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31 juillet 2023 1 31 /07 /juillet /2023 06:43

Recension : - Claude LUEZIOR – Au démêloir des heures –  Postface Alain Breton -  Liminaire de l’auteur - Editions Librairie-Galerie Racine -Paris- Illustration Diana Rachmuth – Format 13x21 – Nombre de pages 93 -  Avril 2023 –

 

 

Après son remarquable ouvrage : - Sur les franges de l’essentiel. – suivi d’ – Ecritures – Claude Luezior nous revient avec une œuvre clé de haute et forte densité – Au démêloir des heures – un temps de questionnement qu’il dépose devant nous entre la vie, la survie et la pertinence de la folie. « C’est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fou. » nous rappelle Erasme, lorsque « L’esprit de l’homme est ainsi fait que le mensonge a cent fois plus de prise sur lui que la vérité. »   

Le rêve nous transporte toujours au-delà de nous-même, il surpasse le commun et nous place devant le miroir aux illusions. Le poète nous le confirme, nous vivons dans un monde masqué de doute, la permanence d’une pantomime, juste est de constater que le carnaval est permanent au pays des bouffons.

Claude Luezior donne la cadence à ses vers ainsi qu’il ressent le rythme de la vie, dont les rituels barbares ne sont jamais très éloignés. Notre poète déploie ce don d’user de subtiles métaphores, son langage se déroulant dans un rythme fractionné, se veut parfois quelque peu hermétique et pourtant il se fait révélation.

Dans les rêves mystérieux de la nuit scintille toujours une petite lueur « scories » repoussant les impossibles, les interdits où le poète va toujours au-delà des silences.

Le temps, éternel dilemme, si long et pourtant si fuyant, ne cesse de nous surprendre. Le poète le confirme, ça le rassure, il serait bon d’écarter l’heure qui bat au rythme du cœur. L’existence ne laisse parfois même plus le temps du rêve, il passe silencieux et déjà il s’efface. « Le temps de se perdre de suspendre son vol.../... »

Claude Luezior a son mode d’expression, son code d’écriture, il nous surprend, nous atteint en revers par la bande, il faut savoir et pouvoir mériter sa poésie, elle ne se donne pas, comme une jolie femme elle se livre au jeu des désirs «.../... paradis des sirènes ? »  

La poésie ne porterait-elle pas ses accents de folie d’orgueil et de vanité, dansant avec les bouffons et les farfadets. Cependant ne nous méprenons pas elle nous oriente toujours vers la vérité, qui transmute dans l’athanor de l’alchimiste-poète, avec en perspective ce vieil espoir de voir la parole se transformer en or.    

Parfois Claude Luezior s’abandonne, il se libère, il conjure le sort et défie les outrances,

les démesures, il joue de la dérision et provoque les marabouts de toutes obédiences, jusqu’à la délivrance.

Amoureux inconditionnel de l’art et de la peinture notre ami nous brosse d’étranges scènes en variations multiples, il compose des requiem, des aubes neuves, des horizons nouveaux « la lueur déchire les tulles de l’horizon c’est l’outrage » Il ose parfois le sacrifice jusqu’à la décapitation du soleil sur un horizon sanglant.

  Par la poésie il est possible de créer un monde étrange et singulier de renverser les codes, d’ouvrir les portes du fantastique et de l’imaginaire « Le fou des cartes en mon royaume aurait-il les clefs ? »

Claude Luezior joue avec la transgression, outrepasse les règles, déambule comme un somnambule ébloui qui bouscule l’ordre établi.

Le temps du grand questionnement s’impose, tout est vulnérable, par la parole cryptée le poète serait-il le gardien inconscient d’un langage rescapé, serait-il le conservateur des anciennes connaissances, des anciens savoirs alors que tout va sombrer dans le despotisme  de l’intelligence artificielle et de la numérisation qui s’effacera probablement dans vingt ou trente ans ! Jamais la mémoire ne fut autant en péril. « Tant que nos osmoses partagent leur destin nous recréerons l’éphémère. » Nous sommes dans un monde en perte de mémoire.

Restons sur le degré de la dérision et si les tatouages étaient les garants d’une certaine mémoire des signes et des sentiments. « devant moi cette présence tatouée d’encre mutante »

Le poète a ce besoin de préserver sa part d’innocence, d’étonnement, tel un enfant il boit au sein de la vie, symbole de pureté parfumé d’encens comme une chevelure de femme.

Puisse encore Claude Luezior nous conduire sur les voies détournées allant jusqu’ « Au démêloir des heures » où nous boirons aux sources de la lumière et de l’éloquence.

