Ton envol éphémère
Traverse l’obscur,
Grand oiseau blanc
Eclos de la blessure de ma nuit
Au coeur de l’imaginaire.
Reviens grand oiseau blanc,
Signe la musique secrète
Des nobles mots figés
Sur le fil de mes incertitudes.
Déploie tes ailes clairvoyantes,
Etire-les
A la rencontre de mon étoile rebelle,
Reviens me révéler
Le secret du verbe
Et ensemencer d’amour
Ma terre à l’aube naissante.
Le poète se pense libre
Sous la verte conopée
Quand ses mots suivent le voyage
Du mouvement des vents
En forêt de pierres.
Ils cheminent du sang vers la lumière
Sur la sente ponctuée des épines
Des mal tentaculaire,
Portés par le bruissement
Du feuillage qui soupire.
Précédé par l’ombre
De son lien ombilical
Avec la nature,
Le veilleur poète se sublime,
Distille l’indicible
Pour déceler son centre
Dans la cathédrale du Verbe.
Paradoxe,
Mystère de la création
Qui ne libère l’être intérieur
Que pour mieux servir
L’univers.
Réécrire le poème
Mille fois calligraphié.
Sur les lignes de ma vie
Défilent des paysages
Aux syllabes lacérées
Par les vents de la haine.
Interlignes ravinés
De larmes d’orage,
Vocables grugés
Par les marchands du temple,
Accents travestis
Aigus de violence,
Marges biffées
A l’encre noire de la géhenne
Sur des feuilles blanches froissées,
Bréhaignes des promesses envolées.
Je n’ai de cesse
De lier les lettres
De pétrir le verbe
L’assouplir
De l’union des coeurs
Sous la lumière amie de l’éveil,
Que renaisse le poème
Aux sillons germinés
De mots phares
Eclos de pensées racines,
Prémices de fleurs humaines.
Attentive au murmure de la nature,
J’arpente la voie des signes
En cueillant sous l’olivier
Les fruits de la paix sacrifiée,
Là où croît la vigne sauvage.
L’oiseau de poésie guide mes pas
Vers le chœur de ma cathédrale
Qui confie ses vertes ramures
À la roue solaire naissante.
Sous la voûte de la croisée ombrée
Je rassemble les feuilles sacrées
Des mots sources
Posées sur la margelle
D’une fontaine abandonnée.
Les libellules apaisées
Effleurent par myriades
Les timides colombines,
Cortège de mon amie l’hirondelle
Qui salue la clarté embrasant
Les symboles arborescents
De l’alphabet céleste.
Une force nouvelle
Pénètre en mon âme,
Me faisant oublier
Le lent exode des abeilles,
Et croire encore
Aux promesses d’aubes fraternelles.
Elle est revenue, la bête !
Pauvre poète obstiné
Qui ose semer encore
Des graines humaines
Dans les sillons d’une paix en pleurs.
Tu envoies tes vers
En escadrilles légères
Protéger la blancheur éphémère
De l’oiseau supplicié.
Les monstres d’acier avancent,
La cité s’écroule,
La mort est là,
La peur appelle à l’aide.
Triste réminiscence
Des peuples blessés
Relevant leur bannière rebelle.
Elle n’était pas si loin, la bête !
Elle est revenue,
Augure de nuits profondes
Sur la terre des bombes.
Rêve encore poète !
Les ailes du monde s’envolent
En formations fraternelles
Au secours de la colombe.
« L’arbre, c’est cette puissance qui lentement épouse le ciel » SAINT-EXUPERY
Tu as recueilli une graine de mot
Au creux de tes mains
Et déjà l’arbre poème s’élève lentement.
Effleurées par le soliste de la nature
Ses feuilles frissonnantes murmurent
À l’ancêtre qui veille
Leur espoir insensé de caresser le ciel.
Le chêne au tronc séculaire
Ridé tel un vieux sage
Happe la lumière de la pleine lune
À son périgée,
Mêlant aux nuages ses essences bleues de vie.
C’est la prière aux dryades
Gardiennes des signes secrets
Qui cascadent cette manne céleste
De lettres et vocables
En une rosée salutaire.
Cernée par la haine
J’ai déroulé la parole.
Le langage emperlé
De métaphores mélodieuses
Dévoile lettres
Et syllabes lustrales.
C’est le chant profond de la poésie,
La vision oraculaire
D’une chaine solidaire
Que scellent
Les essences bleues de l’amour
Instillées au cœur de ma terre
Par le rêve des voix sentinelles.
Sentinelles,
Signes pèlerins
Qui psalmodient l’incantation
De matins clairs
En un ciel de soie lucide
Tissé de fraternité.
Long est le voyage des mots
Nés du sang de l’arbre endeuillé
Dans l’amère lucidité
De la Beauté du Monde
Menacée.
Captifs du puits noir de la vacuité
Refusant son viatique à Charon,
Ils révèlent la lumière voilée,
Avec elle, s’acheminent vers le ciel indigo
Et enveloppés de feuilles d’étoiles,
Espèrent l’embellie des perles de lune
Pétillant sur les friselis d’écume
A la marée haute.
Long est le chemin initiatique
Déclinant la bienveillance
Des signes pacifiés
Allaités de sève renouvelée,
Où depuis l’origine
Le Verbe aspire à sublimer l’Amour
Enfant naturel de notre mère, Eve.
Seule face à l’immensité,
Mon regard se noie
Dans la mouvance fantasque
Au-delà des écueils,
Vagues à la brillance volage
Effeuillée au gré des nuées.
Un phare lointain élève sa blancheur
Dans l’espoir de percer les secrets
Des fleurs célestes s’offrant
Aux traînes nomades.
Le chant du vent
Entre ciel et mer
M’invite à sa table nourricière,
Palette épicée d’embruns
Et parfums d’algues.
Seule face à l’infini,
Je convie mes frères désenchantés
À la rêverie de l’âme.
Frissons bleus du vivant,
C’est l’heure où se dissipe
Le silence de la nuit,
Où les papillons prennent leur essor
Vers l’eau aigue-marine
Du fleuve de lumière
Au premier trille
De l’oiseau en partance.
C’est l’heure où les ailes de l’espoir
Conjuguent leurs plumes
Empreintes des premières gouttes
De rosée,
Où la nature,
Maître de ballet
Mène la danse de l’effloraison,
Où les fleurs jumelles
Etirent leurs pistils naissants.
C’est l’heure éphémère
De la cérémonie de l’aurore,
De l’élévation du poème à la cime
De mon arbre sentinelle trémulant.
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...