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20 mai 2023 6 20 /05 /mai /2023 06:55

 

 

Voici une histoire vraie, une histoire que je considère nécessaire pour l’époque dans laquelle nous vivons ! Lisez, essayez de méditer et voyez la beauté, la grandeur d’un gamin de 7 ans ! merci chère Jeanne !! (Jean Dornac)

 

On a dit bien du mal de ce peuple parti de France encouragé par le gouvernement pour peupler cette nouvelle conquête qu'était l'Algérie devenue française par les armes hélas, comme il était de triste coutume alors. C'étaient de pauvres gens pour la plupart miséreux qui, comme les colons anglais partis pour l'Amérique, espéraient avoir une vie meilleure.

 

Ces pauvres exilés, appelés Pieds Noirs à cause des bottes des soldats français de l'époque, contrairement aux Arabes qui marchaient pieds nus ou en babouches, furent critiqués, maudits par le peuple de France car l'armée envoyait de jeunes Français de métropole mourir là-bas pour maintenir cette colonie.

 

J'ai connu une famille rapatriée en France, le père instituteur disait toujours que les petits arabes apprenaient deux fois plus vite que les autres ; et la mère, Madeleine, issue d'une fratrie de cinq enfants et de famille très pauvre, avait le cœur sur la main ; d'autre part elle eut très jeune des jumeaux à nourrir dont l'un s'appelle Christian.

 

Un jour, au bled, un village nommé Aïn Farhès, et comme cela arrive ici chez nous aussi, une pauvresse accompagnée de son fils en larmes vient mendier à la porte de Madeleine ; selon son habitude elle donne de bon coeur du linge et de la nourriture ; l'enfant pleure toujours ...C'est alors que Christian, six ou sept ans, tend à l'enfant son petit tracteur jaune en métal qu'il venait d'avoir pour Noël ; l'enfant le prend et cesse aussitôt de pleurer.

 

Madeleine pourtant issue d'une famille très pauvre, elle qui a la vie dure puisque ses premiers enfants sont des jumeaux, ne fait pas un geste de regret. Elle aurait pu gentiment s'opposer :  «  Ah non, pas ton cadeau de Noël, voyons ! » Mais elle ne dit mot.

 

Une fois les mendiants partis, elle embrasse même son fils. Alors le petit Christian, le cœur gros est parti pleurer dans un coin ; il pleura longtemps son petit tracteur.…

 

 

Il est facile de distribuer le superflu ou la surabondance, mais pour ce qui est du nécessaire ?

 

Pour un enfant, le cadeau du Père Noël, c'est le trésor souhaité et exaucé. Quelle bonté faut-il avoir déjà pour se défaire, à sept ans, du nécessaire…

 

Cet enfant, sans tracteur, rapatrié d'Algérie, a grandi en France ; il a grandi, est devenu instituteur comme son père et allez savoir pourquoi, c'est moi, fille de pauvres immigrés espagnols sans tracteur qu'il a épousée.

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER
 
 
 
 

 

 

 

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21 avril 2023 5 21 /04 /avril /2023 06:48


 

 

*Nuit au-dessus de la montagne
jusqu'à la faim de la rivière

Un grand silence t'accompagne
Sans illusion et sans prière
Toi qui rêvais d'égalité
Le monde est encore en chantier

En bas le peuple se rassemble
Ceux qui ont pu se relever
Les autres s'avoueront vaincus
Il y a des morts à enterrer
C'est le sort qui l'aura voulu

Tu crois pouvoir chasser la mort
Avec des mots gonflés d'amour
Mais la misère ça a du corps
Ça ressemble à du vieux levain
Qui vous aigrit le cœur sans fin
Et ça ricoche de père en fils

Quand la parole devient violence
Pleins de morsures sont les mots
Muré l'espoir, les idées flanchent
Dans les cachots de noir silence
Se consume alors l'avenir
À petits feux qui font mourir

Surgiront toujours d'autres héros
Que rien ne pourra arrêter
Ils ont l'exemple en héritage
N'attendront jamais les années
Car la valeur emplit le cœur
Quand l'injustice est déclencheur
De révoltes et d'atrocités

Rien n'étouffera le jasmin
Qui s'ingénie à embaumer
Ni les oeillets sur le chemin
Les orangers ploient sous le drain
Qui baigne en continu leur pied...

