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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 07:45
En bout des terres rouges – Michel Bénard
 
 
 
 
En bout des terres rouges,
L’océan !
La grève que ramassent les femmes.
Terme du paysage des savanes,
Des espaces infinis parcourus
D’ombres furtives qui se profilent
Sous la voute étoilée,
Au cœur d’une nuit opiacée.
Des rumeurs lointaines s’élèvent,
Tam-tams, complaintes séculières,
Magiques litanies, monde transfiguré
Par le mystère céleste,
Les braseros des marabouts
Et les prophéties des griots.
 
©Michel Bénard



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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 07:42
Le passage du silence – Michel Bénard
 
 
 
 
                                                   Dédié à la poétesse, essayiste et amie Jin Siyan.
 
 
 
 
C’est le passage du silence,
L’heure des hautes solitudes,
Où d’énigmatiques signes nocturnes
Calligraphient d’inexplicables paysages,
Sur les replis  diaprés
De rêves transparents.
C’est le passage du silence,
L’heure des longues solitudes,
Où doucement s’efface
La silhouette de la lune.
 
©Michel Bénard.

 
 
 
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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 07:45
Victor Hugo et Eros, l’ambivalence d’une enivrante fragilité. – Michel Bénard
Œuvre de Victor Hugo :« Sub clara nuda lucerna », (Nue sous la claire lumière de la lampe)
 
 
«  Elles viennent vous embrassent,
Vous éblouissent et passent.../... » VH(1)
 
L’érotisme chez Victor Hugo est un véritable paradoxe entre la retenue littéraire discrète et la passion humaine et physique effrénée.
L’œuvre dans sa généralité occulte plus ou moins l’aspect sensuel, charnel pratiquement passé sous silence. En filigrane.
Nul n’ignore cependant combien l’immense écrivain, poète et artiste aussi, que fût Victor Hugo avait une renommée bien fondée d’être une forte nature, insatiable amoureux.
Cependant son œuvre est assez peu révélatrice lorsqu’il s’agit de sensualité exacerbée, la sexualité est drapée d’un voile pudique et pourtant Victor Hugo était plutôt très libéré sur le plan charnel, volupté, passion, voire un certain désir de débauche qui ne l’effrayait nullement et d’amours idylliques, puritaines, il basculait aisément à des jeux érotiques des plus sulfureux. Voici ce qu’il en dit :
 
« Ce qu’on appelle passion, volupté, libertinage, débauche, n’est pas autre chose qu’une violence que nous fait la vie. »
 
La pudeur, la retenue est pratiquement de règle avec son épouse Adèle Foucher au début tout du moins, mais pour ses amours illégitimes qui furent, en premier lieu Juliette Drouet la favorite, mais également Léonie Biard, Blanche Lanvin, sans oublier ses odalisques comme la jolie actrice et modèle Alice Ozy (Justine Pilloy) que peignit magnifiquement Théodore Chassériau. Victor Hugo leur écrivit des textes extrêmement sensuels, quant à la révélation de ces écrits il fût des plus discrets.
Grande ambivalence de la vie amoureuse officielle, clandestine et de l’œuvre.
Néanmoins, oui, dans certains de ses écrits il sacrifie au dieu Eros, il suffit de songer au recueil « Les Orientales » au roman « Notre Dame de Paris » avec la troublante sauvageonne Esméralda qui rendit encore un peu plus fou le pauvre Quasimodo transfiguré. Nous pensons aussi à «  L’homme qui rit » où certaines pages flirtent avec l’imagerie érotique de l’époque. Et Victor Hugo souligne :
 
« Platon disait, à l’heure où le couchant pâlit :
Dieu du ciel, montrez-moi Venus sortant de l’onde !
Moi, je dis, le cœur pleure d’une ardeur plus profonde :
Madame montrez-moi Vénus entrant au lit ! »
 
La poésie intimiste chez Victor Hugo transpose un univers pétri de désirs, de pulsions, de fougues, d’énergie émotionnelle, ce dont ne manque pas Victor Hugo, lui qui était habité par une sexualité épanouie et florissante.
Il est bien connu, que durant le XIX ème siècle ses contemporains et lui sont épris de sensations orientalistes, exotiques, liées à une grande soif d’aventure, de rêve et de phantasme.
Victor Hugo écrit :
 
« La liberté d’aimer n’est pas moins que la liberté de penser. »
 
Excellent artiste, Victor Hugo comme nous le savons, dessina ou peignit un certain nombre de nus, sortes d’odalisques selon la tendance de l’époque. Il nous laissa quelques petites ébauches délicieuses et délicates un tantinet subjectives.
Sa fougue sexuelle débridée est tout à fait en adéquation avec son œuvre, puissante, débordante, lyrique, dithyrambique, théâtrale, phénomène qui d’ailleurs est tout à fait approprié à l’esprit du XIX ème siècle dans certaines couches de la société disons bourgeoise, où emprisonnée dans le puritanisme ambiant et l’entrave de la religion, vont se confesser à l’église avec femmes et familles, afin de mieux pouvoir aller s’encanailler au bobinard ou autres salons mondains.
Victor Hugo n’est pas dupe car même s’il les provoque, il a conscience des risques encourus, et voici ce qu’il écrit :
 
« À l’instant où la femme naquit est morte l’innocence. » Elle est «  l’être en qui Satan avec Dieu se confond. »
 
Nous clôturerons ce survol «  érotico-poétique » sur l’image de la remarquable sculpture préparatoire d’Auguste Rodin, puisqu’il s’agit d’un grand plâtre représentant Victor Hugo en vieil homme, intégralement nu, assis sur un improbable rocher, face à une œuvre du célèbre peintre symboliste suisse Arnold Böcklin où le dieu Pan jouant de sa flûte semble inviter le poète pour encore une ultime fois à écouter le chant des sirènes pour vivre encore une fois les folles ivresses de l’amour. Et de conclure :
 
«  Certes, elle n’était pas femme et charmante en vain,
Mais le terrestre en elle avait un air Divin.../...
Elle acceptait l’amour et tous ses incendies.../...
Ne se refusait point et ne se livrait pas ;
Elle savait se faire esclave et rester reine,
Suprême grâce !.../...
Que d’avoir tout donné sans avoir rien perdu !.../...
Et couchée sur le lit, semblait sur une cime.../...
Et c’était la grandeur de cette femme étrange
Qu’en cessant d’être vierge elle devenait un ange. »  (Extraits)
 
Fermons ce paragraphe sur ce qui fut toujours le paradoxe de l’homme qui fut l’un des plus grands poètes de tous les temps.
Pris dans l’étau d’un œuvre existentiellement magistrale et de l’embrasement d’une charnelle et brûlante passion amoureuse.
 