Nous pourrons croire alors que « Ce fut le jour d’après le grand silence : un jour d’apothéose, peut-être. »

 

Michel Bénard.
Lauréat de l’Académie française.
Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

     
 
 
 

 

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14 juillet 2023 5 14 /07 /juillet /2023 06:45

Recension :  - Jeannine Dion-Guérin Silence à haute voix – Editions Editinter - collection poésie – Illustration couverture Marie-Geneviève Simon-Ballou - nombre de pages 119 – format 14x21 – Mai 2023 –

 

Prétendre aborder un poète de l’envergure de Jeannine Dion-Guérin demande toujours

de l’ humilité, du respect et beaucoup de recul. Car elle appartient à ce cercle très restreint des Princes de la Poésie et croyez bien que ce titre n’est nullement usurpé.

Le grand poète belge Auguste Marin, ne disait-il pas : - Il y a toujours péril à parler d’un poète. Certains êtres, il faut les aimer de loin, d’aussi loin que le silence. -

Voici des ans, des lunes, que je connais la poétesse Jeannine Dion-Guérin, que nous avons souvent échangé pour nous retrouver sur le même chemin, celui de la haute poésie, sur la même fréquence et pourtant dès qu’il s’agit de l’aborder au travers de son œuvre, d’effleurer donc la femme, alors je me sens le besoin de prendre de la distance, car avec Jeannine Dion-Guérin nous touchons au suprême, nous croisons un haut chant de poésie.

Elle a le don de la transcendance avec les gammes de pureté ne révélant que l’essentiel. La note juste et intime.

Une nouvelle fois, avec son dernier recueil – Silence à haute voix – nous démontre si besoin était que sa poésie s’ouvre sur un grand silence épuré, une volonté presque minimaliste.

A la lecture de la poésie de Jeannine Dion-Guérin une énigme m’aiguillonne, car elle a toujours manifesté une certaine complicité avec les corbeaux, ces grands oiseaux si intelligents, il me semble que cela remonte à une période où elle consacra beaucoup de temps et d’énergie à Vincent Van Gogh son peintre d’âme et de cœur. Le corbeau a toujours déposé son mystère sur la poésie de notre amie : - C’est l’heure aux corbeaux, l’aube des matins ambigus qui piaillent à la brume…/… -

Jeannine Dion-Guérin laisse les mots de son imaginaire se mêler aux éléments naturels, recouvrir un galet, l’écorce d’un arbre, perdre leur virginité entre les draps d’un lit nuptial et de marivauder avec l’amour. Elle joue de la métaphore possédant l’art de nous dérouter. Ces mots en goutte-à-goutte finissent par polir la pierre de vie, afin de mieux y graver les initiales de son identité. Son regard s’inspire de l’insolite, des rejets sociétaux, du drame de l’humanité.

L’univers de Jeannine Dion-Guérin s’ouvre à nous en son double sens, imprégné de l’illusion du miroir, de l’image fragile et fugitive, où tout se révèle n’être qu’illusion. J’avoue aimer la facette libertine de notre poétesse malicieuse avec ses clins d’œil là où nous ne l’attendons pas. 

-Ayant du goût perdu le sens au fil du temps s’amenuisant, que me reste-t-il à sublimer sinon le parfum de la « Chose » ? -   

Il faut savoir accepter avec beaucoup de patience le temps qui s’égrène et signer avec lui un pacte de vitalité. Le défi semble absurde, mais à bien y réfléchir il ne l’est pas tant que cela, c’est un acte de bon sens et de bon voisinage. À quoi bon lutter lorsque le verdict de la destinée est inéluctable, mieux vaut composer. Néanmoins la grande question avec Dieu que nous voudrions bon, reste en suspend  et nous permet de douter lorsque que nous dévoilons l’image de l’homme. La vie est souvent masquée comme la nature en automne qui à son déclin nous interprète l’air de l’embellie.

Jeannine Dion-Guérin laisse pousser les vignes vierges jusqu’aux pieds de son bureau, elle  humanise la nature, vois les arbres en prière face au ciel vide et indifférent, mais où est donc Dieu cet éternel absent ?

Dans ses pérégrinations oniriques elle se découvre des lieux communs avec Colette – Bourguignonne, ma sœur éprise d’amour et de verdure – Petits plaisirs fantaisistes de la vie, besoin de croire en l’âme sœur.

Le langage est parfois codé, Jeannine Dion-Guérin y brode ses images, ses métaphores étonnantes, elle fait en sorte de saisir l’éphémère pour en extraire la quintessence.

