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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 07:33
Bon Noël !  - Michèle Freud
 
 
 
 
Dans les veillées d’autrefois, on disait que « le temps de Noël est le temps des Merveilles, celui où les eaux des fontaines s’écartent, où les animaux se mettent à parler à minuit sonnant, où les pierres et les rochers se déplacent : ils quittent leur trou pour aller boire au torrent. Dans les creux laissés vides, celui qui sait voir, découvre d’immenses trésors. Mais il faut faire vite pour s’en emparer car les rochers reviennent sans crier gare et écrasent les imprudents. »
 
On raconte qu’une année, quand la nuit magique fut venue, un jeune se cacha derrière un buisson et attendit patiemment le départ de 20 rochers qui se dressaient dans un pré, tout près de sa maison. Il aimait leur compagnie et il avait gravé sur l’un d’eux, le nom de sa bien-aimée. Le voilà donc, la nuit de Noël, à guetter les rocs sous la lune. Au premier coup de minuit, il lui sembla que les géants pétrifiés s’ébrouaient comme au sortir d’un long sommeil, au deuxième coup, ils quittèrent leur trou tous ensemble et descendirent en rang vers le torrent. Au troisième coup, le jeune homme bondit vers les trous béants et là, il découvrit la caverne d’Ali Baba : il fut ébloui par la beauté des pierres précieuses. C’était un poète et non un homme cupide. S’il convoitait ces richesses, ce n’était pas pour lui mais pour son village : il y avait tant à faire pour que chacun vive dans des conditions plus décentes, pour que chacun soit plus heureux.
 
Vite, il remplit son sac d’or et de diamants, mais en entendant le lourd galop des rocs qui revenaient déjà, il voulut s’enfuir, mais dans sa précipitation, il trébucha et s’affala dans l’herbe. Allait-il être écrasé ? Une ombre noire le couvrit soudain. C’était un roc qui était suspendu à deux doigts de sa nuque et qui le protégeait contre la furie des autres. C’était sur celui-là qu’il avait gravé le nom de sa bien-aimée. C’est donc l’amour qui le sauva.
 
L’amour n’est-il pas le maître-mot de la nuit de Noël ? Pourtant, partout dans le monde, des enfants meurent de froid, de faim, ou sont martyrisés, mal aimés, rejetés.
 
L’amour sera-t-il un jour plus fort que le haine, la violence, l’intolérance, le fanatisme ? Oui, si nous le voulons vraiment, s’il s’épanouit dans le cœur de tous les hommes…
 
©Michèle Freud



 
 
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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 08:04
La plage abandonnée – Michèle Freud
 
 
 
La mer toute bleue danse au gré des vagues. Une écume argentée et mousseuse lèche de gros galets rugueux. La plage est déserte, comme abandonnée. Seul un arbre noueux et tordu se découpe avec une absolue netteté sur la tenture d’une voûte céleste brumeuse. Quelques crabes affamés sortent de leur cachette et avancent de travers, engoncés dans leur carapace fauve, vers un alléchant déjeuner. Des couteaux, aux reflets nacrés, se prélassent dans des creux peu profonds. Les crevettes dorment encore dans leur sombre trou d’eau, pendant qu’une méduse toute flasque, offre sur le sable mordoré, un affreux corps gluant. Contre un gros bloc rocheux, une sculpture majestueuse dresse ses longs bras décharnés. Tout près, un entassement de galets plats évoque une bête étrange, autour de laquelle un mystère plane. Des lettres d’un poème anonyme sont gravées sur un tronc couché dans un enchevêtrement d’algues séchées. Au-dessus d’une dune, un cerf-volant joue allègrement avec un vent fou et rusé. Ses arabesques remarquables sèment du rêve à la volée.
 
Dans ce cadre reposant, où flottent des parfums d’aventure, comment ne pas être perturbé par les nuées de mouettes poussant brusquement des hurlements de mégères ?
 