©Michel Bénard.
 
(1) extrait du poème «  Femmes »
Michel Bénard a lu son texte à la fin octobre au Panthéon en hommage à Victor Hugo
 
Je remercie Michel de m’avoir confié son texte pour mon blog. C’est un honneur et une joie (Jean Dornac)

 
 
 
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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 06:45
Au gré de l'astrolabe de Michel Bénard - par Marcella Leopizzi
Marcella Leopizzi
Università di Bari Aldo Moro
 
De monde en monde ‘au gré de l’astrolabe’ pour rencontrer l’Autre.
Michel Bénard et sa recherche de l’universel 
 
L'art ne reproduit pas le visible ;
il le rend visible.
Paul Klee
 
        Préfacé par Barnabé Laye et introduit par une calligraphie sur la couverture de Ghani Alani, Au gré de l’astrolabe de Michel Bénard (Paris, Éditions les Poètes Français, 2015, 118 p.) est divisé en deux parties : Terra Incognita et Terra Africa.
Dans ce très passionnant recueil de poèmes, Bénard part, par le biais de son je-lyrique, au gré de l’astrolabe. Il traverse les monts et les vaux, la terre et la mer pour rencontrer l’Autre. Et, en voyageant il s’entrelace à l’Autre jusqu’à devenir autre-que-celui-du-départ. La recherche de l’Autre coïncide, en effet, avec la tentative de parvenir à l’harmonisation, voire à l’unité de l’humain avec l’universel.
Pourquoi parcourt-il ce chemin au gré de l’astrolabe ? Instrument désuet, l’astrolabe implique à la fois le choix d’un retour en arrière ainsi que le désir d’un rythme plus lent, hors contexte, si ce n’est anachronique. Le fait de se servir d’un astrolabe permet d’une certaine façon de tenir le globe du monde dans sa main et donc d’établir un contact complet avec tout ce qui est Autre.
Au fil du recueil, l’astrolabe apparaît tel un outil permettant le trait d’union entre les deux « Terres » : la Terra Incognita du territoire inexploré et la Terra Africa des vastes espaces au sud du Sahara (le Congo, les Grands Lacs, le fleuve Zambèze et le fleuve Limpopo). Ces deux « Terres » entrent en fusion, en une osmose intime et chaleureuse, et s’accompagnent d’autres espaces, réels et imaginaires, passés et présents : ce qui crée une passerelle entre l’Orient et l’Occident, la réalité et la fiction, l’histoire et l’actualité. Aussi l’astrolabe devient-il un instrument de voyage et de rêve, porteur de lumière et d’espérance, qui favorise la connaissance de l’Autre au sens le plus vaste : des civilisations perdues et contemporaines, des terres inconnues, des contrées ensoleillées, des plages coralliennes, des îles lointaines, etc.
Autant physique que mental, ce voyage effectué au gré de l’astrolabe vers d’autres horizons subsume le ‘voyage’ de l’homme à la ‘découverte’ de la femme (« L’Afrique est une femme » p. 77) ainsi que le chemin qui mène à l’amour le cœur amoureux :
 
Alors, dans la rousse spirale
D’une mèche de vos cheveux
J’ai posé mon astrolabe (p. 33)
 
En toi, j’ai défloré une « Terra Incognita » 
[…]
En toi, j’ai fertilisé une terre inconnue,
En respirant ton sang
J’ai repris goût à la vie. (p. 20)
 
Cet élancement est une faim d’infini et une soif d’absolu :
 
Boire les sèves de la femme désirée
Toute parfumée de fleurs de Tiaré,
Parcourir l’ovale de son ventre
En s’abreuvant de ses seins,
Avoir cette impression d’extase
D’être aux sources du ciel
Au cœur d’une île idyllique.  (p. 25)
 
En anhélant à la femme comme un voyageur en « quête de l’ultime astre orange » (p. 25), et en rêvant d’enivrantes extases, l’homme atteint une harmonisation avec la nature. Il devient un tout-qui-se-tient avec le macrocosme, comme en témoigne le fait que le je-lyrique assume un langage aux traits universels (c’est pourquoi le lexique utilisé en référence à lui-même ainsi qu’à l’homme et à la femme en général se rapporte souvent à celui des astres et du cosmos) :
 
Lorsque je prends votre main
Pour la serrer dans la mienne,
Je touche à la musique de votre cœur,
Je ferme les yeux pour mieux cerner vos secrets,
Lorsque sous la magie de l’amour
Votre corps se met en habit de lumière,
Laissez-moi-vous déposer sur un croissant de lune,
Laissez-moi-vous écrire le livre
Que l’on ne peut lire qu’à deux.
Lorsque je pense à vos paysages,
J’entends les pulsions du monde
Qui battent aux quatre points cardinaux,
Enfin vous voilà devant moi,
Rayonnante et belle
Comme une icône d’Orient. (p. 29)
 
La rencontre homme-femme est envisageable tout au long de ces poèmes comme une recherche de l’Autre, une ouverture à l’Autre et un retour pour l’homme à la source originelle : la femme étant l’être où l’homme se forme et d’où l’homme naît… Par conséquent, l’union homme-femme n’est que l’emblème d’un processus générateur de vie, et, en tant que principe vital, elle est prélude à l’espoir. 
La femme accouche l’homme et ce lien si étroit fait d’elle une image tutélaire, au point qu’elle apparaît comme une sorte de refuge pour l’homme :
 