Il faut se méfier de l’habitude, du quotidien, il faut se renouveler, bien que ce ne soit pas toujours aisé.- Tant de pistes négligées demeurent à arpenter -

Notre poétesse qui malheureusement a déjà connu une guerre lui laissant des stigmates douloureux, se préoccupe de l’actualité et ne demeure pas insensible à l’incohérence et à l’absurdité criminelle des tyrans qui répandent le sang des innocents et jettent la confusion. Comment se peut-il que pour une simple volonté égocentrique et personnelle un seul homme et quelques bouffons puissent mettre en péril des nations, en semant le feu et la mort.

La question reste posée ! Qui apportera une réponse ?

Sans doute la cohorte silencieuse des cœurs et du bon sens.   

Beaucoup de poèmes à double sens sont à lire entre les lignes, d’une image, Jeannine Dion-Guérin nous donne à découvrir son négatif, manière permettant de nous rapprocher du mystère créateur.

Par sa poésie notre amie reste simple et modeste tout en veillant à ne pas tomber dans le piège de consumérisme : - restons « écrivaillon » peut-être mais seul maître à rédiger. -    

Jeannine Dion-Guérin a toujours été une semeuse de vie, une complice de l’amour et même avec l’âge qui avance elle porte toujours bien haut le flambeau d’une lumière d’espérance : -Pourvu que demeure en elle, le plaisir d’écrire. – Elle donne une vie à ses poèmes, ne sont-ils pas ses petits, ses peines, mais surtout ses joies. Un souffle de liberté fleurte avec le libertinage, le plaisir du corps : - Offre-lui du « jouir » les friandise qu’il mérite. - Oui notre poétesse, femme avant tout, peut bien s’octroyer ce droit : - d’en avoir en son temps croqué la pomme. - 

Elle joue et jongle avec les mots, se fait bateleuse et improvise sans partition.

Jeannine Dion-Guérin se met en quête de bienveillance absolue, de pacifisme contrôlé et d’écologie mesurée, loin de toutes velléités et absurdités partisanes : - En finir avec les éclats de voix, de haine des échanges mortifères de répandre les guerres sous de fallacieux prétextes de terres vierges à ensemencer. –

Le doute parfois s’installe, peut-on encore faire confiance en l’homme aujourd’hui trop plein de dilemmes. 

Elle possède ce don de magnifier le Verbe, de le transcender tout en demeurant dans la modestie et la mesure, de détourner les vocables et leurs formulations de leurs sens originels.

Jeannine Dion-Guérin est une éternelle première, sorte de Diane chasseresse inconditionnelle toujours à l’affût du beau, du bien, du bon, du charnel. Dans cet esprit, je resterai sur la marque de fabrique de notre amie, qui est nourrie d’espoir et de confiance en l’Amour et laisserais la conclusion à : - un ultime coït triomphant. –

 

 

Michel Bénard.
Lauréat de l’Académie française.
Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

     
 
 
 

 

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12 juillet 2023 3 12 /07 /juillet /2023 06:29


Editions Copymédia – Format 15x21 – Nombre de pages 107 – illustrations de l’auteure - 2 -ème trimestre 2023 -
 
 
Ce recueil se présente sous la forme d’une sorte de compilation anthologique personnelle où les textes ont été choisis selon des critères de distinctions reçues au fil de diverses joutes poétiques. Nous voici ici emportés dans une turbulence mythologique. Notre poétesse Annick Gautheron déploie son étendard aux armes de la poésie sous « Le souffle de Calliope » muse de la poésie lyrique, libre, insoumise, c’est un signe annonciateur, car c’est bien dans cette perspective que se présente et qu’il faut percevoir l’acte poétique de notre amie. Dans le souffle de la liberté et le droit de rêver.


Notons qu’Annick Gautheron, commence par son inspiration de prédilection l’enfance, les enfants, la famille, ce « Cadeau du ciel » puis évoque les présences mystiques dans les monuments d’antan comme dans l’Abbaye de Cluny, auquel je ne crois pas, je suis justement en train d’écouter au seuil de cette préface : «  Les chants du XII -ème siècle de l’Abbaye de Cluny » composés par Pierre le Vénérable abbé de Cluny.


La plume de notre poétesse nous situe d’amblée au cœur de son jardin d’enfance, là où sans doute elle se ressource pour retrouver la beauté d’une certaine vérité au cœur de l’innocence. C’est ici qu’elle cultive l’espérance, qu’elle ébauche les portraits de l’amour, qu’elle tresse des cœurs dans le ciel.


