Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 janvier 2022 6 22 /01 /janvier /2022 08:14

 

Traduit du roumain et préfacé par Dana Shishmanian, 4e trim. 2021
Éd. L'Harmattan, Paris, 96 p., ISBN : 978-2-343-24323-8

Nul doute qu'Ara Alexandre Shishmanian a une plume de poète, bien que celle-ci puisse paraître, au prime abord, acérée, voire vertigineuse. En effet, comme le note justement sa préfacière, il faut entrer dans cette écriture comme dans un monde inconnu, où tout est à découvrir : ne pas reculer devant l'insolite des connexions, ou s'obstiner à chercher le sens dans le seul plan du discours, mais se laisser plutôt porter par le souffle, tantôt syncopé tantôt continu, des mots et des images, tels qu'ils viennent dans leur bousculade en rupture des conventions sémantico-syntaxiques (...)


L'on serait même tenté d'aller plus loin : le propos de l'auteur, que l'on pourrait qualifier de carrément débridé ou, du moins, d'idées verbales en fuite, semble justifier son équilibre virtuel dans le rêve, le cauchemar, voire le mythe sous-jacent.


le poète traîne ses haillons parmi des nids de limites*
ses yeux crient à travers le sang de ses paumes-
des explosions flétries de crépuscules *
personne se croise songeur-
méconnu de lui-même*

 

Ses mots, telles des éclaboussures issues de leurs cavernes, prennent forme en de surprenants jaillissements. Puissance d'images cristallines et contresens naturels s'intriquent dans des mêlées où s'étranglent, pêle-mêle, des vocables rares et des expressions aux limes de la syncope.


Y renaissent et s'y bousculent incantations aux aguets, néant pavé de solitude, clameurs et sirènes.


À noter de curieuses astérisques en fin de lignes, comme s'il s'agissait là d'une ponctuation nouvelle ou d'un code suintant du fond des âges.


Avec un lyrisme hors du commun et que d'aucuns qualifient de post-romantique, Shishmanian évoque, tel un fil rouge, l'amour indicible d'Orphée, l'enfer d'Eurydice, l'inénarrable lien et les failles entre les êtres, au-delà des contingences.


Et l'auteur de conclure :
je scrute -tenant personne par la main-
des amnésies qui dépassent l'anamnèse-
je la vide des pas et de la substance de l'ouïe
où elle s'était incrustée- jusqu'à ce que j'oublie
toutes les différences qui me crucifiaient *

 La poésie, est-elle, quelque part, un espace privilégié pour une fusion inachevée du réel et de l'irréel : lunaisons singulières, prières et vibrations laïques, entrelacs chamaniques de mots et d'absolu en quête de transcendance ?

©Claude Luezior


 

 

 


 
Voir en fin de page d'accueil du blog, la protection des droits

Partager cet article
Repost0
12 janvier 2022 3 12 /01 /janvier /2022 08:00

Éd. Alcyone, collection Surya, 63 p., 2021
ISBN: 978-2-37405-085-0

 

Condensé pour ossuaire de solitude, accords mineurs, ce recueil distille une sève noire issue du fond de l'être. La respiration du rythme tient lieu de ponctuation, des plages immaculées donnent leur oxygène à la phrase, une majuscule relance le propos à chaque page : tessons de lumière, voix blanches presque aphones, magique fluidité, bienheureuse poésie en jachère...

Un filament de lymphe
entaille le ciel

certains le nomment
nuage

en vérité
il n'est que souvenance
de l'imparfait de la pluie

À contre-lumière, à la frontière, à l'entre-deux, dans des espaces inachevés, aux limes de l'aurore, l'infini est fragment. Pourtant, le poète est en belle cohérence, celle du rêve, celle d'une lueur  incertaine, diffractée, d'une indicible douceur... sur un vélin d'absence.

