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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 07:59
Seuls – Ode
 


Sous la grandeur des longues saisons
Des temps mille fois millénaires
À rebours d'amours et de frissons
Les amants séparés, solitaires

Dans la forêt luxuriante du jardin secret
Aux souvenirs enfouis dans la dentelle
Les ramures des cris retenus font reflets
Dans les claires eaux de la fontaine éternelle

Les « je t'aime » se sont tus désormais
Ne font écho qu'aux cœurs qui palpitent
Au seul retour des jours heureux, mais
Tout n'est qu'absence qui les habite

Ils sont seuls et deux dans l'exil des agapes
N'ont jamais été autant deux depuis que seuls
Pas un instant, pas un souffle de l'autre ne leur échappe
Ils se savent là, ils se taisent, ils attendent, seuls

Et Un
 
© Ode

 


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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 08:34
Qui es-tu, poète ? - Jean Dornac
 
 
 
 
Poète, à quelle Source bois-tu ?
À l’eau éternelle et infinie
Où à celle de tous les embonpoints ?
Laisses-tu gonfler ton orgueil,
Au long des métaphores opaques
Qui éloignent tant de lecteurs ?
 
Es-tu cette douche tantôt glaciale
Tantôt brûlante qui fait fuir
Les fervents amoureux des mots ?
Où préfères-tu être cette caresse,
Cette brise légère qui ne te rendra pas gloire
Mais sera consolation des Humbles et des Passionnés ?
 
Poète, es-tu épris de l’avoir, ce singe grimaçant
Qui t’illusionne, ô combien inutilement,
Qui n’est que miroir de ta vanité ?
Où préfères-tu te porter vers l’Être,
Souvent misérable et faible,
Qui jette une lumière crue sur ta propre misère ?
 
Ce qui est laid n’est pas beau !
Il suffit de l’écrire avec de simples mots !
Si tel pouvoir te déplaît ou te choque,
Il suffit de décrire ta nausée.
Face à la beauté et l’amour,
Crois-moi, Poète, jamais, tu n’en feras trop !
 
Regarde l’oiseau qui, d’un seul coup d’aile,
Vole toujours plus haut vers l’infini du ciel.
Nul besoin d’ego ou de gestes factices,
Nul besoin de flatteries ou d’artifices,
Il n’a d’autres trésors que sa liberté
Et quelque nourriture ici ou là glanée…
 
Contemple l’herbe folle, celle que l’on dit mauvaise,
Elle est pourtant signe de la vie qui affleure partout,
Plus puissante que tous nos gris ou noirs goudrons.
Et toi, Poète, compose tes œuvres sans babioles.
Tu toucheras les cœurs, les esprits s’envoleront,
Ne resteront impassibles que les ventres trop repus…
 
Fais sourire les enfants, rêver les familles,
Détourne-toi des puissants, ils n’ont que faire de toi.
Sers les herbes folles et les moineaux de la vie,
Bois à la Source qui jamais ne s’assèche.
La gloire, la puissance et le pouvoir n’ont qu’un temps,
Tes vers s’ils effleurent vérité et beauté, eux, resteront.
 
© Jean Dornac
Paris, le 29 avril 2010


 


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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 08:26
AUTOMNE HIVERNAL - Pierfetz
Feuille d'automne ( Josy.)©
 
 
 
Si la tombée des feuilles mortes
Nous cache les joies de l'automne,
Les tourbillons qui les transportent
Changent notre vie en métronome.
 
Une nuit invisible,
J'ai entendu un bruit,
Comme la mort, à peine audible,
Tout comme la tombée d'un fruit.
 
J'ai concassé la vieille coque,
Trouvé encore de quoi aimer.
Aimer la vie comme remorque,
Récoltes de printemps semés.
 
Dans de multiples coloris,
Douce lumière se faufile.
Les oiseaux chantent, mais sans cris.
Doucement l'hiver se profile.
 
Lâcher l'ancien de son emprise,
Fuir les boulevards de l'extérieur.
Apprendre à partir, lâcher-prise,
Se replier vers l'intérieur.
 
Furtive rémission de vie,
L'automne est un tremplin d'hiver,
La clôture d'une Olympie.
La buée envahit le verre....
 