Inévitablement l’enfance nous conduit, nous projette vers le futur, alors que le nôtre est bien compromis face à cette équation de l’absurde, même le vieux sage ne sait que répondre à l’enfant qui le questionne, sinon que ce monde altéré, violé, exsangue, est le résultat de la cupidité, de l’ignorance et de l’inconscience des hommes : « Dis, Monsieur Rabhi, pourquoi le bleu de ta planète disparait ? » force est de constater : « Mon cher Petit Prince...c’est seulement... la folie des hommes... »


Notre poétesse se surprend à parler aux pierres, aux arbres, aux oiseaux, ce qui nous révèle un petit côté Saint François d’Assise. Cette poésie englobe les présences énigmatiques ressenties dans les vieilles pierres, auxquelles elle donne la parole « Et le temps m’emportera » pour la maison en ruine, le « Manoir infâme » ou « Le moulin du poète », l’Abbaye de Cluny dont l’ombre étend son recueillement sur la poésie d’Annick Gautheron dans les murmures inspirateurs des chants grégoriens. Il n’est pas rare de voir sa poésie passer de l’image afin de se conjuguer avec le verbe. Dans chacun de ses poèmes, il y a une notion de voyage, de découverte de l’inconnu.


La poésie est une surprise qui s’entretient, qui contient toujours un parfum d’innocence, d’étonnement, qui se construit de façon informelle aux sources de l’éphémère, où se compose un nuancier aux couleurs de la mer, du soleil et du ciel, telle est sa conception et composition en forme de liberté : « Relis mon petit poème de liberté, envole-toi pour un voyage rêvé. » 


Prose et poésie se mêlent effrontément, mais se complètent judicieusement. Lorsque la poésie se veut musicale, la prose se fait princière, elle est un refuge qui sécurise, mais également une pérégrination vers l’inconnu. Un vent marin souffle parfois sur les voyelles de la poésie en lui insufflant l’image du voyage.


A la poésie nous pourrions associer l’illustration. Toutefois Annick Gautheron demeure assez discrète sur le fait, elle ne veut rien nous démontrer sur cet aspect graphique, ce n’est qu’un petit supplément à son arc loin d’être négligeable, car par ses compositions en technique mixte, collages, assemblages, photos, pigments divers, notre amie offre une petite touche originale à ses poèmes, c’est une note de fraicheur réhaussant l’esprit.


Annick Gautheron est une perfectionniste, souvent habitée par le doute, l’incertitude, mais toujours en quête d’absolu. C’est une voyageuse qui ferme les yeux et se laisse bercer par ses rêves. Peut-être est-ce une manière de suspendre un peu le temps.


Tout rêveur qu’il soit, le poète n’échappe pas aux coups de boutoirs du cycle de la vie, alors naissent sous sa plume des fragments d’existences, des drames, des joies, des promesses, des détresses, des trahisons, des amours incertaines marquées des stigmates incontrôlés.


L’Amour clé de voûte de l’humaine condition ! L’Amour et la Liberté, thèmes dominants du jardin intime de notre amie. Néanmoins et afin d’entretenir le foyer du désir, je ne vous révélerai rien de plus sur : « Le souffle de Calliope » et j’en resterai à ce texte « Je suis un Poème LIBRE » qui me sensibilise beaucoup, parce qu’il se présente à contre-règles, justement au nom de la Liberté.


Conclusion je n’ai aucun doute sur le fait qu’Annick Gautheron adhère à cette vision, que le poète, comme le peintre, doivent faire en sorte que la beauté devienne visible.

 ©Michel Bénard.       
 

 

 

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3 juin 2023 6 03 /06 /juin /2023 06:28

 

©Michel Bénard.       

 

 

 

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24 avril 2023 1 24 /04 /avril /2023 07:25

Peinture d’Eliane Hurtado

Ce poème de Michel Bénard est dédié à Eliane Hurtado                                
 
 
 

 

©Michel Bénard.       

 

 

 

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17 mars 2023 5 17 /03 /mars /2023 07:29

ouvrage bilingue franco-russe) – Éditeur Conseil des Poètes et Paroliers, S.A.P.F. –  Préface de Valéry Dvoïnikov – Dessin de couverture Anne-Marie Weyers – format 15x21 – 99 pages – 4ème trimestre 2022.

Des rires de jeunesse, des jambes de femmes,
Des regards de douceur, des rencontres d’amis,
Puis l’amour, puis la vie.../...     JCD.