Bien que les images tirent leurs racines dans la calligraphie de l'eau, de la glèbe et du feu, on est aux limites du figuratif, dans une sorte d'abstraction qui se suffit à elle-même :

lentes torsades
où affleurent les cendres
d'une genèse

élégie du feu
parole accrue de chair
palpite
dans l'étreinte des pierres

quelles flammes là jetées

Poète-funambule de haute lice, Jean-Louis BERNARD joue avec le langage à l'extrême limite de son sens, quitte à nous prêter une manière d'apnée où convulsent les mots. Ivresse des profondeurs où se côtoient les sombres rayons d'un Jean de la Croix et le noir-lumière d'un Soulages.

Un bémol, à propos du fort beau texte en quatrième de couverture où l'auteur évoque ces personnages. Y jouent à la marelle des caractères lilliputiens. Diantre, est-ce une éloge à la microscopie ou un complot de mon lunettier ?

Rouvrir les feuillets, une fois encore, est une vraie récompense :

Liturgie d'un regard
sur l'île submergée
par l'émeute des nuages (...)

océan songe
terre abyssale
de secrets
où se mirent les nuits
de tous les millénaires

nos estuaires inaccessibles
lui font allégeance
auraient voulu dompter
la migration des sources

Alcool de la poésie, vertige des mots !

©Claude Luezior
 
 

 

 


 
 

Voir en fin de page d'accueil du blog, la protection des droits

Partager cet article
Repost0
12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 08:03

Editions Les Poètes Français

 

''Caillou de lumière sur le sentier de la nuit''nous confie Hafid Gafaïti dans la belle préface de ce livre d'Art ; et je dirais très vite et de façon convaincue, que cette pépite encore brûlante vaut son pesant d'or, mesurée à l'aune de tout ce qui se publie sur cette planète.

La personnalité d'Eliane Hurtado marque aussitôt d'un sceau indélébile l'imagination de celui qui se trouve confronté à l'une de ses oeuvres ; on se situe à l'instant de création, mais à l'instant positif où la poésie élève la vision. Un chemin de lumière tel un serpent de feu ou de sang traverse parfois en diagonale le tableau, lui donnant une élégante pulsion ascendante. Il n'est jusqu'aux fleurs couleur rouge feu sur fond noir qui ne soient créations quasi volcaniques ; fleurs divines qui demeurent en la mémoire longtemps après le jaillissement initial.

Les mots de Michel Bénard, (grand peintre voyageur, poète lauréat de l'Académie Française entre autres cent titres de reconnaissance) sont comme une sereine et fidèle voix qui accompagne ce créatif chemin de beauté. Venus en écho d'émotion depuis les falaises et abimes lancés et colorés par la main inspirée du peintre Hurtado, ces mots nous accompagnent, ce sont les mots d'un habitué de ces lieux rares, un éclairé qui nous dit comment recevoir ce qui se présente à nous : un ami, poète et peintre de très grande qualité lui-même, qui nous guide sans effet de manches :

 

''Au cœur de la douceur/ D'un cloître ocre-rose / Le regard en exil / J'ai découvert votre visage/ Rayonnant en toute tendresse/ Dans le cristal d'une perle de rosée...''( p.14 et tableau''Alternance'' p.15)

 

''Dans l'onirisme imprévu/ D'une parenthèse de vie...S'imaginer pouvoir un jour/De la partition déchiffrer l'éternel''(p.28 et tableau : ''Errance fractionnée'')

 

Un livre sublime, riche de 160 pages où toutes les œuvres sont en couleur, ce qui hélas n'est pas toujours le cas dans les livres traitant d'Art et Poésie. Un livre exceptionnel où la parole sereine de Michel Bénard nous accompagne d'oeuvre en œuvre, ces planètes secrètes bien connues en tout point de lui seul, afin de ous inviter à

''Danser avec les galaxies / Sur les pouponnières d'étoiles / Jusqu'à la naissance sublime/ De la ronde des mondes/ Pour l'insolite de l'amour ( p.38)

Comment ne pas se laisser tenter par un tel voyage dont on ne peut revenir qu'augmenté ?

Plus de 70 textes poétiques de Michel Bénard face à autant d'oeuvres en couleur d'Eliane Hurtado, un ouvrage dont la couverture cartonnée format 32/32, présente une très belle et riche oeuvre en couleur sur fond noir, signée Michel Bénard !