*Nuit au-dessus de la montagne
jusqu'à la faim de la rivière

Un grand silence t'accompagne
Toi qui rêvais d'égalité
Sans illusion et sans prière
Le monde est encore en chantier

*Vers de Pablo Neruda

© Jeanne CHAMPEL GRENIER  

( Extrait de « POETES CITOYENS »
CONTREPOINTS- vol.3)Ed.France Libris-2018

                              
 
 
 

 

 

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14 mars 2023 2 14 /03 /mars /2023 07:59


 

À mon aïeule maternelle


 

Elle est partout et nulle part
debout au four et au moulin
pas un instant pour divaguer
mais pour chanter oui, elle est là
rien ne l'arrête et tout y passe
depuis Ferré, Brel, Mariano
jusqu'au fado et l'opéra

Quand elle épluche les oranges
que lui a données le primeur
des maltaises toujours trop mûres
pour ceux qui ont la bourse pleine
elle entonne un refrain étrange
qui parle vin cuit, et vanille
et d'une recette de Murcia
que lui donna Maria sa mère

Le chaudron bout, c'est un vieux clou
non pas ces beaux reflets de cuivre
qu'on voit sur les dessins du livre
qui vient de Palautordera
caché dans son sac d'émigrée
alors qu'elle ne sait pas lire
À soixante ans, il est trop tard

Il est si vieux ce bouquin là
venu du pays en révolte
ces quelques mots en catalan
dont elle connaît les images
ce petit livre tout en miettes
qui traversa la France libre
bien plus sacré qu'un beau missel
''mi-sel mi-sucre'' disait-elle !

Soudain elle se sauve en courant
l'heure de quérir les enfants
Et au goûter que va-t-on faire ?
Il est déjà la fin du mois
du pain perdu ? ou bien grillé ?
avec juste un petit ''raj d'oli''
non pas de beurre, ici, jamais
ni flan ni crème, c'est gaspiller
la nourriture, c'est pour survivre

Mais elle a dans son tablier
quelques fruits mûrs qu'elle a trouvés
sur les chemins de la commune
C'est la glaneuse de Millet
elle est courbée mais sait chanter
et même ''Aux armes citoyens !''

Elle travaille sans arrêt
à réparer la société
sans cri, sans grève et sans hurler
Elle est partout quand on l'appelle
et chante du soir au matin
Bien sûr qu'elle pleure en secret
elle n'a pas le moindre blé
mais elle sait se contenter
elle est en vie et jamais seule :
Lorca, Neruda, De Falla
Pablo Casals et Cerruda
Son cœur déborde de musique
l'amour des autres, c'est l'Amérique !


( Extrait du recueil  : L'EXODE :Ines, Faustino et les autres...)

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER      
 
 
 

 

 

 

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5 février 2023 7 05 /02 /février /2023 07:57

Lannion - Photo Jdornac©

 

EN HOMMAGE À CHRIS BERNARD ET À SA BELLE REVUE DE POÉSIE PORTIQUE ( 32 ans de parution)

 

J'aime les maisons antiques
Où derrière la rouille des portiques
Les longs paons bleus se balancent lentement
Au rythme de la valse à trois temps

J'aime les intérieurs au faste finissant
Les colonnes verdies, les chapiteaux romans
Les chinoiseries d'or sur les papiers dépeints
Les vieux fauteuils chaussés de précieux escarpins
Les consoles de marbre toujours inconsolables
Les couloirs où miroitent d'ineffables
Conciliabules de soupirs et de larmes

J'aime les galeries-fleuves envahies de tapis
Qui glissent comme nuages bleuis
En laine de Hongrie et douceur Véronèse
Croisant les cheminées sans braise
Les frontons gravés de belles armoiries

J'aime les grands tableaux de chasse
Ces reliefs de gloire émouvants
Tandis que le temps passe
Et passe inexorablement

J'aime les immenses parcs mutiques
Les jardins où s'étoffent les mousses
Avec pour seule et unique musique
le chant de la rainette rousse

J'aime les maisons antiques
Où le silence tient lieu de paravent
Aux grands paons bleus si nonchalants
La nuit semée de neige galactique

© Jeanne CHAMPEL GRENIER
 
 
 

 

 

 

 

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12 janvier 2023 4 12 /01 /janvier /2023 07:17

Dessin : www.francetvinfo.fr/culture

Texte magnifique de révolte, juste et nécessaire offert par Jeanne Champel Grenier ( J. Dornac)


Des femmes qu'on tue parce qu'elles montrent leurs cheveux, des hommes qu'on torture et qu'on pend parce qu'ils défendent la liberté, des mères et des pères qui hurlent de douleur au pied des gibets...et partout des enfants qui crèvent de faim !
Un million de croix sur la Méditerranée !