Lorsque la mer dépose
Sur tes seins enfiévrés
Ses cristaux de sel,
Dans le silence
Bleu de la nuit,
Je rejoins la confrérie
Des passeurs de rêves. (p. 43)
 
Vers après vers, ce recueil suggère des figures féminines qui ont parfois les traits d’une femme ange / mère (« les femmes y nourrissaient de miel et de lait / les enfants de la tradition » p. 24) et souvent ceux de femme-amante : « la photo d’une indigène aux seins nus » (p. 20), au visage « beau comme une fleur sauvage / exhalant les parfums subtils / de ses essences enivrantes » (p. 23).
Assimilée à la vie et à l’amour, la femme assume une fonction salvatrice pour l’homme parce qu’elle permet le dépassement de la solitude et du mal :
 
Femme noire, femme blanche,
Femme comme une source
Sous l’écume soyeuse d’une vague bleue,
Femme dansant au cœur du désert,
Pour célébrer la vie.
Femme où es-tu ?
Femme que fais-tu ?
Femme où vas-tu ?
J’ai vu le ciel s’éclaircir et ton visage s’incliner,
Tout en dispensant l’amour et la paix. (p. 61)
 
 
Femmes d’Afrique,
Femmes d’Asie,
Femmes d’Arabie,
Femmes d’Occident,
Plurielles singularités,
Surprenantes et imprévues
Comme une pluie tropicale
Sourires radieux et visages nouveaux,
Jeunes patries de la beauté,
Regards féconds,
Matrices métissées de l’humanité,
La destinée de l’homme
Est votre bien,
Elle vous appartient
Préservez-en le lien !
Seule espérance porteuse
D’une nouvelle lumière crépusculaire. (p. 86)
 
En voyageant d’un lieu à l’autre à travers des territoires inexplorés, symboles de ce qui est désirable et attirant, le je-lyrique contemple le soleil et l’océan, il admire les danses, les cérémonies, les liturgies tribales, il écoute les chants et les sons de la flûte, du luth, du violoncelle, de la lyre, et il goûte les odeurs d’algues et d’encens ainsi que les parfums d’herbes fraîches, d’orangers, d’eucalyptus et de jasmins. De ce fait, au fur et à mesure, il compose « le portrait de la femme ‘‘idéale’’ » (p. 93) et il trace un amour passionnel, charnel et spirituel qui chante les arcanes de l’existence, la nécessité de la rencontre je-tu, et la correspondance-incorporation terre ↔ femme, toutes deux étant matrices de vie :
 
Sous le mystère d’une nuit tropicale
Nous nous sommes aimés sur les mousses
D’un vieux faré abandonné. (p. 25)
 
Les portes de l’invisible
S’ouvrent au point ultime où la passion
Cède sa place aux plus folles passions. (p. 64)
 
Des passeurs de lumière.
Tous les deux réunis
Sur un paysage flottant
Jusqu’à l’infini des brumes,
Nous irons glaner les épis
D’une complicité frissonnant
Au diapason d’un amour
Tout imprégné des sèves
De la terre qui germent
Aux ventres des femmes. (p. 73)
 
Source et souche de vie, la femme apparaît dans tous ces vers comme le plus bel être  au monde. Et pourtant, suggèrent quelques vers, il faut se mettre en garde contre un danger qui guette : car parfois il suffit « du rappel de la promesse d’un sein, / pour perdre à jamais / le sens du chemin » (p. 48). S’embarquer… au gré de l’astrolabe… signifie donc laisser migrer les rêves en liberté mais en s’orientant toujours à la boussole. La rencontre de l’Autre – destination principale et but primaire pour le je-lyrique – s’insère, en effet, à l’intérieur d’un parcours qui, loin d’être ‘dérèglement de tous les sens’, s’effectue le long d’un chemin qui croise la sagesse, comme en témoignent les occurrences (sous leurs diverses morphologies) de ce mot : « sage humilité » (p. 42), « la parole des sages » (p. 62), « l’homme sage » (p. 75), « sages paroles » (p. 81),  « sagesse » (p. 104).
Le voyage poétique suggéré dans ce recueil se veut, d’ailleurs, un voyage de l’âme à la recherche d’une « silencieuse symphonie d’amour universel » (p. 23). Seul cet état d’âme permet une mise en communion avec le monde environnant et confère un sens de l’assouvissement propre à saisir la vie dans toute sa force :
 
Les pêcheurs de rêves et d’utopie
Lancent vers l’azur marin
Leurs filets d’étoiles et de lunes,
Avec pour espoir ultime
Celui de reconduite
Une pêche miraculeuse. (p. 95)
 
Par cet ouvrage, convaincu que le poème est « transmission, partage » (p. 104 » qui « s’envole avec les oiseaux migrateurs / pour pérenniser la mémoire d’un peuple, / en drapant les hommes / de sagesse et de bonté » (p. 104), Bénard vise à ‘bâtir’ un « temple où les déclinations / Du Verbe Amour prendraient / Soudain toutes leurs nuances » (p. 109). Cela afin d’« ériger une maison / à mesure d’homme » (p. 112) et de fuir « les temples / destinés aux mensonges » (p. 112).
Riche en adjectifs, couleurs, souvenirs, émotions et joies enfantines, la poésie de Bénard relève d’une âme très sensible capable de saisir à la fois ce qui demeure et ce qui fuit. Artiste extraordinaire, il donne à voir et à écouter ce dont il est question dans ses poèmes, car sa poésie est une vibration de l’âme. De par son talent inné relevant de sa veine artistique, Bénard parvient à rendre concrètes les images sous-tendues à ses vers et à créer un va-et-vient continuel entre Poésie et Peinture :
 
Lorsque du bout des doigts
Je donne naissance à tes sourires,
Et te contemple de chair et d’âme,
Avec cette étincelle que portent
Au fond des yeux les enfants de l’amour,
Au cœur de nos hiéroglyphiques errances,
Je maroufle ton image égyptienne
Sur l’opacité nocturne,
Je veille sur ton sommeil
Estompant les ombres
Qui te drapent pour y incruster
Quelques arches de lumière,
Enluminant ton corps de clairs-obscurs.
Scribe d’icônes,
De la pointe de mon calame,
Je te calligraphie
Le premier poème du jour. (p. 22)
 
