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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 06:57
Gisant – Béatrice Pailler
 
 
 
Dans les affres figées du trépas, ici,
Tristes mimes et saintes poses
D’une sainte morose à la triste mine.
Sur son sein affligé, la mort repose.
Sur son corps marbré, la mort s’impose.
 
©Béatrice Pailler  


 

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 06:46
Insomnie - Béatrice Pailler
 
 
 
 
À la mortalité que le sang poisse,
Rêve la morte alitée qui s’angoisse.
Alors sous la lune pâlotte, mortifère,
L’une et pas l’autre sera la morte si fière.
Dans le lit, vide et corrosif,
Repose livide son corps à vif.
Et l’âme qui pointe nue, véloce,
Perce de sa lame pointue, le bel os.
 
©Béatrice Pailler
 
 



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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 06:50
Nocturnes – Béatrice Pailler
 
 
Musique littéraire, musique des mots libérés, scandés qui volent de nos bouches vers nos cœurs. Haleines douces des souffles courts, respirations fortes des sensations, ainsi nos âmes nourries aux rythmes des mots s’enivrent d’émotions. La musique nous porte, les mots s’ancrent à fleur de peau et les songes prennent corps.
 
 
 
Sonne l’heure, sonne minuit, au monastère, la cloche dévouée tinte alanguie. La sonnaille lointaine, jeune encore, voyage, épouse le vent. Et dans la mouvance des cieux, elle chevauche ses épaules de géant. Parfois, parmi la grisaille d’une lune claire, se profilent, égarés en de terribles forêts, quelques austères châteaux ou demeures ancestrales. Alors, traversant l’obscure feuillée, tous deux s’enroulent aux corps des tourelles. Ici, au poli des fenêtres, sous l’aile monacale des noctuelles grises, lassés, ils se posent aux balcons vieillis.
 
Sonne l’heure, sonne minuit, la croisée s’illuminant du scintillant des couronnes cristallines, chante la fête et ses gaîtés. Ici, dessous les clartés noctambules des lustres, la rumeur du bal se nourrit de frénésie. Dans l’enfilade des salons envoûtés, les notes orchestrées déambulent, volages. Loin des parquets miroirs, ces rubans enchantés errent en féerie au milieu des candélabres étoilés et des pilastres florissants. La lumière palpable, cette fièvre aux cols des fleurs enflammées, ruisselle des bronzes. En contrepoint à la fournaise, un semis, de trépieds, sillonne les allées. Entrelacs végétal de fer, ils portent, en leurs branches torsadées, des rafraîchissoirs où les mouchoirs naufragés se mouillent, parfumés. Toiles papillonnantes, ils vont palpitants aux tempes roses, s’imprégner du nectar des sueurs écloses.
 
Minuit sonné, l’heure n’est plus et parmi les chandelles et les buissons de bougies, au détour des vasques de verdure, dans un chassé-croisé de silhouettes, la fête fantôme s’épuise.  Ici, aux sources de jadis, la valse roule sa vague et aux bras cavaliers de mannequins empesés s’envolent des marionnettes en chemise de céruse. Hier, les enchaîne et la nuit les entraîne. Au fil du temps, les corps dansants, ici, au son des musiques anciennes, se prennent et déprennent. Mais au matin, le carrousel exténué des faces pâlies, dépérit. Incendié, dans la clémence d’une aube naissante, il s’évanouit, en tourbillonnant, nu, aux seins des brumes avenantes.
 
©Béatrice Pailler 2015
 
Texte édité par la revue en ligne Levure Littéraire
Dans son N°11 « Musique de la Littérature/Littérature de la Musique »
 
 


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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 07:47
Après…dans les cœurs brûlés - Béatrice Pailler

Autochrome de la guerre 1914-1918. Soldats dans une tranchée Samama Chikli, Albert ; Opérateur, date de la prise vue, 1916 - https://biblogotheque.wordpress.com/2010/11

 

 

 

 

Grain de sable, goutte d’eau, ici, seul le présent au registre du temps s’inscrit à l’encre du malheur. Cette nuit, crevant nos pleurs, j’ai rêvé d’une pluie d’obus tombant à minuit rouge. Dragons soufflants, à l’est, les bouches des canons accouchent de leurs masses ardentes. Alors, tout au fond de nous comme un orage lapidaire sur nos visages d’enfants, hurle la mitraille aux éclats noirs. Cherchant le giron accueillant de nos ventres, elle passe en tumulte et s’attarde, gueularde et vagissante, prés des lignes et des abris où elle s’invite dans nos corps démunis. Ici, à jamais, sur la vague pétrifiée des tranchées, le vent courtise la lune gibbeuse et au travers de la voilure fumeuse, bleue de froid, s’avancent les oubliés. Dès que je vois l’image de mon père courage, planté inerte aux sillons ténébreux, les pieds boueux, je me vois, moi, à terre, vomissant le vin âcre et la soupe glaireuse. Et je me souviens de la lettre grise aux mots qui transpercent, du cortège des bombes incendiaires et de cette grasse fumée pourtant si légère au bûcher de mon cœur trop tôt consumé.