Rêve de vitrail - Eliane Hurtado

 

Jeanne CHAMPEL GRENIER

 

Adresses :

Madame Eliane Hurtado - 74 rue Championnet -75018 - PARIS

Monsieur Michel Bénard -124 rue de Vesle - 51100 - REIMS

Partager cet article
Repost0
13 novembre 2021 6 13 /11 /novembre /2021 07:38

 

 

 

Illustré en première de couverture par ''la chapelle royale du château de Versailles'' (Excellente photographie de l'auteur), Chris Bernard nous présente son nouvel ouvrage : une compilation des éditos de la Revue PORTIQUE dont il est président actif, et cela pour sauver du piratage ses données informatiques ; merci donc encore au livre, cet outil durable, qui permet ce genre de protection. Et comme il serait dommage de perdre la trace de ces éditos pleins de foi en la poésie et en la langue française !

 

Chris BERNARD, cet homme de conviction qui fut conseiller municipal, créateur de prix littéraires, administrateur du Centre Culturel de Vaison-La-Romaine, occupe encore et toujours tant de bénévoles et belles fonctions en rapport avec l'humanisme et le rayonnement de notre langue, et ceci sans tapage médiatique ! Afin de ménager sa modestie, je ne citerai pas ( ils sont nombreux) tous les titres honorifiques qui s'attachent au nom de Chris BERNARD, poète, humoriste, directeur de publication de la revue Portique.

 

Signalons avec force à quel point ce poète s'est investi, sans la recherche d'honneurs tapageurs, dans la protection et la sauvegarde de l'expression poétique de langue française, sans oublier la main tendue au patois provençal de sa région, langue ensoleillée de Frédéric Mistral, toujours fidèlement pratiquée par bon nombre de ses concitoyens.

 

Fervent protecteur de la langue française, disions-nous ? En effet pas un seul de ses éditos qui ne lance l'alerte sur un relâchement quel qu'il soit : orthographe ou vocabulaire ; et c'est avec humour, mais insistance et clairvoyance que ce chantre du bon français nous relate toutes les aberrations linguistiques nouvellement créées par le laisser-aller du langage et celui de l'écriture.

 

Je me souviens d'un dessin humoristique ( un personnage à cheval qui partait en guerre avec pour légende : « Je suis à cheval sur l'orthograffe! » ( orthographe avec deux ff!) Un joli clin d'oeil que ce dessin publié au cours d'un nouvel édito !

 

Il n'est pas inutile de relire cette centaine d'éditos, voire plus, qui essaient de prévenir la lente mais sûre déperdition de notre langue par un abus d'anglicismes ou de termes informatisés qui font perdre au français toute sa richesse d'expressions, rendant la pensée plate et linéaire, reléguée à l'expression d'urgences ou de banalités.

 

Et si la désaffection des Français pour la poésie venait de cette lente descente aux enfers de l'expression stéréotypée, dénaturée ? Cette langue courante abrégée par l'urgence, le quotidien servile, le ''fast-food'' de la parole, peut-elle encore porter la musique, le rythme et la beauté nécessaires aux rapports humains?

 

Alors que notre bon français est si riche de tournures, de vocabulaire, d'expressions variées, riche en musicalité aussi ; pourquoi irions-nous le saboter ? Pour communiquer plus vite ? Aller à l'essentiel ? Etre ''dans le vent'' ? Mais l'essentiel n'est-il pas notre appartenance à un grand peuple instruit, ouvert, qui communique sa culture au monde entier et qui respecte sa propre langue, celle de ses écrivains, de ses artistes, de ses poètes ?

 

À suivre donc, avec joie et courage, la croisade de sauvetage de notre français. Et en route pour de nouveaux éditos qui ne manqueront ni d'humour, ni de sérieux, dans cette attachante revue PORTIQUE, toujours debout et fière, grâce aux poètes qui lui sont fidèles et au dévouement passionné de Chris BERNARD.

