un dimanche étrange de juin
se pose sur mon âme tel une brume
on dirait que le soleil est en agonie
une fumée opaque traîne parmi les corps et les sentiments
telle un malaise éternel
l’oiseau marche sur la ligne de l’horizon
comme sur un barbelé trop tendu
son saut fouette l’air en plis âpres
tel le silence qui roule
dessous, un cœur en pourpre
est blessé par son cri
j'ai cherché ta beauté
et je l’ai trouvée cachée
ta beauté m’a appelée
et je me suis cachée
de peur de rendre difficile
la montée au ciel de ton cœur battant
dans la glaise quelques gouttes rouges
trempent la lèvre noircie du temps
le lilas est presque flétri
on met ses couleurs entre nos paupières
qu’on ferme doucement, avec piété,
comme on cache la sainteté dans les pages d’un livre
on s’abreuve les envies des mots roses, blancs ou mauves
des grains remplis de grâce qui gardent les effluves tel un trésor
on prend le livre et on le met sous nos têtes
le rêve glisse
dans notre bref sommeil
un sourire d’enfant,
dans un mois de mai troublé
j’attends avec la patience de la terre
de nouvelles saisons jaillissent
de sous les neiges de l’oubli
la vie va bourgeonner en myriades de pensées ou de papillons
doucement nous allons déguster les arcs-en-ciel de l’enchantement
en essayant de prolonger le moment
nous ne saurons même pas son dénouement
il va se déchirer tel un nuage dans le coucher
ses couleurs vont auréoler notre éternité
nos morts ne sont que des nombres inoubliables
des mots raccourcis,
des cris gelés d'une maladie banale, absconse
nos morts sont les rêves inventés par des mères
la définition parfaite de la souffrance
nos morts lointaines sont
leurs paumes atteintes d'une maladie méconnue
où les caresses sont interdites
les larmes égorgées, les yeux vides
nos morts s'attardent sur un tableau muet, caduc,
des chiffres d'une guerre froide qui absorbe nos existences
et nous plonge dans les abîmes
nos morts feront naître d'autres morts
jusqu'à la fin des siècles,
l’ombre de leurs visages aura passé subtilement,
tel un fil muet, dans l’abysse de l’oubli
extrait du recueil La blessure de l'amphore, paru aux editions Neuma, octobre 2022
la neige est arrivée
dépouillée de noces
de son œil bleu lâchant
verdoiements automnes enneigements
ombres qui s’égarent comme une brume chaude
sur Son cœur meurtri par nos péchés
qui pèsent lourdement sur sa traîne,
le synode des anges s’est réuni comme sous une cloche
qui sonne de plus en plus rarement
nos cœurs boiraient de Son calice
qui porte Son amour dans le monde telle une traîne
mais l’hiver trop tôt arrivé
tout blanc et pur
a gelé les souffles des anachorètes
mon cœur haut et mince comme une épine
est encore saisi d’épouvante
d’envie de sentir un autre cœur
quelque part,
cette neige bleue
comme dans l’œil d’un aveugle
suinte mes questions et mon silence,
ma paupière se couvre de blanc
et perle les levants
comme des larmes
L’empreinte de cette feuille éblouissante
elle me sourit de la pluie
avec laquelle elle ébauche la tendresse
c’est l’herbe abattue sous la pesanteur de l’envie
ses yeux traînent sur les cimes du coucher
leur tendresse est peinte sur ses lèvres fines
mon âme la cherche chaque été
elle est l’empreinte de cette feuille éblouissante
c’est la pureté de ce rocher vierge
seule la pluie me lave les péchés de mes tristesses passées
j’attends le levant tel un oiseau pétrifié
au-dessus d’un seau renversé
Dieu marche dans l’air comme sur les eaux
Ses talons caressent les fronts de tous les Adam
de toutes les Ève
depuis le commencement du monde jusqu’à présent
ils passent à travers l’histoire
essuient la sueur de leur front comme de la rosée
leur passage n’est qu’un labeur sans cesse
ils sentent Ses talons comme une nostalgie
comme un rêve
les matins je marche les talons nus dans l’herbe
la rosée est bien Sa larme
dans mon cœur comme une mémoire
surgit le paradis perdu
on reste assis sur l’herbe
une steppe sauvage d’eaux entre nous
où s’ondoient paresseux
nos désirs et nos rêves
un air tel un souvenir nous envahit
et se dépose sur nos yeux
sa brume légère
fait trembler la lumière
on n’est pas seuls
même si le monde entier nous sépare
nous portons chacun
sur nos dos et nos bras
dans nos yeux et dans nos corps
nos êtres passés
que nous envoyons des fois
à notre place
tels les spectres beaux et blancs
les flèches les transpercent comme l’air
ils tournent tel un feu
et des fois ils ressemblent à la mort
fatigués nous nous allongeons dans l’herbe
avec tout ce qui nous appartient
l’air nous envahit les narines et les yeux
et coule sur nos corps tel un fluide opalescent
doucement ces spectres beaux et blancs
commencent à se couvrir de chair et de sang
dans un amalgame nouveau et tendre
on reste assis sur l’herbe
il y a rien qui nous sépare
seul le goût diffèrent de nos larmes
qui coulent avec douceur sur nos visages
comme jadis
l’huile précieuse sur la barbe d’Aaron
la nuit s’abandonne telle une robe blanche de noces
le sommeil viendra plus tard
j’ai peur de ne pas y submerger comme dans un rêve
d’où je ne reviendrai plus
je n'ai pas appris à nager dans le bleu
mes êtres passés m’entourent bien je le sens
nous battons de nos ailes comme des poissons
qui respirent maintenant pour la première fois
je ne sais ce que je cherche
une lueur ou une île
où je repose mon passé
un mot auquel je me rattache
je flotte dans le bleu qui me dessine le visage
il fait nuit mais une nuit blanche
personne ne me reconnaîtra à l’aube
les albatros avec leur sourire éthérique
vont emporter sur leurs dos
l’épouvante et l’amour
Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...