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20 décembre 2023 3 20 /12 /décembre /2023 07:47


 
 

 

La courbe caressante d’une lumière d’hiver annonce les fêtes.


Une nappe damassée est dressée avec deux bougeoirs en faïence de Nevers, bleu persan.


Dans un soliflore, une rose sauvage éclaire de son délicat parfum le chemin de table.


 
Voici le temps des plaisirs gustatifs pour devenir gourmet, sans trop mélanger vins, épices et fumets.


Bien sûr, il y a le civet de saumon frais au Vosne-Romanée, la langouste farcie, doucement rôtie au four sous une neige de Parmesan, arrosée de cognac, finement flambée et servie dans le soleil du champagne.


Mais existent aussi des agapes plus simples où toute l’attention sera réservée au style, à la manière de servir, à ce je ne sais quoi qui émerveille, toutes papilles en éveil.


Le sublime de l’art culinaire n’est il pas la simplicité qui ne vise jamais l’effet.


Le gourmet sait se préparer aux finesses, aux innovations sans extravagance, à l’audace d’un accord dessert et vin.


Le gourmet est un connaisseur de fameux crus ; il suscite l’échange, les bons mots qui viennent porter aux nues l’échanson.


 
Bec-fin, c’est à vous maintenant, loin du bruit, d’accueillir massepain et pâte de coing.

Pour ce faire, l’imaginaire doit prendre le pas avant la dégustation.
 
 Croquer délicatement un massepain suppose de rencontrer L’amandier en fleurs de Bonnard.


Sa floraison festoie aux premières aventures de mars.
                          L’amandier
               Entends tu la flûte du vent
               Sur le bourgeon ébloui de tendresse
              Cœur intemporel à la source de l’aube
              Les nymphes à coiffes blanches
              S’envolent sans fin
              Cueillir le bleu de l’azur

                                                         R S


L’amandier devient joie de vivre dans l’exaltation des couleurs.


Une jubilation. Une fête. Une envolée lyrique. Un émerveillement hors du temps. L’espérance.


 
Quant à la pâte de coing, il faut toujours s’imaginer la passion du jardinier ; elle s’accompagne de ténacité, du courage de celui qui n’abdique jamais au verger.


Cueillir un coing, c’est comprendre le travail des sèves où se résument beaucoup de sagesse et de douceur de vivre.


C’est une vérité poétique qui élève au-dessus du petit profit.


Sur le jaune soyeux d’un coing dansent tous les soleils d’automne.


Caresser la hanche d’un coing, c’est épouser ce vent de frugalité, cette saveur subtile loin des symphonies rutilantes.


Ancêtre du dessert, le coing est le symbole de l’amour dédié à Vénus.


 
Le massepain mordoré est servi sur un plat de vermeil, tandis que vient en écho la pâte de coing à l’échine fauve, gage d’harmonie et de bonheur.


Ce duo est l’assurance d’une santé pour le corps et l’esprit.


Régalez vous avec ce savant dosage d’abandon et de retenue.


 
Prenez le temps de déguster le bouquet fleuri d’un Sancerre blanc qui, dans son verre de cristal, fera revivre vos chatoyantes années de jeunesse.
 
                                                  
Bonnes fêtes
 

le seize décembre deux mille vingt-trois
 

©Roland Souchon
2023
www.rolandsouchon.com          
 
 

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LE SANCERRE :
Le vignoble de Loire s’est constitué autour du sillon creusé par le fleuve le plus long de France.


Le fleuve Loire traverse des terrains géologiques très divers qui, conjugués aux fluctuations climatiques et aux différents cépages, influencent le caractère des vins.


Le SAUVIGNON est l’unique cépage du SANCERRE blanc.


L’appellation AOC Sancerre s’étend sur une mosaïque de sols : les caillottes (calcaire dur), les grillottes (calcaire plus friable), mais aussi les terres blanches ou les silex, ce qui confère aux vins autant d’expressions aromatiques, notamment vivacité et souffle minéral intense.


La température idéale de service pour le Sancerre blanc est 8-10° C.


