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1 décembre 2019 7 01 /12 /décembre /2019 07:39

 

 

 

 

 

Voilà trois siècles, le Livradois-Forez était pratiquement dépourvu de forêt.
Avec l’exode progressif vers les grandes villes, la forêt a conquis ce territoire auvergnat jusqu’aux portes des villages.

 

Besace sur l’épaule avec leur ample blouse bleu foncé, c’est d’ici, de novembre à avril, que les scieurs de long partaient pour la Franche-Comté et le Nivernais jusqu’en Normandie.

 

Sur la roche-mère sont venus le soleil, la pluie et le vent.

Granite et roches cristallines ont accueilli l’humus, et l’équilibre s’est installé avec l’arbre.

 

Quittant le village de Saint-Amant-Roche-Savine, une ensoleillée d’octobre éclaire le coude d’un chemin pentu où s’égaye une colonie de fougères en robe d’automne.

Les fougères sont un monde sans fleur, sans fruit, sans graine, pareilles aux mousses.

Quand l’air se dessèche comme cet été durant les fortes chaleurs, la fougère laisse tomber sur le sol des quantités de cellules microscopiques appelées spores. Minuscules organes, elles évoquent le tissu primitif de l’algue ancestrale qu’on appelle le thalle où aura lieu la fécondation entre un organe mâle et un organe femelle ; alors la fougère prendra forme.

Ce qui est extraordinaire, c’est que la fougère s’obstine à témoigner, après des centaines de millions d’années, de ce que fut la première conquête de la terre.

 

Après avoir croisé l’alisier et le sorbier, je les aperçois dans l’air vif et le chant des grives.

Silhouette parfaitement conique s’élevant jusqu’à soixante mètres, tronc droit, écorce lisse gris argenté, le sapin pectiné est ici dans son aire naturelle.

Il côtoie le pin sylvestre, arbre de lumière à l’écorce moirée de craquelures roses. Son architecture se pare de mille fantaisies, ses branches se tordent, se coudent, s’élancent toujours vers la lumière.

Heureux des étés chauds et des hivers rigoureux, le pin sylvestre peut atteindre trois siècles.

 

L’arbre, compagnon de vie n’est jamais seul , il vit en symbiose avec les champignons ; les filaments souterrains des bolets et des chanterelles enserrent, étreignent les racines de l’arbre. Ces commensaux, hôtes bienfaisants aident l’arbre à déliter minéraux et roches, à libérer les indispensables éléments qui, sans eux, resteraient gîtés, inutiles dans le sol. C’est par eux que l’inerte azote de l’air entre dans le tourbillon de la vie, énorme fabrique d’aliments et engrais naturel pour l’arbre.

 

A l’orée d’une sapinière à myrtilles, le farouche pic noir attend, comme chaque année, la bécasse.

Tandis que là-haut, franchissant avec aisance le col du Béal, le milan nous dit :

            «  On va dans les étoiles et on ne sait toujours pas ce qui se passe sur le talus en face de chez soi… »

 

                                                         Automne deux mille dix-neuf,

                                                  au pays de Gaspard des Montagnes

 

 

©Roland Souchon


www.rolandsouchon.com  

 

 

 

 

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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 06:44
Photo J.Dornac©

 

 
Déméter et Perséphone éploient leurs senteurs sur l’ourlet herbacé.
 
                                      Pétrie d’azur, d’argile et d’humus, une main s’approche et rêve d’efflorescence.
 
                                      Dans sa robe ensoleillée, une abeille s’invite chez la fleur en doigt de gant d’une digitale pourpre.
Valériane du cœur, elle est la plante irremplaçable sans oublier la recette avant de s’offrir sa digitaline.
Installée mi ombre, mi soleil, la digitale se balance sur la frange de la clairière.
La grâce de cette fleur sauvage évoque une caryatide de l’Erechthéion sur l’Acropole d’Athènes.
La grappe de fleurs dévalant en harmonie sur sa hampe n’est pas sans suggérer la tresse des nattes prolongée par la légèreté des plis de l’étoffe sur le corps de la caryatide.
Un symbole de liberté et d’élégance victorieuse. Insaisissable beauté des lignes, des volumes et des couleurs pour créer l’irréel.
 