 

Le poème liminaire du dernier ouvrage de Jean-Charles Dorge – Les sabots dans la masure – est annonciateur et s’offre à nous telle une explosion d’amour, une révélation, un éblouissement intérieur ; une femme en devient soudain la révélation : Elena !


Ce recueil est traduit en russe, preuve d’un bel éclectisme, d’une volonté d’unité et d’ouverture intelligente en ces temps - hélas ! - où nous sommes encore confrontés à l’ignorance, l’obscurantisme et où nous avons tristement tendance à faire des amalgames entre une quête profondément humaniste et les dissonances de l’histoire.  


Les poètes, les artistes, les créateurs ne sont pas responsables des errances incertaines, douteuses et dangereuses générées  par l’avidité inextinguible  de leurs dirigeants.


Installons donc notre campement dans le pays de la poésie où «Les champs d’orge parfument l’air de Paris» !


Jean-Charles Dorge n’est pas loin, dans son expression pastorale, de nous faire songer au grand penseur et poète Philéas Lebesgue, auteur de Mes semailles.


La symbolique du sabot nous situe dans un espace où flotte une certaine rêverie nostalgique, les vibrations du temps passé serti de regrets. La note est donnée : « Les cœurs dansent dans les sabots... ». Le ton s’impose, la plume du poète amorce un retour sur la mémoire où le vin de la joie enveloppe de ses brumes les rêves. « Des pipes fument.../...on rit, on trinque, on chante.../... ».


Voici un ouvrage attachant, qui sent bon le terroir, la terre fraîchement labourée, les blés moissonnés sous le soleil d’été, la senteur des foins coupés et les odeurs d’antan, celle du bon pain de campagne, du lard fumé, du pot au feu au coin de la cuisinière en fonte.


Les poèmes, de factures diverses, évoluent au rythme de la vie : des rires d’enfants, des femmes aux belles jambes et robes affriolantes, des larmes de joie, de peine et d’amour. Le poète se met en observance et chaque bribe du quotidien nourrit et alimente son moulin à poèmes.


Voici aussi qu’il se fait parisien et place ses pas dans les empreintes des grands ainés du passé, où flottent toujours leurs ombres à la Closerie des Lilas. Bonheur pour le lecteur de croiser les scènes de vie au fil d’un chemin de hasard, de rencontrer des artistes, des badauds, de regarder passer les bateaux sur la Seine, de s’enivrer des parfums de femmes, que le poète observe d’une terrasse de café ; le tout noyé dans les effluves des rues. Que serait Paris sans ses          « putains noires  ou blondes  montrant leurs jambes vagabondes .../... où coule une odeur de pas perdus » ?!   


Dans ses errances rêveuses, le poète nous gratifie d’une petite balade poético-géographique, nous entraînant du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest : Picardie, Alsace, Provence... .


Il est bon, parfois, de retourner sur les pas de l’enfance, de retrouver les jeux avec les copains, les premières petites amoureuses et les odeurs de confitures.  


Certains poèmes plus légers respirent et jouent avec les échantillons de nos existences. D’autres sont  plus graves, solennels ; ils aimeraient voir un monde plus sage et responsable, plus apaisé ; ils souhaiteraient voir sécher les larmes et enterrer les armes.


Ils ne portent plus de sabots, ou - pour le folklore - à la fête du village, mais le constat est flagrant : les paysans, aujourd’hui, s’absentent de leurs terres en raison des charges pléthoriques, des endettements forcés, des impôts suicidaires, sans parler des normes crucifiantes, du réchauffement de la planète et d’une écologie hystérique irréfléchie et non maîtrisée. Cependant le poète voit juste car le paysan est bien le seul à être « nécessaire au futur du vivant, lui seul peut obliger les menteurs à se taire, il fabrique le vrai quand ils sèment dans le vent ». Oui, « il faut urgemment revenir à la terre ! ».       


Les parfums de la terre seraient inexistants s’ils ne se mêlaient pas à ceux de la mer, des algues et du sel, qui passent comme un rêve d’écume.


Vivre, vivre est le leitmotiv du poète, constatant que nous sommes bien trop confiants et que nous ne nous méfions pas assez du temps, qui, silencieusement, avance sournoisement en défiant le tic-tac et faisant bonne figure, jusqu’à nous retrouver face au miroir des illusions, où il ne reste dans la mémoire que les traces d’une sonate d’enfance.


L’évidence nous rattrape : combien même le poète se ferait-il voyant, il ne peut pas tout voir, en particulier dans le cœur bien souvent trop noir de l’homme.


Gageons alors que la poésie demeure encore l’ultime moyen de l’illuminer !