Mais attachons-nous seulement au beau côté des choses. La mer est belle et la journée s’annonce savoureuse. Que demander de plus ? Alors, mordons goulûment dans le présent…
 
©Michèle Freud

 


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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 07:44
Le bonheur est dans le pré – Michèle Freud
 
 
 
La petite vieille, emmitouflée dans son épais châle de laine, les pieds à l’aise dans des chaussures montantes, marchait d’un bon pas à travers champs. Autour d’elle, flottait une délicieuse odeur de citron. Elle semblait joyeuse comme si elle allait rejoindre un être très cher pour savourer avec lui quelques gâteaux d’amour. Souvent, sur le petit sentier de terre, elle esquissait plusieurs pas de danse, en harmonie avec le rythme offert par un accordéon imaginaire. Sa joie de vivre, elle désirait la partager avec un petit, tout petit nuage, qui loin d’être prestigieux, avait le mérite de l’accompagner. Cependant, il était beau dans son vêtement de dentelle blanche et portait en son milieu un insolite bouton rose, semblable à une fleur sur le point d’ouvrir son cœur.
 
Soudain, comme par enchantement, surgit devant la petite vieille, un arc-en-ciel. Sans hésiter, elle grimpa sur le pont magique. Comme une gamine, elle se mit à sauter, à virevolter, à danser, à chanter. Elle se sentait jeune, légère, aérienne. Que c’était bon de vivre !
 
Un oiseau-lyre la vit disparaître entre le rouge et l’oranger. Il la prit pour Alice, pénétrant dans le Pays des Merveilles… Alors, le bel oiseau joua sur son instrument quelques notes cristallines pour lui souhaiter la bienvenue et il reprit son vol vers d’autres horizons…
 
©Michèle Freud
 
 
 
 
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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 08:02
La rivière – Michèle Freud
 
 
 
 
Depuis une heure, Aveline se fraye un chemin à travers une jungle de hautes herbes et d’arbrisseaux. C’est une femme-enfant, une femme aux semelles de vent, qui marche vêtue d’une longue jupe bariolée caressant de grosses chaussures montantes. Elle semble fragile, aérienne, mais en elle bouillonne une force semblable à celle d’un torrent fougueux. Son sang charrie la musique des clarines, l’eau vive des cascades, il transporte aussi des nuages moelleux, des couchers de soleil et toutes les fleurs, petites lumières des alpages et des prairies.
 
Aveline est seule dans ce paysage de montagne, seule avec le silence, un silence fondant, sucré, aromatisé. Elle l’accueille à bras ouverts, elle l’embrasse, s’en enveloppe, se roule dedans, et puis, avec gourmandise, se lèche les babines. Un délice ! Un amour de silence ! Elle sent vivre en elle un désir puisant : découvrir la rivière qu’elle entend chanter au loin. Elle avance dans cette jungle, avec jubilation, pétillant de joie, se prenant pour une exploratrice qui part à la découverte de terres nouvelles.
 
Après avoir traversé ce rideau de végétation dense, elle se trouve devant un pré bordé d’épilobes, où fleurissent les premiers colchiques, entourés de joubarbes, de crêtes de coq, de marguerites, d’hélianthèmes, avec ça et là quelques éclats rouges d’œillets frisottants. Elle s’agenouille pour admirer de près ces petits êtres vivants dont les noms suscitent le rêve. Surtout ne pas les cueillir, contempler seulement leur beauté, l’engranger dans le cœur pour qu’elle y vive au chaud tout l’hiver. Et Aveline reprend sa marche, guidée par la chanson de l’eau qu’elle perçoit de mieux en mieux. La rivière, maintenant est toute proche. Seul un rideau serré d’arbres et de végétation touffue la masque. Mais Aveline qui est fille de la forêt, franchit aisément cette barrière. Et elle la découvre, enfin, la rivière. Comme elle est belle dans sa robe transparente et si lumineuse avec ses flaques de soleil, ses jardins d’algues, fleuris de feuilles rougissantes, ses îlots de nuages dorés. Aveline regarde, observe, à l’affût du moindre détail insolite. La rivière généreuse lui offre ses reflets énigmatiques, mais ne lui livre pas ses secrets. Alors, les yeux d’Aveline plongent dans cet étrange univers aquatique. Et ils voient…
 
Dans ses prunelles se reflète encore cette vision d’un palais de cristal de roche, décoré d’émeraude et de corail.
 
