Le rêve est un jeu du ciel
la marque tendre d'un passage
sur le vitrail de notre âme...
... mais chut... voici l'heure étrange
où le pont-levis des songes
retourne les paupières...
... et le monde se noue
à nos coeurs endormis...
Voici l'esquisse d'une image
vertige où se baigne l'écume
tel un frisson de lumière
tandis que l'écho du destin
se mélange à nos pas
dont le sol en tremblant
efface les empreintes...
Le rêve se tient toujours
à la lisière du symbole
tel un esprit méfiant
perché sur l'ombre du jour...
... mais signe farouche s'échappe
des mains inertes et sans chaleur
et la flamme aussitôt
se transforme
en roche taciturne...
Il suffit d'oser un geste...
un seul...
vers cette forêt inaccessible
pour s'évader
de ce jardin perfide
qui permet à la mort
de pousser comme un rire
dans les massifs de nos vies...
Ouvrons sans tarder
ouvrons nos bras
à ces rivières folles
qui débordent en ces lieux
de paysages irréels...
et que chante la lune
ronde et pleine
dans l'herbe haute
de la nuit...
Que nos corps se vautrent
et se grisent de l'immense cri !
Il est temps de soumettre les Signes
et de boire le pollen imaginaire
aux pistils gorgés de rêves...
Marchant sur une scène
émoussée... imprécise... délavée...
l'homme apprend un rôle...
Entre la haine et la mort
il quémande les applaudissements
d'une bien pâle réalité
que le temps solitaire
ne cesse de pourfendre...
Ah ! Ce jeu grotesque
reconnaissable seulement
à nos présences insouciantes
disparaît tout à coup
quand nous plongeons
nos visages inquiets
dans la beauté vivante
de ce rêve perdu
et pourtant toujours proche
contenu dans l'espace !
"Ô si vous m'aviez vu
au milieu de la plaine
regardant le soleil
fondre sur l'horizon !...
-Tu bouscules ton coeur
pour un rêve passé"
intervient le pirate
un vieil ours en peluche
s'approchant avec peine
du cheval à bascule...
"Et moi dit le miroir
tout le monde venait
me demander conseil...
J'ai toujours eu bon goût...
Les femmes les plus sages
aimaient s'abandonner
dans mon oeil de glace...
- Mais tu n'es qu'un reflet!..."
soupire une poupée
dans sa robe froissée...
"Un seul de mes regards
suffit à t'embellir...
Approche et tu seras
la "Princesse éternelle !...
-Nous sommes au grenier
dans l'ombre et le silence
inutile de croire
que la vie continue !..."
coupe le jeu de l'oie
je ne m'amuse plus
le hasard m'a quitté...
- Moi je pourrais vous dire
reprend une fourchette
les dîners fastueux
que l'on donnait ici...
- Et si je vous parlais
des cheveux d'Ernestine
dit la brosse de nacre...
- Mais nous n'existons plus
hurle la mappemonde
dans ce lieu sans visite
où même nos mémoires
se perdent peu à peu...
- Mais moi dit le crayon
je peux tous vous sauver...
J'écrirai vos histoires
sur les feuilles jaunies...
Le passé deviendra
votre présent de gloire...
- Tu vas mourir crayon
en écrivant nos vies..."
soupire le pirate
Tu n'auras plus de mine...
- Mais sur la page fine
les mots me porteront...
N'est-ce pas vivre aussi ?...
Les secrets mes enfants
vivent dans vos maisons
vivent discrètement
loin de l'agitation
se donnant au silence
d'un espace désert
où l'ombre se prélasse
à l'abri des regards
loin du salon bruyant
et des hommes bavards...
Juché sur les épaules
d'une chambre qui rêve
une pièce timide
un lieu presque oublié
contient un univers
mémoire d'un passé
que la marche des jours
a peu à peu gommé....
Ce monde existe bien
même si son absence
invente une légende...
Il chante à voix basse
les exploits...les victoires
de ce peuple d'hier
qui partageait les joies
de toute une famille
avant de disparaitre
dans les yeux transparents
d'une époque lointaine...
Mais laissons le présent
esclave de l'horloge
et montons à l'étage
par ce chemin tranquille
où règne la poussière
qui masque "le Royaume" !...