 

Jeanne CHAMPEL GRENIER

 

 

Editos et Poèmes - Chris BERNARD - Edition Portique -18 euros

à commander à :

Chris Bernard -587 Chemin du Jas - 84110 Puyméras

 

 

 

 


Voir en fin de page d'accueil du blog, la protection des droits

Partager cet article
Repost0
17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 08:26

 

Isabelle Poncet-Rimaud, Dialogues avec le jour, éditions unicité, 2021

 

Le quotidien bouleversé par la pandémie ne manque pas de surgir de façons différentes dans l’écriture des poètes et des prosateurs. Le ressenti de ce temps,qui a renversé les habitudes de tous, est le noyau du recueil Dialogues avec le jour d’Isabelle Poncet-Rimaud.


Face à l’agression d’un événement qui oblige au confinement, la profonde sensibilité de la poète cherche refuge dans la poésie. Un dialogue avec soi-même, jour à jour, lui permet d’observer plus attentivement la réalité et de s’observer soi-même à travers ses sentiments et ses états d’âme. Mais elle se garde de faire de son écriture une chronique de ce temps, comme le font certains poètes et romanciers qui adoptent la forme du journal intime. Isabelle Poncet-Rimaud ne cède pas la place de la vraie poésie au minimalisme, au prosaïque du réel trop accrochant, elle se tient à la hauteur de la grande poésie qu’elle a toujours écrite.


Les poèmes s’enchaînent sans titres, il n’y en a que de très rares à en avoir un titre pour marquer un événement, comme le premier, Confinement, pour nommer une situation hors du commun, vécue non seulement par la poète, mais par le monde entier. C’est le début d’un temps fracassé, lourd, paralysant, celui de l’exil imposé.


Elle surprend l’atmosphère pesante de l’espace qui se rétrécit et se ferme sur l’homme, la sensation d’être prisonnier, l’incompréhension d’une force obscure qui s’infiltre dans la vie des gens, les tenant immobilisés contre leur volonté, l’inquiétude et la peur face à la mort, autant d’images qui renvoient à l’absurde existentiel de Camus. On se rend compte de l’authenticité du vécu pendant l’isolement, chacun se retrouve dans les vers d’Isabelle Poncet-Rimaud.


La première image est celle de la ville immobilisée, où le rythme de la vie s’arrête brusquement. Un silence écrasant règne partout, pareil au linceul, présage de la mort, il pèse comme un fardeau sur l’âme :
« La ville
en arrêt,
comme un chien de chasse
renifle la proie cachée.
Tout se tait. »


La ville est paralysée, suspendue entre la vie et la mort, l’homme solitaire, isolé, désorienté, en attente : fin ou renouveau.


Seul l’oiseau traverse le silence de la ville immobile, symbole du vol, de la liberté, alors que la poète, « sentinelle au balcon », guette l’heure de vie ou de mort, nuit et jour, entre l’angoisse et l’espérance:
« Attente traversée de l’humeur vagabonde
des oiseaux-sémaphores
qui relie l’homme mis à terre
au langage oublié du ciel.»


Rendu à la solitude insupportable, à la claustration, à la peur, le dialogue avec soi devient source de résistance psychique, de même que le printemps qui fait renaître les arbres, alors que les mots s’efforcent de livrer des sentiments confus, faire sentir la fragilité de l’être dont les heures semblent comptées.


De fenêtre en fenêtre, le long des rues désertes, les regards de survie, de reconnaissance d’une humanité vouée à l’incertitude du demain, l’appel à la vie, l’amour, le souvenir, le regret sans consolation pour ceux emportés par ce temps « fou », malheureux.