Autrefois, les sancerres mûrissaient essentiellement en bouteille ; aujourd’hui, le Sancerre blanc issu de sauvignon, vinifié avec un passage en barrique, est capable de vieillir en cave pendant plus de 15 ans.


Source : Le grand Larousse du vin

 

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5 novembre 2023 7 05 /11 /novembre /2023 07:30

Illustration : Roland Souchon

 

 
En livrée d’ébène et d’ivoire, trois grands cormorans célèbrent l’aurore sur l’île des Landes.
La baie du Mont Saint-Michel déploie son éventail aux sept couleurs du vent.
 
Deux amis cheminent sur le chemin de ronde dominant le port de la Houle à Cancale.


Briac, ornithologue, recherche les corniches où, dans les fissures des parois abruptes, il reconnaît les œufs bleutés du cormoran sur un nid fait d’algues et de branchettes.


Gwenola, libraire à Saint-Malo, aime partager ses envies d’évasion sur les landes et les côtes bretonnes.


Malo, pêcheur à pied, doit les rejoindre en fin de matinée.


Tous les trois ont une passion commune pour les saveurs culinaires et les plaisirs raffinés du palais.


 
Au gré des marées, la mer s’en va et revient, nappe de soie moirée, frangée d’écume où s’amusent les bleus de l’azur.


Ici, l’esprit des hommes et des femmes est absorbé par la mer.


Le trésor de Cancale, c’est l’huître.


A marée basse, les parcs à huîtres tressent la baie, maillage où miroitent le ciel, le soleil, la pluie et le vent.


Sur le sol de sable vaseux, installées dans des poches, perchées sur leurs étals, les huîtres grandissent à chaque marée et acquièrent ce goût de noisette, fin et délicat, renommée de l’huître de Cancale.


 
Crochets, épuisette et haveneau au repos dans sa cabane de pêcheur, Malo rejoint Briac et Gwenola à la cale de l’Epi.


Construite en 1837 au port de la Houle, cette jetée dite cale de l’Epi , est un ouvrage remarquable du patrimoine maritime breton.


Ses vingt et une arches en forme d’escaliers laissent passer les courants chargés d’alluvions, et permettent aux marins cancalais de débarquer leurs pêches.


Malo, sexagénaire buriné, a les joues creusées d’ornières décelant d’irréparables fatigues le long des grèves et sur les récifs de la baie où il ramasse coques, bigorneaux, crevettes, étrilles, crabes, homards et huîtres sauvages.


Aujourd’hui, il a délaissé bottes et ciré pour retrouver ses amis, un foulard bleu azur au triangle de l’encolure de sa vareuse.


Ardent mystique, son imagination fleurit à chaque phrase.


La baie du Mont Saint-Michel lui a offert, au fil du temps, cet art consommé de la narration. Une jeunesse inouïe chante en lui.


Son regard un peu lointain laisse toujours la place à l’émerveillement lors du passage d’une natte blonde.


 
Malo tire de sa besace six douzaines d’huîtres sauvages ramassées ce matin, jour de marée d’équinoxe au fort coefficient.


Briac s’est chargé d’assurer une ample provision pour rafraîchir les gosiers.


Gwenola apporte tendresse et sourire : fusion où son charme se multiplie.


 
Dans ce décor marin commence la dégustation des huîtres, fraîches ouvertes, souriantes dans leurs coquilles de nacre.


Les huîtres glissent sur la voûte du palais et les papilles de l’imagination dessinent le chant des goélands.


A l’unisson, les trois amis aspirent, à même la coquille, la bonne eau salée qui vient étoiler une bouchée de pain de seigle beurré.


La première douzaine envoyée au paradis, Briac débouche son ambroisie :
La Coulée de Serrant, 2005 de Nicolas Joly –  vin servi frais, à la même température que les huîtres.


Discret et réservé aux premiers instants, ce blanc sec a eu la sagesse de patienter en cave pour délivrer aujourd’hui son florilège d’arômes où dominent les fruits jaunes juteux comme la mirabelle. Sa longue caudalie s’appuie sur une texture ferme, d’une élégante amertume avec une tonalité saline.


 
Eole revient en arabesques de sable et d’embruns.


La ripaille continue ; l’occasion pour Gwenola de faire l’éloge de la gourmandise.


