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23 juin 2023 5 23 /06 /juin /2023 06:47

 

Racines vagabondes / Jeanne Champel Grenier

France Libris 2023.

 

C’est un véritable manifeste pour la beauté et la tolérance que nous offre Jeanne Champel Grenier avec Racines vagabondes.

Le recueil s’ouvre sur ces mots d’une grande poétesse chez qui le thème de l’exil est tout aussi majeur : Andrée Chédid.

 

«  La poésie nous pousse à ruiner nos citadelles, à détruire l’enclos, à reconnaître que nous vivons d’un même cœur, mourrons d’une mort semblable.

Cette mort plus affranchie que nous qui sait que nous sommes fils d’un même exil. »

 

Et nous suivons Jeanne Champel Grenier dans chacun des lieux qui ont fait d’elle ce qu’elle est. Une femme dont la générosité sait si bien habiter le mot et la vie dans ce qu’elle a de plus charnel et pour qui la fraternité serait le nom d’une fleur des champs.

 

C’est l’Ardèche que la poétesse célèbre tout d’abord, son pays de cœur, son lieu de vie :

 

«  Je suis de ce pays entre Rhône et Ardèche qui accueille l’Ailleurs et qui tatoue la France sur la peau et le cœur de l’humble voyageur » p8.

 

Les pages 9, 10 et 11 nous plongent, comme un instant suspendu dans la vie quotidienne de nos ancêtres de la grotte Chauvet. Des scènes de vie tout à fait splendides s’y succèdent :

 

«  Les enfants barbouillés de myrtilles et de lait étaient allongés sous les fourrures et les peaux nouvelles. Au sein de cette odeur rassurante et familière de graisse rance, de miel sauvage et de lait caillé, ils dormaient. »

 

Il y a de Colette chez Jeanne Champel Grenier. (Elle est pour moi l’éternelle joie de vivre pieds nus dans les violettes.) Elle en a en commun l’amour et la parfaite connaissance de la nature qui l’entoure mais cette sororité se poursuit jusque dans les figures tutélaires, des femmes presque toujours qui hantent –mais devrais-je sans doute dire qui illuminent sa poésie.

Sa mère d’abord, « émigrée sans tambour ni trompettes du pays catalan » dont elle a hérité du sens de la danse

Puis sa grand-mère avec laquelle nous allons au bois, «  Nem el bosc », celle qui est :

 

« Partout et nulle part

Debout au four et au moulin »

Et nous dénouons avec Jeanne les racines vagabondes, les racines familiales qui nous mènent en Espagne majoritairement. Partout y résonnent le timbre et l’ambiance :

 

«  Un écrasant soleil de sang

Pèse de tout son poids de feu

Sur les grenades éclatées

Il faut à tâtons chercher l’ombre

Comme un aveugle sa pitance »

(Souvenirs de Burgos, p54)

 

Ou encore :

 

« Seul dans un corps en feu

Danse un cœur Carmen

Et son éventail qui vibre

Au filigrane orgueilleux

Du dangereux équilibre

Entre olé et Amen »

(Chaleur hispanique. P50)

 

 

 

Y plane aussi la lumière de chers amis disparus, magnifiques déracinés eux aussi, dont un magnifique hommage à l’ami poète Miloud Keddar, «  L’ami de l’infini, poète migrant, homme du désert touareg venu à pied en France en contournant la méditerranée » p81.

Et de nomades magnifiques, gitans, manouches, roms dont les beaux portraits tissent le beau et puissant réseau de l’humanité.

 

A noter que le recueil est illustré de six portraits peints par notre poétesse qui a reçu nombreux talents en héritage. C’est cela avoir un pays.

La poésie de Jeanne Champel Grenier est lumineuse, toujours animée de sentiments nobles et de lucidité. Elle est sourire et bienveillance posés sur le monde.

 

Refermant ce merveilleux recueil, j’ai eu envie de danser, me sentant de nulle part et de partout à la fois ;

Gratitude à Jeanne Champel Grenier.

© Barbara Auzou.                

