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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 07:45
À venir – Béatrice Pailler
 
 
 
 
Ne pouvant respirer sa multitude,
Je fuis, en ses heures de veille,
La ville frondeuse aux foules importunes.
Cherchant l’ineffable lumière,
Je puise aux fontaines, des pluies de novembre,
La fragile grisaille des lueurs incertaines.
Ne voulant rien d’autre que pressentir l’indicible,
Je crois en un temps suspendu
Où l’attente n’est plus impatience refrénée,
Mais bonheur d’espérance.
 
©Béatrice Pailler
Mention spéciale du jury en 2015 au concours international de poésie du Salon Orange    
 
 
 
 
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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 07:46
Le Secret – Béatrice Pailler
 
 
 
 
Au seuil des forêts sanctuaires, le jour s’épuise, le silence s’essouffle. Dessous les frondaisons, les sentes disparaissent. Ne laissant qu’une trace infime sur l’herbe émue, elles se perdent dans la touffeur opaque d’un cœur vert de nuit ; labyrinthe où la multitude sans remords s’adonne à la vie. Ici, sous la vague végétale, la lumière, au tamis de l’ombre, s’ensorcelle d’émeraude profond. Le chemin s’enlumine de lueurs, rehauts d’or au crayonné des grisailles.
 
Tours et détours, le lacis se trouble et entre hier et jadis, le voyageur s’égare. Ici, la lumière croise le fer et l’ombre se fend de l’éclat mat et vieilli des anciennes ferrures. Une grille à la beauté lasse, fanée sous son hâle d’automne, s’alanguit sous le feuillage. Le lierre tend ses filets et au fil suspendu, l’araignée fileuse piège le temps.
 
Litanie d’ambre et de fer, la grille en robe de rouille médite, les arcs sourcilleux s’emperlent de scories. Ici, au pilori de la porte, un ange silencieux s’ensommeille, ses rondeurs enfantines mordues de lèpre rouge. Sous ses paupières muettes, filigranées de vermeil, ses yeux se terrent et sur ses lèvres aveugles, cousues de miel, les mots se taisent. Scellé à la grille dévote, il ne sait du monde que le chemin de pierres aux stèles couchées. À jamais lié à la porte morte, son rêve chuchote l’inaudible secret.
 
…Pars sans regret, quittes ce paradis révolu où la vie et la mort se disputent et viens en mon jardin d’absolu, boire à ses sources de vérité, vivre l’éternité…
 
©Béatrice Pailler
 
Mention spéciale du jury en 2015 au concours international de poésie du Salon Orange 
 
 
 
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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 07:08
Multitude – Béatrice Pailler
Marc-Antoine Raimondi – 1520 - Strasbourg ; cabinet des estampes et des dessins
 
 
 
Que s’allongent et s’épaississent les ombres que s’efface la lumière, bientôt, oui, bientôt, il fera sombre. Entends-tu la voix rauque de mes enfants au crépuscule ? Ils s’agitent, ils grondent, l’impatience les brûle. Rouges agapes, festins cendrés, dans les ténèbres, piégés, ils ne veulent plus rêver. Vois, au ciel étoilé, pleine et entière, comme un appel, la lune luit. Ici, lentement s’éveille la plus sensuelle des nuits.
 
C’est l’heure maudite, celle des étreintes troubles et des brasiers infâmants où les succubes visitent les hommes, les désespèrent, les ruinent, à jamais languissants. C’est l’heure bénie, l’heure des filles nubiles, soumises, suantes de volupté, l’heure des vierges folles, offertes et dénudées. C’est le temps des vampires. En éternels invités, peaux neigeuses, veines bleutées, ils boivent aux calices des gorges veloutées. Regarde, les cohortes d’outre-tombe et leurs fantômes déchaînés, dans nos souvenirs endeuillés, ils prodiguent les caresses fanées d’un monde figé.
 
Tous, chœurs de nuit errants sous le hâle blafard, surgis de terre, tenaillés par la faim, ils viennent se nourrir, s’abreuver à l’humaine sueur d’une chair suppliciée. Es-tu prêt à mourir ?
 
Accepte, l’évidente, l’envoûtante beauté de ces âmes damnées. La vie est un rêve inutile, sois sans peur, donne leur ton sein à dévorer. Rouges sont mes baisers, laisse-moi étancher ma soif de ton sang. Offre-moi ta gorge et je ferai de toi le plus terrible et le plus cruel de mes enfants.
 
©Béatrice Pailler



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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 07:26
Mandragore - Béatrice Pailler
 
 
 
La connais-tu l’humaine racine ? Mâle ou Femelle ? L’immémoriale présence ? Celle qui puise sa force, aux sources de folie, au sein des ténèbres obscènes. Sache que loin aux entrailles de glaise, dissimulée au pied des gibets honnis, germe, vénéneuse, la Mandragore des suppliciés. Issue de la semence de l’innocence châtiée, sous la lune amie qui la berce, elle s’épanouit belle et perverse. Plante maudite, odieuse d’une vie à d’autre dérobée, ici, aux mâts de souffrance, vers les corps décharnés, elle se dresse.
 
Pauvre insensé, ton rêve de possession fera de toi le jouet de sa passion car l’insane consumera jusqu’à ton âme profane. Pour croître, l’inflorescence carnassière se nourrira de toi, s’abreuvant longuement de ton corps, t’empoisonnant d’une infernale hantise. Enracinée à l’humus de sève souillée, il te faudra l’arracher à sa terre soumise. Longtemps, tu creuseras l’argile croupissant. Pourfendant la matrice fertile, tes mains saigneront. Ainsi sous l’impérieuse demande de tes doigts inquisiteurs, comblée de ce premier sang, elle cédera dans un long gémissement. Entre tes mains balbutiantes qui n’oseront plus, tu verras l’impure bruire haletante de vie, changer et devenir selon ton vœu, mâle ou femelle. C’est alors que sous le miaulement de sa plainte abyssale, tu comprendras que c’est l’enfer qui s’offre à toi.
 