 

Alors, entre nous les bidons circuleront pour des libations absurdes au désastre, au vent amer de douleur qui hérisse nos âmes, à la vie bavarde qui malgré tout jamais ne se tait et qui vient bouillonnante sous nos peaux, battre nos os. Alors, pour un temps, pour un temps seulement, j’oublierai tout et ma lourde capote et les chansons mièvres et la patrie aux vertus cardinales. Car, je ne crois plus qu’en des joies simples et en la solitude d’une sainte gnôle. Sous son onction, triviale et frelatée, il me semble que le ciel qui s’offre à mes yeux est une blessure béante. De belles lèvres entrouvertes, implorantes que je baise et je tète au goulot de mon flacon d’hébétude.

 

Et puis, je vois, en un flash blanc d’acier, le carnage, de mon ami tendre, de ce frère naît de la tranchée. Je sens à son cou le baiser du barbelé et son odeur de tabac blond. Oui, je vois mon ami, en parure de mort festonnée de ses entrailles, en défroque soyeuse rouge d’écarlate. Soldats buvons et chantons ! Soldat, la patrouille devant toi courait. Dans la végétation folle, il y avait une ravine, profonde et funeste, aux ruines horribles, aux talus sapés où nous courûmes, déjà condamnés. Alors, l’enfer fut en nous. Là, sous la bourrasque flamboyante qui nous faucha, ici, au champ des épines de fer, la gloire échue à la Mort seule. Aux fontaines de nos veines, elle vint récolter ses rouges lauriers. Et pour nous, matin et soir, aux labours des bombes cimentés de sang, l’aumônier, son église à son dos, arpentait ce sale pays. Pauvre pays en guenilles noires, gris de cendres, étouffé sous les semailles d’acier, ton cœur ne se faisait plus entendre. Pourtant, parfois, je me souviens que le ciel était frais comme un son de cloche et clair sur nos chairs frêles. En sortant de leurs rêves, à mesure que la souffrance frappe aux casques des crânes, les peaux barbues soupirent et les compagnons sans honte blêmissent. Ici, à minuit, se loge au corps, la peur des Loups de Berlin.

 

©Béatrice Pailler

2ème Prix de Prose Poétique 2015

Concours international des Ateliers D’arts Servon sur Vilaine  



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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 07:53
Enfermement – Béatrice Pailler
 
 
 
 
 
Voici la fin d’une histoire sans faim.
Cruelle mon ange
Me tourne le dos
Et cru elle mange
Gros et petits tournedos.
Absurde fin d’une si belle faim.
Pour ce corps si beau
Filiforme
A l’œil noir corbeau
De fille informe
Se renouvelle sans fin l’obscure faim.
 
©Béatrice Pailler


 
 
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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 07:51
Saison – Béatrice Pailler
©Bart Heirweg
 
 
 
Au canal embué, sous l’haleine gourmande d’un baiser matinal, éclosent de pâles flamandes. Brumes en bouquets et vapeurs pommelées se déprennent de l’onde. Ces rondes pelotes peignées de vent, s’épanouissent en corolles blondes. Ici, au ciel clarifié, elles viennent, blancs nonchaloirs, écheveaux dénoués, jouer au carreau de l’aube dentelière. Petite main aux doigts de fée, dans sa paume, la lumière égrappée roule ses grains, se lie de fraîcheur. Au ciel étonné, elle tisse la beauté. Ici, sur sa toile de miel aux lueurs tiédies, s’émerveillent les nuées attendries.
 
©Béatrice Pailler/2015
 
Publié sur le site le portrait inconscient
Article du 29 mars 2015 consacré au mouvement intuitiste
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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 07:46
Badinage – Béatrice Pailler
François Boucher
 
 
 
Voyez, comment, au jardin des nuées, tendrement tyrannisé d’un souffle vernal, un ciel polisson, perd sa chemise. Ici, sur l’herbe attendrie, dans un chamaillis de brise, elle se pose lande laineuse en frisson de nuage. Heureuse, elle s’effiloche, s’éparpille, ne laissant dans l’air que la soie de ses rubans et de ses filandres blancs et argentés, gris et bleutés.
Allons, ma mie, ne soyez plus si sage car, c’est ainsi qu’au jardin dénudé s’envoleront les lacets de votre corsage.
 