En considérant le poète comme un « enfant de l’imaginaire » (p. 17) et comme un « semeur de mots qui rêve à la récolte de la beauté et de l’amour éternel » (p. 17), dans ses vers, il navigue entre étonnement et innocence et pratique un cheminement intérieur pour entrer en communion avec l’Autre. Dans le sillon d’Arthur Rimbaud et de son bateau ivre (p. 19), il parcourt des espaces de silence, il côtoie l’indicible et offre ses voyelles afin qu’elles puissent constituer de « nouvelles symphonies » (p. 19).
L’art pour Bénard est un souffle expressif libérateur, un geste créateur spontané, une respiration salvatrice qui transmet harmonie et équilibre via l’universel. Pour lui, le fait d’écrire des poèmes est non seulement une passion mais surtout un besoin. Il écrit ses poèmes en tout lieu où il se trouve et les envoie par mél à ses amis pour le plaisir du partage. D’ailleurs pour lui la poésie et l’Art en général relèvent de l’échange : ils sont le langage de la musique intérieure qui émerge des couches les plus intimes du moi pour établir un contact avec l’Autre, afin, au moins, de lui communiquer un petit quelque chose qui n’est pas rien.
Peintre, critique d’art, poète de renommée internationale récompensé par de nombreux prix, lauréat de l’Académie française et Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, Bénard conduit par ses œuvres dans les espaces profonds de l’âme : dans les terres du rêve, de l’imagination, de la réflexion, de l’espoir et de l’amour. Ses mots et ses couleurs si chaudes, si brillantes et si lumineuses transportent ailleurs : vers un ailleurs gisant presque toujours dans les cavités du moi.
Convaincu que l’Art donne à l’homme l’accès à sa métamorphose, il se déplace de sa dimension contingente embarqué au fil de la parole et de la couleur (première parmi toutes : la couleur bleue) ; et, en accédant à une élévation de l’âme atemporelle et transpersonnelle, il vit l’enchantement de l’Art… et il invite à rechercher ce lien avec l’universel : autrement dit, à (re)prendre goût à la vie et à la vivre avec une pétillante joie enfantine.
 
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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 06:49
Recension : Béatrice Pailler - «  Jadis un ailleurs » - Michel Bénard

Recension : Béatrice Pailler - «  Jadis un ailleurs » Edition L’ Harmattan – collection Poètes des cinq continents – 2016 -  Format 13,5 x 21,5 -  113 pages.

 
 

                               « .../...de sa voix s’exalte le cantique halluciné des vapeurs opiacées. » BP.

 

 

Une écriture est née ! Le décor est planté, il ne nous reste plus qu’à nous laisser emporter pour nous perdre dans les méandres de ses énigmes.

Béatrice Pailler a le don des visionnaires, elle perçoit l’envers du miroir, traverse son tain et anticipe les aurores boréales.

Elle porte sur le monde cette vision singulière et personnelle toute festonnée de nuances poétiques.

Le langage est riche, les images sont fertiles, elles enfantent des univers d’entre deux où l’on discerne tout juste la part du réel ou celle du rêve.

 

« .../...à cette heure, mon corps murmure les chants des anciens temps. »

 

Son encre est toute de miel et de douceur liquoreuse. Elle ponctue le temps plaintif, violent, béni ou silencieux.

Notre poétesse s’exprime dans un vocabulaire qui convie à l’étonnement, au ravissement.

Son chant littéraire l’extirpe de la réclusion. Elle nous suggère un voyage entre le rythme de la vie et les respirations de la mythologie, un embarquement vers Cythère où nous descellons quelques fragments d’amour aux frôlements érotiques, mais où la morsure n’est jamais très éloignée.

 

« A toi, je laisse, au creux d’une main, l’irritante brûlure de mon sein.../...la morsure de ma toison.

Et sur ta langue où s’enracine la fièvre, je dépose la sève de mes baisers, l’amère salive, souillure de mes poisons. »

 

L’écriture ciselée avec préciosité, de richesses filigranées et d’orfèvreries inusitées s’impose à nous et bouscule nos fondements.

Il arrive à Béatrice Pailler de se faire l’archéologue de la vérité et n’hésite pas pour cela à fouiller dans les cendres funéraires.

François Villon ne lui serait-il pas soudain revenu du mont des gibets dans un tournoiement de bacchantes aux parfums soufrés de Walpurgis ?

 

« Et la lune noire, lune du désespoir, seule au ciel luit. » 

 

L’écriture procède d’un rythme parfois tellement réaliste qu’il pourrait nous donner le mal de mer.

 

« Tangue, tangue le rafiot, forte houle au creux de l’eau. »

 

De temps à autre nous croisons sur notre chemin de poésie quelques émanations baudelairiennes. Béatrice Pailler sait égrener avec bonheur ça et là des soupçons d’images romantiques, réalistes, oniriques, érotiques tout juste voilées au travers de formules soignées, denses, serties d’un langage des plus raffinés.

Malicieuse, elle joue de l’éblouissement des saisons, des futaies corsetées, des dentelles de pluie, des ramures ébouriffées, elle détourne l’ordre du temps.

Elle façonne son verbe par des expressions singulières et des formules personnalisées qui ne peuvent pas être lues de manière linéaire, mais plutôt de façon binaire, voire trinaire.

Les cadences se heurtent, s’opposent, de délicates frondaisons s’entrechoquent avec les pierres et les gouffres béants.

Oui une écriture est née !

Il ne lui reste plus qu’à trouver la voie de sa révélation.

Etrange, vous n’allez pas me croire ? Je me suis même surpris à penser, que c’est aussi beau que du Rimbaud !

Michel Bénard.

