Pris au ciel de ma vie
J’ai suivi une étoile
Filante
Incandescente
Une étoile étincelle
Cruelle
Artificielle.
Ai déployé mes ailes
Via le grâce promise
Conquise, alanguie.
Faim de suc et de fruits.
J’ai poursuivi l’étoile
Filante
Incandescente
Astre surnaturel
Artificiel
Fille de lune, de nuit.
Puis le jour a jailli.
Finis les rêves de balades
Les lèvres rouges, acidulées
Ingrate destinée
Aphrodite a muté
En une amère marmelade.
Pris au fiel de mes jours
Poèmes et discours
Me suis brûlé les ailes sur l’écorce d’un fruit.
C’est une place nue, à bien d’autres semblable
Clôturée d’une haie de gravas et de sable
Hérissée ça et là de houppes de coton
De gerbes de lavande et bouquets de chardons.
Rendues par la marée
Pièges de corde, d’algues séchées
Échardes redressées telles les dents du Diable
S’enlisent les trophées de chasses redoutables.
Un bouton de vareuse
Arraché au poitrail d’une mer lépreuse
Creuse la fosse d’un cimetière
Larme de cendre dans la poussière.
Jadis les réfugiés
Espagnols fuyaient
Une horde fasciste, sauvage, sanguinaire.
Ils furent cantonnés sur les plages de l’enfer
Harcelés, humiliés, tenus en laisse tel des chiens
Les tempes noircies de poudre sous le feu des gardiens.
Argelès sur Mer.
Mémoire de l’histoire par le temps effacée
Aujourd’hui les marsouins viennent ici s’échouer.
Sur les plages blessées fleurent des immortelles.
Traitreuses félonies
Trompeuses litanies
Que nous soit révélée du côté de l’obscure
L’énigme retenue dans les pages impures
Du quotidien d’ici : le journal de midi.
Traqueur insatiable de photos délétères
Gazette, ramassis d’aveux et commentaires
Y trônent à la Une les potins de canton
Machins insignifiants dont nul n’aurait rien su
Si de braves journaleux les avaient tenus tus.
Petit d’Homme s'y plonge avec délectation.
Accidents de trottoir
Survenus sur une place ou au coin de la rue
Bolides écrabouillées sur la route nationale
Chiens perdus et ancêtres égarés dans le soir
Pêcheurs aventureux emportés par la crue
Crimes dans le bacchanal des fêtes de carnaval…
Rien n’échappe au lecteur friand des bouts d’histoires
Des brèves d’écritoire saupoudrées de détails
Qui savent exhauster le parfum de la vie
D’une pointe de piment, bousculent ses entrailles
L’élèvent au sérail des Mille et Une Nuits.
Petit d’Homme badine.
À l’automne complice, le ciel s’engaillardit.
Brume, pluies et brouillard abreuvent les colonnes de sombres tragédies.
En la saison d’hiver, parcourir la rubrique se confond en délices.
Fractures et contusions se multiplient par dix.
Éclosion du printemps
Et le doute malin trouble l’eau du calice.
Petit d’Homme trépigne.
Voir les arbres fleurir égare l’ingénu en tergiversations.
« En avril il fait frais… peut-être une gelée, l'espérance d’une glisse ?
En mai il pleut assez pour un affaissement ou une inondation !
Avec de l’imagination… »
Mais la veine tarit lors s’enflamme l’été.
L’affaire tourne au vinaigre, bouillonne, s’envenime.
Touffeur cruelle de juillet
Canicule au mois d'août
Et encore aux vendanges suer à grosses gouttes.
Petit d’Homme fulmine.
Aveugle à l’évidence d’un soleil fanfaron
La rubrique persiste avec ostentation.
Peut-être une coquille, une erreur d’impression ?
Hachurant au scalpel chapeaux et reportages
Petit d’Homme humilié laisse éclater sa rage.
« Adultères, naufrages, volcans dans les alpages
Que s’écrive au grand jour la mystification
Et que soit mis au ban l’odieux scribaillon
Perfide qui enfante des drames hors de raison :
Faits d’hivers en été : il n’y a plus de saisons ! »
Les nuages s’étiolent en un lit de filasse.
Assommé par l’ennui, d’humeur vagabonde
Le gamin encombré de sa maigre carcasse
Adresse à son reflet, à l’autre dans la glace, un soupir de guerre lasse.