                                      Un chardonneret vient de se poser sur la cardère sauvage, communément appelé chardon.
La cardère sauvage est haute, bien campée sur une tige robuste, épineuse, ramifiée et déterminée. Elle rappelle l’Aurige de Delphes dressé sur son char.
Tous les deux sont une merveille d’équilibre, charpentés en leurs corps, définis par tous leurs profils.
Sur leurs allures altières circule une onde, chaude sonorité de la terre.
Si la détermination du regard de l’Aurige du sanctuaire d’Apollon est tempérée par le bandeau cernant son front, c’est pour mieux évoquer le collier de fleurs violet pâle disposé en anneau sur la tête ovale de la cardère sauvage.
La nature a modelé ce chardon qui vit sur des terrains incultes, mais dont l’énergie soutenue en fait sa beauté.
Cette ardeur devait habiter le cœur des artistes grecs pour avoir su créer une force immédiate qui resplendit sans effort.
 
                                       Sauvage beauté, jeunesse immortelle, équilibre façonné par l’art, mystère impénétrable où, à chaque battement de cœur, résonnent le flux et le reflux de l’âme.  
 
©Roland Souchon
 
 
 
 
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6 septembre 2019 5 06 /09 /septembre /2019 06:29
Antonio CANOVA (1757 - 1822) - Psyché ranimée par le baiser de l’Amour
Marbre Paris, musée du Louvre - © 2010 Musée du Louvre / Raphaël Chipault
 
 
Un frisson de lumière éclaire boucharde, ébauchoir, spatule, rifloir et burin.
 
Derrière le rideau, le modèle dégrafe sa robe.
 
Qui est le modèle vivant aujourd’hui ?
 
Ariane, vrille de joie enivrante à l’échancrure d’une hanche
Pamela à la chevelure défaite et tons chauds de palissandre
Juliette au teint mat, raffinée telle la caudalie d’un Condrieu
Graziella au charme qui ondoie sur le chapeau fleuri du vent
Diane à la beauté altière d’une jeune louve
Nausicaa au nombril poudré d’un sable roux de Sirocco
Ophélie, fuseau de lumière emplie de mystère
 
Vertige !  Où suis-je ?
 
De grâce vêtue, le modèle a pris la pause.
L’atelier se pare de la couleur ambre des terres lointaines.
La chaleur monte, exhalant des parfums d’Orient à faire perdre la raison.
 
L’éclair fugitif d’une idée se fixe sur des esquisses préparatoires.
Arrive ensuite le modelé d’une ébauche en argile où l’artiste pétrit l’âme de sa sculpture.
 
Dans le frémissement de la chair naît le mystère.  
 
©Roland Souchon
 

Cliquez ici pour lire la nouvelle chronique Arc-en-ciel :

Le mystère d’une boucharde

 

Et cliquez ici pour découvrir la nouvelle rubrique "De-ci de-là"

consacrée à la poésie à deux mains           

 

 

 
 
 
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14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 07:20
Tableau de Roland Souchon©

 

Jamais bonheur plus intense n’éclot si près lorsque se dévoile le corsage d’une rose sauvage.

            

              

 

Lorsque naît la fraîche aurore frémissante, le paon du jour fait escale à la source des parfums

Plus loin, la révérence d’une digitale suscite l’ondoiement de l’âme

Haussé par le vent, l’astre blanc, proue de lumière, réveille la toison ambrée des collines

Pâturins et vulpins, aériennes graminées, vous savez fort bien que javelles, gerbes et meules ne reviendront pas

Mais, sur l’ourlet herbacé, le roncier reste le témoin d’une indomptable vigueur lorsque s’endort la sève

Au chant du grillon, le pied nu d’Aphrodite s’est posé sur le velours d’un arc-en-ciel

Ce concert pastoral est pour l’irrésistible peau blanche des muses au théâtre de l’idylle

Sur les plis du vallon s’installent les premières broderies de l’automne

L’ombre encore tiède d’un sourire a rejoint la soie du crépuscule

 

                                  Voici la muse

 

                                         Nymphe couronnée d’azur aux sept couleurs du vent

                                         Lumineuse des paupières de l’aube au couchant

                                         Chapeau d’onde pure au vent d’autan

                                         Tu embaumes les vastes prairies de nos vies

 

                            Dis la muse, viendras-tu boire à la source où fleurit la clef des songes ?  

