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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 08:27

 

cafe.jpg



Le « nez de Cléopâtre eût-il été plus court,
La face de la terre en eut été changée » :
Cette sentence-là de Blaise partagée,
Reconduit celle-ci… de moindre basse-cour !

L’aliment fait l’Histoire et les lieux qu’il parcourt
En sont marqués, surtout leurs gens. Fussent dragée,
Pourpre ou velours, thé, cacao, leur apogée
N’a-t-elle pas un temps vaincu plus d’une Cour ?

Il en est un, royal, dont la fatale absence,
Ayant privé les grands de sa mystique essence,
Combien de leurs dessert l’eussent fort bien greffé.

En de lointains séjours par défaut de qahwas,
La torréfaction du genre autodafé,
Se choisissait des Jeanne en guise de divas.

© Claude Gauthier


* * *


CAFE


Lequel, capable sut parmi tous les breuvages,
En France où sont les vins manière d’érudits,
Installer telle arène où se côtoient maudits,
Bourgeois, sainte-nitouch’, défroqués et sauvages ?

Le Caf’Conc’ à lui seul, mêla les arrivages
Divers et variés, de tous les interdits,
Et la Chambre et la Cour, avec ou sans crédits,
Sans qu’en pâtît l’arôme offert à leurs clivages.

Il n’est de parfums ni, de liqueurs, de ragoûts,
De feuilles à fumer, de stances, de bas-goûts,
Qui l’emportassent non, en projets elliptiques :

Sur les bravades de cent mondes assoiffés
Et dont les serviteurs, gommeux, épileptiques*,
Leur servaient nos contrats de mille et un cafés.

© Claude Gauthier

* engeances comédiennes y donnant spectacle


* * *


CAFE


Ah, breuvage étonnant que l’on ne saurait taire ;
Sans altérer l’esprit il transcende le cœur,
Distillant un nectar mi- grave, mi-moqueur…
« Il manquait à Virgile et qu’adorait Voltaire *» !

Le souci qu’on en a, pour le moins feudataire,
En appelle aux parfums d’un Orient vainqueur
Qui nous mène a quia, à ce point sa liqueur
Fille de drus soleils, nous tient, un rien sectaire.

Sa force fait lien, il s’invite à l’envi ;
Chacun, clauses aidant, s’en délecte ravi,
Insigne calumet de pauses inspirantes.

Au signal reconduit, l’argument fieffé
Nous sert, rite magique aux senteurs pénétrantes,
L’énigme d’une ébène… ô, rassurant café !

© Claude Gauthier

* tiré des Trois Règnes, de Jacques Delille


Extraits du Recueil « 40 Sonnets » de Claude Gauthier

40 sonnets 068

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 07:47

 

 daumier.jpg

© Honoré Daumier



Sous le nez frémissant d’une chenille rousse,
Corsetée à l’envi de studieux motifs,
Entre le ciel azur, un champ tapi de mousse,
Surgit un machaon ! Flottant parmi les ifs,
Ô l’étrange pouvoir, l’étonnante voltige
De ce papillon-roy ; lequel et sans vertige,
Danse aussi haut qu’il veut.
Le flamboyant insecte
Va puis vient, sans relâche inspecte,
Laissant dans son sillage une traîne de feu.
La chenille esbaudie
Se délecte au spectacle, à ce point qu’une envie,
La taraude déjà d’une étrange langueur.
L’insecte fier plastronne :

- Ma mie, en quoi cette joyeuse humeur
Vous quitte si soudain, puis qu’un chagrin chiffonne ?
Soupirs. - De voler avec vous il me plairait assez.
Gagner tous les soleils au-delà des fossés,
Et quitter sans mépris leurs lieux, d’un élan preste,
Après que le destin ait révisé ma geste…
- Une métamorphose en somme, un neuf essor…
- Ah l’heureux sort !
- Il y faudra son temps, un courage pugnace,
Une sorte d’exil loin des terrains de jeux,
Mais au bout du chemin tombant la carapace,
Comme les miens, serez ! – Ô le temps merveilleux… !
- Surtout, point de délire avide
Avant d’avoir connu le stade chrysalide…
- C’est quoi… - C’est en termes savants,
Faire que du charbon s’active en diamants.
– Serais-je du charbon… ? – Non sotte, c’est pour dire
Qu’en franchissant ce cap, tout vous sera sourire,
Vous boirez dans les fleurs, des ailes vous viendront.
Mais cela seulement après tels temps d’étude,
Entre efforts consentis, sévère solitude…
En somme avant la rose, le chardon !

Qu’on ait l’humeur à quelques rêves,
N’est-ce pas légitime et sain ? Mais pour le sot,
Chez qui l’oisiveté ne connaît pas de trêves,
Ses désirs d’avenir ne seront vain, qu’un mot.