Ecoute… N’entends-tu pas son cri d’enfantelet difforme ?
 
Sous des cieux de misère, elle vient de naître. Volée à la nuit de sa gangue nourricière, la racine vagissante hurle sa loi.
 
©Béatrice Pailler




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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 07:08
Déchirure – Béatrice Pailler
 
 
 
 
Sans miséricorde
Voici dix cordes
Que la misère accorde
Pour dix corps
Que la misère corrode.
Et dans la discorde
Les cent femmes
Au sang pâle
S’enflamment,
S’empalent,
Sur le dix cors
Aux cent flammes.
 
©Béatrice Pailler 




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5 septembre 2015 6 05 /09 /septembre /2015 07:09
Tentation – Béatrice Pailler
Albert Maignan, "La Muse verte"
 
 
Verte tueuse à la verte tige,
Ame dure et sans faiblesse,
Mortifère est l’Absinthe vénéneuse.
Ce végétal- vertige de sa lame, verte létale,
Perce, blesse l’âme sainte
Et vient, verte et sinueuses, se mêler
Au sein des larmes versées, pures et vertueuses.
 
©Béatrice Pailler
 

 
 

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22 août 2015 6 22 /08 /août /2015 07:17
Hantise – Béatrice Pailler
©Dieric Bouts (fin du XVe siècle)
 
 
 
 
Fuir la lumière dans les ténèbres enfermées.
Aucun souffle humide sur nos lèvres desséchées.
Aucun sang nourricier dans nos veines asséchées.
Pour nous les miroirs sont des pièges muets.
Craindre dans nos cœurs éteints la pulsion avide,
Subir l’angoisse mordante d’un tourment amer,
Et céder à l’appel du festin trouble et solitaire.
Voici les exigences funestes des poitrines vides.
Nous avons faim tellement faim, toujours !
À peine mort sont les visages émaciés.
Nous avons soif tellement soif, toujours !
À peine vivant sont les corps suppliciés.
Pour les âmes suicidées plongées en enfer,
C’est l’abstinence voulue, terrible et mortifère.
 
©Béatrice Pailler 




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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 07:14
Nuit – Béatrice Pailler
©Rafal Olbinski
 
 
 
Nous t’implorons Mère fertile, Nuit, fille du Chaos.
Nos corps ces gouffres insondables et glacés réclament,
Pour prix de nos souffles impies une nourriture infâme.
Nuit, libère tes enfants tourmentés par ce brûlant fléau.
Nous ne voulons plus affamés être au tombeau prisonnier.
Il faut jouir, se réjouir du sang vermeil répandu et soumis,
Pour qu’à long trait goulûment nous buvions cette chaleur bénie.
Nuit, nous t’implorons libère tes enfants par la soif consumée.
Car nos corps s’enflamment sous le joug de douleur d’une faim insensée.
Et cet animal féroce, indompté s’obstine avec rage,
Il mord, il lacère, corrupteur invaincu sans foi ni loi.
Alors la Nuit apaise ses enfants d’un doux breuvage,
Une sombre liqueur puisée aux sources hallucinées pleines d’effroi,
Des pleurs des souffrances versées, du sang des gorges blessées.
 
©Béatrice Pailler

 


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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 07:27
Fièvre – Béatrice Pailler

 

                                    ©Alexandre Cabanel

 
 
Dans l’essaim, ce blanc seing des ires
Le saint délire d’un sain désir.
Et sous sa haire de silice si dure,
Sur son blanc sein si lisse
Erre le cilice si pur.
 
©Béatrice Pailler
 
 
 
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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 08:33
Là où les Reines… - Béatrice Pailler
© Adolphe Lalire
    
 
Là où les Reines pirates avides de sang sillonnent les océans,
Les flots luisant d’écarlate qui saignent au ponant.
Là où s’ébrouent les courants furieux, tels les  silènes facétieux,
Loin vers la demeure du Léviathan, prés des sirènes aux doux  chants fastueux.
Dans les profondeurs ombreuses parmi les phosphorescences abyssales
Ces lointaines réminiscences des splendeurs vespérales.
La Mer repose les flancs alourdis, ivre d’espace, grosse de vent.
Sans émoi,  sans douleur elle engendre fils et filles, délivre ses enfants.
Hors du grand corps se ruent Typhons et Tempêtes hurlant sous les rafales ingrates
Et voici que pour les joutes guerrières d’un jeu féroce entrent en lice les vagues scélérates.
Déferlent sur l’onde d’impitoyables lames de fond qui s’entrechoquent, que rien ne brisent.
Horde impétueuse s’élançant avec violence vers le pâle orient d’une aube grise,
Vers les  paisibles grèves  de sable grège, humides et soyeuses sous le baiser des embruns.
Au pied des promontoires d’airain  mollement elles s’assoupissent sous le souffle marin.
Belles endormies oublieuses du temps qui passe ne voyez- vous pas que l’orage
menace ?
Ne sentez-vous pas sur la soie de votre peau l’odeur funeste de son haleine
tenace ?
Il n’est plus temps de gémir. Crevassés et boursoufflés les nuages cuirassés de
plomb noircissent la nue.
Il vous faut l’accueillir. Préliminaires meurtriers les longs traits aigus de la pluie
Lapident le littoral nu.
 
© Béatrice Pailler



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