 

Michel Bénard.
Lauréat de l’Académie française.
Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

     
 
 
 

 

 

 

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19 février 2023 7 19 /02 /février /2023 07:44


« Que penser d’un monde
Où l’on mutile les statues,
Où l’on brise la roue d’éternité.
Elle est si fragile la Paix,
Si furtive, comme un reflet
Sur un miroir brisé.../... »

M.B
 
Chères amies et chers amis des Arts et de la poésie.
 
Permettez-moi de vous informer de la publication de mon dernier ouvrage :
 
« Les soies de l’imaginaire. »
( bilingue franco-roumain.)

 


Préface Adrian Dinu Rachieru – professeur émérite de lettres et critique littéraire.
Postface et traduction -Manolita Dragomir Filimonescu- professeur de français et traductrice.
Editions ArtPRess -2022-
 
Bonne réception. Très poétiquement vôtre.

 


PS : Vous pouvez faire suivre ce courriel sur vos adresses amies susceptibles d’être intéressées.
 

©Michel Bénard.                                  
 
 
 

 

 

 

 

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8 février 2023 3 08 /02 /février /2023 07:43

Une pensée multidimensionnelle et transdisciplinaire

 


 

« L’art n’a pas de pays, n’a pas de frontières. À mon sens, l’art est la seule chose qui peut créer l’humanisme transcendant et qui nous fait découvrir l’ultime sens du sacré.»
                                                                                                                      Malcolm de Chazal.
 
Ces bien modestes lignes ne sont que les fragiles reflets d’un hommage rendu à Jeanne Gerval Arouff pour sa remarquable étude : « Pour MALCOLM de Chazal l’essentiel monolithe. » Cet ouvrage publié en 2022 est toute la résonance d’une vie de reconnaissance et d’admiration. Car l’auteure découvre ce grand esprit universel vers 23 ans alors qu’elle était encore étudiante.


Je ne reprendrai pas ce qui a déjà été écrit brillamment par la poétesse, écrivaine et essayiste Dana Shishmanian, dans la préface du livre, tout simplement je me laisserai porter par mon ressenti au fil de ma lecture, au rythme de l’esprit et du cœur.


Malcolm de Chazal est un personnage singulier, insaisissable et cependant tellement attachant d’idéal et de passion.


Quelle plus belle preuve d’admiration et de respect puisse démontrer une artiste à ce génie qui est une référence, un guide intellectuel et spirituel, sinon lui consacrer un livre de haute tenue, c’est exactement ce que fit Jeanne Gerval Arouff pour ce penseur mauricien hors normes, défiant toute logique, le philosophe, le poète, le peintre tardif mais étonnant. Malcolm de Chazal, qui pense avoir « trouvé le fil d’universalité... le Principe-Homme », est en quelque sorte un chercheur d’Absolu, un esprit mutant, considéré comme un excentrique sur son île mauricienne et reconnu en France par des écrivains, penseurs et artistes tels que Jean Dubuffet, André Gide, Léopold Sédar Senghor, Jean Paulhan, André Breton, Gaston Chaissac, Jean-Marie G. Le Clézio, Olivier Poivre d’Arvor, etc. etc.     


Esprit d’exception, Malcolm de Chaza, est tout à fait conscient que toutes les choses qui sont les plus importantes pour l’humanité, passent le plus souvent totalement inaperçues. Cependant il n’en démordra jamais : « La poésie seule peut sortir l’humanité de l’abîme où elle se trouve car elle est la seule puissance rédemptrice ayant seule la clé de tout. » « Créer est le seul domaine où il faut se déposséder pour s’enrichir. » La poésie doit demeurer abordable et s’ouvrir sur le cœur.


Malcolm de Chazal dans l’esprit du philosophe Swedenborg croit au principe de « L’homme universel », c’est son côté anthropique, mais il écrit : « L’homme a été fait à l’image de Dieu. » Et il poursuit dans le même élan : « La nature a été faite à l’image de l’homme…/... ». Petite objection à ce propos, il me semble plutôt que ce sont les hommes qui ont créé une image de Dieu, pour servir et justifier en toute bonne conscience, leurs actions ou exactions.