L’huître, c’est à la fois le prélude et l’extase, une volupté sensuelle, une délicatesse veloutée, un plaisir à conjuguer au masculin et au féminin, un feu insoupçonné qui jaillit en vous.


Oui, oui , encore une belle charnue, fraîche à souhait, élégante avec sa collerette de dentelle.


 
Bruissant de coquillages, le jusant répond à l’appel des sirènes.


Maintenant, les vagues ramènent le parfum couleur ardoise des îles Chausey, puis vient le visage d’une Muse, ourlée d’écume sur l’estran de leurs rêves.
 
Au son des biniou et bombarde, Gwenola, Briac et Malo déclament en cœur :
 
Fleurs d’équinoxe sur l’étrave de la vague


Affleurement d’ailes à la godille de l’esquif


Sur l’hélice du nautile s’enroule la bonne aventure.
 
                                                           Kenavo
 

©Roland Souchon
2023
www.rolandsouchon.com          
 
 

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SOURCES :


- Histoire de la nourriture de Maguelonne Toussaint-Samat chez Larousse
- Gens de Bretagne de Christian Bougeard aux Editions du Chêne
- Le grand Larousse du vin
 
L’HUÎTRE :


La conchyliculture est l’élevage des huîtres, moules et coquillages, dont l’ostréiculture pour les huîtres et la mytiliculture pour les moules.


En France, l’ostréiculture se fonde sur l’élevage de deux espèces d’huîtres : la plus ancienne, la « plate » ou Ostrea edulis, renommée de Cancale , et la « creuse » ou Crassostrea gigas, importée fortuitement des Indes jusqu’à l’estuaire du Tage au XVème siècle par des navires  de commerce portugais dont la coque a servi de collecteur naturel.


A travers le monde, en eau salée, douce ou saumâtre, on compte une bonne centaine d’espèces d’huîtres.


Au siècle dernier, les bisquines, typiques bateaux de Cancale, remontaient les dragues utilisées pour prélever les huîtres sauvages sur les bancs situés en eau profonde ; ensuite les huîtres étaient élevées dans des parcs.


Cette pêche était autorisée un mois par an en avril. C’était la fameuse « caravane » si bien racontée par Roger Vercel ; celle-ci rassemblait 425 bateaux et 2323 marins en 1884. La pêche était débarquée sur les grèves à marée haute, puis triée par les femmes et les enfants à marée basse. Les femmes chargeaient sur une charrette les paniers d’huîtres appelés « mannequins », d’un poids de 50 kg, en vue de l’expédition, notamment vers Paris.
 
Il est intéressant de développer la sexualité et le mode de reproduction de l’huître qui est hermaphrodite, alternativement et successivement femelle et mâle. En été, durant les mois sans R, c’est la période de reproduction avec 3 pontes de juin à juillet, soit plusieurs centaines de millions d’œufs qui attendent la semence mâle qui peut être celle de l’huître elle-même ou celle de la voisine car devenue mâle, elle disperse sa semence à l’extérieur dans le milieu marin.


A la fois père et mère, l’huître accomplit jusqu’au bout sa double mission parentale et porte les œufs fécondés durant une dizaine de jours jusqu’à ce que, devenus larves (naissain), ils soient expulsés.


Pourvu de cils vibratiles, le naissain a 2 semaines pour chercher un support (exemple un rocher) pour se fixer, grandir, aimer et se reproduire.


Le grand art de l’ostréiculteur est de piéger le naissain pour ensuite l’élever.


L’huître, si elle échappe aux nombreux prédateurs (étoile de mer, bigorneau, huîtrier pie, goéland argenté - violent courant de tempête - mazoutée par un bateau pollueur ou enfin être mangée par d’élégants bipèdes), peut atteindre l’âge de 50 ans, sachant que les huîtres ne sont plus si délicieuses au-delà de 5 ans.


Le goût de l’huître tient au climat, à la salinité des eaux, à la nature des fonds marins, du plancton et aussi aux gestes qui président à son élevage.


L’affinage se fait en eau claire dans des bassins, eau constamment renouvelée où l’huître va prendre ce goût de noisette et sa couleur ardoise grâce à la présence d’une algue, la navicule bleue.


