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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 07:31
Ventre mou – Béatrice Pailler
Détail de « Les chevaux de Neptune » - Walter Crane 1893
 
 
 
 
Ventre mou de la Mer dolente
Qui sous la caresse enfante
L’inaccessible rêve du marin
Blanchi au sel des embruns
Les chevaux d’écume bondissant
Et la houle nocturne sous les cieux bleuissant.
Dressant ses vagues ardentes, fières
Luisantes et virginales sous la lumière
Dans les remous se gonfle obscène
Et frotte ses flancs au long des carènes.
Là sous l’étrave des navires serviles
Se presse le ventre mou de la Mer indocile.
 
© Béatrice Pailler



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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 07:58
Sous le poids de l’araire – Béatrice Pailler
Sous le poids de l’araire – Béatrice Pailler
 
 
 
Sous le poids de l’araire
Du vent vigoureux
Chante l’éther
Toile des cieux.
Le sillon bleuissant
Trace sur la nue
L’écho grandissant
Du bel inconnu.
Ciel veuf des nuées grises
Luisant tout neuf grisé de brise.
Et le vent gracieux
Religieusement au fil des heures
Sur l’azur marial radieux
Avec patience, avec lenteur,
D’un saint effleurement
Lustre et peaufine
Le vélin bleu veiné de blanc,
La tendre toile fine.
                                                 
© Béatrice Pailler



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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 08:12
Au Jardin de Circé – Béatrice Pailler
Au Jardin de Circé – Béatrice Pailler

http://pvtistes.net/japon/les-jardins-fantastiques-de-kitakyushu/

 

 

 

Dans la moiteur irisée des mangroves et des marais

Fleurissent aux pieds des fougères arborées

D’étranges inflorescences bigarrées

Aux mauves bleuis

Verts jaunes tiédis

Bleus meurtris

Et partout la souveraine sentence

Des rouges monstrueux lourds de sens.

Flotte dans l’air de fortes essences

Douloureux pièges charnels

De senteurs sexuées mâles femelles

De sang de sève doucereux et mortels.

Gonflées de parfums infamants

Corolles déployées sur les pistils luisants

Etamines suintantes sous les pétales chatoyants

A profusion dans la pénombre

La chaude intimité des ombres

Elles éclosent vénéneuses et sombres.

Reines au jardin de la déraison

Dans les odeurs sucrées de leurs poisons

Elles se pâment sous les lunaisons

Altières ondulant avec mollesse

Voici que dans la lumière moribonde se dressent

     Ces perfides et inquiétantes Déesses.

 

© Béatrice Pailler

05-06/06/2013



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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 07:49
Au gîte du jaguar – Béatrice Pailler

 

http://the-world-fauve.skyrock.com/2.html

 

 

Au gîte du jaguar forêt d’émeraude luxuriante,

Frémit, s’agite, vocifère, le gibier surpris

Dans les lourdes senteurs d’humus et la flore exubérante ;

Par le feulement du félin soumettant sa femelle enhardie.

 

Les ombres vespérales enlacent, bercent les antiques pierres

Du vieux temple délabré, lugubre, empli de tristesse.

Dans le silence claustral s’élève une supplique solitaire,

Et la lune bienveillante souligne les  monumentales silhouettes des déesses.

 

L’asphodèle embaume l’air nocturne et la suppliante fidèle sanglote prostrée.

Un long frissonnement parcourt l’éther glacé d’un pesant sommeil,

Les lamentations et les parfums ravivent les souvenirs éteints des idoles figées.

 

Paupières scellées, elles songent au passé, aux effluves des gerbes de lys,

Aux volutes d’encens qui glissent sur le marbre poli de leurs grands corps lisses.

L’amande de leurs yeux s’anime, luit, et les poitrines muettes frémissent sous le miel.

 

© Béatrice Pailler 

 

 

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 08:45

 

Wagnersmaidens.jpg

© H.A. Guerber



Nervuré, veiné de mauve violacé,
Un ciel de Golgotha oppresse la nue violentée.
Je veux, la liqueur d’ambre d’un crépuscule sur le Rhin,
Les forêts bleues au silence d’airain.
Partir sans retour sur la route secrète,
Vers ce bel inconnu, où parcelle infime à l’unisson du monde,
Je veux, perdre mon souffle au creux de l’onde.
M’user le corps, âme nue, poches vides partir vagabond et poète.
Sous le ciel qui gronde vivre l’orage, la nue en feu,
Et assouvir ma rage aux larmes des cieux.

© Pailler Béatrice



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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 08:56

 

pandore-lefebvre.jpg

© Jules Joseph Lefebvre



Pandore, ô Pandore, pourquoi tant de curiosité ?
Ta main, ta jolie main les as tous libérés.

Voilà que s’abat sur l’homme de terribles maux.
Mornes compagnons qui l’épuisent, le mènent au tombeau.

Vois comme ils paradent dans leurs plus beaux atours,
Terne plumage d’un sombre vautour.

Fait de misère, pour blesser et humilier nos frères.
D’indifférence, celle qui ferme nos yeux à la souffrance.

De colère, ce venin acide qui ronge nos vies solitaires.
Et d’ignorance, où germe la peur source d’intolérance.