Amoureuse de ce cours d’eau à surprises, elle le suit jusqu’au crépuscule. Et puis elle s’en retourne par le beau chemin de l’étoile claire tandis qu’un vent léger l’enveloppe d’une douceur charmeuse.
 
« Est-ce-toi, le vent qui a mis dans sa poche un petit caillou tout rond, un pétale cramoisi, une feuille de chêne trouée et un morceau de croissant de lune ? »
 
©Michèle Freud
 



 
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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 07:55
Un jardin sur la lune – Michèle Freud
 
 
 
Un petit garçon dans son lit rêvait, tandis que la pleine lune envahissait sa chambre. Etait-ce la pâle lueur de cet astre nocturne qui, caressant sa joue, réveilla le gamin ? Peu importe. Toujours est-il, qu’en soulevant ses paupières, il aperçut les rayons qui venaient jusqu’à lui, pareils aux fils de tous les funambules. C’était, en quelque sorte, à peine voilée, une invitation au voyage, si attirante, si insolite, que l’enfant, sans hésiter, posa le pied sur un rayon de lune.
 
Et le voilà parti.
 
C’est ainsi, qu’en traversant le miroir magique, il se trouva dehors, dans cette obscurité où poussaient des fleurs d’or. Le Petit Prince de la nuit cueillit l’une de ces étoiles pour l’offrir aux amoureux qui regardaient le ciel. Puis il continua son merveilleux voyage, effleuré quelquefois par la chevelure d’une belle comète ou s’arrêtant pour jouer dans les dédales d’une constellation.
 
Il se sentait léger, léger comme une bulle. L’état d’apesanteur lui seyait à merveille. Sans s’en apercevoir, il dansait sur le fil, faisait des cabrioles pour enchanter l’espace. Tous les petits génies de la voûte céleste, tous, lui tendaient la main, l’entraînaient dans leur ronde. Ensemble, ils l’escortèrent jusqu’au bout du chemin.
 
Et la lune, accueillante, l’invita dans son petit royaume, un univers maussade, gris et désolé. Le gamin était triste pour cet astre lunaire, bien obligé de vivre dans cet endroit sinistre. Il avait tant de peine pour cette pauvre dame qu’il pleura toutes les larmes de ses yeux, toutes les larmes de son cœur. Et les gouttes, en tombant, trouèrent le sol de cendres. Alors, comme par enchantement, des fleurs de toutes les couleurs, de toutes les senteurs, jaillirent de ce terrain inculte. Un jardin sur la lune ! Le rêve des cosmonautes !
 
Mais pourquoi pas ? Du rêve à la réalité, il n’y a souvent qu’un pas. Osons, osons le franchir, abattons les murs et les obstacles pour que naisse du quotidien, un arbre de lumière.
 
©Michèle Freud
  


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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 07:20
Rosalie – Michèle Freud
 
 
 
 
C’est un personnage, la Rosalie : elle est pareille au champagne qui pétille et l’hymne à la joie résonne au plus profond de son être pour une fête d’amour et de paix. Son cœur est un champ de coquelicots qu’elle offre à tous ceux qui lui font l’amitié de l’écouter.
 
Elle sillonne les sentiers de France avec son âne et dans deux couffins, elle a mis un duvet, une tente, des habits de pluie, quelques vêtements de rechange, des friandises et des livres à distribuer.
 
Sa vie est une errance mais cette vie-là, elle l’a choisie, elle y tient, elle la défend contre tous ceux qui « n’aiment pas qu’on suive une autre route qu’eux ». Elle se frotte au vent, à la nuit, s’abandonne au bleu du ciel, y boit de la douceur, de la pureté, de la jeunesse. Autour d’elle, l’air vibre de tendresse, de confiance et de sérénité, autour d’elle, il fait plus clair et plus beau.
 
C’est un drôle d’oiseau, la Rosalie, affamée de paysages, de grands espaces, de rencontres. Elle vieillit sans être vieille, on dirait que la vie glisse sur elle comme la lumière sur du cristal.
 