Recension : Béatrice Pailler - «  Jadis un ailleurs » - Michel Bénard
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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 06:51
Drapées de parures bigarrées – Michel Bénard
 
 
 
 
Drapées de parures bigarrées
Hautes de couleurs,
Les femmes transportent
Dignement sur la tête,
Cruches à eau, bois à feu,
Bananes, mangues ou poissons.
Passent besogneuses et silencieuses
Aux abords de la case centrale,
Où seuls les hommes
Prennent part aux palabres.
De la foi à la loi,
Tribal, grave, ou anodin
Chaque point du quotidien
Est soupesé, discuté, décidé là !
Tout transite par la parole
Coutumière des hommes.
Les femmes silencieuses et besogneuses
Passent porteuses du secret
Originel de la création,
Elles savent le poids de la vie !
Les hommes échauffés poursuivent
Leurs vénales palabres
Dans le brouhaha et l’agitation.
 
©Michel Bénard.



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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 07:06
Recension A. Racine Senghor. «  Dessous la lampe » - par Michel Bénard
Recension A. Racine Senghor. «  Dessous la lampe » - Abis éditions – 2015 – format 12x20 59 pages.
 
             « Dessous la lampe hissée haut, d’où veille le Serviteur Maître de la plume.../...» R.S
 
Ce fût fin Juillet 2016 à Dakar à la Fondation Léopold Sédar Senghor que j’ai eu le privilège de rencontrer, de découvrir et de partager avec le poète et intellectuel Racine Senghor.
En réalité ce jour là j’ai croisé un authentique poète comme l’Afrique a souvent su nous en offrir et qui porte son regard sur le monde tout en revendiquant sa source identitaire liée au petit paradis des Bolongs, lieu des plus favorables à l’âme éthérée d’un poète.
La composition d’un recueil, chez un poète africain n’est jamais anodine, le plus souvent il s’adresse aux anciens, aux défricheurs, aux âmes en voyage dans l’autre royaume.
Mais il s’adresse également à ses contemporains, aux proches de la famille ou aux amis.
Avec son recueil dernier né «  Dessous la lampe » Racine Senghor n’échappe pas à la règle.
Son préfacier Raphaël Ndiaye (1) le situe bien comme étant le poète des Bolongs, du Siné Saloum, de la Somone, paysages magnifiques entre terre, mer et ciel où se reflète son identité poétique que se perpétuera naturellement au fil du temps et de l’œuvre.
Raphaël Ndiaye voit en Racine Senghor un poète quelque peu semblable à une étoffe spongieuse qui absorbe les rumeurs et nuances du monde avec constance avant de les réinterpréter.
Racine Senghor est un poète attentif, à l’écoute, interrogatif, aux aguets un peu comme un grand fauve dans la savane.
Il poursuit son périple avec opiniâtreté et discrétion  sous le regard complice de ses grands ainés, Léopold Sédar Senghor, Aimée Césaire, Léon Gontran Damas, Birago Diop etc.  dont il perpétue l’esprit. Il en déjoue les arcanes et en décrypte les codes.
Au fil de mon errance clandestine dans l’imagerie poétique de Racine Senghor j’ai l’impression de me confondre entre le sable, le sel et l’eau des lagunes du Saloum, n’ayant que les rêves en mirages d’une vieille pirogue à l’abandon pour me rattacher.
Le poème liminaire est une forme de déclaration d’amour posthume à ses sœurs encore jeunes, belles et trop tôt disparues pour devenir des anges-fleurs dans les grands jardins célestes.
Certes nous sommes ici confrontés à la poésie d’un érudit, d’un lettré, mais tout au long de ses vers libres ou libérés nous sentons battre le rythme de son héritage et il s’en fait le porte étendard du Sahara aux Caraïbes.
Racine Senghor appartient à ces voix de la jeune Afrique qui pérennisent l’engagement, l’émancipation des grands et vénérables ainés.
Avec de semblables poètes rassembleurs à la volonté fraternelle et humanistes l’Afrique surpassera la belle image de sa «  négritude » avec pour but initial de :
 
« ../...redonner vie au mouvement de toute chose,
irriguer toutes les artères du monde
du sang palpitant de notre cœur. »
 
Oui, les poètes sont bien les élus de leur race.
Ce n’est sans doute pas un hasard, car il me semble qu’il n’existe pas, que Racine Senghor soit entre autres hautes fonctions officielles, allant de l’ Harmonisation des enseignements secondaires dans les pays francophones d’Afrique, Directeur des Arts, ainsi que Directeur du Cabinet au Ministère de la Culture et actuellement administrateur du fameux monument de la Renaissance africaine à Dakar, monumentale et symbolique sculpture dominant la mer et abritant un musée d’ art africain ancien et contemporain.
Racine Senghor a pour crédo ce vers ;
 
« Paix sur vous, mes sœurs, mes frères, Paix ! »
 
qui correspond parfaitement à ce cri d’espérance et d’enthousiasme :
 
« Debout parmi les hommes pour demain ! »  
 
Bien que nourrit de son bel idéal humaniste, Racine Senghor est aussi, hélas rattrapé par l’horreur de la société au quotidien, l’inqualifiable de la cruauté de certains «  hommes. » D’ailleurs peut-on encore nommer ainsi de semblables monstres ?
La réalité dépasse souvent la fiction, alors le poète blessé, torturé, affligé, rend hommage à une très jeune fille, Selbé, victime du mal, de la géhenne, qui symbolise malheureusement d’autres faits similaires, et qui fût terrassée par la bête, le violeur, l’assassin !
 
« Qu’aucun enfant plus jamais ne gise ainsi
Violée, immolée sur l’autel de la Bête. »
 
Ce poème à bien y réfléchir n’est qu’un épiphénomène signifiant toutes les autres recrudescences des haines aveugles, des ignorances réductrices et des pandémies obscurantistes abolissant l’humain et l’amour au profit du glaive triomphant sur l’autel des dogmatismes.
Par ce texte émouvant « Sang de Selbé, » Racine Senghor nous invite à demeurer vigilants et à lutter contre la barbarie omniprésente, à prendre garde aux masques des faussaires de la politique et des religions.
L’espérance, la foi demeurent cependant et dans une extrême sensibilité nous retrouvons dans les douceurs parfumées d’une nuit sur la Somone le miracle de la naissance, donc celui de la vie !
Racine Senghor glorifie et protège la mémoire de ses maîtres à penser, il les questionne afin sans doute de mieux retrouver son harmonie, ses convections.
 
