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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 07:56
Après – Béatrice Pailler
 
 
 
 
J’ai rêvé d’une pluie d’obus tombant à minuit rouge.
Ici, à jamais, le vent du désastre courtise la lune gibbeuse.
Et tout au fond de nous hurle la mitraille, aux éclats noirs,
Comme un orage lapidaire sur nos visages d’enfant, bleu de froid.
Dès que je vois l’image de mon père courage, aux pieds boueux,
Je me vois, moi, à terre, vomissant le vin âcre.
Et je me souviens de cette grasse et belle fumée si légère
Et j’oublierai tout et ma lourde capote et les chansons mièvres.
Entre-nous les bidons circuleront au vent amer.
Car, je crois, aux joies simples et en la solitude d’une sainte gnôle.
Après, il me semble que le ciel qui s’offre est une blessure béante.
Je vois, en un flash blanc d’acier, le carnage de mon ami tendre.
Je sens à son cou le baiser du barbelé et son odeur de tabac blond.
Ah ! Chantons ! Soldat la patrouille court la végétation folle
Où, il y avait une ravine, profonde et funeste, aux ruines horribles.
Ici, à mesure que la souffrance frappe aux casques des crânes,
En sortant du rêve, blêmissent et transpirent les peaux barbues.
Matin et soir, l’aumônier, son église à son dos, arpentait ce sale pays.
Pourtant, le ciel était frais comme un son de cloche et clair sur nos chairs frêles.
Mais, à la minuit, se logeait au corps la peur des Loups de Berlin.
 
© Béatrice Pailler
Novembre 2014
 
Atelier des commémorations de 14-18
Partenariat Ville de Reims et Bernard Weber



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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 08:45
Pomélia – Béatrice Pailler
 
 
 
                        Extrait de La Pierre Sèche
 
 
…Pomélia, les années se sont enfuies et les jours cruels se sont tus. Ton nom n’était pas fait pour l’oubli ; aile de nuit posée sur les lèvres closes, il s’est tapi et repose dans les pensées des gens d’ici. Son empreinte, en demi-teinte pâlissante, et sa musique charnelle ont simplement survécu, dilué, dans l’assoupissement des heures passantes.
 
Autrefois, Pomélia la vagabonde, guérisseuse itinérante de son état, voyageait de par le pays. Elle vivait humblement d’aumônes et de cueillettes. Cherchant les sources, elle hantait la forêt et le soir venu, ralliant la misère nichée dessous la ramée, elle se chauffait aux feux mourants des charbonniers. Elle aurait pu s’établir en marge d’un village et devenir une rebouteuse crainte mais connue ; la découverte de la Pierre Sèche scella son destin. Elle mit fin à son errance et s’installa dans la quiétude de cet enclos verdoyant. Loin de la communauté des hommes, elle bâtit sa chaumine au plus près de l’antique table de granit rougi…
 
…Silhouette longiligne enlacée de lune, on pouvait la croiser de nuit cueillant ses herbes. Nul mot ne franchit jamais ses lèvres et si la langue des hommes lui était refusée, d’aucun affirme qu’elle parlait celle des bêtes. En ces jours de ténèbres, l’infirmité d’autrefois devenait disgrâce divine. Certains disent que la pierre, sentant sa présence s’éveilla et chanta pour elle. L’attirant toujours plus profondément au sein des douceurs forestières, elle la guida vers le ruisseau et ses berges, où enchâssée dans la glaise, elle attendait la main qui s’attardant sur la soyance sanguine de sa robe grenue oserait la caresse qui délivre. Et du jour où Pomélia toucha la pierre, tout en elle changea. La Pierre Sèche la délivra de la peur et lui donna sa force et sa connaissance. Alors, vint le temps des métamorphoses, sa crinière rousse s’enflamma, sa peau claire prit la pâleur argentée de la lune et ses lèvres groseille devinrent velours de sang. Image mythique de la vouivre malfaisante, elle est Pomélia la malvenue et dans l’opulence confuse de sa chevelure, cuir brulé, les entrelacs rutilants de ses mèches, sorbes mûrs, se convulsent sous les feux lunaires et s’épanchent, libres et ondoyants, sur son corps si blanc. Ainsi, va la légende de Pomélia, à la limite du réel, entre vérité et mensonge…
 
© Béatrice Pailler 2014
Texte extrait de la nouvelle La Pierre Sèche
Edition du Lavoir-Rosnay in Recueil N°4 Chez l’une Chez l’autre
 



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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 08:18
Si lointaine et pourtant si brillante – Béatrice Pailler
 
 
 
Si lointaine et pourtant si brillante
Elle illumine l’éther. Radieuse et fulgurante,
Cette luminescence précieuse malgré sa beauté,
Est l’appel de détresse d’une étoile en danger.
Elle subit les assauts d’un être noir
Et retenue prisonnière n’a plus d’espoir.
 
