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14 octobre 2019 1 14 /10 /octobre /2019 06:27
Prière du soir dans le Sahara par Gustave Guillaumet – Musée d’Orsay

 

 

 

 

                                                          Prière du bédouin solitaire

 

 

J'aimerais tant avoir le regard fier

Sans tourment, sans pli amer

J'aime le rire des peuples du djebel

Les mains franches, les saluts fraternels

L'échine des dunes en farandole

Le vent d'ici connaît l'éternité du sable

Hélas, le soir ramène toujours la brume

La paix quitte le sol et s'envole

Dans l'oasis où grandit l'amertume

Comment oublier la nouvelle plaie du monde

Les sabres brillant dans la nuit sombre

Comment ne pas boire le thé d'inquiétude

Quand soudain l'Orient du rêve

Devient sanglante solitude

Où sont passées les caravanes

Et les échanges pleins d'espoir

La douce quiétude des douars

Où les femmes à plusieurs

Peignent leurs mains de dentelle

Tandis que les enfants rieurs

Courent après les chamelles

 

Je cherche un coin de fraîcheur

Dans l'oeil fier du dromadaire...

Il connaît la piste de l'eau

Qui lave les cœurs et la terre

Je me vois dans la planète

Pure de son regard

Et j'interroge ma foi

Lorsque, tête haute

Il mâche sans effroi

L'herbe rare du désert

 

Ah pourquoi cette haine

pour tous ceux de la plaine

qui n'ont pas le même Dieu?

Tant de terreur dans leurs yeux !...  

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

  

 

 

 

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22 septembre 2019 7 22 /09 /septembre /2019 07:19
 
L’étreinte d’Egon Schiele
 
 
Au creux d'une plage
nous avons dormi
tant de nuits d'été...
 
La vie nous aimait
 
Tout près de nos coeurs
chantait le vent bleu
à l'odeur de feu
aspergé de mer
 
Seul un cri de mouette
rythmait nos soupirs
Un grand tamaris
couvrait nos corps nus
d'une ombre douillette
caressant le sable
Et son mouvement
berçait ton sommeil
 
La vie nous aimait
 
Tant de nuits d'été
nous avons dormi
au creux de la plage
mouillés de rosée
trempés de baisers
 
Le ciel étoilé
nous enveloppait
de son grand filet
 
La vie nous aimait  
 
© Jeanne CHAMPEL GRENIER
  
 
 
 
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2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 06:47

 

 

 

 

Ils viennent le jour, ils viennent la nuit, c'est le moment

Au même endroit, c'est un abri, un campement

C'est le printemps, ils l'ont senti leur paradis

Terre des nids et des parades de l'amour

Et ils arrivent par la mer, entre les vagues

Ils grimpent tous sur les rochers... Ils escaladent !

Ils se regroupent en familles, sont-ils tous là ?

Se comptent encore et se saluent, c'était bien ça !

Ils ont vaincu les éléments, se serrent entre eux

Se reconnaissent, se réconfortent petits et grands...

Un peuple heureux ; on les appelle ''Fous de Bassan''

 

Ils viennent aussi chercher un nid, et plus nombreux

De vague en vague par tous les temps puisqu'il le faut

Ils se recomptent petits et grands et il en manque

Ils tremblent un peu devant le mur toujours plus haut

Leurs yeux sont secs, ils ont pleuré des océans

Ils sont en bancs toutes les nuits sur des rafiots

Et il en meurt toujours autant dans les brisants...

Ceux qui résistent, on les accueille dans les camps

Où ils attendent le bon vent, des mois durant

Ces courageux, on les appelle ''Flots de migrants''

 

Humanité ? Les Droits de l'homme et de l'enfant

C'était pour QUAND ?

Qui se souvient de la Shoa, c'était donc quand ?

On laissait faire sans rien voir, la mort, les camps...

Indélébile déshonneur de l'homme quand

En mer se noient hommes et femmes et tant d'enfants

Croyant qu'on était tous des frères du continent 

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

  

 

 

 

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 06:31
Dessin de Jeanne Champel Grenier inspirée par une fresque

 

 

 

 

 

Le ciel était d'un bleu comme seule l'Italie les invente

Avec de profonds degrés, des douceurs émouvantes

La chaleur épongeait les ombres les plus denses

Des cyprès de cigales assoiffés de silence.