Depuis ce jour la Mort moissonne, la Mort récolte,
Immuable ne tolère aucune révolte.

Patiente, elle attend qu’Atropos scelle les destins,
Pour s’inviter royale à l’ultime festin.

Pandore, ô, Pandore pourquoi tant d’insouciance ?
Ta main, ta jolie main ne retient que l’espérance.

© Béatrice Pailler



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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 08:27

 

1863_Alexandre_Cabanel_-_The_Birth_of_Venus_s.jpg

© Alexandre Cabanel



Repose dans le ressac infini de la mer,
Un ondoyant baiser de chair.
Et la caresse humide salée trace son chemin
Par les vagues bercées au cœur des falaises d’airain.

Lentement, saintement vers ces lieux d’ombre,
Où sommeil alanguies les âmes sombres.
Ce corps à corps rougeoyant
Sur la grève nous laisse pantelant.

Les embruns de l’amour baignent nos corps si fidèles,
Et sous l’écume du ciel au creux des sables,
Nos souffles mêlés s’envolent tendres et désirables.

Alors respire, le suave et voluptueux parfum,
La douce et riche moiteur de mon aisselle
Qui frisonne fleur de peau en son écrin.

© Béatrice Pailler



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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 08:42

 

pieter-bruegel-combat-careme-carnaval.jpg

© Pieter Bruegel



A cheval sur ma plume au grand galop
D’une ruade cul par-dessus tête.
Ivre de vent et de mots
A la régalade, partir en goguette.

Je roule et déboule,
Des rimes plein les yeux.
Un poème roucoule,
L’alphabet est en feu.

Turbulents compagnons de voyage
Quatrains et tercets jacassent.
A moins que profitant d’un nuage
D’un même chœur ils ne s’enlacent.

Du fond de nos poches des vers s’égosillent,
Eclatent les rires d’un jour guilleret.
Libre et crottée la prose se tortille,
Et folle cavale s’enfuit échevelée.

Les sonnets s’égaient sérieusement éméchés,
Leurs voix éraillées chantent merveille.
Et sous l’édredon de nos ailes repliées,
Calliope sourit, Euterpe veille.

© Pailler Béatrice.



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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 08:41

 

b_dieu_est_humour1.jpg

© Ali Dilem



Dieu le Père s’impatiente, grognon.
De nouveau, il pose la terrible question.

Pressons, qui d’entre vous a joué au chimiste ?
Timidement, une voix s’élève, c’est moi dit le Christ.
Penaud, il baisse la tête, regarde ses pieds.
Dieu le Père hausse les épaules, découragé.

Comment, c’est toi mon fils, le fils de Dieu,
A ton âge toujours à faire le facétieux.
Inconscient, j’ai un nouveau Big Bang sur les bras.
Ce n’est pas toi, bien sûr, qui va démêler ce fatras.

En plus, comme d’habitude, il va falloir gérer la vie.
Qui va s’en donner à cœur joie, pleine de fantaisie.
Tu vas voir qu’elle nous pondra un nouvel homme,
Un gourmand, un croqueur de pomme.

Je sais que cela pourrait être pire,
Et que l’homme n’est pas un aussi triste sire.
Je m’inquiète pour ce gamin,
Qui malgré tout sait tendre la main.

Il est querelleur et batailleur,
Mais je crois que vaste est son cœur.
Tête folle, il reste libre de ses choix.
Finalement, elle n’est pas si lourde notre croix.
« Finalement, cela vaut bien une croix »

Allez, advienne que pourra, laissons le agir.
Quand à toi, files chez ta mère te repentir.

© Beatrice Pailler



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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 08:58

 

danse-macabre.jpg

© Hans Holbein le jeune



Ténébreuses et troublantes épousailles
La mort joyeuse enlace et cisaille.
Voici la noce ancestrale où le corps se cabre,
La gigue infernale d’une danse macabre.

Les lames rouges saintement ferraillent.
Le choc des boucliers scande la bataille,
Arme nos bras pour que tinte et tonne le chaos
D’une épopée de chair, d’os, rougeoyante et sans repos.

Je me souviens que sous les étendards de velours cramoisis
S’émeuvent les cœurs, s’échauffent les corps aguerris.
L’impatience était grande, en liesse aux sons du tambour, nous sommes partis.
Fiers nous allions avides de conquêtes guerroyer vers la lointaine Asie.

Sur la plaine, dressé au seuil de ma nuit, je me souviens du début.
L’orient s’offrait à nous, éblouissant dans sa lumière crue.
L’or, l’argent, les étoffes précieuses, les corps nus.
La beauté des femmes, la force des hommes, nous voulions l’inconnu.

Voici notre butin corbeaux et corneilles à la noirceur d’émail,
Qui sur la terre desséchée, sable et rocaille,
Tournoient, s’assemblent, viennent affamés
Se nourrir à la source fertile de nos corps mutilés.

Caresses funèbres pour de radieuses funérailles,
Verrons-nous l’aube nouvelle ce tendre corail ?
Et l’onde guerrière d’acier rutilant
Sème la mort dans son sillage sanglant.

© Béatrice Pailler



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