Visuel : La Seine au Pont au Change - Huile de Roland Souchon
Paris vit par sa lumière le long de la ligne claire des quais de Seine.
Le fleuve joue ce rôle d'artère vivante : équilibre, alliance de l'homme avec la nature, accord d'une civilisation avec son fleuve
Le soir est pur et le vent s'abreuve sur les courbes du fleuve.
L'ombre bleue s'élance à contre-courant, titube et s'épuise.
C'est de ce sentier pétri des éclats du jour que naît le tumulte assoiffé de lendemains.
Le soir est pur.
L'énigme veille.
A.S.
D’une rive à l’autre, la Seine a la grâce dansante d'une indomptée.
Arrive ce moment où le poignet est animé par l'esprit : le fleuve, les quais et le pont livrent leurs âmes.
Assis sur le muret de pierres sèches du courtil, je guettais la clarté vespérale quand la lune rousse* apparut dans sa robe d’organdi.
D’où venait-elle ?
D’une fête où les feux de la terre lui donnèrent ce nom ?
Dame Rousse portait en elle la braise et le chant des volcans.
Emerveillé, je retenais mon souffle.
C’était comme si les pinceaux du peintre de Vienne m’offraient la grâce.
La lune rousse montait, sereine dans le ciel indigo.
Au chant du hibou, elle se métamorphosa et devint la Danaé de Gustave Klimt.
Avec deux soleils dans les yeux, elle virevoltait sur la voie lactée.
Symbole de la beauté charnelle et sensuelle, ses hanches s’enroulaient de tendresse.
Elle dévoila son intimité dans ses attitudes les plus secrètes.
A la quintessence de la volupté, la porte du paradis s’ouvrit et les étoiles dansèrent sur une valse de Chopin, assurant des lendemains qui chantent.
La lune rousse commence chaque année le premier jour de la nouvelle lune suivant le dimanche de Pâques.
En cette année 2021, elle arrive lundi 12 avril.
Indiscutable matrice des démocraties modernes, la Grèce nous a légué des chefs-d’œuvre, notamment l’architecture avec Phidias, la sculpture avec Praxitèle, la poésie avec Sapho.
Mère de notre civilisation, la Grèce a placé l’homme, et non plus les dieux et les rois, au centre de notre univers.
Echos du monde, arrivèrent les poèmes homériques ; ainsi s’alluma le foyer le plus rayonnant de l’histoire.
Voguons sur cette terre où le buisson roussit sans jamais chasser l’azur.
Cette terre où, nous dit le poète Yannis Routsos, « souffle ce vent aux veines de résine et aux poumons de sauge ».
Janvier s’en est allé
Février frappe aux volets
Laissez moi vous offrir ce bouquet
Un ciel en exil aux nuages fuyants m’invite à tourner la page du calendrier.
La Seine a mis son manteau aux boutons de givre.
Elle déploie son ruban céladon, saluant square Viviani le robinier, vénérable de plus de quatre siècles. Il ouvre ses bras nus pour accueillir la fée des neiges.
Vêtu de frimas, le Petit Pont tend son regard vers le prophète :
Chemin perdu sur l’horizon des attentes
Nuit glacée, voix égarée
Buisson brûlé
Chimères aux arbres effeuillés
Tandis que les corneilles fuient au vent de l’oubli, l’espérance renaît au Pont au Double. ans un ciel blanc de neige se lève une main :
Main muette et transparente
Main lasse à la dérive
Main de maraude
Main de tendresse
Main d’offrande
Main de justice
Mains jointes devant les vingt-huit statues des rois de Juda et d’Israël
Mains ouvertes vers la grande rosace où demeure l’écho de la flèche
Le Pont de l’Archevêché conduit au square Jean XXIII drapé de sa toge d’ivoire. ans son dépouillement, l’hiver dévoile le chevet de Notre-Dame.
Cette hardiesse du Moyen Age nous offre la joie d’être, de comprendre ce que l’homme a crée de plus beau pour n’être jamais seul.
Comment quitter ce lieu magique ?
Un vent de neige plisse la Seine jusqu’au Pont Saint-Louis où convergent mille influences.
L’Île de la Cité et l’Île Saint-Louis livrent leurs âmes.