© Claude Gauthier



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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 08:32

 

coignet-chene-chat-thierry.jpg

© Le chêne et le roseau : Jules Louis Philippe Coignet



Tous les soins de Martin ne l'en font que plus âne,
Ceux de Goupil, que plus renard,
Modeste ou pas, quel paon ne se pavane ?
Est-il un avatar
Capable de forcer, tant soit peu la nature
Que l'on tient du Destin ?
Serait-ce une gageure
Que d'en vouloir changer élémentaire, un brin ?
Or, qu’un génie aimable
Genre sage, saisisse - alors que nous allons
Accomplir un forfait – le moule d’une Fable...
Castigat ridendo mores ... nous basculons !
Ainsi le propre de la chose
Assurant la leçon, est de ne servir point.
Elle est riche à souhait, mais vaine quand elle ose,
En ce que les marauds l’ignorent avec soin.
- J’en suis, vous dis-je ! Ainsi, notre équivoque,
C’est ce plaisir sans fard
A dénoncer tout ce qui choque,
Pour ensuite en tenter l’insigne traquenard.
Que la Fable discerne où se cachent nos ruses,
S'apprête à dispenser cette faveur
D’admonestations jamais obtuses,
Nos âmes s'en défont et rient de sa candeur.
Le propos est alerte,
Le tour bien enlevé, mais à la fin
Pressentant notre perte,
Nous l'estimons taillée aux normes du voisin.
Rien n'entend moins qu'une oreille distraite :
Qu'un probe avis s'en vienne analyser nos us,
Au besoin les maltraite,
L'exercice plaira sans nous rendre confus !
Un mieux est-il possible ?
Il faudrait qu'une fois,
Ayant servis de cible,
Nous fassions le bon choix :

Comprendre enfin les clés ! Car rien de notre vie
Où la Fable se rend, n'a de quoi s'en cacher,
Elle qui sert d'un trait notre vin de folie,
Nous disant par avance où nous l'allons gâcher !

© Claude Gauthier



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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 08:32

 

Rolla-1878-Henri-Gervex.jpg

© Rolla - Henri Gervex



Dès soleil, le Midi se réfugie à l’ombre
Et lui tourne le dos, ses volets ramassant ;
Chats et chiens, dans la rue y rusent sans encombre,
Alors que le temps cherche, improbable, un passant.

L’atmosphère étincelle et qu’un rare oiseau passe,
Il se ravise et prompt regagne son sérail,
Laissant libre l’insecte - où bouillonne la place -
Striduler en vainqueur dans son corset d’émail.

Pierrot et Colombine, en leur muette alcôve
Que la torpeur éteint, cette fois-là font deux ;
Quand sur les draps brodés d’une lumière mauve,
Eros, un rien oisif, gentiment se rit d’eux.

© Claude Gauthier



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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 08:12

 

grenouilles.jpg

http://www.funfou.com/blagues/grenouilles.phtml



Rien ne dérange tant, ne suscite un dommage
Et ne fonde un écueil,
Comme une économie où sombre le courage !
Le reste est boniments et nous prépare un deuil.

Deux grenouilles allaient en ballade, complices,
Pour à la fin franchir, l'audace les poussant,
La porte d’une étable ouverte à leurs malices ;
Des jarres et des pots, trônaient sur leur séant.
Présumant quelque eau claire,
Elles bondirent… plouf, dans le premier pichet,
Pour n'y trouver, horreur, qu'une crème légère
Au désastreux effet !
Chacune y va sombrer, se démène, s'englue
Et ne sait en surface, un bref instant tenir
Qu'en s'agitant au mieux. Pour quelle issue ?
Des deux batraciens, l'un se sentant finir :
- Eh là, je n'en puis plus, je meurs ! Il désespère !
Reverra-t-il ses gens ? - Ressaisis-toi,
Lui lance l'autre, il faut sortir d'affaire !
Hélas, le malheureux n'y croit
Et coule par le fond. La grenouille qui reste,
Force sa chance et se défend
Contre le sort funeste.
Son courage la porte et rien ne la surprend !
Soudain, ce qu'au pays on nomme Providence,
Fait que la crème enfin triturée à l'envi,
Se convertit en beurre et fait cesser l'urgence !
Évidemment ravi,
Notre animal vainqueur haut perché sur sa motte,
Confirme pour le moins l'adage magistral :

« Si le Destin souvent nous veut mettre à sa botte,
Nous en avons la bride à défaut du cheval » !

© Claude Gauthier



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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 08:31

 

zycie.jpg

http://www2.csduroy.qc.ca



Quel que soit le blason,
Tel mime est détestable,
Quand servile il se fait, commode ou table,
Huche à pain, guéridon,
Evidemment, selon ce qu’on agite
Il n’est de royal bruit qu’on ne médite :
La toute fin du dit propos,
Dévoilera jusqu’où portent ces mots.
En Cour un seul soleil, et seul cet astre pense,
Aux autres d’emboucher un salvateur Amen,
Surtout ne pas risquer l’offense,
D’aller toucher à quelque occulte hymen.
Nul n’est soi face au trône,
Et que le prince prône,
Toute oreille tombant on l’épouille à loisir ;
Il n’est assez de bottes
Fut-ce à crampons, sous lesquelles gésir,
De versaillaises hottes
Où singes se confient, aussi crocos et gnous,
Plus grands devant le Prince à partir qu’à genoux.
Quel antique décret prive de leur superbe,
Tant d’hôtes de ces bois ?
Que l’élu soit imberbe,
Tous iront à la fois
Prompts se raser ; ou portera postiche
En cas d’un Esaü dont le laquais s’entiche.
A quelle engeance untel, peut-il appartenir
Qui va, cœur pantelant, comme à confesses –
Craignant qu’il n’aille s’embrunir –
Pour la narine aux vents, torcher du Roy… les fesses !

© Claude Gauthier



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