Inexorablement elle est mise au supplice,
Par un ogre qui la déguste avec délice.
Pour ce goinfre boulimique toujours plus et encore,
Sa seule raison d’exister, dévorer ce corps.
Goulûment il la mord jamais rassasié.
La voilà aspirée par cet être affamé.
Avide il se nourrit de sa matière
Et sa chair de douleur irradie de lumière.
 
Sombre destin gravé dans nos mémoires,
Aux confins de l’univers une étoile est avalée par un trou noir.
 
© Béatrice Pailler



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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 08:06
Je t’aime, m’aimes-tu ? – Béatrice Pailler
 
 
 
Un baiser volé, à tes lèvres, dérobé
C’est un baiser osé, déposé sur tes lèvres de rosée.
 
Ce baiser voulu, à mes lèvres défendues,
Soudain me fut rendu par tes lèvres mises à nu.
 
Sur tes lèvres mes baisers.
 
 Baisers légers,
 Baisers sucrés,
 Lèvres aimées,
 Lèvres salées.
 
Tes baisers sur mes lèvres.
 
© Béatrice Pailler  
 
 


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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 08:05
Abandon – Béatrice Pailler
 
 
 
 
L’impertinente et noire gourmandise,
Tant désirée, tant convoitée,
Est une tendre victime soumise,
Comme la vie amère et sucrée.
La douce ganache, demoiselle secrète
Frémissante sous son corset poudré,
Prise au piège d’une langue experte,
Succombe ses saveurs dévoilées.
 
Délectable soumission entre plaisir et souffrance.
Ce despotique velours noir si riche de promesses,
Est un tyran qui règne sur nos sens
En maître absolu, gardien de nos faiblesses.
Terrible défaite de l’esprit sur le corps.
C’est pour cette extase, ce frisson de l’âme,
Qu’inlassablement toujours plus et encore
Devant toi chocolat les femmes se pâment.
 
© Béatrice Pailler
 



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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 07:57
Verrons-nous un jour – Béatrice Pailler
 
 
 
Verrons-nous un jour le vrai visage des choses crépusculaires,
Celles qui dansent dans le poudroiement de la cendre funéraire.
Au bûcher les os blancheur d’émail
Joyeusement se chamaillent.
 
Entendrons-nous les cloches mortes, le cri troublant de l’ossuaire,
Glas et tocsins, la voix viciée des longs suaires.
Les grelots des fous, des épouvantails,
Ebréchés et fêlés sonnent ferraille.
 
Alors nous toucherons la vérité dessous le voile tutélaire,
Celle gravée dans la cire molle de l’ivoire mortuaire.
Pèlerine funèbre noir camail
La nuit pour nous chante funérailles.
 
© Béatrice Pailler

 

 
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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 09:03
Providence (extraits) – Béatrice Pailler
Halte devant une auberge - Jean-Louis Meissonier
 
 
 
 
… À même le carreau de la salle sur ma paillasse de fortune, attentif au bruit des corps assoupis, à la chandelle des heures qui se consume, le sommeil me fuit. Que trouverons- nous au bout du chemin, lassitude ou renouveau ? Quel est notre destinée ? Qu’allons-nous devenir ? Qu’allons-nous accomplir ? Que restera-t-il du voyage ? La poussière de la route, la cendre des buchers, une goutte de nacre rose, une perle de sang ? Des questions sans réponses, une nuit sans sommeil, blanche dans le gris des désillusions, blanche sur le noir des jours de misère, sur le rouge des champs de bataille, blanche comme la pierre du tombeau.
 
Certains sommeillent, d’autres s’éveillent et j’écoute vivre la nuit. La vieille bâtisse au fil des ans s’est affaissée, et la charpente craque sous la rafale. La gent trotte-menu prend ses quartiers, et à l’office parmi les reliefs cherche sa pitance sous l’œil morne des mâtins gras et des mistigris repus. Bien avant les premières lueurs de l’aube les souillons et les mitrons se mettent à l’ouvrage. Elles puisent de l’eau, et les pots, les écuelles lavés et récurés s’entrechoquent dans les cuveaux. Ils façonnent le pain, caressant la pâte tendre et toute gonflée comme les seins des nourrices, comme les seins qu’ils imaginent ronds et blancs, ceux des filles galantes…
 
…Il est tôt mais déjà le jour pointe à travers les claires-voies. À petits pas la lumière s’immisce, une lumière d’église douce et tamisée, qui nous offre une aube tout en clair-obscur. Une aube fragile et nuancée, qui s’élance et rayonne, traçant sa voie dans la pénombre de l’auberge éveillée. Saintes effluves, souffle ardent de cette messe triviale, l’arôme puissant du pain chasse les miasmes nocturnes. Et l’on devine des pains ronds comme des soleils rutilants à la croûte miellée croquante, à la mie dense et parfumée…
 