 

À quel âge, la retraite pour eux ?

 

Poètes, je veux bien qu'on dise la force
des mots d'amour qui réconfortent
mais il faut se garder de croire
que nos paroles vont guérir
les suppliciés, c'est illusoire
Quelques miettes de bonté
ne vont guère multiplier
ni ranimer la raison morte

 

Un pain rassis et deux poissons
voilà bien ce que je leur offre
en quelques mots avec ma peine
car rien ne va ressusciter
l'amour, la joie et le respect
qui tissent des journées de paix
et d'humanité pérenne

 

Vont-ils accoster notre vie
nos frères et sœurs d'Outremonde
eux que nous avons démunis
à force de piller la terre
qui meurt de peur et de douleur ?
Mais quel silence la misère !
Rien qui n'empêche de dormir ?

 

Je veux bien qu'on dise la force
des sentiments qui réconfortent
la tendresse, la poésie
sur une musique sereine
mais RIEN ne vaudra la révolte
contre l'hérésie et la haine
rimant avec cent mille volts !

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER                                          
 

 
 

 

 

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20 décembre 2022 2 20 /12 /décembre /2022 07:41
Tableau de Gustave Moreau : « Salomé dansant »


 

Pour toutes les personnes aimant la poésie et la peinture, je ne peux que recommander ce superbe recueil, n’hésitez pas à vous le procurer ! (Jean Dornac)

 

 

Elle est là, elle avance
corps face au spectateur
visage de profil
Armée de nudité
brodée, revendiquée
elle avance, elle est là
en place du bourreau
la tête de Saint Jean
sur un plateau d'argent

Blancheur de lait d'ânesse
des ivoires antiques
le corps dans un fourreau
de dentelle de soie..
Et brille sa peau blanche
qui fait rêver le roi

La tiare au lion de Perse
fleurs de lotus au ventre
elle avance et vous berce
déesse somnambule
prêtresse orientale
voilée de libellules

Rêvée, satin de Chine
peau de neige brodée
toute blanche elle avance
telle une épée dans l'air
au tranchant raffiné
de chryséléphantine

Elle avance en silence
ni luth, ni gong, ni sistre
aura de dessin pur
qui guidera l'artiste
au geste tendre et sûr
plus loin qu'il ne le pense

Rouge et or le décor
d'Orient fantasmé
Univers opposés :
Nudité et Mihrab
reliés par le peintre
Elle avance, elle danse
L'artiste a peaufiné
la châsse du mystère

Ainsi va l'Art sacré
tatouages des rêves
toujours inachevés
qui brûleront Moreau
sans cesse à fleur de peau

 

Extrait du superbe recueil : TABLEAUX D'UNE EXPOSITION, éditions France Libris
 
© Jeanne CHAMPEL GRENIER                                      
 
 

 

 

 

 

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21 novembre 2022 1 21 /11 /novembre /2022 07:36


Dessin de Jeanne Champel Grenier

 

Bleu, le ciel d'amplitude inespérée
Blanche, la terre sous les reins
Brûlante l'épée du soleil
Entre les branches d'orangers
Qui filtrent les rayons de feu

Au loin le duende des vagues
Sous leur résille de sel
Et par tièdes et tendres rafales
Le moussant parfum du jasmin
Qui déborde des jardins

Seul dans un corps en feu
Danse un cœur Carmen
Et son éventail qui vibre
Au filigrane orgueilleux
Du dangereux l'équilibre
Entre ollé et amen

Incluse dans la terre des ancêtres
Grenade au profond d'une fleur
Chuchoter et s'emplir le cœur
Des ''Légendes du Guatémala''
Castagnettes et guitarillas
De Miguel Angel Asturias

Rouge, le ciel d'amplitude dévoilée
Rouge, la terre sous les reins
Rouge, l'épée du soleil
Et sentir vibrer sur ses tempes
Les cigales des maracas
Et le son des bandjos
De Chichicasténango  

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER                              
 
 
 
 

 

 

 

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12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 06:48
Dieu le Père, peinture de Giovanni Francesco Barbieri dit Le Guerchin (1591-1666). Galleria Sabauda Turin/Aurimages


Plainte immédiate à personne en danger

 

 

J'ai semé des miettes aux oiseaux
mais auparavant, j'ai nourri
le chat et le chien qui guettaient,
ventre aux aguets...
Providence et Vigilance, une absurdité ?