Le parcours de le vie intellectuelle de Malcolm de Chazal fut très marqué par la pensée du philosophe mystique Swedenborg. Ainsi il voit en l’homme la mesure de toute chose, sorte de mètre étalon, c’est la mesure de la connaissance. Ici la priorité est donnée aux sensations. Dans l’œuvre de Malcolm de Chazal le dépouillement particulièrement n’est jamais bien loin, il touche une sorte de nudité divinisée et cosmique qui engendre l’idée du sexe sacral. Ce qui est perceptible dans son œuvre majeure – Sens plastique – où il traverse une période mystique tout à fait significative, dont l’idéal est en fait une volonté d’humanisation de l’art. Poète épris du « Grand Tout », il rêve d’accéder aux noces mystiques, ce qui me conduit à Saint Jean de la Croix. Par ce principe théorique il est très proche de la philosophie zen. Il est fasciné par l’idée du « Grand Œuvre. » Penseur, artiste multidisciplinaire d’une grande ampleur, son œuvre demande une approche progressive. Il possède une vision androgyne fondée sur le principe d’une unité masculin-féminin. Le principe d’un monde global n’est jamais très loin.  


Malcolm de Chazal se marginalisa dès son enfance, il portait déjà en lui un besoin de solitude afin de mieux se plonger dans la source créative. L’idée de poésie est la partie dominante dans son œuvre, il va chercher les matériaux de ses poèmes dans une sorte de jardin intérieur épuré, une piste dans le désert, un refuge aux pieds des météores. Il faut bien comprendre que notre penseur était en avance dans bien des domaines, ce qui l’isole encore un peu plus. Adulé, contesté, admiré, dénigré, il n’en était pas moins pour autant une espèce de réformateur, un novateur de la pensée, passant d’un mysticisme libéré à un panthéisme régénérant.


Il attirait l’attention sur les méfaits d’une modernité incontrôlée devenant la pire pollution de la société contemporaine. Convenez, que nous sommes ici confrontés à un petit parfum prémonitoire.


Sans doute Malcolm de Chazal devait-il se sentir limité, un peu à l’étroit dans ses disciplines initiales, la philosophie, la littérature et la poésie etc., alors il lui vint comme un défi le besoin viscéral de pratiquer les arts graphiques, de faire parler lignes, volumes et couleurs. Tout à son honneur, il n’eut jamais de prétention quant à l’art pictural et reconnaissait volontiers son manque de formation, d’ailleurs ne disait-il pas : « En peinture, il ne me fut pas donné d’avoir des professeurs, d’où ma qualité d’autodidacte. » Aujourd’hui si nous devions situer l’œuvre peinte de Malcolm de Chazal, il serait placé parmi les peintres dits singuliers, naïfs ou art brut, nous pourrions aussi songer au mouvement COBRA, d’ailleurs ce n’est pas tout à fait par hasard qu’il se rapprocha de Gaston Chaissac et Jean Dubuffet, précurseur de ces mouvements à contre-courant. Malcolm de Chazal se rapproche d’un art épuré, simplifié, il veut pouvoir peindre comme les enfants, simplement, sans calcul, naturellement, loin de toutes formes esthétiques. Sa conception est une recherche de la peinture-poèmes, du poème-images. Pour lui ce qui est considéré comme un crayonnage enfantin est l’apogée de l’expression libre. Par cette vision « naïve » il y voit un art qui s’ouvre vers l’universel dont les images surgissent de l’inconscient : « Par la couleurs j’ai le verbe immédiat. » Vous constaterez que la poésie est toujours présente. Retourner au jardin de l’enfance pour peindre comme un enfant et fermer les yeux pour éclairer les étoiles, tel était le rêve intérieur de Malcolm de Chazal, créer des images nouvelles, une effervescence stylistique et chromatique différente.


Néanmoins, si la peinture occupe désormais beaucoup de place dans le champ de ses nombreuses activités, la philosophie reprendra ses droits, afin de rester un homme droit et debout. Il reste cependant prudent, voire distant envers les erreurs philosophiques. La réflexion philosophique conduit irrémédiablement sur des chemins constellés d’hypothèses, qui demandent à être confirmées. Le vide des choses peut vite devenir le plein du cœur et le sens de la vie ne serait-il pas tout simplement rattaché à « La poétique de la rêverie », pour reprendre le théoricien de la poésie de l’imaginaire, Gaston Bachelard. C’est aussi l’idée du retour à l’être androgyne, forme première, voire biblique de l’humanité. C’est la symbolique fusionnelle du conscient et de l’inconscient, de l’intellect et de l’imaginaire, de la raison et de l’intuition. Tout est là, ici je retrouve le grand principe de Nietzsche : « Retourner à l’état androgyne pour renaître – HOMME TOTAL – » l’homme fondu dans le grand TOUT.