 

©Roland Souchon

 

 

 

 

 

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22 juillet 2019 1 22 /07 /juillet /2019 06:50

 

 

Partir vers l’ailleurs pour rencontrer un monde maintes fois fouillé par nos rêves
 
Cheminer pour, sans cesse, s’émerveiller dans le regard de nos rencontres
 
Marcher dans le vent sur la dune où le silence est une grande et belle expérience intérieure ; un instant fabuleux lorsque sa propre existence apparaît reliée aux arabesques du rivage, et, dans l’épaisseur de la lumière, écouter fleurir l’immortelle des sables
 
Le véritable défi d’une odyssée, c’est de faire perdurer la curiosité au-delà du retour
 
Que vogue votre ramure au vent de l’aventure, endettée de la générosité des autres.
 
                                               Bel été aux chatoyantes couleurs, une plume ailée en bandoulière

 

©Roland Souchon

 

 

 

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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 06:54

 

 

 

Littérature, peinture, musique et poésie renaissent à chaque printemps.
Dans les moments difficiles qui secouent nos jours, les arts doivent être la clef de l’ascenseur social.
Il faut être fier de notre pays qui possède un des plus importants patrimoines au monde.
L’art est un message intemporel qui fait reculer les ombres ; il n’a pas de frontières et tient sa lumière de la liberté.
C’est le plus bel écho de la respiration humaine.
 
Il ne faut cesser de nous émerveiller, d’avoir envie de connaître toujours plus les Fauves en peinture, le mystère d’une sculpture de Brancusi en écoutant une mélodie de Chopin, ou bien d’approcher les vierges du Quattrocento. L’art reste trop souvent une distraction, une activité annexe voire un artifice.
 
A côté de l’envie, il doit y avoir l’effort, un mot que l’on essaye aujourd’hui de gommer.
Sans effort, le monde de l’art restera fermé.
Ne laissons pas nos enfants aveugles devant un tableau, une sculpture, un poème.
Il faut accepter que les passeurs de lumières aient leur place dans nos villes et nos campagnes.
Ouvrons encore plus les bibliothèques, les musées, les centres culturels - en nocturne, le dimanche - afin que chacune et chacun prenne conscience du possible et cueille l’espérance.
 
Enfin, il faut restaurer l’écoute du silence et le respect mutuel ; ainsi, l’art nous fera entrer dans un autre monde, hors du temps.
 
Pour les jours qui viennent, je vous propose le romantisme d’une sonate avec la Sonate n° 5 « Printemps » de Ludwig van Beethoven, la magie d’un trait doublée de l’exubérance des couleurs avec « L’atelier au mimosa » de Pierre Bonnard, et le charme d’une sculpture avec « Les Trois grâces » d’Antonio Canova.
 
Ces vecteurs du rêve, porteurs d’émotions et de beauté, réveilleront des parcelles d’éternité qui sommeillent en chacun de nous.


©Roland Souchon
 site peinture et poésie, chroniques et nouvelles : www.rolandsouchon.com

 
 

 

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7 juin 2019 5 07 /06 /juin /2019 06:46

 

 

 

 

 

De lourds cernes violets entourent ses yeux lorsque, cédant à la fatigue, elle s’abandonne et s’endort aussitôt.

 

Le temps d’un rêve, et elle se met à sourire en regardant les volutes aériennes de trois martinets, saltimbanques du ciel.

 

Avec ce ballet de l’azur résonne sa voix au fond du jardin.

 

Le jardin clos où coule une fontaine déploie une à une ses couleurs.

 

Mai est capricieux cette année. Le temps d’un battement de cils et l’iris déroule sa soie, tandis que le lilas blanc retient sa grappe laiteuse.

 

Eternelle fuite du temps !

 

La verte ronce rebelle s’enlace autour d’un masque de pierre pour offrir sa révérence à la blanche ortie.

 

Un bruissement d’ailes aiguise le regard vers le houx luisant, refuge d’une merlette aux aguets.

 

Une abeille frôle le corsage rubis d’une rose et s’enfonce, gloutonne, aux étamines à tête rouge d’un néflier.

 

Un bouquet violine de thym parfume la pierre où s’endort le dernier soleil.

 

A l’ombre du muret, une mésange bleue écoute tintinnabuler le muguet.

 

Près du poirier, l’arrosoir n’a pas bougé depuis des années ; deux coquilles jaunes y dorment d’un profond sommeil et la fidèle araignée y veille jour et nuit.