Indolent il rêvasse, en poche une fronde.
L’arme de bois et de métal est aussi froide qu’un coutelas.
Enveloppée dans un mouchoir
Il l’avait dérobée à un vieux quincaillier, blouse grise, lunettes noires
Recélée sous le drap, oreiller, matelas.
L’ivresse le saisit d’une fugue prodigue, farouche, exutoire.
Quelques instants volés au temps, une poignée de seconde
Il se met en campagne, prêt à vaincre le monde.
Une pierre ronde sur le chemin
Pour accomplir son destin.
À bout portant la faire jaillir
Pour atteindre l’oiseau, seulement l’estourbir.
Blessé en vol suivre sa chute, le recueillir.
Picorera gourmand, dans le creux de sa main
Des moucherons bien secs
Des miettes de pain
Pincés à coups de bec.
Il viendra se nicher au creux de son épaule
Piaillera à tue-tête dans la cour de l’école.
Émergée du néant, une ombre l’a suivi.
C’est un barbon sans âge, un spectre, un esprit.
Les rides sur son front écrivent une vie qui touche au crépuscule.
Joues creuses embarbées d’un lichen griffu, bouffées par la mérule
Yeux vitreux égarés, retenus au visage par les sacs avachis qui pendent à ses paupières
Le vieux semble échappé tout droit d’un cimetière.
Appelé par l’intrus, l’enfant presse le pas.
Cette voix d’outre-tombe, il ne la connait pas.
Soudain, par mille éclats, une nuée sauvage éclabousse le ciel.
Comme autant d’artifices surgis en un mirage
Les plumets écarlates irisent le paysage
D’un bouquet flamboyant, déluge d’étincelles.
Volubile, l’ancêtre raconte le voyage des loriots de passage
Les pays qu’ils traversent, les monts, les océans
La pluie, le froid, la soif, bientôt l’épuisement
Les graines mendiées, colportées par le vent
Les chants au petit jour
Pour se dire bonjour, pour se faire la cour.
Ils implorent le ciel, y reposent les ailes
De la longue traversée qu’ils ont effectuée depuis leur archipel
Puis s’égaillent vers le nord, pour échapper aux guerres
Famines assassines, sècheresse des terres
Fleuves de sang et de viscères.
Nomades ou fugitifs, ils rêvent d’un rivage où se partagent en paix
L’école pour les enfants, le boire et le manger.
Nombreux se sont perdus en Méditerranée.
Glissant une main penaude dans le pli du blouson
L’enfant tient camouflée la fronde dont l’empreinte trahit son intention.
De ses doigts il triture, écorche le cordon.
À coups de griffes, sans rien en dire
Plante ses ongles, le déchire.
Et l’ancêtre s’éloigne, rejoint les créatures qui comblent sa passion.
Depuis, quand dans la nuit
Un astre rougegorge palpite tel un fruit
Le cœur tourneboulé au souvenir de l’homme
Me reviennent en écho les mots de ce fantôme.
L’enfant soudain grandi le salue d’un merci.
La bohème, je rêvais
Le temps de vivre, en badinages
Love me tender, pour un mirage
La non demande en mariage.
Il suffirait de presque rien.
Les feuilles mortes
Au petit bois de Saint-Amand
Couvrent les larmes des vieux amants.
Tu m’as appris avec le temps.
Branle-bas de combat dans la fourmilière.
Au solstice d’été
Des musiques et des chants
Des rythmes tambourinés
Rondes écervelées dansées par les enfants
Ont plu, éclaboussé, jusqu’en fond de bruyère.
Qui donc ose la fête plutôt que travailler
S’offusquent les prévôts ?
Lesquelles de paresser
Quand le temps est au beau ?
Les herbes bruissent dans le pré.
Cliquetis de semelles
Marche guerrière cadencée
La tribu de fourmis au matin s’est lancée
À l’assaut d’un hameau flanqué d’une citadelle.
Que se passe-t-il donc dans cette maisonnée
Qui ait pu alerter gardes et sentinelles ?
Deux petites dit-on, à l’âme pas très sage
Se seraient, au printemps, converties en cigales.
Pliés toiles et bagages
Emballés dans des males
Pinceaux et maquillage
Les voici qui s’enjouent pour le rêve frugal
D’exotiques rivages.
