vent, libre comme l’air et mille fois plus léger que l’oiseau !
Mais il vient, il est si proche de nous que l’on pourrait presque à présent l’entendre respirer, sentir la fraîcheur de son haleine, deviner ses pensées les plus secrètes…
Ah oui, encore une chose : la personne que nous recherchons étant de langue poétique et ne s’exprimant donc pas comme vous et moi, c’est-à-dire d’une façon claire, précise, polie, avec des mots qui soient d’abord des mots et non des images, la présence d’un interprète est vivement souhaitée et même conseillée !
 
©Michel Duprez  
 
 
 
 
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5 janvier 2018 5 05 /01 /janvier /2018 07:53
Coucher de soleil et cage aux oiseaux © Fotolia / adrenalinapura

 

 

 
 
Livre-toi,
Délivre-moi,
Laisse-les vivre,
Enivre-nous.
 
Que le sang du silence
Abreuve les blessures.
Que les cris de douleur
Eux aussi soient ivres de joie.
 
Quand les éclats de voix
Terrassés par le givre
Ne seront plus que murmures
 
Et que le chant, pour survivre,
Poursuivra seul
Son chemin dans les chairs.
 
Délivre-nous des livres.
 
©MICHEL Duprez
 
 
 
 
 
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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 08:05
Dessin pour "Moralité du sommeil" de Paul Eluard par René Magritte

 

 
 
 
Il était laid comme un désastre, mais d’une intelligence nettement supérieure à la moyenne. Dès qu’il avait déployé sa longue vue de l’esprit, on n’entendait plus une mouche voler à la ronde. Le silence du recueillement après qu’une pensée fraîchement cueillie illumine son regard.
 
Auteur d’une époustouflante théorie selon laquelle tout poème s’écrit jusqu’à un certain point, appelé final, il a toujours su qu’un jour cette belle aventure se terminerait comme elle a commencé : à fleur de peau, face au tableau noir supposé avoir jailli du néant.
 
Il pouvait dès lors dire adieu à cette divine créature avec laquelle il avait tant d’atomes crochus, la femme invisible qui profitait souvent de son sommeil pour ramener à la vie l’enfant qu’il fut.
Tout cela est, certes, relatif, mais je pense qu’au fond il n’a jamais rien fait de bien méchant à autrui. Plusieurs de ses semblables n’hésitèrent même pas à affirmer qu’il aura été leur bon génie. Comme quoi !
 
Son nom ? Ah, aurais-je donc oublié de vous le dire ?
 
C’est insensé et d’autant plus impardonnable que, mis à part la biographie de ce grand chercheur d’idées, je ne me souviens pas de m’être octroyé d’autres distractions.
Il s’appelait Einstein évidemment, Franck Einstein.
 
©Michel Duprez 
 
 
 
 
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8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 07:49
Horloge astronomique de Prague – photo Jay8085
 
 
 
 
 
Surtout ne me dites rien. Si l'envie de réagir à mes propos, dans un sens comme dans l'autre, atteignait toutefois son paroxysme, ayez la présence d'esprit de vous contenter seulement de hocher la tête.
 
Une fois pour oui, deux fois pour non et, de mon côté, je m'engage à revenir sur ces susceptibles divergences d'opinions en fin d'analyse.
 
À présent, voyons voir...
 
En fait, il ne faut pas être devin pour pronostiquer votre avenir.
 
Quand on peut se vanter de posséder douze maisons, un sacré ascendant qui, malgré son nom, Cancer, est souvent considéré de bon augure, il n'y a vraiment pas lieu de s'inquiéter.
 
Vous ne tarderez d'ailleurs pas à être promu cadre et il ne fait aucun doute qu'à peu près toutes vos entreprises seront couronnées de succès.
 
Juste un tout petit bémol, si vous le permettez : le jour où vous vous sentirez l'âme d'un grand voyageur, évitez autant que possible la Chine où, associé depuis votre naissance à un tigre, il se pourrait que vous risquiez d'être capturé et, dans le meilleur des cas, échangé d'ici une quinzaine d'années contre deux pandas géants et leurs éventuelles progénitures.
 
En gros la chance vous sourira, car vous bénéficierez dès le départ d'un magnétisme assez puissant pour déboussoler vos partenaires de jeu et même rouler sur l'or après avoir arraché au démon de midi ses cornes d'abondance.
 
Un dernier point en votre faveur et donc, par conséquent, un bon signe : être né vierge présente l'avantage de jouir jusqu'à la mort de ce bien curieux privilège, à la fois gage de pureté et source de raillerie, mais plus que suffisant à lui seul pour faire de vous un être exceptionnel allant jusqu’à se tailler la part du lion, censée pourtant le précéder.
 
Le fait que vous finirez par passer maître dans l'art de l'imprévu ne signifiera pas non plus pour autant que vous subissiez les revers d'une quelconque imprévoyance.
 
Le contraire serait étonnant, même si l'effet de surprise constitue une fois pour toutes votre carte maîtresse, autrement dit votre principal atout.
                                                    
©Michel DUPREZ
 
(Extrait du recueil « Faim du monde », janvier 2017)




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