Alourdie que j'étais de mes siècles passés,

Les yeux défaits, le cœur en déshérence

Ne sachant pas de quoi demain serait tissé,

J'entrai dans la chapelle isolée de Giotto...

Que ne l'avais-je visitée mille ans plus tôt !

 

Il me sembla voir le ciel, les nuées s'engouffrer

Avec moi, tant le fond et la fresque étaient bleus

Çà et là sur la paroi céleste volaient des anges,

Des anges gais comme on n'en voit nulle part

Oiseaux ou papillons, créatures en suspens

De pures figures rêvées simplement oubliées

Et naïvement présentes en gestes familiers.

Tendrement penché, Saint François d'Assise

Versait la manne en poussière dorée

Devant les oiseaux rassemblés sur la terre :

 

Communion du silence dans les mains du mystère...

Tout en buvant à pleins poumons

Au bleu profond des voûtes de l'église

Je crus entendre une voix au milieu des nuées

« Quoi de plus doux en ce monde enténébré

Que le chemin de Giotto qui mène à Assise »

Je calai bien mon âme entre deux pierres d'or

Et sortis retrouver ma dépouille dehors

Après quoi je repris ma vie démesurée

Avec un grand trou bleu dans le cœur emmuré.  

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

  

 

 

 

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23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 06:49

 

 

                                                              (À cet enfant migrant de 14 ans, noyé en mer

                                                                              avec son espoir et son bulletin de notes de bon

                                                                              élève cousu dans son vêtement )

 

 

 

Dans les hautes branches de l'arbre Solitude

il a laissé grimper son âme menacée

C'est un grand baobab aux mille bras dressés

qui porte les questions du peuple agenouillé

Il est monté avec sa négritude

voir le soleil qui devait se lever

Longtemps il a guêté des signes d'amplitude

qui viendraient refleurir son horizon brûlé

Là, il est devenu un oiseau du vertige

« De quel côté l'aurore ? De quel côté la mer ?

Et d'où viendra la pluie ? Et d'où viendra la vie ?

Un oiseau sur le fil du rasoir de son rêve

Un oiseau acculé à renier son nid

 

Tremblement de l'esprit qui sait qu'il doit partir

bien au-delà de son arbre de vie

bien au-delà de l'argile maternelle...

Et qui l'attend là-bas ?

Sinon l'insondable profondeur

de la peur et du rejet

cet insondable trou noir capable de noyer

l'insubmersible espoir en apesanteur

le souriant visage de l'ange fraternel

assis au coin de soi

et qui ne trouve pas la voie

seule la voix blanche

seul le glacial abîme

des hauts fonds

de l'Indifférence

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

  

 

 

 

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9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 06:51
Illustration de Jeanne Champel Grenier

 

 

 

 

C'est une glycine ultraviolette

De longues grappes ajourées

lourdes de parfums surannés

glissent de liane en liane

d'amourette en amourette.

 

Si le vent agite un peu les fleurs,

une pluie de confettis se répand

sur le sol, au pied des couleurs...

Et là haut, prés du soleil,

grésillent les abeilles

pomponnées de pollen

Aussitôt décolle l'escadron

des bourdons qui rallient

glycine et rhododendrons

 

Belle glycine de mai

qui escalade tous les bleus

de ma palette mouillée...

Comment oublier Monet 

et son jardin japonais ?

Comment oublier la vie

qui murmure « Beauté »

Le monde a beau sortir

tous ses ''noirs de fumée''*

aujourd'hui l'Avenir

me dit « Bonheur en mai ! »

 

*sorte de noir pour aquarelle 

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

  

 

 

 

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18 avril 2019 4 18 /04 /avril /2019 06:53
©Photo Jean Dornac - Septembre 2018

 

 

 

 

 

Paris, ce 15 avril, le ciel de l'île flambe

Notre Dame est en feu et la stupeur s'installe

On pense aux attentats, à tous les morts possibles

Cette guerre à nouveau nous prend-elle pour cible ?

Tout le peuple atterré en bordure de Seine

Reste là immobile, les yeux noyés de larmes

Cette douleur extrême, est-ce question de foi ?

Plutôt cette affliction qui vous frappe en plein cœur

Quand s'effondre une mère sous les coups du malheur

 

La semaine de Pâques ! Est-ce un signe de Dieu ?

Tous les péchés opaques sont-ils montés aux cieux ?

