Références de la photo (cf dossier joint) et du texte : Mystères de cathédrale, texte de Claude Luezior, photos de Jacques Thévoz, BCU Fribourg, 4e trim. 2016
Juste au coin du narthex, un pieux bénitier. Autour de lui, le geste est souvent machinal, bâclé, sans souvenir précis des temps heureux : l’eau du baptême est à presque cent mètres de là. Certains se signent, pressés, comme pour pointer à l’horodateur du Seigneur. D’autres ont la lenteur de l’arthrose, humectant leurs phalanges de presque ressuscités.
S’avance la bigote à la peau parcheminée : marathonienne de la rédemption, elle hydrate les flétrissures de son cœur en vue de la dernière ligne droite. Juste derrière, les doigts légers d’une fleur de pavé. Selon les Évangiles, cette Marie-Madeleine coiffera l’athlète des ave à la porte du Seigneur.
Quelques enfants de chœur bousculent de leurs rires la bien-pensante. Plus loin, des canailles bâclent une génuflexion, tandis que des traîne-crasse envisagent une ablution. Et puis, un fada : d’après la légende, les fées, qu’on appelle dans le sud fadarelles, échangent parfois leur descendance dans le berceau des humains. Consolation des affligés, le simple d'esprit sera tantôt prince du royaume.
Suit la main droite du besogneux, trempant ses cals jusqu’à la paume et celle, un peu raide, du colonel qui hésite entre signe de croix et salut. Depuis l’ébrasement du porche, un martyr surveille le geste sévère de l’instituteur, égalitaire du gauchiste en goguette, opportuniste du politicien dont le menton tutoie les étoiles, niais de la cancanière en mal de calomnie.
On y voit aussi les ongles vernis de la précieuse qui, pour peu, déposerait une goutte sacrée sur son cou, tel un parfum. Et cette jeune-fille presque vierge, presque transparente, effleurant les satins de son amant.
En miroir, des doigts froissant à peine la surface de l'eau sacrée, comme pour ne pas déranger le Très-Haut : arachnéennes caresses d’une religieuse déjà en extase.
Pour clore cette humanité défilante, une troupe de dubitatifs, tièdes et païens de toute obédience évitant comme des chats maigres la sainte source et préférant passer à gué le seuil de l’Eden.
Self-service d’eaux lustrales, le bénitier a bien du mérite. Mirage d’anachorètes ou puits artésien pour âmes en rémission, on le retrouvera au tourniquet du Jardin premier.
quelque part né de rien sur un océan léthargique filleul borgne enroulant ses vents autour de son œil unique le cyclone émiette les îles
pirate des Caraïbes il répand son carnage et mâche de sa spirale ces terres de jade où cohabitaient en images d'Eden miroir turquoise et palmiers frileux
de ses rafales fétides l'ouragan broie souille et pille ce monde originel où gisent désormais les déchirures d'un festin sanglant
houle, rage et tourments démembrent le littoral quand s'amoncellent toitures crevées tôles, ferrailles et détritus du vulnérable
exsangues, hommes et bêtes divaguent sans eau vive ni grammaire d'un espoir
là-bas, dans l'azimut se rassemble déjà la prochaine charge contre les tropiques
et quand le soleil donnera ses derniers reflets en virile présence
et quand ses rayons exsangues étreindront pour toujours les flots qui trébuchent
et quand ces teintes engourdies seront l'étrange sépulcre affrontant sa nuit plénière et quand la barque de Charon ou toute amère consœur pillera nos rétines ultimes
et quand ces ébauches de paradis n'auront plus cours à la bourse du cosmos
et quand les collines infinies rendront leurs ardoises en final sacrifice
peut-être nos yeux verront-ils au-delà de nos convoitises l'appel vigoureux de la vie ?
Traduire les craies qui échappent des doigts teignant nos épidermes de poussières astrales
Traduire l'encre qui coagule ce bec d'acier liant et déliant mes plus blondes pensées Traduire une page blanche qui crie sa virginité se rebellant à mes lignes pour d'ardentes fiançailles
Traduire les ombres qui déclinent leurs stances refoulant les trilles d'un soleil nouveau-né Traduire la toile qui saigne ma fibre luttant en désespoir comme Jacob et l'ange
Traduire la pâte et l'huile qui se font clairs-obscurs refusant à ma palette les lueurs de l'aimer
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...