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22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 06:52


 

 

Le village amaigri se meurt, deuil après deuil ;
Depuis déjà deux générations, c’est l’automne !
Le vieil arbre voudrait que la faux le moissonne
Et le fasse servir à son propre cercueil.

 

La sève ne peut plus promettre de chatons
Et le prochain printemps n’éclora point de feuilles ;
Cette souche privée de tous ses rejetons
N’a que branches pourries que la bourrasque cueille.

 

Quelques vieux oubliés se chauffent au soleil ;
La mort a trop longtemps dédaigné leur dépouille,
Elle les a laissés s’emmitoufler de rouille
Et n’inspire pas plus d’effroi que le sommeil.

 

« Le village sait bien qu’il nous suivra de près »
Pensent ces radoteurs alignés sous la treille,
Il ne restera plus alors que le cyprès
Pour regarder passer les nuées de corneilles.

 

©Louis Delorme  
 


Extrait du recueil « La Criée – Les Vagissements » de 1974. Recueil imprimé et gravé par l’Auteur sur sa presse artisanale.
 
 
 
 
 

 


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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 06:26


 

 

Un corps dont l’imagination
Parvient à se représenter
Des morceaux imbriqués
Dans une forme étrange
Sans reconstituer
Le plan
L’image !

 

Prélude à quel enfantement
Que ce ventre mâture
Enflé de quelle proche géniture ?
La création pose problème.
Que peut-il y avoir avant ?
Et qu’en restera-il après ?

 

Toute oeuvre en train de naître
Est déjà sur son déclin.
Le foetus perd des neurones
Et le sait-il quelque part ?
Un organisme a-t-il idée
de sa désorganisation prochaine ?


©Louis Delorme  

Extrait du recueil « Alternances » aux éditions Thierry Sajat  
         

 

 

 

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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 06:38
Max Ernst


 

26 Septembre 2019 ( à la suite d'un échange avec Jeanne Champel Grenier sur la créativité de Queneau et Loëc Demey etc...)

POEME

J'aime mouvementer les choses, les proportionner à mes capacités déductionnelles. Je prolifère mes idées, je les tarabiscote. Il me faut subtiler l'ordinaire, saperlipopetter le superflu. J'ai besoin de tournicoter les images et de bourriquer ceux à qui je les destinationne car il faut bien qu'ils se méningisent un peu la cervelle et se tirlicotent les sangs.

J'amoncelle les bribes de rien. Je tournemire les mots qui veulent bien se laisser débarouler dans les occultes barres de mon esprit torsioturé par les aléas, b, c, d de la viestence. Je relationne toutes sortes d'éventualistances et je me satifactionne de ce que je scribe en pensottant que certains se prendront à mon élucubrationite aigüe. La Muse reconnaîtra ses ouailles aïe et les nectarisera de belle sorte afin que tous se retrouvaillent que vaille dans le paradirvana que j'ai inventorié pour eux.

©Louis Delorme  
 
 


 
 

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 07:36
Peinture « La Mouche » (huile sur bois), de Louis Delorme©


 

 


Deux mains sortant de terre
pour clamer leur désespérance.
Et pourquoi vers le ciel,
vers quel Dieu ?
quand l’espace
ne comporte ni haut ni bas.

Le soleil en train de s’éteindre :
Il mangera bientôt la terre ;
La mouche seule a survécu
Qui regarde à travers la vitre
D’une ruine oubliée !

Sur quel cadavre d’homme
Ou d’animal
A-t-elle bien pu naître ?
Sont-ce des mains de robot
Qui sortent de cet amas
De boue
Et pour clamer quelle désespérance ?

Le peintre a-t-il signé là
Un rêve prémonitoire ?
 

©Louis Delorme  
Extrait du recueil « Alternances » aux éditions Thierry Sajat
 
 

 
 
 
 
 

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2 février 2021 2 02 /02 /février /2021 07:30
Photo Alexey Kljatov

 

Reçu de Jeanne Champel Grenier que je remercie !!
 