« On est responsable de ceux qu'on a apprivoisés »
a dit le Renard de sagesse futée
du seul Saint célèbre
capable de voler en avion:
le grand Saint Exupéry !
Et je voudrais savoir à partir de quand
cette loi entre en application chez les humains,
et quels en sont les bénéficiaires et récipiendaires

Car, si je jette un coup d'oeil alentour de l'homme
je vois beaucoup de laisser aller, de désastres
et beaucoup d'irresponsables addicts au hasard
qui fait si bien les choses, au ''C'était écrit''
ou ''Dieu pourvoira'',''Chacun pour soi'',
''pas de souci, l'humanité s'autorégule''
''l'Apocalypse est prévue pour ça''... etc etc...
Ô marasme civil et religieux de compensation !

 Il faut vraiment prier ventre à terre, pour ceux qui y croient
et disent avoir, par leurs prières
et leur ''sainteté désintéressée'',
la main sur les commandes pour
restaurer la ''Divine Providence'',
l'armée des anges bénévoles,
les anges gardiens, la ''Bonne Etoile'' pour tous
et le pain quotidien sonnant d'urgence
et trébuchant sur le pallier de chacun !

Car des questions se posent...et creusent de grands cratères
dans la foi en l'humain aussi bien qu'en Dieu
Le Grand patron n'a-t-il pas mis la clé sous la porte ?
Ma parole, n'aurait-il pas délocalisé son entreprise
sur d'autres planètes où la main d'oeuvre serait plus souple
et coûterait moins cher à éduquer ?

Avec humilité, en toute innocence, mais en urgence totale,
je demande poliment, le cœur battant de l'aile,
au Grand patron pressenti de cette multinationale illimitée
de revoir de toute urgence son programme
d'investissement sur la planète Terre,
de relire avec attention Saint Exupéry
et de nous faire ''une fleur'' :
de semer la poésie et le partage dans tous les esprits
avant que ne se St-Exupérissent en rêve
en avion ou en fusée interplanétaire
tous les innocents affamés du monde,
aussi nombreux que les grains de sable du désert,
sommés de se sacrifier pour des Logos
qui projettent d'aller ''faire leur blé''
Ailleurs où n'existent ni oiseau, ni renard, ni fleur
 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER                          
 
 

 

 

 

 

 

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8 juillet 2022 5 08 /07 /juillet /2022 06:34
Illustration de Jeanne Champel Grenier


 

 

 

Il a dit à tout le poulailler :
-Taisez-vous, c'est Moi qui parle !
Il a dit à la basse-cour et à la haute cour
-C'est Moi qui décide !
Il a appelé ses potes
(épuisés, en compote) :
-Toi tu fais ça !
Toi, tu viens là ; toi, tu vas là-bas
et vous, voilà ce que vous avez à faire :
vous direz : OUI CHEF !
Rien à discuter !
Vous allez voir,(et entendre) on va s'éclater
Ils ne vont pas en revenir !

Ils ont dit :
-Et si on faisait...
-Pourquoi on ne ferait pas...
-Y en a qui disent...

Il a dit :
-Tous virés : Virés ! Virés !
Sauf toi, là-bas, ma jolie !!!

Ils se sont rassemblés
comme des moutons dans les rues...
tous, tous les pingouins qui avaient voté,
sans le savoir, pour la canicule
tous les chameaux, et dromadaires qui avaient votés,
sans le vouloir, pour la banquise
et ils ont crié :
-À bas LUI ! On voulait l'AUTRE !

Il a dit :
-Trop tard !
C'est celui qui dit qui est !
Voilà mon programme :

-À bas TOUS les autres !
Je vais monter des murs
démonter les échafaudages
brûler les échelles
noyer les ports
augmenter les montagnes
clouer les portes et fenêtres
ET LES BECS !
Je vais clouer aussi les avions
crever les bateaux
et flinguer les OVNI

Ils ont dit :
-Et bien ! Il ne fait pas de cadeaux !
Il a répondu :
SI !
À Noël: un colt à chaque enfant
qui a fait ses premiers pas !
Il n'est jamais trop tôt pour faire la loi !