« Dis-moi, Mandela, quelle foi a maintenu ton esprit. »      
    
Telle est sa façon à lui d’évoquer les icônes de l’identité africaine, de l’indépendance, de la liberté !
Il est des poèmes que j’associerai volontiers aux chants des piroguiers de Raphaël Ndiaye glissant en silence dans la nuit vers la mémoire des anciens.
En tant qu’occidental, certaines subtilités ethniques ou expressions m’échappent, mais l’âme du texte est immuable et s’exprime dans sa transcendance, jusqu’à me révéler ses liens et sources, là où sommeillent les germes de l’origine.
Le poète Racine Senghor progresse avec sagesse et prudence sur les pas des élus, des prédécesseurs, il recherche ses terres, ses sources, celles de la première heure qui le conduirons vers un meilleur avenir.
Face à la mer, sur ses hautes marches il vibre sous les effets de la renaissance.
Il en fera l’observatoire du monde et se nourrira de la force du baobab millénaire.
Si nous retenons notre souffle, si nous demeurons attentifs, les roulements des tam-tams sur le monde, déferleront jusqu’à nous pour nous transmettre le rythme de la vie.
Le langage est riche, personnel avec ici et là une nuance hermétique où le symbole prend la parole. Il en est pour ce voyage en compagnie du griot Guewel.
Il refait l’expérience du monde, peut-être veut-il ralentir le temps, voire revenir en arrière, reprendre une position fœtale, au péril de sa vie lorsque la mer se démonte.
Il s’agit bien là d’un voyage initiatique.
Le texte se veut également un hymne d’Amour, à la Paix, à l’Harmonie, au transcendantal au travers de la liberté du verbe et de son expression.     
Il transmet et perpétue la parole du griot en situation.
Racine Senghor à l’instar  de nombreux intellectuels, poètes, écrivains, philosophes, artistes, est attaché au renouveau des lettres et des arts, il est un homme de la renaissance qui porte haut son regard bien au-delà de l’incontournable élan de la «  négritude » cher à ses grands initiateurs et visionnaires.
Racine Senghor est bien le poète de la renaissance, cependant pas à n’importe quel prix.
Il veut le partage, la lumière, l’équité, la vérité, la liberté et l’Amour en talisman:
 
«  Totalité d’une Afrique Une dans sa diversité
Riche de la diversité
de ses cultures convergentes
Tendues vers le même commun idéal
d’Amour
Et de Paix sur tous les espaces
des enfants d’Adama. » 
   
Peut-être est-ce cela la Néo-Négritude si chère à Jacques Rabémananjara.
 
Michel Bénard.
Lauréat de l’Académie française.
Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.
 
PS : «  Que la poésie, indéfiniment, nous comble de sa magie et ne cesse d’engendrer, pour mieux nous inspirer, des rêves toujours plus beaux sur des sites sans référence !
                                                             Jacques Rabémananjara. Paris le 24-02-2004.
 
(1) Raphaël Ndiaye – Directeur Général de la Fondation Léopold Sédar Senghor.
Recension A. Racine Senghor. «  Dessous la lampe » - par Michel Bénard
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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 06:44
Peuple étrange de la nuit – Michel Bénard
 
 
 
 
Peuple étrange de la nuit
Hommes noirs venus de l’ailleurs,
Marabouts, féticheurs, sorciers, guérisseurs,
Autant d’étranges forces occultes
Pétries aux glaises des traditions.
Monde secret d’un silence clouté
Ne laissant personne dans l’indifférence,
Espace en décalage, principe en parallèle,
Univers dédoublé en trompe l’œil,
De bleu et de rouge, de blanc et de noir.
Les corps, le sang et les âmes
Vacillent entre superstitions et sacralisations.
Peuple étrange de la nuit
Hommes grimés venus de l’oubli,
Traducteurs d’inconnu, d’indicible,
En masques de cérémonie
Peints de couleurs rituelles,
Où peuvent basculer aux rythmes des djembés
Emportées par un même tourbillon
La chrysalide de la vie,
Le suaire de la mort.
Ecritures sacrées où se mêlent amulettes et talismans,
Loi inaliénable des anciens.
Peuple étrange de la nuit
Hommes noirs venus de nulle part,
Terre d’ombre et de lumière
Forces invisibles d’un cérémonial
Où souffle l’énergie du vent des sortilèges.
 
©Michel Bénard.



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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 06:38
Recension : Christian Malaplate - par Michel Bénard
Recension : Christian Malaplate - « Feuilles de route sur la chevelure des vagues. » Editions les Poètes français. » - 2016 -   format 15x21-  83 pages.
 
 
Indéniablement il s’avère nécessaire d’aborder l’ouvrage de Christian Malaplate «  Feuilles de route sur la chevelure des vagues. »  comme un long carnet de voyage où déferlent les images et émotions noyées de brume et d’écume.
C’est un livre de bord consignant les phases de vie et d’expérience.
Christian Malaplate joue sur la force et l’agencement des mots dont la trame révèle une richesse extrême.
Le verbe est ciselé comme un bijou d’Ispahan. L’écriture impose sa couleur, le langage est presque d’un autre temps. Nous voguons entre poésie, légendes et narration. Ce besoin de conter, cette volonté narrative en arrivent parfois à faire que la poésie se retrouve au second plan.
Environné des poèmes et textes de Christian Malaplate, je me sens dans la bibliothèque d’un érudit, d’un philosophe ou d’un moine copiste environner de parchemin enluminés.
L’allégorie même de l’esprit d’un lettré de haute connaissance. 
 
« .../...parmi les enluminures et les sombres cloîtres. »  
 
«  Où s’agglutinent les tableaux familiers dans une bibliothèque pleine d’anticipation. »
  
Notre poète joue avec l’étrange, le mystère, les ambiances insolites en rendant hommage à la mémoire.
 