Pierfetz© 2012
 


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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 09:00
LE  FOL  ÂNE  ET  L’HERBE  FOLLE – Claude Gauthier
 
 
 
 
Souvent les vœux par trop crédules,
Conduisent nos destins vers des maux majuscules,
 Et le plus sûr talent, fût-il de Léonard,
 N’en saura conjurer l’insigne canular.
Réfléchissons d’abord, pour un meilleur office !
                                                                                        
Un âne fort nanti que taraude un caprice,
 Oublieux de son près, tend un nez frémissant
  Vers les hauts d’un clocher. Puissant
Est son désir, farouche son envie                    
D’y tondre - eh, la fourbe folie -                                                 
Trois brins d’herbes venus sous l’ardoise du toit !
Il en rêve, il s’obstine et ne mange et ne boit                               
Que par mesure extrême.
 Il n’est qu’une langueur, tout lui semble carême
Et son maître à la fin engrange de l’humeur :
 - Il me faut à Martin rendre  son goût de vivre… !
                                                                                                                
Un jour, plus ou moins ivre,
 Il encorde le cou du rétif animal,
Monte à la cloche et non sans mal,
 S’armant d’une poulie, enlève                    
Avec des ho, des hisse et vous soulève,
 Entre nuages, sol, l’indocile bourrin !
 Pour atteindre au lupin,
 Il se distend l’échine autant que l’homme peste ;
 Le quadrupède alors, flaire son pain céleste.
 Il la sent, s’enhardit, à ce point l’imprudent                                     
Qu’il atteint à la chose, hélas ! Car saisissant la touffe,
 A ce moment précis, notre fol âne étouffe !
Plus tard, le franc crétin d’aller nous raisonner :
- Ainsi voulut le Ciel, de me l’empoisonner !
                                                                         
Tels sont  les sots complices,
Qui ne sauront jamais borner, ni mœurs, ni vices,
 Non sans en rejeter le plus clair de leurs torts,
Sur un tel et consorts. 
 
© Claude Gauthier

 


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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 08:26
Débouclez-les, vos longs cheveux... - Jules Barbey d'Aurevilly

 

 

 

Débouclez-les, vos longs cheveux de soie,
Passez vos mains sur leurs touffes d'anneaux,
Qui, réunis, empêchent qu'on ne voie
Vos longs cils bruns qui font vos yeux si beaux !
Lissez-les bien, puisque toutes pareilles
Négligemment deux boucles retombant
Roulent autour de vos blanches oreilles,
Comme autrefois, quand vous étiez enfant,
Quand vos seize ans ne vous avaient quittée
Pour s'en aller où tous nos ans s'en vont,
En nous laissant, dans la vie attristée,
Un coeur usé plus vite que le front!
Ah! c'est alors que je vous imagine
Vous jetant toute aux bras de l'avenir,
Sans larme aux yeux et rien dans la poitrine...
Rien qui vous fît pleurer ou souvenir !
 
Ah! de ce temps montrez-moi quelque chose
En vous coiffant comme alors vous étiez ;
Que je vous voie ainsi, que je repose
Sur vos seize ans mes yeux de pleurs mouillés...
 
Jules Barbey d'Aurevilly
 


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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 08:13
Mots – Thierry Deschamps
Infographie © Thierry Deschamps
 


Mots, dits dans la colère,
Emportés par la rage, ils blessent, ils désespèrent !
Maudits soient-ils ! Ces démons échappés
Comment laver l'outrage d'un verbe incontrôlé ?

Mots lestes des butors,
Emportés par l'ego ils se croient les plus forts !
Molestent les plus fragiles pour se voir exister
Oubliant qu'une injure se doit d'être lavée.

Mots, râles des sans abris,
Emportés par la nuit, ils gèlent et ils ennuient !
Morale qui nous assaille, comment donc oublier
La misère d'un monde qui gît sur le pavé.

Mots, cœurs qui paradent,
Emportés par l'amour, ils poussent la sérénade !
Moqueurs sont les regards qui ne comprennent pas
Que pour chanter la vie, peu importe le la.

Mots, roses sans épine,
Emportés par la foi, ils adoucissent le spleen !
Moroses étaient les cœurs perdus dans le brouillard
La douceur du verbe éclaire les regards.

~~*~~
 
 ©Thierry Deschamps
http://www.jets-de-mots.le-spleen-de-zarathoustra.fr/mots.html



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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 08:03
Relativité – Denise Bernhardt
© Honoré Daumier
 
 
 
La vie oscille dans le jeu cuivré
Des poids et des mesures d’autrefois.
Nulle balance n’est infaillible
Les instruments sont floués
Malgré le lent ajustement des données.
 
En marge de l’absolu des preuves
Le monde s’enlise
Dans l’arrogance des discours
L’aléatoire des démonstrations.
 