Comment faire face à la solitude, à l’isolement, à la peur de mourir sinon en les affrontant, rêver, espérer, retrouver le rythme naturel de la vie paralysée par la peur ? La fête de Pâques  devient « signe d’Espérance » :
« Faire de l’exil
une terre de retour,
de l’immobile une transhumance,
de la distance
un accueil,
de la perte
une partition
pour les notes de la vie. »


La métaphore ne manque pas de créer les images de la vie sur l’horizontale et sur la verticale, surtout celle de l’oiseau que retient le regard captif. Il ranime l’envie de s’échapper du confinement, de se réjouir de la vie ; ou  l’image de l’arbre, lien entre la terre et le ciel, riche de sens :
« Chien de garde tapi
en creux d’âme,
le manque attend
prêt à bondir
sur l’ombre fugace
d’un souvenir de liberté. »

Dialogues avec le jour d’Isabelle Poncet-Rimaud ne reste pas dans la pesanteur de l’isolement et, de la peur, mais retrouve l’espérance, exhorte à la vie, « à la ferveur d’exister  »

 

Sonia Elvireanu

Partager cet article
Repost0
30 mars 2021 2 30 /03 /mars /2021 05:37

Aux éditions Ars Longa Roumanie.  2020 - Recueil réalisé par Sonia Elvireanu

 

Au foisonnement des souvenirs l’auteur laisse apparaitre la torturante remontée des ombres, mon cœur reste en deuil / Son absence est trop lourde, traces  qui se tassent dans les reflux des jours, sans jamais disparaître.


Le sable n’est jamais à nu, la mer, que Dornac aime dans sa Bretagne d’adoption, celle  en furie qui se fracasse contre les falaises, emmène au loin toutes les traces, les peurs, les joies mais ne les abandonne pas.


La détresse et ses remous sont toujours là dans les soubresauts de la lumière, tenaces échanges muets, avec celui qui est parti, ce frère tant aimé, son image s’impose jusque dans mes rêves.


La solitude va l’amble avec les manques de l’absence il n’y a nulle lumière / Et il n’y a plus d’air / Dans ce puits noir / qu’on nomme solitude.


Mais, pourtant, même si pour le poète La vie est une garce sans pitié,  car, il n’oubliera jamais celle qui est partie, celle qui en s’éloignant lui a dit Dans un large sourire / Je n’ai rien à te reprocher, tout au fond de son âme parfois il sait que le destin  offre amour et beauté.


Même dans un monde où rien n’est facile, où  les virus rôdent, où la violence est omniprésente, l’auteur, fraternité chevillé au corps, murmure les mots de son enfance, c’étaient les mots de ma maman.  Espoir dans le regard  il écoute le chant de l’oiseau pour trouver que le jour est beau.


Ce recueil dont la photo de la première de couverture est de l’auteur, photographe chevronné qui sait si bien illustrer les poèmes des auteurs sur son site Couleurs et Poésie 2, ce recueil :  Au carrefour des tristesses n’est pas noir, car Dornac sait se ressourcer dans cette Bretagne ce pays béni des dieux / qui a reçu en héritage/ Tant de richesses, tant de charmes/ que j’en suis tombé amoureux.


Puisé dans les oscillations des nuages, de la nature, dans le vol des oiseaux la force de survivre est une des leçons de cet ouvrage édité avec élégance en Roumanie, préfacé par l’excellent poète Claude Luezior et élaboré avec art par Sonia Eliveranu, poète et critique.


Jean DORNAC démontre, en poète chevronné, que au fond du puits gisent toujours des étoiles, à chacun de les voir et les remonter.


C’est toujours ce que l’on pas encore découvert qui est, peut-être, le plus important, c’est respirer le vent du large et rêver.
                                                                       
Nicole Hardouin


* * *

 