Effroyable présage !
Les fourmis n’y ont cru, les ont vilipendées
Prises au dépourvu, vertement houspillées.
Chantez dans le soleil, ont-elles prophétisé
Et vous saurez bientôt, à l’heure de danser
Le sort des imprudents
Quand s’installe l’hiver et que griffe le vent.
Mais voilà, les cigales ont du tempérament.
Demoiselles n’ont cure des discours édifiants.
La décision est prise : nous partons sur le champ !
Affables les fourmis
Qui malgré ce qu’on dit
Savent se révéler de bonne composition
Leur ont offert des fruits
Des paniers en osier, garnis de provisions
De fines perles de miel, enrobées de pollen
Petits paquets de graines
Aiguilles et rubans, un écheveau de laine.
Bulles légères, cristallines, écloses en vers d’une fontaine
Les filles ont célébré le verre de l’amitié
Les lendemains sans chaines
Le vent de liberté.
Bonne route les cigales, petites sœurs des hirondelles !
Chantez l’été,
Dansez l’hiver
Nous viendrons vous rejoindre quand pousseront nos ailes.
Un oiseau s’est posé sur un fil barbelé.
Un oiseau alouette
Ou bien une fauvette
Une bergeronnette ?
Un oiseau funambule sur un filin d’acier.
Boule de plumes minuscule, perché en équilibre sur une pointe acérée
Il frappe à coups de bec les mailles du filet
Tendu par la faucheuse pour répandre l’enfer
Sur les yeux, dans les cœurs, le cortège des mères.
Un oiseau s’est posé sur un fil barbelé.
L’oiseau piaille à tue-tête le matin renouveau
Les larmes asséchées du printemps, de l’été
Reddition des corbeaux.
Un oiseau s’est posé sur un fil barbelé.
Il lance - Plus jamais ça ! à qui voudrait l’entendre
Mais qui ne l’entend pas
Qui ferme les persiennes sur les visages tendres
Des enfants oublieux accrochés à leurs pas.
Un oiseau s’est posé sur un fil barbelé.
En une ode à la vie, violée par les barbares
Son chant ferme les plaies
Stridule l’Hymne à la Joie.
Pénitences avares
Retenues à l’instant des rêves de tendresse
Les âmes se déploient
Les mémoires se noient dans le Livre Néant : Il était une fois
La sagesse abandonne la raison à l’ivresse
Des feux, bénédiction, éphémère liesse
Procès avant-coureurs des guerres aux indigents : Une dernière fois ?
L’oiseau s’est envolé dans le ciel barbelé.
Accablé, il s’efface lors s’agitent les poings
Et son chant à l’aveugle piaille : Plus jamais ça !
Si j’avais su combler le vide, le silence
Si je disais tout bas, lors tu es près de moi
Les mots immatériels qui bouleversent les sens.
Si mes yeux se posaient à l’instant de ta voix
Aux traits de ton visage, un air de je n’sais quoi.
Si tu plongeais dans mon regard
Succombais à l’émoi
De l’esprit qui s’égare
Qui demande pourquoi.
Si tes lèvres cherchaient le baiser qu’elles inspirent.
Deux notes de ta gorge échappées ; un soupir.
Si les paupières closes tu inclinais la tête
Soulevais les talons, toute entière à ta quête.
Et si tu m’enlaçais pour mieux tenir à moi
Faisais glisser tes mains déployées en étole
Sur ma nuque fragile, mon buste, mes épaules.
Émue à mon émoi
Si tu entrais en moi.
Si ce baiser surpris s’étendait à ton corps
Si le parfum sucré niché entre tes seins
En demandait encore
Pour m’enivrer à cœur, grisé… tendre dessein.
Si tes pas te guidaient au seuil de notre nid
Rivages coquelicots où se peignent nos nuits
Du bout des doigts lisais les lignes de ma chance
Hésitante soudain… pudique adolescence.
Si tu étais ici…
Caressant du regard les crêtes, les vallées blanches
Dormantes sous le drap, froissées en avalanches
M’appliquerais fiévreux au dessin de tes hanches.
Dévoilant au hasard quelques fruits savoureux
En cueillerais la pulpe, gourmand, méticuleux.
Et puis par mille touches, brûlant, noyé de fièvre
Étourdi mais ravi, savourerais tes lèvres.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...