Le premier affinage se fit à Belon, d’où le nom de l’huître.


 
LE VIN : La fameuse Coulée de Serrant


AU XIIème siècle, Henri II Plantagenêt, Comte d’Anjou devenu roi d’Angleterre, fait servir les vins d’Anjou à sa cour.


L’Anjou est une vaste région viticole qui part de Nantes et longe la Loire jusqu’à Saumur et Angers.


Il existe un triangle magique formé de trois communes : Savennières, Bouchemaine et La Possonnière.


Arrêtons nous au lieu-dit La Coulée de Serrant. Le vignoble regarde passer la Loire. Au fil des jours se tresse ce lien qui unit l’homme, le terroir et la vigne. Le chenin, son cépage unique, est ancré sur des coteaux traversés de veines schisteuses avec un fond de sables.


Curnonsky, prince des gastronomes, classait La Coulée de Serrant au même rang qu’un Château-Chalon ou encore le mythique Montrachet.


Il en découle cet aimable conseil : Fin gourmet, vivez glorieusement dans le péché et Dieu reconnaîtra les siens.

 

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10 septembre 2023 7 10 /09 /septembre /2023 08:35

 Illustration Roland Souchon

 

Lourd d’orages et de baies de sorbier, cet été m’a encore révélé bien des secrets glanés sur les sentiers du Haut Livradois.
 
Un vent chaud au parfum d’airelle tourne les pages d’un livre de belle reliure.
 
Au premier signet, une colonie de digitales offre sa révérence, pourpre balancier sur la toison rase des croupes mordorées.
Il faut y voir un séduisant appel à gravir les sentes odorantes et gagner les Hautes Chaumes du Forez pour y cueillir la splendeur du rien qu’élabore le ciseau du vent.
 
Au deuxième signet, la roche exsude dans un élan d’allégresse.
C’est l’heure de boire jusqu’à l’ivresse ce vaste horizon où rudesse et douceur se conjuguent.
 
Le troisième signet ouvre un ciel caravanier qui foule les grands espaces, engendre floraison, fenaison et moisson.
En écho des clarines, les scabieuses dansent, parées de leurs auréoles bleues.
 
Sur cette terre de lave assoupie s’enfuient les ombres et reviennent de grands pans de lumière :
 
                                             Terre de feu
                                                  Vent qui feule
                                                       Sources murmurantes
                                                                          Joie d’aimer.
 
                                                                                                            
 

©Roland Souchon

Eté 2023

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30 juillet 2023 7 30 /07 /juillet /2023 06:51


 

Le balancier de l’été éveille notre sensibilité en nous rappelant qu’il faut étudier les grands anciens et être à l’écoute de la nature : deux piliers à suivre sans rigorisme ni puritanisme.
 
Le jour se lève à Roche Savine.
L’étoffe subtile d’un bleu habille de fraîcheur l’ubac.
L’eau agile d’une cascade danse avec les reines des près, blancs toupets odorants bourdonnant d’abeilles.
Le chemin blond fleuri de digitales décline les couleurs du Haut Livradois.
 
L’Auvergne tisse les fils bleutés d’un conte tandis que les feux hurlent et dévorent les cinq continents.
A trois heures d’ici, la Grèce est la proie des flammes.
La sainte montagne d’Athos n’y peut rien. En vain les flots murmures des prières. Inutiles incantations.
L’Acropole d’Athènes s’envole dans un nuage de cendres. Phidias et Périclès pleurent.
Prométhée a de nouveau dérobé le feu. Athéna revient.
Heureusement, le portique des Caryatides demeure vivant dans la lumière sacrée de l’Erechthéion.
L’Ether lumineux qui baignait le sommet de l’Olympe vient aujourd’hui incendier le char de l’aurige.
Mais que sont devenus les chants d’allégresse du peuple des Hellènes, la plume des poètes guidés par la voix des Muses ?
Pourquoi brûler la lyre d’Orphée ?
Le Sphinx ailé gardien de l’Oracle va-t-il triompher des torches de titans aveugles ?
 