A 70 ans, elle a encore envie de courir, de danser et de déployer ses ailes. Quelquefois, elle éprouve une sensation de félicité comme si elle venait d’avaler un morceau de soleil. Et puis, c’est une résiliente, capable d’encaisser les chocs, de rebondir et de s’adapter.
 
Pour Rosalie, tout devient fil de soie pour tisser la trame d’une existence enthousiasmante. Elle n’en finit pas d’ouvrir son cœur à l’enchantement du monde, de goûter à la saveur des choses et de sentir en elle tout un engouffrement de vie.
 
©Michèle Freud
 



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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 06:40
Le peuplier – Michèle Freud
 
 
 
 
Il y avait une fois un peuplier qui se dressait au bord d’un champ. C’était un arbre élancé et si haut que la pointe semblait caresser les nuages. Il resplendissait quand le soleil l’inondait d’une pluie d’or. Les feuilles, alors, étaient comme des palpitations de lumière. Sous la brise, elles s’agitaient telles de petites mains qui jouaient sur une harpe invisible, une musique légère et pétillante.
Certains disaient que le vent avait caché dans les branches, le sourire des étoiles.
 
Mais un jour, c’était au début du mois de mars, un violent orage éclata brusquement et l’arbre immense reçut un terrible coup de foudre. Il ne s’en remit pas. Il resta debout quelques jours encore et puis il se coucha dans son habit de feuilles naissantes. Dans les branches, de nombreux oiseaux bâtirent leur nid, des petits rongeurs y trouvèrent des cachettes. Plus tard, entre les rameaux, poussèrent des fleurs de toutes les couleurs. Ce jardin des délices devint un lieu de rendez-vous apprécié des fées. L’arbre foudroyé continuait de vivre…
 
©Michèle Freud



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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 06:49
Généreuse nature – Michèle Freud
Renaissance – Photo J.Dornac@
 
 
 
Virginie, une lycéenne de 15 ans, après une chute alors qu’elle skiait hors piste, resta deux mois à l’hôpital pour y soigner ses multiples fractures. Elle en sortit dans un fauteuil roulant. Mais le chirurgien affirma que tout dans son corps fonctionnait à nouveau, que c’était elle qui, désormais, possédait la clé de sa guérison complète.
Mais se sentant coupable d’une grave imprudence, elle demeura dans sa chambre, murée dans sa prison intérieure, inaccessible et sourde à tout dialogue. Souffrance des proches. Douleur muette, intense, quotidienne.
 
Un jour d’automne, deux mois après son retour d’hôpital, sa mère eu brusquement une intuition irrésistible. Comme une folle, elle conduisit Virginie dans le verger et s’en alla aussitôt, la laissant seule, immobile, inerte dans son fauteuil. Les minutes s’envolèrent. Et puis, comme par magie, une brise légère se mit doucement à caresser la jeune fille. Son visage sembla frémir, elle leva les yeux et regarda autour d’elle. Elle découvrit ainsi la grande prairie du ciel et ses nuages-fleurs, elle vit les arbres et les feuilles flamboyantes. Il y avait de la couleur partout. C’était beau, si beau qu’elle n’en finissait pas de regarder, encore et encore comme si elle voulait dévorer le paysage et s’en gaver jusqu’à plus faim, jusqu’à plus soif. Soudain elle sentit en elle tout un remue-ménage : ça pleurait, ça gémissait, ça bouillonnait, ça chantait. C’était la vie qui reprenait ses droits. Alors elle ouvrit tout grands ses yeux, ses oreilles, ses bras, son cœur pour accueillir cette bonne vie qui jaillissait. Et puis elle contempla ses jambes, ses pauvres jambes qu’elle avait ignorées pendant deux longs mois. Elle les palpa, les caressa, leur demanda pardon. Brusquement, du plus profond de son être, surgit un désir, un désir ardent, un désir violent de se mettre debout. Mais elle avait peur, elle hésitait encore à oser ce geste de « déprisonnement », elle hésitait encore à se dépendre de son idée fixe, de son obsession, de ses fantasmes. Alors tout son corps cria : « Ose-donc ! »
 