Derrière cette porte
une foule inconnue
de jouets délaissés
une chaise...un miroir...
des livres fatigués
des peluches bavardes
un cheval à bascule
un jeu de société
poursuivent leur voyage
au coeur d'un paradis
comme des anges sages
chevauchant l'infini
dans les bras du grenier...
La nuit affamée
rôde autour
des lumières vives
telle une sauvageonne
qui cherche à mordre
la jeunesse des flammes
au corps impétueux…
Le sablier se livre
au premier vent d’images
et l’obscur incendie
assaille toute chose
et roule doucement
l’abandon de nos corps…
Le galop de l’espace
sur la lande mouvante
se tord la cheville
dans le piège des ravines…
L’heure tressaille
entre les herbes emmêlées
et marche goutte à goutte
sur la berge des rêves…
Le grand feu noir ensorcelle
jusqu’à l’épuisement
la passion de nos êtres
et de l’abîme surgissant
les premiers doigts de l’aube
qui touchent nos paupières…
Il plante ses racines
comme des flèches d’or
avec la patience
d’une sauvage douceur…
Chaque chose s’épuise
en écoutant la mort
naître de son destin…
… mais sous la cendre
encore fraîche de tes pas
s’élève une splendeur
plus vive et plus tenace
que la joie de surprendre
les fleurs du quotidien
plus obstinée
que le balancement
des heures
plus insaisissable
que notre devenir…
Ah ! cette flamme de velours
vibrante comme une image
au volcan des couleurs
s’est jetée sans violence
dans l’ombre de ma chair
et ma voix suspendue
aux doigts de tes accords
soudain se penche
et se métamorphose
en silence d’étoiles…
Ô voix sans visage
tel un esprit
qui tourne dans l’air
et que seul mon coeur
parvient à percevoir
que me veux-tu ?
Mystère de la nuit
qui brille sous le soleil
comme une douce folie
qui tient le miroir
de mon âme
où m’emmènes-tu ?
Ainsi
peut-être sans le vouloir
je marche
sur le fil invisible
entre l’âme et la chair
où pousse l’opium
des heures immortelles !…
Ô voix sans visage
essaim bourdonnant
au dessus de ma table
qui plonge dans mon encre
pour mieux hanter les mots…
Ô voix qui coule de mon sang
je te chasse sans cesse
et pourtant je t’espère…
Sur la soie de ton corps
je traverse la pulpe
des galaxies ténébreuses…
Mais est-ce raisonnable
de me prendre pour un dieu
quand le mortel que je suis
s’enivre de ton astre
comme un jeune papillon
qui se jette sur la flamme
d’une lanterne ouverte ?…
Alors dans la poussière
de mes cendres fraîches
j’imprime enfin
les ailes de ma voix
derrière ton visage…
Ombres empoisonnées
par le visage de nos rêves
vos masques
engendrent le désir
comme une délivrance
recroquevillée…
De l’arbre de nos corps
l’obscur
enfante le mensonge
et nos mains alourdies
par les prières
osent croire encore
en cette nourriture
insipide et soumise…
Mais la vie… la vie
peut-elle revêtir
dans la confusion
de nos êtres
l’étreinte éternelle
et la cicatrice
du sang ?…
L’espace déborde
et l’infini rejette
l’interrogation du monde
comme une grande blessure
au fond de mon silence…
Au premier souffle
de ma vie
l’âme de ton image
était en moi…
Dans l’ombre de mon corps
tu pressentais déjà
la splendeur des jours
qui marchait vers nos coeurs
ivres d’un commencement…
Sous le regard du sablier
ta patience liait
les fibres de lumière
tandis que je glissais
orgueilleux de ma course
sur la peau de ce monde…
J’apprenais l’ignorance
et fier de mon savoir
je découvrais la chute
car l’abîme jalouse
d’une étreinte mirage
efface l’altitude…
Mais toi tu tressaillais
dans l’arbre de mes veines
et préparais le feu
qui ronge mes entrailles…
Lorsque l’existence
éventra tous mes rêves
je sentis l’arbre
de ma vie
doucement se craqueler…
J’avais perdu le jour
qui ne m’appartenait pas
et dus affronter
le dragon de poussière
pour ensevelir
la ténèbres
et le cri de malchance…
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...