Vague après vague, j’entends chanter Sappho qui, sur son île de Lesbos, continue à servir la beauté.
Qu’arrive l’éternelle eau nourricière pour fleurir les prairies d’asphodèles.
Gageons que demain la plénitude habitera le cœur des hommes pour que l’horizon devienne l’éminence où l’on ignorera l’indifférence, la violence et la haine.
 
De retour au village de Roche Savine, je mesure la densité de la Terre Mère, la source fécondante des saisons servie par les forces puissantes de la nature.
 
Trois jeunes crécerelles plongent vers l’étang des Escures.
 
Le soir descend, j’écoute le ruissellement du temps.

 

©Roland Souchon
le 22 juillet 2023

 
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6 juillet 2023 4 06 /07 /juillet /2023 06:45


 

 

Les grappes odorantes d’une blanche glycine ornent la façade cossue rue Raynouard.


La porte est entrouverte.


Précédé d’une élégante aux gants corail et ombrelle au manche d’ivoire, j’entre dans la cour ensoleillée.


Cette demeure est sertie dans un écrin de verdure où chaque feuille devient satin.


 
Nappes brodées et vin blanc carafé attendent les dames de la colline de Passy en ce jour de vernissage.


L’ampleur arrogante d’un chapeau fleuri, l’audace d’un regard fouetté de mascara donnent le ton.


Dans un frisson d’impatience, quelques mèches rousses, légères et folles, s’enroulent sur l’exquise distorsion d’une nuque.


La beauté exalte et délivre dans ce décor suranné.


 
Pour l’occasion, le bow-window sert d’écrin à deux chevalets : à gauche, une muse dont l’audacieuse tendresse à la commissure des lèvres invite à suivre son désir ; à droite, une amazone pétrie de grâce orientale.


 
Sous la verrière, bouffie de suffisance, une prétentieuse obèse transpire sous ses dentelles tandis qu’une coquette avec ses rangs de perles semble s’étourdir dans ce vertige d’apparences.


 
Un peu à l’écart de ce jeu de dupes, deux peintres devisent sur « Caresser et Mordre », deux mots calligraphiés sur l’en-tête de l’invitation, deux mots clef, sésame promis pour cette après-midi :
             Le premier, grand, mince, rouquin aux mains meurtries par les huiles et les pigments, toujours guidé par son refus d’allégeance, décrit le bleu dont il a habillé le Pont Mirabeau.


             Le second, petit et râblé, cadogan rouge retenant une longue chevelure noire de jais, évoque sa quête de la couleur jaune, éclair qui éveille, lumière qui poudroie.


 
Une clochette tintinnabule plusieurs fois pour annoncer Tania, poétesse slave, égérie d’un Cercle lettré des bords de Seine.


Avec talent, elle déclame la magie de L’oiseau de feu, immortalisé par le faune, éternelle étoile androgyne.


Aux quatre coins du salon, les parfums enivrent comme la valse des roses de Chiraz, tandis que, ignorant un solitaire brillant de mille feux, s’échappe un sonnet de Musset.


Les regards caressants fusent de tous côtés.


D’un quatrain à un tercet, le désir ne s’éteint jamais.


 
Accompagnant ce besoin de beauté, le soleil descend.


 
Tout devient lilas, souffle de joie.


 
L’infini affleure ; rimes, lignes et couleurs brodent l’heure bleue.      

 

©Roland Souchon

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18 juin 2023 7 18 /06 /juin /2023 07:02


 
OUI, mais QUI en est l’inventeur ?
 
Historiquement, les premiers vins mousseux furent obtenus par une méthode ancestrale encore pratiquée par quelques producteurs dans les régions de Die, Limoux et Gaillac.


Cette méthode consiste à mettre le vin en bouteille en cours de fermentation, avant que la totalité du sucre ne soit transformé en alcool.


Toute fermentation produit du gaz carbonique dont les bulles remontent à l’air libre.


Emprisonné, ce gaz provoque l’effervescence du vin.


Le mythe du champagne ne prend son envol qu’avec la maîtrise de l’effervescence.

 


 
Voici que sort d’une galerie crayeuse dom Pierre Pérignon…


Non, dom Pierre Pérignon (1639-1715) n’a pas inventé le Champagne.