 
 
 
Venant de Norvège
Un flocon de neige
Qui volait au vent
S'en allait rêvant.
Voyant une fille
D'allure gentille
Par le Nord giflée
Bien emmitouflée
D'un bonnet de laine
Il se dit : « Ma veine !
De la bonne aubaine
Si je profitais
Pour me camoufler
Et me réchauffer.
J'attendrai demain
Pour continuer tout ce long chemin. »
Il n'eut pas de peine
À mettre le nez
Dessous le bonnet
Mais sa longue route
Soudain s'arrêta !
Une frêle goutte
Fut le résultat.
 
Ceux qui se figurent
Pouvoir ignorer
Tout de leur nature
N'ont plus qu'à pleurer.
 
©Louis Delorme  
 
 
 
 
Notre ami Louis DELORME nous a quittés en 2020
Enseignant, Peintre et poète reconnu, souvent primé, il a écrit de nombreux recueils de poésie
illustrés par lui-même. Auteur de plusieurs romans et chroniqueur de revues poétiques ( : Le journal à Sajat, L'Albatros, Florilège...) C'est un plaisir que de lire ses textes pleins de fraîcheur, à la fois beaux, simples et didactiques. Jeanne Champel Grenier
 
 
 
 
 
 
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26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 07:22
Salvatore Gucciardo – Le lieu lumineux©
 
 
« De la pensée les mots
ne prennent que des bribes
comme des lambeaux de brouillard
Je vous écris d’un au-delà
où je ne suis pas encore,
où je ne vais
qu’épisodiquement
Un endroit merveilleux
celui de la paix retrouvée
J’y reviens, j’en repars
mais j’y serai bientôt
définitivement
à tout jamais
pour cette éternité
paresseuse
qu’on ne sait
mesurer... »
 
©Louis Delorme  
 
Extrait du recueil « Les poètes ne meurent pas » hommage à Louis Delorme. Editions Thierry Sajat

 
 
 
 
 

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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 07:56
 
 
 
Là-bas, la guerre immonde : on s’étripe, on s’égorge ;
Pour le petit enfant que je suis, rien qu’un mot !
Rien qu’un jeu que l’on organise entre marmots
Au miroir des marais, derrière les salorges.
 
Grand-mère dans la cour grille le café d’orge ;
On se laisse imprégner des rumeurs du hameau.
Une petite brise entre sous les ormeaux,
Presque portée par les battements de la forge.
 
Ma tignasse dorée se mire dans le bol ;
Je cherche la sorcière au chant de rossignol,
Je permets aux vapeurs d’envahir ma narine.
 
Je viens d’abandonner un message à la mer
Et regarde se diluer la saccharine
Comme une nébuleuse au fond de l’univers.
 
©Louis Delorme  
 

Extrait du recueil « La Criée – Les Vagissements » de 1974. Recueil imprimé et gravé par l’Auteur sur sa presse artisanale.
 
 
 
 
 

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 06:29


 

 


La main de grand-père est une plage de chair
Où mon petit doigt fébrilement se promène ;
Là, c’est une crevasse, une blessure ancienne
Et là-bas des rochers qui surplombent la mer.

 

Il y a si longtemps c’était du bois vert,
Si longtemps qu’on portait de petites mitaines ;
On ignorait alors qu’il s’agissait d’un chêne,
On se moquait par mal des pincées du pivert.

 

Mais aujourd’hui l’on sent la morsure du ver ;
Dans le milan du coeur on découvre les veines :
C’est le travail des ans, c’est l’atteinte des peines
Et la lente métamorphose des hivers.

 

Sur la main de l’aïeul sont des sentiers amers
Mais aussi, quelque part, une route sereine
Qui évite les heurts et la mauvaise graine,
Toute bordée d’enfants qui poussent de travers.