Serait-ce parabole ? Qui va l'interpréter ?

Que disent les prophètes ? Le Christ, le fils de Dieu

N'est-il pas mort percé pour revivre glorieux ?

 

Elle est là immobile poitrine perforée

Et demeure stoïque, attend d'être sauvée

Gargouilles et chimères crachent l'encens de chêne

À l'angle des gouttières ; est-ce un autodafé

De trésors liturgiques, d'orgues et de dorures ?

Le grand corps ébranlé résiste au désespoir

Rosaces dix huitième, vitraux du Moyen Age

Grands ''mays'' panoramiques qui tremblent sur les murs

Tunique de Saint Louis et Couronne d'épines

Tout échappe au grand feu qui éprouve la nef

Et brûle la forêt des poutres de charpente

 

Croyants et incroyants devenus incrédules

Tous sont pris dans l'angoisse d'une chute brutale

Tant d'horreurs en son sein révélées par la presse

Quel sera l'avenir ? Tuera-t-il la tendresse ?

La Vierge et tous les Saints sont devenus si pâles

Se pourrait-il que Dieu demande contrition ?

Si le chœur est intact, elle vivra demain

Et le peuple s'émeut, aurait-il besoin d'elle ?...

La foi, cet édifice, côtoie souvent l'Enfer

La pesanteur humaine lui cause des frayeurs

 

Pour combattre ce feu, le peuple a besoin d'ailes

Les anges reviendront redorés de plus belle

Les cloches sonneront les Pâques, les Noëls

La belle Notre Dame sera toujours notre âme

Victorieuse du temps, victorieuse des flammes  

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

  

 

 

 

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7 mars 2019 4 07 /03 /mars /2019 07:37
Dessin de © Jeanne CHAMPEL GRENIER

 

 

 

 

Spring ?

Frühling ?

Primavera ?

Printemps !

Quel mot magique !

 

Le monde entier

l' a sur le bout de la langue

Un air nouveau

plus nouveau qu'il n'en a l'air

emplit l'espace de syrinx

L'envol des oiseaux

est dans ses cordes

La belle étoile

se fait plus belle

Le soleil ''artistique''

les cuivres des boutons d'or

Les yeux du ciel sont ''roucouleux''

remplis de pluie et d'arcs en ciel

Et pour une ronde nappe offerte

chargée de coucous, de violettes

il met tout le monde au vert

sans qu'on le veuille

cherchant des trèfles

à quatre feuilles

 

Spring ?

Frühling ?

Primavera ?

Printemps !

Quel mot magique !  

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

 

 

* * *

 

                                                                    

SPRING - © Jeanne CHAMPEL GRENIER (en italien)

 

 

 

Spring ?

Früling ?

Printemps ?

Primavera ?

Che parola magica !

 

Il mondo intero

loha sulla punta della lingua

Un'aria nuova

più nuova dui quanto pare

riempie lo spazio di siringhe

L'alzarsi in volo degli uccelli

è di sua competenza

La belle stella

si fa più bella

Il sole ''artistica''

i rami dei botton d'oro

Gli occhi del cielo sono ''roucouleux''

pieni di pioggia e di arcobaleni

E per una tonda tovaglia offerta

caricata di narcisi dei poti, di violette

egli ci manda tutti nella verde natura

senza che lo voglanoni

a cercare

dei quadrifogli

 

Spring ?

Früling ?

Printemps ?

Primavera ?

Che parola magica

 

Traduction en italien de Béatrice GAUDY

 

N.B.

Per questo poema, Jeanne CHAMPEL-GRENIER ha creato due sottili neologismi che non si possono tradurre del tutto :

-L'uso dell'aggettivo ''artitique'' quale verbo si puo tradurre (''artistica''), ma il francese : ''le soleil artistique / les cuivres'', cioè lustrare i rami.

-La parola ''roucouleux'' è un aggettivo creato da Jeanne CHAMPEL-GRENIER col verbo ''roucouler''( = tubar) Lei non ha scritto ''roucoulants''( = che tubano ) che esiste perché il suo neologismo contiene alla volta l'evocazione del tubare e l'imagine dell' espressione ''rouler les yeux''( roteare gli occhi )

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16 février 2019 6 16 /02 /février /2019 06:49

 

 

 

 

Ils sont là rassemblés

Pas de noms, pas de mots

Juste des numéros

Où vont-ils ? Qu'ont-ils fait ?