Mais il a veillé sur son berceau et, grâce à son travail acharné, ses dons d’observation, sa sagacité et son inventivité technique, il a tracé le chemin qui allait faire de ce vin un phénomène unique au monde.


Arrivé en 1668 à Hautvillers, sa charge de « procureur » consistait à gérer les biens matériels de l’abbaye bénédictine et, notamment, ses vignobles qui constituaient sa principale richesse.


Dom Pierre Pérignon n’avait rien de la caricature du moine paillard, buveur et gros mangeur. Bien au contraire, il se pliait aux règles ascétiques de la congrégation de Saint-Vanne à laquelle appartenait son abbaye.


 
Alors me direz vous… secret ou talent ?  


Voici les principaux apports de dom Pérignon à l’élaboration du Champagne :


- le choix du pinot noir à très petits grains pour faire un vin blanc
- l’exclusion du moindre grain de raisin blanc
- l’assemblage de raisins de différentes parcelles
- l’interdiction du foulage au profit du pressage
- l’extraction du meilleur jus en séparant cuvées et tailles
 
Ces choix techniques avaient pour but de faire des vins de grande qualité.


Les vins tranquilles de l’abbaye étaient tenus en haute réputation et constituaient l’essentiel de sa production.


D’autres principes adoptés par dom Pérignon allaient permettre au vin mousseux de se développer, notamment, par une meilleure qualité du verre pour les bouteilles, leur conservation en caves et non en celliers et l’utilisation du bouchon de liège.


 
Contrairement à ce que l’on peut lire parfois, dom Pérignon n’a inventé ni la bouteille, ni la flûte à Champagne, ni le bouchon !


Il avait bien assez à faire le bougre !


Né la même année que Louis XIV, il s’éteignit quelques jours après lui, le 24 septembre 1715. Il fut enterré dans le cœur de l’église de l’abbaye de Hautvillers, aux côtés de dom Thierry Ruinart, théologien dont le neveu, Nicolas Ruinart, ouvrit la première maison de Champagne en 1729.


 
Amateurs de bulles, voici une belle adresse : BOLLINGER, un grand cru né au village de AY.


Ces messieurs d’ORIGINES* ont visé juste. Courez y vite !


Un moment inoubliable ; vous entrerez, à votre tour, au siècle des Lumières en partageant le déjeuner de chasse immortalisé par Jean-François de Troy, et votre nuit sera toute étoilée des « Fêtes galantes » de Watteau.
 
 
SOURCES :
 
Ne manquez pas la lecture du roman de Michèle Barrière « Les Soupers assassins du Régent ».
 
Ce roman est suivi d’un carnet de recettes d’époque.


La crème pâtissière ainsi que la crème brûlée de François Massialot sont des délices aussi savoureux qu’un coucher de soleil sur la baie de Naples.
 
juin 2023


 
*Restaurant ORIGINES
6, rue de Ponthieu Paris 8
info@origines-restaurant.com

©Roland Souchon

www.rolandsouchon.com      

 

pour visualiser les chroniques BACCHUS …. Avec modération !
   
 
 

 

 

 

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27 mai 2023 6 27 /05 /mai /2023 07:05

 

Tableau : oeuvre de Roland Souchon

 
Visage sillonné du chant des goélands
Regard couleur ardoise où se creuse la vague
Œil turquin du grand large où chavirent les naïades
Furibonde colère des vents lointains
Homme aux semelles de vent
Désormais ton chant habite l’azur.
 

©Roland Souchon
avril 2023
 

VISUEL : Diptyque sur bois de tilleul –
                    
Alors qu’une bourrasque d’avril griffe la branche de lilas,
                       apparaît ce barde fou de désir
 
Sous sa plume, l’argot des vauriens se change en chant grégorien.
 


 
www.rolandsouchon.com

 

 

 

 

 

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8 mai 2023 1 08 /05 /mai /2023 06:25

SAMEDI 13 MAI 11H / 19H

DIMANCHE 14 MAI 11H / 18H
 

 

 

 

 

Tout public

Renseignements au 01 45 90 25 12

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16 avril 2023 7 16 /04 /avril /2023 06:47