 

Mauve, vermillon, safran, vert Véronèse, bleu de saphir et jaune de Naples : le jardin est une palette de couleurs posées le matin dès le premier chant de l’aube, brossées au vent d’autan, cousues au fil de l’averse et vernies au soleil de midi.

 

Quand le soir creuse son nid, les couleurs s’échappent une à une en déclinaison.

 

L’angélus sonne. Le bleu de Giotto vient de naître, cristallisant le mystère du jardin.

 

Les couleurs du jardin renouent à notre origine : la terre, matrice de la lumière, harmonie du cœur et de l’esprit.

 

Au premier croissant de lune, les yeux céladon de ma mère vibrent dans leur sauvage beauté.

 

©Roland Souchon

Mardi 28 mai 2019

 

 

 

 

 

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14 mai 2019 2 14 /05 /mai /2019 07:05

 

 

 

 

Une étoile bat des ailes et le jour s’éveille.

C’est l’heure où s’égrènent les perles de l’aiguail.

En mal d’aimer, une libellule s’est posée ; juste assez de légèreté pour qu’au verger une abeille se mette à danser.

 

Au vent d’autan, un papillon s’envole ; éclat du jour telle une colchique éclose.

Accompagné du rire d’un enfant, un cerf-volant écrit ses phrases de lumière.

Dans ce fragment d’aube cristalline, une hirondelle vient coudre l’invisible.

Un chemin creux conduit vers l’ailleurs où s’ouvre le passage.

 

Lumineuse, l’aile bleutée d’un geai traverse la chênaie.

Dans sa robe d’étamine rouge, l’éphémère soie carminée d’un coquelicot défie le vol du bourdon.

Affamé d’horizons, le vent s’est enfui.

Le glissement d’une ombre indigo vient alourdir la grappe du sureau.

 

Au clocher tintinnabule l’heure bleue, résonance harmonique dans la forêt des songes.

Ainsi prend fin l’été céruléen aux sandales de rosée.

©Roland Souchon

 

 

 

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22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 06:59

J'ai le plaisir d'accueillir un nouveau poète, Roland Souchon, qui nous présente, ce jour, une nouvelle ! Qu'il soit le bienvenu !! (Jean Dornac)

 

 

 

 

 

 

Tandis que les peupliers éclairaient le quai de Montebello de leurs feuilles d’un jaune séraphique, une Diane rousse s’installait sur l’estrade.
 
Tout en douceur, elle abandonnait son décolleté de soie vert de jade. Une ceinture fleurie de nymphéas glissait le long de ses hanches ondulantes.
La sève à fleur de peau, cette ambre beauté flamboyait au milieu de l’atelier.
 
Le professeur guidait les crayons avec son langage abscons : «  La bissectrice de l’angle B rencontre AC en D, de sorte que D est le point d’or de AC … ».
 
Le modèle vivant du jour et le rêve avaient en commun le mystère qu’il me fallait découvrir.
 
Un rai de lumière oblique sur la toile vierge accompagnait ma sanguine pour les premières esquisses.
Les yeux veloutés et profonds du modèle se rapprochaient. Elle m’apparaissait pétrie par le diable.
Pas de pubis éludé par un voile, c’était une naïade pleine de vigueur et de joie entière. Nue. Vraie.
 
Le bal d’échanges pouvait commencer.
 
L’atelier embaumait l’huile de lin et la térébenthine de Venise. C’était une forge de couleurs emmagasinées tout l’été avec des ocres chauds, sensuels, des rouges vibrants d’incarnations vives.
Le mystère se dévoilait sur les galbes fauves aux ombres violines.
La toile se métamorphosait sous les assauts de couleurs. Une joie dansante montait avec ce besoin toujours plus fort de posséder l’âme du modèle vivant.
Un tourbillon de parfums virevoltait à mi-chemin entre une sauvage nature et la grâce de cette nymphe qui chatoyait à présent dans des sonorités de bleus.
 
Je frôlais l’abîme et levait mon pinceau pour laisser un peu d’imperfection, cette résonance où vient s’épanouir l’harmonie.
 
Le soir s’étirait telle la voix pourpre du poète des bords de la Garonne.
 
D’une palette irisée naissait une Vénus parfumée.
 

©Roland Souchon

 

 

 

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