Au Pont au Change la Seine porte l’empreinte des passions. ’une rive à l’autre son chant s’élargit jusqu’à la houppelande des bouquinistes.
L’heure de vérité sonne Quai de l’Horloge. e glaive et la balance trouvent un point d’équilibre et rendent leur verdict :
Justice retrouvée
Neige sur l’arbre de Mai
Sous les douze arches du Pont Neuf résonnent les voix de Marquet et de Signac.
Parée de ses plus beaux atours, la Déesse Sequana déroule ses songes le long des berges enneigées de la Seine :
à Lutèce
sur le pilier des Nautes
la Seine se métamorphose
en blanche aigrette amoureuse
Mes pas crissent sur la neige poudreuse quand s’ouvre la place Dauphine.
Sous la valse des flocons, j’entre au numéro 14.
Près de l’âtre, une Muse écoute Jean Ferrat :
« Quand l’hiver a pris sa besace
Que tout s’endort et tout se glace
Dans mon jardin abandonné
Quand les jours soudain rapetissent
Que les fantômes envahissent
La solitude des allées
Quand la burle secoue les portes
En balayant les feuilles mortes
Aux quatre coins de la vallée
Un grillon dans ma cheminée
Un grillon se met à chanter
… »
La lettre A ouvre le bal.
Qu’évoque-t-elle pour vous ?
L’Amour certainement, mais aussi peut-être Alexandrin, ce vers de douze syllabes qui vient inventer une voix sur les mots.
B, c’est forcément la beauté avec Zéno BIANU, le berger des roses qui danse avec son alphabet.
C, pour acclamer le génie de Jean COCTEAU.
Ce magicien à qui l’on demandait un jour :
Jean, si votre maison brûlait, qu’emporteriez-vous de plus cher ?
et Jean Cocteau de répondre : J’emporterai le feu.
D, pour un rondeau avec Charles D’ORLEANS.
Il est le chant d’une source vive lorsque Le temps a laissé son manteau De vent, de froidure et de pluie
Et s’est vêtu de broderie
De soleil luisant, clair et beau
E, soyez le bienvenu Paul ELUARD
Avec son lyrisme naturel, il a chanté l’amour fou.
Sur ses chiffons d’azur, il a écrit LIBERTE : Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom
LIBERTE
F, de pommier en cerisier court Paul FORT, ce conteur de ballades.
Il voyait la grenouille bleue, complice du beau temps. Amante du ciel pur, elle réfléchissait l’azur.
Avec ce poète, le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite. Il va filer.
G, dans un conciliabule d’hirondelles s’envole un poème ciselé de Théophile GAUTIER.
Qu’il fait bon près du basin des Tuileries déclamer sa Fantaisie d’hiver : Les vases ont des fleurs de givre
Sous la charmille aux blancs réseaux ;
Et sur la neige on voit se suivre
Les pas étoilés des oiseaux.
H, c’est l’incontournable Victor HUGO.
Toutes les cordes résonnent dans son œuvre : les Feuilles d’Automne, les Chants du Crépuscule, les Voix Intérieures, les Châtiments, les Contemplations, la Légende des Siècles.
et puis, voici ses vers… Les nuages, ces solitudes
Où passent en mille attitudes
Les groupes sonores du vent…
encore : demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne
Je partirai
et encore : J’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir !
I, c’est la voix infinie du poète, celui qui, d’un trait de plume, nous offre le chant du loriot et le parfum des fougères.
J, voici le vers libre de Francis JAMMES.
Avec son parapluie bleu, il part au bras de Clara d’Ellébeuse… Viens, viens
Aimons-nous encore
Je n’aime qu’elle, et je sens sur mon cœur la lumière bleue de sa gorge blanche.
La lettre K se pose sur la palette de Wassily KANDINSKY, peintre-poète.
Animée d’un souffle spirituel, chacune de ses couleurs met l’âme en vibration. Le bleu s’élève jusqu’à l’arc céleste des prophètes.
Avec son tableau IMPROVISATION N°19, Kandinsky nous ouvre la porte du jardin d’Eden.
L, arrive le fabuliste Jean de La Fontaine qui, avec sa virtuosité de prosateur-poète, nous invite à un ballet de cour.