Peinture de Roland Souchon réalisée
dans l’émotion troublante de l’envol printanier


 
Le jour va poindre
                  et les tourments de la nuit se disjoindre
 
Entends-tu sourdre l’onde
                  au roulis d’une ombre
 
Passe le vent
                  sur l’insaisissable nuage
 
S’échappe le silence
                  au fil d’une voix
 
Fugace transparence
 
Livre ouvert aux musiciens de l’azur
 
 
 

©Roland Souchon
www.rolandsouchon.com  
 
 
 
 

 

 

 

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30 mars 2023 4 30 /03 /mars /2023 06:27

Caravage - La mort de la Vierge


 
L’initiation du regard est la véritable mission de l’histoire de l’art.
Se gardant toujours d’ignorer l’histoire, l’art reflète le génie du créateur .
L’art nous invite à porter notre regard sur une œuvre pour y découvrir la part intime blottie en chacun de nous.
Voici qu’en ce printemps 2023 jaillit de l’ombre la lumière rouge d’un peintre italien, mort à trente-sept ans, après une existence tumultueuse.
 
Le noir est la non - couleur, absente de la gamme harmonique.
Plus encore, pour qu’il vive, qu’il sorte de sa boîte noire, il lui faut une source : la lumière de la couleur.
 
Commençons par un des derniers tableaux peints où l’artiste exprime de la plus saisissante façon son sentiment de culpabilité et de désarroi.
David, jeune berger israélite abat le géant Goliath, chef des Philistins, avant de lui trancher la tête pour l’offrir au roi Saül.
C’est la victoire du bien sur le mal, du Christ sur Satan.
Grâce aux effets contrastés de lumière et d’ombre, le peintre crée une atmosphère dramatique.
Ne voyez vous pas le peintre dans le visage du sacrifié ?
L’orgueil est vaincu par l’humilité surexposée à la lumière.
Décapitation, supplice ; la nuit est plus forte que le jour.
 
Les œuvres de ce peintre de génie, souvent refusées par leurs commanditaires, provoquèrent indignation tel ce jeune Bacchus (autoportrait), à peine sorti de l’adolescence offrant une coupe à chaque visiteur.
Les joues enflammées par le vin, ce jeune puceau montre l’élasticité de ses muscles, prêt à toutes les folies.
Cette jeunesse embrasée, fleurie de pampres, peut elle faire meilleur cadeau aux hommes et aux femmes amoureux de la vigne et du vin ?
 
Ignorant la grâce et l’élégance, rompant avec l’imagerie religieuse traditionnelle, l’artiste insoumis peint un tableau grandeur nature : La mort de la Vierge.
Son modèle serait inspiré d’une prostituée morte sur le trottoir, montrant ainsi la Vierge avec peu de dignité, et non la divine Mère de Dieu.
Posant problème aux autorités religieuses, cette œuvre fut rejetée, puis achetée par Rubens pour le compte du duc de Mantoue.
Ce tableau est un chef-d’œuvre. Son réalisme atteint des sommets rarement dépassés dans l’histoire de la peinture.
Sous l’ample tenture rouge, les apôtres veillent, regroupés à gauche du lit pour mieux mettre en évidence la Vierge habillée de rouge sur son lit de mort.
Les lueurs surgies de zones d’ombre renforcent la vérité pathétique de la scène.
 
Ombre et lumière ont permis au Caravage d’introduire l’humain dans la sphère du sacré.
Le peintre a magnifié l’humanité des humbles.

SOURCES :
 
CARAVAGE (Michelangelo MERISI, dit le)
Caravaggio, 1573
Porto Ercole, 1610
Le Caravage a allumé une des grandes révolutions qu’ait connues l’histoire de la peinture.
 
David avec la tête de Goliath
1610, huile sur toile, 125 X 101 cm
Rome, Galerie Borghèse
 
Bacchus
1597, huile sur toile, 95 x 85 cm
Florence, Galerie des Offices
 
La mort de la Vierge
1601-1603, huile sur toile, 369 X 245 cm
Paris, musée du Louvre

©Roland Souchon
mars 2023
www.rolandsouchon.com                
 
 
 

 

 

 

 

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