Malcolm de Chazal, poète, est un merveilleux créateur d’images et je retiens ici deux extraits significatifs : « La mer avait ouvert ses cuisses et on sentait l’odeur des algues. » ou encore : « Prends-moi nue dit la fleur au soleil avant que la nuit ne me ferme les cuisses. »  


Malcolm de Chazal est ébloui par l’alchimie permanente les métamorphoses universelles. Parmi ses référents je ne peux pas écarter Krisnamurti, ce grand réformateur de la pensée qui nous invitait à nous méfier des philosophies trop excessives et des religions trop dogmatiques, qui ne peuvent que conduire au sectarisme et à l’obscurantisme : «  La vérité est un pays sans chemin ».


Sous forme de conclusion car Malcolm de Chazal est une sorte de massif montagneux à multiples faces dont l’ascension est d’une haute et dangereuse difficulté. Personnage singulier jusqu’à l’extrême, honnête envers lui-même, il avait une aversion pour les honneurs et distinctions qu’il écartait royalement. Dans sa préface de « La vie derrière les choses » Olivier Poivre d’Arvor écrivit : « Il a eu le tort et la grandeur de n’être point commerçant de ses visions. » Mais il avait cette conscience profonde que : « La seule ivresse du poète est l’inspiration. »
Il y aurait tant et tant à écrire, à dire sur un homme à l’esprit kaléidoscopique, à la pensée tentaculaire, cependant je conclurai ici en rendant hommage à celle qui fut son rayonnement, son alter égo, car il est impossible de ne pas louer la clairvoyance de Jeanne Gerval Arouff, artiste également, peintre, sculpteure, et femme de lettres, qui fut comme une sorte de troisième œil pour Malcolm de Chazal. Comme nous le savons les femmes particulièrement possèdent une sorte de sixième sens, des ressentis intuitifs et des visions prémonitoires, les femmes ont cette notion de l’avenir et dans cette perspective, Jeanne Gerval Arouff pressentira le destin d’exception de Malcolm de Chazal. Elle lui consacrera une grande partie de sa vie, et elle vient de publier avec brio un ouvrage qui est une incontournable somme, d’informations, de réflexions, de témoignages : « Pour MALCOLM de Chazal l’essentiel monolithe ». Ouvrage visionnaire, objectif, lucide et pertinent qui nous donne la preuve, si besoin était, que seule une femme écrivaine et artiste est capable d’une telle preuve de compréhension et dévouement.


© Michel Bénard.

 

 

 

 

Publication :
Jeanne Gerval Arouff
« Pour MALCOM De Chazal l’essentiel monolithe. »
Préface Dana Shishmanian.
Facsimilés, documents et illustrations divers.
Format 14 ½ X 20 ½       Nombre de pages 377.
Impression Repro Rapid – Béziers – 2022 –

 

 

 

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30 décembre 2022 5 30 /12 /décembre /2022 07:53

Dessin de Gérard Beaulieu


Blanche apparition,
Gracile silhouette,
Votre âme se profile en filigrane
Aux portes de l’imaginaire,
Là, où naissent les rêves.
Belle comme une espérance
Miroitant sur l’eau claire
D’une oasis ombragée,
Belle comme la musique
De votre corps dévoilé,
Qui se fait symphonie.

 

©Michel Bénard.                          
 
 
 
 

 

 

 

 

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24 novembre 2022 4 24 /11 /novembre /2022 07:41

La guerre de Troie - Sculpture de Liliane Caumont

 

Poème dédié à Liliane Caumont, pour sa sculpture « La guerre de Troie. »

 

 


La guerre de Troie,
Légende homérique ou réalité ?
A l’origine se profile une femme
Belle à damner les âmes,
L’aveugle crédulité des hommes,
L’orgueil, la passion, la jalousie,
Anéantiront la cité troyenne,
Pilleront les joyaux de la reine,
Le feu s’étendra à la terre
Sur les ruines d’un lointain passé.
Reviendra encore l’ombre du pouvoir,
La folie chronique et pandémique
De la sempiternelle désolation,
L’histoire sans cesse se renouvelle,
Génocide des innocents
Subissant l’opprobre et l’anathème,   
Ce sont toujours et encore
Les temps mauvais recommencés,
Les ventres de femmes exsangues,
Les visages de l’effroi face
A l’avancée mortifère des boucliers,
Les yeux stigmatisés
Des mères pleurant leurs enfants
Recouverts de froids linceuls.
La fiancée du vent
Interroge le temps,
Afin de porter simplement
Un regard nouveau sur la vie,
Où l’œuvre prendra tout son sens
En rejetant le spectre de la guerre,
Des exactions, des ignorances, des différences,
Généré par l’épopée humaine.


©Michel Bénard.                      
 
 

 

 

 

 

 

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