 

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18 mai 2023 4 18 /05 /mai /2023 06:40

Sculpture de Francine Hamelin


 

 

la vie
qui nous invente
et nous use
un visage d’emprunt
je te le dis
donne-moi la main
la vie est autre plus loin
investie de signes
lente pleine de ruses
et souveraine ô combien
de vacillantes architectures
la vie tu sais est tremblante
et dure
poreuse et pleine
douleurs et joies
qui se fraient un chemin
dans une rumeur d’eau
veine sur le cou d’un cygne
la vie est un cadeau
un jardin d’enfants nus
qui s’épouillent sous la lune
un berceau d’infortunes
de rouilles
un rêve vers l’intérieur
un espoir
qui jamais ne se contente
des restes d’un festin
la vie est un épi
un chant de plumes en plein
coeur

 

© Barbara Auzou.                  

Extrait du recueil « L’envolée mandarine » aux « éditions 5 sens »            
 
 
 

 

 

 

 

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8 avril 2023 6 08 /04 /avril /2023 06:57

Sculpture de Francine Hamelin
 

 

voici mes fleuves
filant leurs rêves souples
trois fois sculptés
voici mes preuves
souffle de coquilles éclatées
le bruit que la nuit fait
derrière mes cloisons
je suis le galet qui revient
réparer l’infortune et
recommencer l’érosion
et l’érosion tu sais
est un désir d’ouverture
un flux mélancolique
une dernière énergie
forte d’une première liesse
écoute
comme elle est belle la musique
qui lèche nos pieds
de sa langue amère
pour ouvrir le courant du pur espace
sur l’âme ravie
il n’est nul coin perdu
tout rejoint tout
sans laisser d’autres traces
que la lointaine caresse
d’une larme de lune
venue creuser l’âpre
la tendre quête d’une vie

© Barbara Auzou.                  
Extrait du recueil « L’envolée mandarine » aux « éditions 5 sens »                  
 
 
 

 

 

 

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2 mars 2023 4 02 /03 /mars /2023 07:44

Sculpture de Francine Hamelin
 

 

nous n’en aurons jamais fini
avec l’effondrement des sabliers
avec l’agression douce de l’eau
et les lunes liquides dont on connaît
les artifices
nous avons appris à nous déshabiller devant la mer
parce que l’on sait depuis longtemps
que c’est elle qui nous rêve
qu’elle veut avec nous encore
user quelques jusants
jouer un instant avec la lisière de nos corps
rendus à leur état insulaire
avec l’ambre jaune de nos coeurs
venu déborder notre soif
je crois en un réel de magie calme
que l’on façonne comme un galet
les mots se souviennent
de la noblesse qui les animait
je reste capitaine de mon âme et je vais
debout à la proue d’une appartenance
semer de transparences en transparences
des mouettes d’albâtre sur ton coeur sillon

 

© Barbara Auzou.                  

Extrait du recueil « L’envolée mandarine » aux « éditions 5 sens »            
 
 
 

 

 

 

 

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21 janvier 2023 6 21 /01 /janvier /2023 07:43

Sculpture de Francine Hamelin
 

 


et toujours ce lieu
que tu ouvres d’un poing blanc
l’attouchement sacré de la paume
et de la pierre
son cri d’herbe égratignée
dans une débandade de blocs
son poids de terre
son poids de ciel et de mystères
la fragilité que tu caresses
à la limite de l’air et des sens
le champ des bravades là-haut
orienté soudaine vers l’évidence
être pour soi-même l’étreinte
et le noyau solaire
la matrice sans écart d’une plénitude
atteinte
la vie sans plan et le perchoir
d’un seul oiseau

 

© Barbara Auzou.                  
Extrait du recueil « L’envolée mandarine » aux « éditions 5 sens »      
 
 
 

 

 

 

 

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11 décembre 2022 7 11 /12 /décembre /2022 07:42

Sculpture de Francine Hamelin

 

Magnifique nouveau recueil de Barbara Auzou, illustré par les sculptures de
Francine Hamelin, préface de Jeanne-Champel Grenier

 

ne tremble pas
c’est une corbeille d’échanges simples
ce que je dis à ton coeur
et l’horizon tourne comme une étreinte
son long poème d’eau
avec son sourire qui sait
quand seuls ne compteront plus
que les nids de mousses
les rondes de froment
la totalité de l’oiseau dans le chant
le sursaut chaque jour plus lent
à se faire fleur pour les abeilles
quand l’ultime chaleur aura été bue
et avec elle la silice brûlante des saisons
tu pourras déshabiller le temps
qu’il fait
tu pourras me rappeler à tous les vents
me décliner en battements
d’ailes rapides
le secret des sources où glisse
l’orvet du sang
rassuré d’un nouveau soleil
rassuré d’eaux douces
et la coupe à la bonne hauteur

 

© Barbara Auzou.                  