 

Il y a des marins qui savent les vieux airs
Et de blonds paysans qui chantent leur rengaine ;
Quelquefois un gros sou que l’on baptise étrenne,
Une poignée de fruits pris au diable vauvert.

 

C’est là que j’ai mes champs, mes antres, mes déserts
Je tire sur les doigts qui sont pourvus de rênes
Et je n’en finis pas d’arpenter mon domaine
Car la main de l’aïeul est tout un univers.

 

©Louis Delorme  
 
Extrait du recueil « La Criée – Les Vagissements » de 1974. Recueil imprimé et gravé par l’Auteur sur sa presse artisanale.
 
 
 
 
 

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 06:31
Le pain chante la sortie du four
 
 
 
La sueur, pour le pain des autres,
Lui dégouline sur le front :
C’est son auréole d’apôtre
A ce mitron !
 
On dirait que ce sont des anges,
Ces visages enfarinés,
Les pains qui dorment dans leurs langes
De nouveau-nés !
 
Un petit enfant qui rêvasse
Se frotte les yeux pour mieux voir
Et comprendre ce qui se passe
Dans ce trou noir !
 
Je le revois, ce petit drôle,
Tout fraîchement tombé du lit,
Avec le chat sur ses épaules
Qui s’assoupit !
 
Juché sur un sac de farine,
Encore tout paf de sommeil,
La figure qui s’illumine
En plein soleil !
 
Il trouve la chaleur bien douce
Et les rêves si sautillants ;
Si ténue l’ombre qu’éclaboussent
Les flammes aux regards brillants.
 
La mouche dort, la fournée lève
Et l’on manque de s’assoupir :
Sur un pain une bulle crève
Comme un soupir !
 
Heureusement que les bruits veillent
Et que la vapeur dit son mot ;
Les parfums comme des abeilles
Réagissent fortissimo !
 
Un sourire, cela vous ôte
Tant de fatigue et de douleur
Et la vieille horloge qui trotte
Donne sa fièvre à notre cœur.
 
L’aiguille au devoir nous rappelle,
Ignorant les belles raisons
Qui nous emportaient sur leurs ailes
Vers d’autres horizons !
 
C’est le troupeau de pains qui bêle
Pour sortir de la bergerie ;
Le boulanger saisit la pelle
Et calme leurs effronteries.
 
Des pas se coulent dans la rue,
Le jour vient cogner au carreau
Et clame à l’ouvrier qui sue
Quatre fois plus de sang que d’eau :
 
Ne sais-tu pas que la misère
Est au seuil de ton paradis
Et qu’un peu partout sur la terre
Le pain manque dans les taudis ?
 
Ne vois-tu pas ces pauvres gosses
Que la faim tiraille et raidit ?
A cent mille lieues de la Beauce,
On vient d’assassiner Gandhi !
 
©Louis Delorme  
 
Extrait du recueil « La Criée – Les Vagissements » de 1974. Recueil imprimé et gravé par l’Auteur sur sa presse artisanale.
 
 
 
 
 
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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 06:29
©Dessin de Louis Delorme

 

 

 

Le fer blanc chante sa rengaine,

Accroché sous le filet d’eau

Comme s’il avalait la peine,

Comme s’il portait le fardeau ;

 

Comme si toutes les fatigues,

Tout ce qu’il y a de mauvais

De son air mi-raisin, mi-figue,

Jusqu’à plus soif, il les buvait !

 

La chaleur répand son bien-être,

La flamme raconte, en détail,

Aux yeux effarés des fenêtres

Qu’elle a fait seule le travail.

 

Le fagot geint, mon père ahane,

Tout semble meurtri par l’effort :

La vieille planche qui ricane

Et les « paillas » qui font le mort.

 

©Louis Delorme  

1974

 

Extrait du recueil « La Criée – Les Vagissements » de 1974. Recueil imprimé

Et gravé par l’Auteur sur sa presse artisanale.

 

 

 

 

 

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