« Il y a des fleurs maladives qui chantent des poèmes d’amour mystiques. »
 
Le voyage se poursuit dans un univers fantastique, irréel ou l’on ne discerne plus la part du réel et celle de l’imaginaire. Nous côtoyons un mysticisme latent, la formule alchimique n’est jamais très loin.
 
« Parmi les teinturiers de la lune et leur étrange alchimie. »
 
Christian Malaplate sait souligner les aspects fragiles de la vie, les humbles instants de bonheur et de plaisir, le souffle léger de la femme aimée sur l’épaule dénudée, le jus parfumé des fruits de l’amour.
L’amour recèle ici des effets de magiques métamorphoses.
 
« L’amour, dans nos moments intimes, modelait nos corps. »
 
Une poésie nourrit de réflexion qui nous transporte haut et loin. Sorte de panthéisme latent, la proximité avec la nature est évidente, je dirais même incontournable, car que serait l’homme sans elle, sans cette fabuleuse fusion universelle ?
Rien ! Il n’existerait même pas.
Cependant son orgueil et sa suffisance aveugles font qu’il a tendance à oublier l’enjeu, sciant dans son acte irresponsable la branche sur laquelle il est assis, tout en piétinant le jardin qui le nourrit.
Il est fréquent chez Christian Malaplate d’écrire sur les traces du rêve, de nourrir son encre de symboles universels, des sèves de  la nature, il tente de fixer l’éphémère en quelques vers.
Il demeure attentif aux chuchotements de la nuit, aux chants des étoiles et aux murmures des arbres séculiers. Il s’exile tel un poète ermite dans ses grands espaces de paix et de solitude intérieure:
 
« Je pars en suivant les empreintes de la terre et le baiser du vent.../... »
 
« Pour retrouver la confiance du monde extérieur. »
 
La nuit occupe une place prépondérante dans la poésie de Christian Malaplate, elle est révélation, se fait vectrice d’images indéfinies, le noir devient lumière, éclat d’écume et sel légendaire. Par la poésie ce dernier retour à la substance mère, il y poursuit sa voie initiatique, une quête conviant à l’harmonie.
Bien au-delà des religions, des dogmes infantiles, des semons aliénants, il caresse la philosophie, la sagesse indienne afin de se préserver au mieux des apparences et du paraître.
Christian, Malaplate côtoie les interrogations métaphysiques, interroge l’universel et les lois cosmiques autant que puisse. 
Sans oublier la question suprême et incontournable de la création, du mystère de l’humanité.
Est-ce « Dieu » qui créa l’homme ou plutôt l’homme qui s’inventa des «  dieux » ou un « Dieu » ? Par nécessité de référence à des forces supérieures.
L’interrogation demeure en suspend ! Qui en possède la clé ? Les poètes peut-être par instinct ou intuition.
Avec humilité Christian Malaplate ouvre une voie, qu’importe la finalité, il chemine. Le carnet de route à la main avec l’extrême conscience de notre fragilité humaine. L’interrogation oscille entre le Taj Mahal une des merveilles universelles et l’ombre d’une grande âme indienne Rabindranath Tagore rôde, la symbolique ésotérique du Khajurâho interroge, ainsi que le mystère sacré de Bénarès qui nous ouvre les portes du nirvana.
Retour aux sources de la sagesse, du bon sens des philosophies indiennes. Force est de constater que pour l’heure depuis Ghandi, Tagore, Aurobindo, Krisnamurti, notre siècle est en perte de valeurs, d’idéaux et de repères identitaires dont nous aurions de plus en plus besoin.
Devenu porteur de mémoire Christian Malaplate cherche le vrai «  dieu » d’amour, l’espoir demeure il porte en lui un futur à construire, mais pourra-t-il réellement l’ériger.
En ce temps d’éveil et d’interrogation une réponse possible se trouve-t-elle peut-être dans le symbole eucharistique.
En mémoire de son grand père ayant perdu toute certitude en l’homme après un passage en enfer de quatre ans 1914-1918 sur le tristement célèbre «  Chemin des Dames. » que je connais très bien et où l’herbe un siècle plus tard n’a pas toujours repoussée partout.
 
«  J’ai surtout perdu mes certitudes en l’homme et je cherche toujours un dieu d’amour. »
 
Mais confiant en l’acte de poésie notre porteur de mémoire, Christian Malaplate poursuit ses rêves et chimères.
L’œuvre continue, le meilleur restant à venir et nous l’attendons !
 
©Michel Bénard.
Recension : Christian Malaplate - par Michel Bénard
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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 06:43
Recension – Barnabé LAYE – Fragments d’errances - par Michel Bénard
Recension – Barnabé LAYEFragments d’errances -  ACORIA Editions 2015  –
21 ½ x 13 ½ - 74 pages.  Préface de Giovanni Merloni. Illustrations photographiques Laetitia Laleye & Colette Senghor. 
 
Afin de m’imprégner comme il se doit de cet ouvrage sensible à la vie globale, je me suis assis seul sous l’arbre à palabres, je me suis rapproché de la mer et de la terre africaine, pour mieux écouter la musique des rêves, et la parole du poète Barnabé Laye. Belle voix africaine.
Ce nouveau recueil « Fragments d’errances » se révèle encore être une pièce d’anthologie, d’ailleurs son préfacier le poète et peintre Giovanni Merloni le confirme : « Barnabé Laye est un poète, un grand poète, mais il  est aussi un écrivain, un grand écrivain. »
Oui, notre ami le poète Barnabé Laye vient de poser son sablier sur la table et regarde s’écouler irrémédiablement les poussières du temps.
Il défie l’épreuve du miroir, mythe ancien, souvenez-vous Narcisse, lié à l’interrogation, à l’éternité, à la remise en question de nos vanités aveugles. Il lance un défi provocateur à l’œuvre incontournable du temps.
Regarder le miroir en face c’est s’affronter à la vie, ne pas lui céder une once de terrain, ne pas sombrer dans l’imposture, ni l’illusion et saisir à bras le corps la réalité, oui :
 
« Un jour il faudra briser la glace. »
 
Il y a toujours ce miracle d’aube, du jour nouveau où la beauté vibre sous la profusion de lumière. Nous l’appellerons l’espérance !
Barnabé Laye souligne avec subtilité l’inconstance de l’homme à la fois ange à ses heures, mais le plus souvent démon, toujours insatisfait, qui lorsqu’il possède un peu de bronze désire déjà ardemment détenir l’or.
Mais ce dernier sait aussi s’illusionner, car il lui suffira parfois d’un simple coin de ciel bleu pour croire au miracle !
Le poète sait qu’il faut nous méfier des fausses paroles, des verbiages hypocrites, des mensonges masqués par les dogmatiques, politiques, moralistes, religieuses, les écrits apocryphes dont même les animaux se détournent.
 