Pourquoi sont-ils parqués ?

Ce hangar sans hublot

Est-il réalité

Où cauchemar plutôt ?

 

Un train vient de passer

Dans un grand bruit glacé

On entend des jets d'eau

Un jardin, à deux pas ?

Quelqu'un vient les chercher

Ils ne sont pas perdus

Il faut garder espoir

Et regarder l'étoile

Le berger n'est pas loin

Il connaît ses élus

 

Lui a déjà compris

Mais il joue à y croire

Jouer n'est pas le mot

Il compte sur l'Esprit

À s'y fendre le cœur

À s'y fondre les yeux

Et répète sans fin

La prière enseignée

(La prière en saignait)

 

À quoi cela sert-il ?

De se frapper la tête

Contre le mur sacré

Qu'on emporte avec soi ?

C'est la force du faible

Si tous abandonnaient

Le mur s'écroulerait

Tout s'anéantirait

 

Il regarde le ciel

Le gris-bleu enneigé

Des toitures alignées

Les oiseaux dans le vent

Les oiseaux innocents

Qui repassent l'espace

Et le ciel qui se froisse

La vie est à deux pas...

 

Il fait passer des mots

Pour laisser une trace

Il est toujours poète

Et reçoit la disgrâce

Au milieu de sa quête :

L'odeur des fours là-bas

Tout près, juste à deux pas...

 

Il lui faut tout écrire

Tout écrire ! Il le faut !

Il a beau être en nage

Il a froid jusqu'aux os

 

Il écrit... il écrit :

J'entends des bruits là-haut

On dirait des oiseaux

Le ciel bleu

Le printemps

Mon amour

Il fait beau

Je t'attends

Je suis à Birkenau...

 

Il écrit... il écrit

À deux pas de la vie

La neige de la page

Ensevelit ses mots  

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

 

 

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 07:36
©Dessin de Jeanne Champel Grenier

 

 

 

 

Personne n'entendait la lourdeur du silence

Un silence trop vieux et trop jeune à la fois

Car les voix s'étaient tues, tristes, désabusées

Foin des consultations qui ne menaient à rien 

Dépourvus on était et on cachait sa honte

Valait mieux rester sourd ne pas participer

Or, certains s'éveillèrent pour demander des comptes

On était en décembre, tout fit boule de neige

 

Ils étaient tous partis réclamer en haut lieu

Ce qu'on leur refusait et qui leur semblait dû

S'agissait-il d'impôts, s'agissait-il de taxes

S'agissait-il d'essence dont le prix augmentait

Il s'agissait surtout de sauver la décence

Décence des salaires, décence des loyers

Les Grands se moquaient bien de toute leur misère

 

Eux, avaient espéré au changement de train

Hélas, tout déraillait et les laissait au loin

Tout était si confus, avait-on bien voté ?

Personne pour porter la voix des sacrifiés

Noël n'était pas loin et les rêves aussi

Alors ils sont sortis, ceux qui avaient un toit

Et ont rejoint dehors ceux qui n'en avaient pas

On parlait, on riait, on se sentait unis

Enfin on se battait, rassemblés dans un but

Plus de fraternité et plus d'égalité !

On avait de l'esprit, les slogans fleurissaient

On se serrait la main, on se serrait les coudes

 

Oui, ils étaient partis réclamer en haut lieu

Hélas ! Chemin faisant des loups dans le troupeau

S'aiguisaient fort les dents et aussi les couteaux

On eut beau s'en méfier, l'ivraie mangeait le blé

Les casseurs étaient prêts pour tout faire avorter

Le pire est arrivé : trois morts dans la journée

Des symboles arrachés, et des rues enflammées

Des grenades, des gaz, la guerre de tranchées

 

Ils sont rentrés chez eux, les vrais, les sympathiques

Ceux qui avaient au cœur le plus grand des respects

Respect des compagnons et de la République

Ils ont nourri la mort, la louve, cette gueuse

Juste en criant très fort qu'ils vivaient de suppliques

Qu'ils méritaient aussi une vie plus heureuse

À qui sera la faute ? Qui paiera l'addition ?

Ce soir l'air est muet, les toits sont en veilleuse  

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

 ( En hommage à mon père qui aurait été des leurs)

 

 

 

 

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