Elle entendit ce cri déchirant, en fut émue jusqu’aux larmes. Et lentement, elle se souleva de son fauteuil. Avec prudence, en frissonnant, elle posa ses pieds sur le sole et avec une volonté farouche, se redressa. Elle se tenait debout. Première victoire ! Il fallait bouger, maintenant. Mais ses jambes étaient faibles, si faibles qu’elle ne put faire que trois pas. Elle insista et petit à petit, pas après pas, elle avança… Une joie pétillante, explosive, circula dans ses veines. Elle avait réussi, elle marchait ! Quelle sensation merveilleuse de fouler l’herbe moelleuse, de toucher le cœur des fleurs, de caresser les baies d’églantines, de froisser entre ses doigts une feuille de menthe, de respirer amplement, profondément avec jubilation, de goûter quelques perles de rosées, d’enlacer un arbre. Voir, toucher, sentir, goûter, c’était la vie dans tous ses éclats ! Alors, dans le cœur de la jeune fille, il y eut comme un grand tourbillon, comme une vague de lumière qui se déroule. On aurait dit qu’un voile d’enchantement flottait dans l’air et Virginie était belle avec de la joie sur tout le visage…
 
Ce fut dans une envolée de feuilles de toutes les couleurs, qu’elle prit le chemin de sa maison…
 
©Michèle Freud



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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 06:45
Le rire c’est magique – Michèle Freud
 
 
 
Sur un banc de bois, au milieu d’un jardin public, est assis un vieil homme, immobile, le regard éteint, le dos voûté sous le poids d’une solitude trop lourde à porter. Les passants lui jettent un coup d’œil indifférent et le laissent rêver seul au désert de son être. Soudain une envolée de rires en cascade retentit dans l’espace. Notes cristallines qui dansent dans l’air, devenu tout à coup frémissant. Et le rire, tel un être vivant, s’approche lentement en s’amplifiant. Il est là maintenant près du banc, incarné dans une petite fille pure et fraîche comme une fleur d’amandier. Le vieux monsieur tressaille, se redresse, esquisse un sourire. L’apparition de cet enfant semble pour lui un rayon de soleil pénétrant au milieu du brouillard. La petite fille ne dit rien mais dans son regard, se dessine le paysage de l’amitié. Brusquement, elle lance des éclats de rire tonitruants qui, telles des girandoles de cristal, montent, montent si haut qu’ils touchent les nuages et peignent sur le ciel gris des tapis d’anémones. Et puis ces éclats lumineux, ces fragments de joie, de bonheur, d’allégresse, retombent doucement en arcs-en-ciel vivants, en éclaboussement multicolores. En regardant ce spectacle insolite où chante la beauté, le monsieur se met à rire, non pas d’un rire gras et bruyant mais d’un rire léger, encore hésitant. Et voilà qu’il se sent renaître à une vie nouvelle, qu’un oiseau bat des ailes dans son cœur. Toutes les larmes qui ruissellent sur ses joues, sont des larmes de reconnaissance envers la fillette, qui en lui réapprenant à rire, en lui offrant son amour, vient de lui réapprendre à vivre…
 
©Michèle Freud



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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 07:12
Le coquelicot – Michèle Freud
Photo J.Dornac©
 
 
 
Tandis que le tonnerre gronde, que des éclairs jaunes strient le ciel obscurci, un artiste, dans sa tour d’ivoire, attend impatiemment, anxieusement, l’arrivée de la pluie, d’une pluie allègre, fournie, qui ne se borne pas à une larme d’hirondelle, comme les autres fois.
 
Depuis plusieurs semaines, sévit une canicule féroce, qui tue, grille et saccage. La terre n’est plus qu’un désert sans vie, un paysage d’apocalypse. L’artiste à faim, faim de verdure, de luxuriance, de cascades géantes. Brusquement, comme pris de folie, il saisit un pinceau et peint goulûment des arbres, des fleurs et des ruisseaux. Puis il s’arrête, rassasié et serein. Alors, amoureusement, les larmes aux yeux, il contemple son tableau ; il le détaille, il s’en nourrit.
 
Soudain, dans un coin du paysage, il découvre avec émotion, un coquelicot, un petit coquelicot, qui de son œil noir, le fixe intensément…
 
©Michèle Freud

 


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