Dansez sur l’Hymne à la volupté :
« Ô douce Volupté…
Ne me dédaigne pas, viens-t’en loger chez moi,
J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique,
Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique
Viens donc ; ô douce Volupté…
M, comme Alfred de Musset.
Il a su mettre de la poésie où Voltaire et Boileau n’ont su mettre que de l’esprit ou de la raison.
C’est le poète d’amour le plus vrai avec LA NUIT DE MAI : Le poète : Pourquoi mon cœur bat- il si vite ?
Qu’ai-je donc en moi qui s’agite
Qui vient ? Qui m’appelle ? La muse : Poète, prend ton luth ; c’est moi, ton immortelle. Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu.
N, à la rencontre de NORGE.
Ce belge assoiffé de lumière a toujours la main tendue dans la joie ou l’ennui.
Il nous offre une chanson pour chaque moment de notre vie. RENGAINE
La pluie avait mille ans
Sur cette ville en plomb.
Mille ans, c’est long, c’est lent.
Il pleuvait tant et tant
Que sur les habitants
Pesait immensément
Un ciel bas de plafond.
Alors comment, comment
Sous le plomb, sous la pluie
Montait si follement
Leur âme resplendie ?
O,
Ô Arbre, accueille-moi !
Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
P, avec le vers libre de Prévert.
Fantaisie surréaliste et humble réalité familière sont les deux creusets de la poésie de Jacques Prévert.
Ecoutons sa tendresse, sa spontanéité et sa verve avec SABLES MOUVANTS
Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s’est retirée
Et toi
Comme une algue doucement caressée par le vent
Dans les sables du lit tu remues en rêvant…
Q, en compagnie de Raymond QUENEAU, ami de PREVERT. Membre de l’Académie Goncourt, sa poésie burlesque lui vaut le succès, en 1959, avec Zazie dans le métro.
Pour- L’Instant fatal-, il écrit- Si tu t’imagines- qui sera chanté par Juliette Gréco : Si tu t’imagines
Si tu t’imagines
fillette fillette
Si tu t’imagines
xa va xa va xa
va durer toujours
la saison des za
la saison des za
saison des amours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures…
R, avec une chanson de geste, première œuvre poétique
Un poète anonyme a composé, vers 1100, LA CHANSON DE ROLAND
Entendez-vous sonner les décasyllabes avec la mort de la belle Aude :
…L’empereur Charles est revenu d’Espagne.
Il vient à Aix, le meilleur lieu de France,
Monte au palais, arrive dans la salle.
Aude est venue, la belle demoiselle,
Qui dit au roi : « Où est Roland, le capitaine,
Qui me jura de me prendre pour femme ? »
Charles en a grande douleur et peine,
Pleure des yeux, tire sa barbe blanche :
« Sœur, chère amie, d’un mort tu me demandes.
Je t’en ferai un valeureux échange,
Ce sera Louis, meilleur n’en sais en France.
Il est mon fils, et il tiendra mes marches. »
Aude répond : « Un tel mot m’est étrange.
Ne plaise à Dieu, à ses saints, à ses anges,
Qu’après Roland je demeure vivante ! »
Elle perd ses couleurs, elle tombe aux pieds de Charles :
Tout soudain elle meurt.
S, partons avec le grand voyageur SAINT-JOHN PERSE.
Prix Nobel de littérature en 1960.
Laissons-nous emporter par VENTS : C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde,
De très grands vents en liesse par le monde, qui n’avaient d’aire ni de gîte,
Qui n’avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,
En l’an de paille sur leur erre… Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !
T, avec les strophes malicieuses et musicales de Paul-Jean TOULET. Promenons-nous sur un chemin crayeux de Provence avec ses trois châtes qui s’en vont d’un pas qui danse :
… Une enseigne, au bord de la route,
-Azur et jaune d’œuf-,
Annonçait : Vin de Châteauneuf,
Tonnelles, Casse-croûte.
Et, tandis que les suit trois fois
Leur ombre violette
C’était trois châtes de Provence,
Des oliviers poudreux,
Et le mistral brûlant aux yeux
Dans un azur immense.
U, c’est l’Union de la peinture et de la poésie.
de Louis Aragon le poète et de Marc Chagall qui a peint le plafond de l’Opéra de Paris.
… Et l’Opéra s’emplit du chant pur des cigales
Vers cet azur d’abord ouvert à Debussy
Où l’enfant à l’enfant enseigne l’art égal
De l’être et du désir et sous ta main voici Chagall.