 
©Béatrice Pailler/2015
Publié sur le site le portrait inconscient
Article du 29 mars 2015 consacré au mouvement intuitiste
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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 07:41
Au loin une Voile – Béatrice Pailler
 
 
 
 
Sous le poids du jour, lassé des longues courses maritimes et des folles aventures, le vent nonchalant, au pont du navire s’attarde et mollement s’affale dans la voilure. Cliquetis et craquements dans la mâture, voici, le chant de nuit du voilier où la vigie s’ensommeille. Une houle discrète babille son doux ramage où clapotis et chuchotements ronronnent aux flancs du vieux gréement. Et sur l’onde vermeille, tiédie de soleil, c’est une invite au repos, là, dans la rumeur secrète des vagues océanes, dans la sérénité du soir et des flots apaisés.
 
Et le navire devient nacelle où l’homme harassé, larguant les amarres du réel, s’endort bercé. Sur les visages, enfantins ou vieillis, du mousse encore gamin, du marin aguerri, passe l’ombre du rêve aimé. L’enfant verra sa mère inconnue lui sourire les bras tendus. Elle a les joues, rouges et rondes, lustrées comme les pommes aux étals dérobées, en cachette dévorées. Il aimerait les embrasser comme il les a croquées. Et le jus acidulé, à peine sucré de cette pomme à nulle autre pareille, soulage sa soif du lait nourricier.
 
L’homme verra sa compagne, amante et mère, son corps fertile qui enfante au rythme des saisons. Il imagine l’enfançon, il est né et a grandi loin de son père ; après tant de filles, il veut un garçon. Une campagne, c’est deux ans, une maigre solde, le danger à chaque instant et dans son regard à elle, il a vu la supplique muette. Rester, non ! Mais que sait-il, lui, de sa vie, de son corps qui s’épuise avec sa jeunesse qui s’enfuit, de sa solitude inquiète ?
 
Pour tous, voici venue l’heure du silence où l’âme se tait où dans les profondeurs du sommeil s’entrouvrent les portes de l’oubli. Alors, comme une offrande faite à la nuit, rêves et regrets s’effacent dans la souveraine lenteur de l’onde assagie.
 
©Béatrice Pailler
2ème Prix de Prose Poétique 2015
Concours international des Ateliers D’arts Servon-sur-Vilaine

 


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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 07:57
L’Essaim - Béatrice Pailler
©Dirk Bouts
 
 
 
S’estompe le jour.
S’installe le silence.
Souffle morne et éphémère,
Le voile épais des ombres crépusculaires
S’étend sur la ville mourante.
Loin des sources noires malveillantes,
 Reste dans la lumière.
Car ainsi s’annonce les heures souterraines
 Ces ténébreuses meurtrières.
Souveraine, s’avance la nuit et son éternité.
Animée d’une seule pensée tourmentée,
D’une seule et même troublante faim.
Ruche sanglante qui abrite en son sein un terrible et mortel essaim.
Le chœur noir,
L’angoissante pulsation atonale de la cité foudroyée.
Sous l’empyrée funèbre se module sans fin la mélopée,
 L’appel envoûtant des possédés.
Et la ruche palpitante se gonfle d’un couvain monstrueux.
Tumeur maudite,
Bouche avide qui réclame son dû.
Du gouffre funeste des gorges assoiffées s’enfle la voix de l’essaim furieux.
Enfant vorace et exigent, il revendique les autels noyés d’encens,
Aux nimbes de sang.
Aux cieux grimaçants s’estompe le jour.
La nue grisâtre soyeuse et affamée, ploie sous l’aile des freux.
 
©Béatrice Pailler

 


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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 07:54
L’écho – Béatrice Pailler
 
 
 
 
La peau sur les os, grelotte, grelotte.
À cor et à cris s’égrènent les mots.
 
Sous la peau si fine pointent les os,
Et ce mal à dire m’ôte les mots.
Car où s’épellent les maux se comptent les os,
Et les lettres mortes des traîtres maux.
 
Sans chair et sans os qu’importe, qu’importe.
Au corps à corps, sans un mot, s’écorche la peau.
 
Et l’être mort, ravale ses maux, montre ses os,
À la levée du corps où mot à mot se peaufinent les maux.
Et dans la chair des mots percent les os,
Du corps du délit très cher à mes mots.
 
Les os sous la peau, sanglotent, sanglotent.
À nos corps défendant s’engrangent les maux.
 
©Béatrice Pailler

 


 
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