AU CARREFOUR DES TRISTESSES
de Jean DORNAC

Édition Perséide-ARS LONGA -2020
mise en forme de Sonia Elvireanu

C’est bien à ce carrefour, en effet, que Jean Dornac nous donne rendez-vous, pour mettre en mots ses propres tristesses mais aussi, et peut-être surtout, les nôtres. Libre, sincère et généreuse, sa poésie nous interpelle, nous délivre un message : « Seulement la beauté pourrait empêcher/le monde de sombrer dans la folie ». Dans sa belle préface, le poète Claude Luezior laisse entendre que cette démarche poétique « touche à l’universel ». En effet, même quand il nous invite dans son intimité, Jean Dornac parle à nos âmes. Au fil des pages, le paradoxe, on ne peut plus universel, entre le bien et le mal, s’impose. « Pourquoi la vie ?/Pourquoi la violence ?/Où donc se trouve le sens/De nos existences » interroge le poète. Chaque poème est un constat. L’amour entre les humains est bien cette beauté qui pourrait sauver le monde. Mais hélas partout règnent   indifférence, médisance, haine, racisme... « O tristesse ! Que de chances gaspillées ! » Le poète en déplore les terribles conséquences au nombre desquelles «... ce puits noir/Qu’on nomme solitude !» Il ne le sait que trop bien, « le monde n’a que faire » des solitaires. Et le mal s’aggrave quand arrive sournoisement la vieillesse. Le poète avoue être au nombre de « ...ceux qui n’ont pas vu/Passer le temps... ». Au fond, la principale préoccupation des humains n’est-elle pas de s’enrichir au point de piller la terre et de souiller la nature ? Le verdict est sans appel : « A trop vouloir s’enrichir/L’humain réussira à en mourir/Détruisant son unique bien/La vie de chaque citoyen » Pourtant, cette même vie offre maintes leçons dont l’homme devrait savoir profiter, à commencer par celle du Covid. Pour vaincre ce virus «... invisible/ Et monstrueux meurtrier », il faut nous unir et « Que seul le respect, donc l’Amour, soit notre lien ». L’amour, voilà ce qui est assurément l’essence même de cette œuvre, l’amour dans tous les sens du mot. Amoureux parfois blessé, le poète n’en compose pas moins un hymne à la Femme contemporaine « … accomplie, un peu rebelle/brûlante et dévorée de désirs/Avide de folies et de plaisirs ! » A celui ou celle en quête du « bonheur de vivre », Jean Dornac rappelle qu’ « il suffit parfois/ D’un sourire inattendu... », ou « d’un regard... » que l’on croise, juste ce « petit rien » « Pour que son cœur s’irise/Et tende enfin vers l’absolu... ». Et s’il suffisait tout simplement de rencontrer les mots de Jean Dornac « Au carrefour des tristesses »… Un rendez-vous à ne pas manquer.

Contact : Jean DORNAC
jdornac@gmail.com

                                      Kathleen HYDEN-DAVID
                   khydendavid@orange.fr

 

* * * * * * * * * * * * * * * * *

 

Si vous souhaitez me lire dans mon nouveau recueil de poésie, n’hésitez pas à me le commander. J’ai quelques exemplaires à disposition pour assez peu de temps. Si vous êtes intéressés laissez-moi un message sur twitter privé ou à mon adresse mail. A très vite, j’espère ! (Jean Dornac)

Partager cet article
Repost0
1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 10:02

 

danielle-gerard.jpg



Danielle GERARD « Passer par la nuit » Editions DRICOT- 2013- (60 pages)
Préface Véronique FLABAT-PIOT.
(Prix de l’édition Marcel DRICOT 2013, Grands prix de Poésie de la SPAF)

« La foule tient à nommer nuit, ce soleil qui résiste à son entendement. »
Michel Ange.

Et « Passer par la nuit », comme s’il s’agissait d’une source revitalisante !
Voici enfin de la poésie qui en honore le nom : c’est une étoile scintillante dans l’obscurité parfois affligeante de tant de pseudo-poèmes.
Avec ce nouveau recueil de Danielle Gerard, « Passer par la nuit » nous pénétrons dans l’irrationnel, l’intangible : la nuit devient un effroyable révélateur, un amplificateur silencieux des ondes diurnes.
Dans sa préface, Véronique Flabat-Piot parle de « C’est dans cet « ailleurs »…/… »
Ce bel ouvrage peaufiné de Danielle Gerard porte l’inquiétude de l’absence de la nuit, car, sans elle, que deviendront, le jour, la lumière ? Tout ne serait-il que pourpre ?