Madrigal pour un plafond -Louis Aragon
V, remontant à la source jaillissante des vocables, voici Paul VERLAINE.
A l’âge de dix-huit ans, il compose le poème Chanson d’automne.
Reconnu par les symbolistes comme un artiste immense, il est élu prince des poètes en 1894, lors de la disparition de Leconte de Lisle.
Le déplacement de la césure, l’atténuation de la rime par les enjambements, l’emploi insolite de l’hendécasyllabe conduisent ce maître de l’harmonie du vers aux Fêtes galantes.
Verlaine sanglote d’extase quand la lune blanche luit dans les bois :
… Ô bien-aimée
Rêvons, c’est l’heure
Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise…
C’est l’heure exquise.
La Bonne Chanson, VI
L’alphabet allait se refermer quand WX,YZ sont arrivées deux par deux enlacées, fières de garder l’irréel intact.
Elles sont venues chanter la poésie, ce cœur nomade sans cesse disponible aux appels des oiseaux et du vent.
Je confie à votre regard deux génies de la Renaissance.
Le premier arrive, par ses sculptures, à transcender les limites de l’art.
Pour y parvenir, il abolit toute idée de grâce au profit de la puissance.
Cette puissance s’inscrit dans le héros qui libéra le peuple d’Israël du joug égyptien.
C’est MOÏSE
Tombeau de Jules II, 1515 – St Pierre-aux-Liens, Rome
Pour réaliser ce colosse vêtu de marbre, Michel-Ange s’est inspiré des œuvres antiques tel l’Apollon du Belvédère (An 50 avant J.-C.), qui suscitait chez Michelangelo Buonarroti une véritable vénération.
La musculature de Moïse évoque la force. Pied gauche en retrait, il est prêt à bondir sur celui qui voudrait s’emparer des tables de la loi.
Feu intérieur de l’homme, son regard pénétrant illustre à la fois force et sérénité.
Le format colossal de cette sculpture est accentué par les cornes sur le haut du front de Moïse ; elles sont le symbole de la grâce divine.
La puissance fait merveille sur une autre sculpture de Michel-Ange.
Il s’agit de L’ESCLAVE appelé aussi L’ATLANTE , 1530-1534
Galerie de l’Académie, Florence
Le corps puissant semble lutter avec le marbre pour se dégager, lutte ininterrompue de la vie, éternel combat des Centaures inspiré des Métamorphoses d’Ovide.
Le second est capable de répondre par la grâce à tous les possibles.
Pour lui, peindre est l’art universel.
Des quarante-deux Madone à l’Enfant du Maître d’Urbino, c’est avec
LA MADONE du GRAND-DUC
Huile sur bois, 1505
Galerie Palatine, Palais Pitti, Florence
que Raphaël nous offre la grâce de l’ovale parfait du visage ; vierge sereine dans la douce lumière, drapée de dignité dans son hiératique manteau bleu.
Dans cette toile, Raphaël fait fleurir la grâce à chaque battement de cœur..
Raphaël Sanzio d’Urbin est mort trop tôt à l’âge où son pinceau dessinait les collines toscanes jusqu’au berceau des voûtes ; une harmonie qui s’inscrit à jamais dans la grâce du sourire des Madones.
Ces deux génies de la Renaissance ont, par la puissance et la grâce, libéré la forme pour exprimer la beauté.
Le pont-canal s’éloignait tandis que le sourire de l’ange de Saint-Etienne m’accompagnait.
Partout volutes et arabesques en émaux colorés chantaient le fleuve qui, pour l’instant, demeurait invisible.
Chaussé de semelles nomades, je partais à la rencontre de la Loire, le plus long fleuve de France.
Guidé par la course des nuages gonflés de nacre, je laissais courir le jeu ailé de mon imagination.
Tel fut le premier éveil au sentiment de la beauté.
Je pénétrais sur cette terre de lumières proche de Briare, un lieu pour échapper aux apparences, un coin du Loiret pour admirer et aimer.
Dans un premier temps, je me contentais de suivre le canal latéral sous les ombrages du chemin de halage.
Libre, heureux comme un soir d’été, j’exultais dans le bruissement des peupliers.