« Il faut oublier dans les décombres
Les prophètes des brûlantes Géhennes
Les prophètes des harems aux quarante vierges
 
Voici venir
Les mots pour incendier les mensonges.
 
Les éléphants s’en vont jouer à la marelle. »
 
Notons cependant que la nature dit vrai, lorsqu’il pleut des soleils, que le désert devient vert et que le ciel s’imprime de bleu.
Le poète ici prend conscience de la valeur du temps et de sa fuite effrénée. Le compte à rebours nous marque implacablement de son sceau.
Nous avançons pareils à des aveugles sur nos « Fragments d’errances » et fragiles espérances.
 
« Gravées sur la peau du temps nos lignes de vie nos errances
Et l’obscur destin qui nous pousse en avant. »
Comme des moines Chartreux ou bouddhistes, il nous faudrait pouvoir entrer en prière, nous fondre dans les lumières mystiques du matin et nous préserver derrière nos rêves.
Le poète qu’incarne Barnabé Laye parle au vent, aux arbres et aux oiseaux, un peu comme Saint François d’Assise, Khalil Gibran ou Rabindranath Tagore,  il se fait détenteur et porteur de mémoire.
Nous surprenons aussi notre ami à jongler avec les couleurs de la vie jouisseuse. Pareils à Rabelais ou Epicure, il a le sens de saveurs fragiles, délicates et volatiles de la vie qu’il met en bouche comme un vin rare, précieux, capiteux, il en savoure les arômes, les finesses, les subtilités de terroirs. Un vieil armagnac et un bon havane peuvent être en certains moments privilégiés les bienvenus, ils sont bien là aussi de merveilleux fragments d’extases.
Et si la poésie était, comme le disait le regretté peintre-philosophe Ladislas Kijno : «.../... savoir encore s’étonner à partir de rien, le grand étendard des signes, une possibilité de ralentir le temps. » Et si la poésie était : « .../... savoir ramasser les feuilles mortes des galaxies perdues, une caresse métaphysique. Si la poésie c’était sortir du désespoir pour nous conduire vers l’Amour ? Si la poésie était l’antidote des catastrophes ? »     
Barnabé Laye se fait peintre d’images sensibles et révélatrices qu’il colore souvent en choisissant chaque mot sur sa large palette en y mêlant ses nuances.
Tendresse, intimes senteurs d’amour, il écrit à fleur de peau sur l’épaule de la bien aimée. Délicatesse émouvante de la métaphore.
 
« Le voyage jusqu’au bout de ton corps
Jusqu’au bout de ton cœur
Jusqu’au bout de nos envols. »
 
Nous quitterons momentanément les chemins de la versification pour ceux de la prose narrative, mais la voix de la poésie est toujours au rendez-vous, éclatante comme :
 
« .../...les roses de sable nées de l’étreinte du sel et du sable dans le ventre chaud de la terre. »
 
Il nous arrive de croiser  quelques textes poétiques quelque peu anecdotiques, comme par exemple celui de Dédé l’indétrônable pilier de bar et ses acolytes, une façon de détourner le drame d’un terne quotidien et de jouer de la dérision.
Ici et là nous rencontrons quelques aventures imprévues, les rencontres furtives du hasard dans le métro avec une jolie inconnue qui disparaît à l’angle d’un couloir. Mais le hasard existe-t-il vraiment ?
Thème récurrent chez Barnabé Laye il y a toujours un retour au jardin de l’enfance, au rêve de sable humide, de grands soleils flamboyants et de paquebots en partance pour des îles inconnues. Tout n’est que gestes simples et naturels, paroles réconfortantes, souffle sur les braises pour raviver la flamme.
Nous sommes les jouets de la temporalité, tout est éphémère, provisoire, la camarde est déjà là avec sa faux en filigrane dans un lointain encore indéfini. La parade est de résolument lui tourner le dos pour retourner vers la lumière et la poésie de la vie si énigmatique.
En admettant que la poésie soit l’arbre de vie ! ?
Vite il faut aller planter un arbre sur le placenta et la délivrance du dernier né de la tribu  et attendre patiemment l’heure de l’éclosion du premier bourgeon.
Barnabé Laye place dans le silence des mots le droit de croire au bonheur des aubes nouvelles, ces mots qui font tomber les masques et teignent de bleu l’horizon et pour qui :
 
«  Seul le bonheur est vrai
Tout le reste est palabre. »
 
Il arrive aux plus vaillants missionnaires humanistes au terme d’un combat pour l’équité, la sagesse, la paix, l’abolition de l’ignorance, la tolérance, d’être saisi de lassitude, avec un peu ce sentiment de se battre contre des moulins, alors les larmes deviennent :
 
« .../... paysages bleus des poèmes
Des silences cachés aux creux des mains enlacées
Filles des extases soudaines et des émerveillements. » 
 
Alors il ne reste plus qu’à reprendre courage, à ne surtout pas marcher à contre sens et selon la devise du grand poète et homme de lettres franco- libanais Salah Stétié : «  Passons outre ! »
Du miroir au masque il n’y a qu’un pas pour aller vers les étoiles qui retombent en poussière apaisante.
 
« Afin que brille au petit matin le soleil de tous les possibles. »
 
©Michel Bénard.
Lauréat de l’Académie française.
Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.
 
Recension – Barnabé LAYE – Fragments d’errances - par Michel Bénard
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