Extrait du recueil « L’envolée mandarine » aux « éditions 5 sens »
 
 
 

 

 

 

 

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3 novembre 2022 4 03 /11 /novembre /2022 07:40


 

 

aujourd’hui plus passionnément redescendue
dans les demeures profondes du songe
je dors au scaphandre de nos désirs fendus
que battent deux rames de patience
comme la première intention des mains
et à l’éponge du plus tendre de soi déjà parti en mer
je mesure ce peu de distance qui nous sépare encore
du soleil du thym sauvage et du cumin
que l’on foule au matin comme des ors
d’icônes parfumées

 

© Barbara Auzou.                
Extrait du recueil « Mais la danse du paysage » @( Poèmes)-Barbara Auzou-5 Sens Editions Genève( Suisse)          
 

 
 
 

 

 


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25 septembre 2022 7 25 /09 /septembre /2022 07:14
©W. Bulach – Wikimedia Creative Commons


 

Mensurations du rêve


roulant nos têtes d’enfants
dans le canal du vent et dans l’air de la foulée
joyeux analphabète un amour étourdi par nature prend
des chemins non balisés d’eaux douces et d’eaux salées
et puis sa norme de vitesse enfin entre deux baies
de danses sablées
les années nous blanchissent sans nous apprivoiser jamais
moi j’allais avec mes mains trop petites pour tout embrasser
l’eau sur une épaule vers ce pays de liesse que je voulais
habiter
avec la seule part qui m’était assignée
quand on a assassiné Dieu depuis si longtemps les clés
ne viennent que sur le tard la vie est brève et on est quitte
entre tambour et gémissement dont les massifs forestiers
ont le secret je t’invite sur un promontoire
où l’écho poussé par les vents s’évade
dans les mensurations
de nos rêves

 

© Barbara Auzou.                

Extrait du recueil « Mais la danse du paysage » @( Poèmes)-Barbara Auzou-5 Sens Editions Genève( Suisse)        
 
 

 

 

 

 

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12 août 2022 5 12 /08 /août /2022 07:00


 

 

Sauvage abîme

 

ne te fie pas au regard triste des macareux
dedans s’évase la conscience pleine
de l’enfiévrée gentiane bleue
et l’âme de la délicate silène
les courants d’air ascendants
et descendants prennent
nos corps contraints et ravis dans
les tréfonds que l’océan déchaîne
la falaise élevée que point que la mer
toujours rattrape dans l’effarement
des pierres vives sait le sauvage abîme
où l’on craint souvent la perte de soi
dans l’âme collective
au paysage dirigé de ton rêve je devine
qui ose l’écume une liberté hors du temps

 

© Barbara Auzou.                
Extrait du recueil « Mais la danse du paysage » @( Poèmes)-Barbara Auzou-5 Sens Editions Genève( Suisse)  
 
 
 
 

 


 
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15 juin 2022 3 15 /06 /juin /2022 07:07

 

Sauvages

 

 

On a baigné nos chevaux sous des soleils chauves
qui offraient leur profil à l’infini
la pierre à cerf fécondait sa lumière en pleine nuit
entre le lys martagon et la dryade
à huit pétales
plus tard on écouterait penser le premier matin
de nos vies dans un acte d’adoration
rien ne nous pille nous étirons nos silences
nous nous ouvrons à notre distance
du seuil au plateau du plateau à la steppe
jusqu’à la terre arable
comme on pénètre lentement la pureté d’un être

 

© Barbara Auzou.

               
Extrait du recueil « Mais la danse du paysage » @( Poèmes)-Barbara Auzou-5 Sens Editions Genève( Suisse)  
 
 
 
 

 

 


 
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