La poésie reprenait vie, couleur et intensité.
C’était comme si l’enfance se prolongeait.
L’éclat des élytres d’une libellule bleue m’invitait à rester à l’affût dans cet écrin du monde aquatique.
Les soieries claires des berges me conviaient à broder le temps.
Par instant, la beauté était si vive qu’elle devenait indescriptible.
Au claquement d’un bec derrière le talus alluvial, j’avançais. La Loire était proche.
Je la rêvais drapée dans un voile de toile bleue, odorante à chaque méandre.
Je grimpais sur la levée, aidé par la danse des papillons sous la brise de Loire.
Tous mes sens en éveil, la main en auvent sur les yeux, j’apercevais la Loire, souple, pénétrante, déliée, musicale.
Bleutée par le fil des courants, rousse près des grèves caillouteuses, j’avais envie de l’embrasser.
Entre deux bancs de sable, les touffes d’osier riaient, serties d’un anneau céruléen.
La Loire devenait Muse.
Je l’imaginais câline sur une grève sablonneuse, tendre au froufroutement d’une roselière, amoureuse au gré des courants, chantante au déversoir, insoumise et fougueuse les jours d’orage, s’ouvrant jusqu’aux berges, haletante, frémissante de tout son corps sous les éclairs qui la fécondait en un long plaisir.
Elle savait s’abandonner sur le fauve des galets quand les grèves se colorent d’un bleu turquin tirant sur l’indigo.
Alors, elle veillait la nuit entière, allongée dans l’épaisseur soyeuse du sable d’une oseraie.
Le vent de l’aube lui apportait cette lueur caressante qui agitait ses dessous de satin bleu.
Au fil des heures, elle redevenait lumineuse, verte amande au rebond d’une cascade, violine sur un remous, brillante et nacrée sur un banc d’ablettes, blonde et transparente au miroir d’une anse.
Loire, déesse aux paupières bleues, près de toi bien des amoureux troquèrent leur vie pour un songe.
Loire, ton chant lyrique, étonnant de force et de couleurs peut, à chaque instant, déclencher un incommensurable bonheur.
Loire, union du ciel et de l’eau, tu sais, au cri d’un courlis, faire glisser la corde d’amarrage, libérant l’esquif vers l’autre rive où m’attend, sous l’envol des volubilis d’une tonnelle, un vin de sable et de brume, hymne à Ariane dans le rougeoiement du crépuscule.
Il est frappant de voir aujourd’hui que le peuple silencieux des végétaux sort de sa cachette pour entrer dans notre quotidien.
Notre société réapprendrait-elle à aimer dame Nature ?
« Pourquoi meurt-il l’homme dont la sauge pousse dans le jardin »
Ce vers, que les médecins de l’école de Salerne, célèbre au Moyen Age, ont consacré à la sauge, est le plus bel hommage aux bienfaits de la nature.
Bosquet, haie et fossé sont, outre la beauté qu’ils portent, des trésors de générosité.
Les poètes en ont fait des sonnets pour les déclamer à la veillée.
Je viens aujourd’hui vous parler d’une plante, papilionacée bien connue en ce mois de mai. C’est le genêt.
Sa fleur jaune qui sent si bon le miel, regardez-la d’un peu plus près : vous y verrez le fameux étendard dressé, et, à son pied, la carène en forme de bateau.
Observez bien la carène par-dessus ; de chaque côté se présentent deux protubérances : ce sont des repose-pattes pour les bourdons.
A l’atterrissage, sous son poids, le bourdon fait ouvrir la carène d’un seul coup.
Aussitôt, de longues étamines jaillissent pour lui projeter par-derrière un petit nuage de pollen sur le dos.
Pour assurer le coup, les courtes étamines s’y mettent pour, par-dessous, lui en coller sur le ventre.
Après, retour direct à la ruche pour servir dame abeille.
La fleur et l’insecte sont liées par des ententes amicales et profitables pour les deux.
La fleur du genêt n’existerait pas sans le bourdon et, à l’inverse, il n’y aurait pas d’insecte si les plantes, il y a des centaines de millions d’années, n’avaient inventé la fleur et ne cessaient de la perfectionner.
Dès le onze mai, si vous le pouvez, partez à la rencontre de la fleur du genêt et du bourdon. Ils vous confieront leur secret.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...