Diriger, c'est du boulot :
Il faut flinguer tous les opposants
flinguer aussi les journalistes
et ne pas faire de taches
Alors repeindre la Maison Blanche (ou le Kremlin)
en ROUGE....3 couches

Il était cuit comme un homard
avait sifflé, cul sec, 1 litre de whisky (ou de vodka )
chanté : ''on les aura, tous les étrangers on les aura !''
Puis il est parti repousser les frontières
le bazooka à la boutonnière...

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER  ( Extrait du recueil : Terre adolescente-2015 )                                  
 
 

 

 

 

 

 

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25 juin 2022 6 25 /06 /juin /2022 06:50


Editions Traversées, Belgique, ISBN : 9782931077047, 128 p., 2022

Recension de Jeanne Champel Grenier

 

Très beau livre de format carré 21/21dont l'élégante et sobre couverture au ton de sable brun présente en son centre une jaillissante et moderne création nommée ''composition'' (huile sur toile 80/80) de Jean-Pierre Moulin.
 
           Au seuil du livre, un émouvant liminaire rédigé par l'auteur. Rapide mais précis itinéraire de l'écriture depuis les préhistoires si adhérentes aux empreintes, jusqu'à nos jours où la personnalité se perd, se dilue dans l'abstraction la plus dénuée d'humanité.
 
          Tout poète, confronté aux affres du monde, ressent ce besoin de retour sur soi afin de convoquer les possibles forces positives de l'univers. La beauté de la nature nous y incite :
 
Tiens ! Voici la première abeille du matin
Qui va gouter son pollen
Dans le dictionnaire d'un million de fleurs...

 
Le monde se perd-il dans les dédales d'aspirations contraires et souvent néfastes, avec le danger de déshumanisation totale à brève échéance ? L'œil du poète nous rassure quant à ses facultés de cerner la beauté d'un instant céleste :
 
Opulence ( p 7)
 
Pour tout étendard
ces moires de lumière
 
Partage ( p 9)
 
ici prospèrent des turbulences
qu'un vent ponce et cisèle
en vitales déraisons...
 
et se comblent nos failles
où s'effrangent les agonies
de solitudes à tâtons

 
Néanmoins, nulle leçon, nulle débauche de sagesse fictive de la part d'un poète qui a ''fait ses preuves'' en sa vie d'honnête homme de sciences et de lettres, mais une simple constatation qui appelle à la modestie : ( p 11) car même si
 

le vent de l'âge....pourchasse la cendre des souvenirs
tapis au coin de mon âtre...il dépouille aussi ma carcasse d'inutiles rancœurs...
 
Et de plus, si selon les cohortes de Cassandre, le monde court à sa perte, l'auteur garde le cap que lui dictent ses sens premiers. Oui, le poète, le peintre, tout comme le chamane, gardent le sens de l'appel à témoigner d'une vie créative toujours située ''sur les franges de l'essentiel'' qui demeurent visibles, vivantes, pour celui qui sait voir:

 

Créer ( p 20)
 
Traduire une page blanche
qui crie sa virginité
se rebellant à mes lignes
pour d'ardentes fiançailles...

 


            Ce livre ''SUR LES FRANGES DE L'ESSENTIEL'' dans son entier, s'éloigne diamétralement des rythmes et proses compassées dont nous sommes noyés. Claude Luezior saisit d'emblée la ''substantifique moelle'' de l'expression poétique ; on est ''sur les franges'', certes, mais dans des ''franges'' vraies, terriblement originales en poésie. En témoignent les 128 pages de ce livre où s'épanouissent les poèmes d'amour : Coquillage, Flibuste, p.70, Rupture...
 
Je t'ouvrirai
dans les reflets
d'un ressac
tel un coquillage sacré
où luit la nacre
de tous les désirs

 
 Tous sont de véritables morceaux d'anthologie, sachant qu'il faudrait pour créer cette nouvelle anthologie convoquer l'essentiel des grands poètes de notre temps, sous une aurore boréale.

© Jeanne CHAMPEL GRENIER
 
 

 

 

 
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