« A vouloir une belle nuit étoilée…/… »
« Tout devient pourpre ; »

L’homme est sous jacent, mais il apparaît souvent comme semeur de l’horreur, pourvoyeur du pire.
La poésie de Danielle Gerard soulève bien des questionnements humanistes et existentialistes. C’est une poésie à découvrir par stratifications, par couches d’humaines ou d’inhumaines géologies.
Nous plongeons dans des abîmes d’inconnu et d’incertitude. Nous sommes désemparés devant cet insondable grand mystère obscur.
Terrifiant et lucide constat : et si tout, soudain, disparaissait pour ne laisser place qu’aux ténèbres ?

« C’est toujours dans la peur
A deux pas de la mort. »

A grands cris et invectives, par prévention, Danielle Gerard semble bien vouloir nous dire : « Mais réveillez-vous ! » … et retrouvez votre mémoire de survie.
Le langage est rythmé, cadencé, pertinent, voire percutant.
Il stigmatise par sa volonté de vérité pénétrante.
Nous nous surprenons à rêver, le dos crucifié à la nature ; nous voudrions réveiller l’amour, nous espérons le voir resurgir de ses cendres, tel le Phœnix, mais invariablement le temps nous oppresse de son sourire narquois.
Le verbe est codé, non pas d’une manière hermétique, mais par une symbolique clairvoyance au travers de laquelle Danielle Gerard effleure les mondes parallèles, les décalages temporels. Entravée entre les jalons du temps et l’emprise de la nuit, notre poétesse prend la pose de la réflexion : sur la condition humaine, les remords, les déceptions, les désillusions.

Afin de mieux pouvoir nous imprégner des arcanes poético-symboliques de Danielle Gerard, il s’avère nécessaire de se laisser porter par les clés, les images. Surtout ne pas vouloir décrypter la forme, mais investir le fond, un peu comme on découvre progressivement la beauté d’un tableau abstrait.
Oui, surtout ne pas chercher de révélations dans la forme, mais investir et appréhender le fond !
La lumière nous éblouit, mais les ténèbres nous permettent de mieux discerner l’essentiel. La nuit nous situe dans l’indéfini, l’incertitude, l’entre deux.
Danielle Gerard plonge dans le silence de son pays noir, afin de mieux percevoir l’appel des âmes. Elle parcourt le livre de la nuit, tel un Livre d’Heures, feuillet par feuillet, en prenant le temps d’admirer les lettrines et enluminures, parfois même jusqu’à la nausée, face au silence céleste, aux racines sans « dieu », aux égarements injustifiés !
Mais la nuit devient quelque fois pesante, anxiogène, sème la confusion et jette le doute.

« Et fait éclore la rose
En pleine nuit ? »

Vite, que réapparaisse le jour !
La nuit peut se faire blessure, tout peut soudain s’effondrer, les liens anciens peuvent se rompre dans l’attente de l’aube.
Il nous faut voir ce passage de nuit comme une invitation au retour de la lumière.
Néanmoins, c’est dans l’intimité de la nuit qui passe avec son cortège de silence que Danielle Gerard relit ses carnets du cœur qui s’enflamme.
Nuit porteuse d’espoir et de désir de lumière, qui nous imprègne de sa vérité.

« Ma bouche a goûté à la passion
Mon corps à la volupté. »

Notre amie porte à la nuit une forme votive, qui la conduit jusqu’à l’embrasement, debout, les bras tendus et le regard planté dans les étoiles.

« N’avions-nous point chargé la nuit
De mille maux, de mille insomnies ? »

J’ai parfois cette impression en parcourant les textes de Danielle Gerard de lire du Saint Jean de la Croix - ou son contraire - et pourtant le tout en parfaite complémentarité harmonique !
Danielle Gerard se situe souvent dans l’entre deux, alternant du profane au sacre, un peu entre chien et loup.
Cependant, en finalité, la nuit cédera la place à la lumière, à la chaleur solaire, à l’état d’insouciance ou à la prise de conscience.

Michel Bénard.
Lauréat de l’Académie française.
Chevalier dans l’Ordre des Arts & des Lettres.



Voir en fin de page d'accueil du blog, la protection des droits

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Couleurs Poésies 2
  • : Ce blog est dédié à la poésie actuelle, aux poètes connus ou inconnus et vivants.
  • Contact

  • jdor
  • Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...
  • Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...

Recherche