…Sous le nez de ce ladre d’aubergiste j’ai volé un pain à l’office. En secret je l’ai caché contre mon ventre, entre mon pourpoint et ma chemise. Ce pain, bien avant que d’être mangé va par sa simple présence m’insuffler force et courage. La bonne chaleur qu’il irradie réchauffant mon cœur, échauffe mon corps. Au dehors dans la froidure du petit matin avec impatience nous attendons nos montures. Elles sont à l’image de mes compagnons, et au sortir des écuries certaines renâclent inquiètes, d’autres piaffent joyeuses.
 
En selle bien calés, sans un regard, sans un adieu nous partons remerciant simplement la providence. Car nous étions perdus et soudain, au détour d’une sente, l’auberge tant espérée était là. C’était pour nous l’assurance d’une nuit au sec, d’un repas. De nouveau le voyage nous happe et nos chevaux vont bon train. Perdue dans l’opalescence des brumes grises, devant nous, la route, ce long ruban d’incertitude s’étire dans le lointain. Nous forçons l’allure, et à bride abattue la chevauchée s’envole, court vers l’horizon…
 
© Béatrice Pailler 2014
 
Extraits de la nouvelle « Providence » mention spéciale du jury au 15 ème concours international de littérature, Regards 2014

 



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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 08:35
Calligraphie – Béatrice Pailler
 
 
 
 
Un envol, un arrêt,
Une course,
Le calame lance sa ligne.
 
*
 
Le moineau m’épie, s’envole
Et ma plume distraite souffle.
À son bec ma ligne de jais.
 
*
 
Le silence est venu.
Le calame se pose
Et la page se gonfle d’un voile de mots.
 
*
 
Ruisselets et rubans
Apprivoisent l’hivernale soie,
Où goute à goute s’épuise le pinceau.
 
© Béatrice Pailler
2014
 
 
 
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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 07:41
Déferlantes – Béatrice Pailler
 
 
 
Là, où les Reines pirates avides de sang sillonnent les océans, les flots luisants d’écarlate saignent au ponant. Les courants furieux s’ébrouent tels les silènes facétieux, loin vers la demeure du Léviathan, prés des sirènes aux doux chants fastueux. Dans les profondeurs ombreuses, parmi les phosphorescences abyssales ces lointaines réminiscences des splendeurs vespérales, la Mer repose les flancs alourdis, ivre d’espace, grosse de vent.
 
Sans émoi, sans douleur, elle engendre fils et filles, délivre ses enfants. Hors du grand corps se ruent Typhons et Tempêtes, hurlants sous les rafales ingrates. Remontant des abîmes, déferlent sur l’onde d’impitoyables lames de fond qui s’entrechoquent que rien ne brise. Et voici que pour les joutes guerrières d’un jeu féroce entrent en lice les vagues scélérates. Hordes impétueuses qui s’élancent avec violence vers le pâle orient d’une aube grise, vers les paisibles grèves de sable grège. Là-bas dans l’insouciance du moment ces tendres plages, humides et soyeuses sous le baiser des embruns, au pied des promontoires d’airain, mollement s’assoupissent sous le souffle marin.
 
Belles endormies oublieuses du temps qui passe, ne voyez-vous pas que l’orage menace ? Ne sentez-vous pas sur la soie de votre peau l’odeur funeste de son haleine tenace ? Il n’est plus temps de gémir. Crevassés et boursoufflés les nuages cuirassés de plomb noircissent la nue. Il vous faut l’accueillir. Préliminaires meurtriers, les longs traits aigus de la pluie lapident le littoral nu.
 
© Pailler Béatrice
2014
 
Texte paru dans l’Eveil du Myosotis
Anthologie de poésies contemporaines
JP Béchu et M Chamon les Editions du Net  
 
 

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 07:29
Le Petit Clos – Béatrice Pailler
 
Photo J.Dornac©
 
 
Translucide évanescence,
Aux lèvres de l’enfance
Les roses blanches
Ont un parfum de dimanche.
 
Un long sourire qui glisse,
Furtif. Et dans les fleurs attendries ;
La senteur suave des lys
Embaume, embellit.
 
Sous l’amandier, fleurit
Le lait de l’insouciance,
La pomme aigrelette, surie,
Et les regrets à l’amère fragrance.
 
Fleurs fanées, fruits flétris,
Alors ruisselle la parure d’oubli.
Ces joyaux de pluie, perles d’ivoire,
Ces lancinantes larmes du soir.
 
© Béatrice Pailler

 

 
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