Car la foule demandeuse attend
La vérité des mots, la justesse des lois
Le flamboiement des idées
Porteuses de pérennité.
 
Avec l’incertitude du devenir,
Confrontés à la soif d’expansion
Qui pourrait abreuver
Les peuples assoiffés.
Les hommes contemplent médusés
Les projets insensés qu’élaborent
Les adeptes du paraître
Au détriment de l’être.  
 
© Denise Bernhardt
  
Extrait du recueil « L’amour du monde » écrit à deux plumes par Denise Bernhardt et Duccha. Editeur : Le Vert-Galant



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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 07:50
LA DIGUE – Luce Péclard
 
 
 
Fais confiance au flux de vie,
A la magie, à la richesse,
A la grâce du matin calme.
Est-il moment plus inspiré
Que cet espace réservé
Où nul encor n’a mis le pied,
Où ton projet fraîchement né
Peut délaisser sa chrysalide ?
 
C’est l’heure où tu tiens à distance
Les flots tempétueux du monde.
Ne les laisse pas effriter
La digue patiemment construite,
Ni submerger le paysage
Gagné sur la mer contenue
A la force de ton poignet
Qui sert la truelle et la plume.
 
© Luce Péclard

Extrait du nouveau recueil de Luce Péclard, « Pars si tu peux » aux éditions du Madrier




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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 08:11
À venir… - Jean Dornac
 
 
 
 
 
Lorsque la mort frappe un vivant
Tout semble mourir dans un même élan
Les souvenirs du temps jadis fleurissent
Enjolivés ou tristes pour les âmes désolées
 
Mais qu’est la tristesse sinon notre ignorance ?
Ce départ signifie le néant aux yeux des athées
Paradis ou Enfer pour nombre de croyants
Ou recommencements jamais achevés…
 
Ils sont nombreux ceux qui annoncent
Détenir la vérité et la garder jalousement
La variété des croyances dit qu’il y a erreur
Seul le cœur de chacun peut ressentir le réel
 
Aucune vérité n’est plus grande qu’une autre
Est vrai, sans doute, ce qui nous fait vibrer
Non dans le corps, mais au plus profond de l’âme
Intuition qui nous enveloppe comme une flamme
 
J’ai fréquenté certaines croyances
Croyant trouver mon chemin
Je m’étais juste égaré
Dans le labyrinthe de leurs dogmes
 
Par l’Ordre servilement accepté
Du précepte à l’esclavage
Il n’y a pas plus d’espace
Que l’épaisseur d’un voile
 
Pas même la raison n’est suffisante
Pour faire une intime conviction
Face au mystère de nos existences
Chahutées par le tourment des épreuves
 
Si l’homme y met son grain de folie
Les dieux deviennent des monstres
Assoiffés de sacrifices et de sang
À l’image des fous qui les ont créés
 
Gardez-moi de cette démence
Ouvrez-moi la route des étoiles
Que j’y lise le sens de ma vie
Et les étapes qui m’attendent…
 
© Jean Dornac
Mulhouse, le 25 mai 2010
 
 
 
 
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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 08:20
Je vois toujours tes yeux – Victor Varjac
 
 
 
 
 
Je vois toujours tes yeux
qui bougent dans l’espace
un rire parfumé
un souvenir qui passe
comme une main ouverte
que l’on ne peut fermer…
L’heure croît puis efface
les gestes et les mots
le chemin me regarde
le paysage verse
l’éternité se brève
sans laisser une trace…
… mais j’aperçois tes yeux
dans tout ce qui résiste
à conserver le jour !...
Ils bougent dans l’espace
Comme deux astres clairs
deux caprices de flammes
deux prières de ciel
plus fortes que le temps…
Dès l’aube de ma Vie
bien avant que l’usure
devienne une habitude
une marche qui pleure
au bras du quotidien
le rêve m’épousa
sur l’autel du futur
mais la réalité
avait un corps de glace…
Le sang de l’écriture
me sauva du naufrage
même si la douleur
mélangeait nos visages…
Tout au fond du poème
ce sont tes yeux incandescents
comme une cathédrale
au soleil couchant
qui saisissent les battements
de mon cœur affaibli
et le courage d’être
ce que je ne suis pas…

© Victor Varjac
Antibes, le 16 août 2011


Extrait du nouveau recueil de Victor Varjac « Les Fiançailles de l’Aube » aux Editions Chemins de Plume

 
 
 
 
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