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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 07:46
Mon homme – Michèle Freud
« Le buveur d’absinthe », Viktor Oliva
 
 
 
 
 
« Faut que je vous dise, mon homme, il perd la boule, il a comme une écrevisse dans la tourte. Non seulement, il n’en fout pas la rame, mais très souvent, il est saoul comme une tique. Sa maxime préférée, je vais vous la cracher : « Dans le doute, absinthe-toi ! »
Et, à longueur de journées, mon homme, il s’absinthe…
 
Et qui est-ce qui fait bouillir la marmite ? C’est Mézigue ! Mais vu le peu de fric que je ramène, je suis toujours dans la dèche. Et quand ce pochard en déroute me refile quelques tunes, c’est de la roupie de sansonnet !
 
Comment ai-je pu l’avoir dans la peau, ce mec à la manque, avec ses petits yeux en trou de pipe, ses rouflaquettes poussives et ses rares plants de cresson sur le caillou ? Et ses gueulantes ? Parlons-en de ses gueulantes à réveiller les macchabées : elles m’aplatissent comme une punaise, me coupent la chique, me cauchemardent.
 
Je pourrais lui balancer : « Embaluchonne tout ton Saint Frusquin et débarrasse-moi le plancher. Tu n’es qu’un emplâtré, une chiffe, un empaillé. Je ne peux plus te voir en peinture et en plus tu me fous le bourdon. Je pourris aussi me tirer. Mais pour aller où ? Au paradouze ? Oui, c’est ça, au paradouze. Parfois c’est drôlement bon de se monter le bourrichon ou comme chantait ma petite mère poule : « C’est du nanan de se monter le vert en fleurs ! » C’est-y pas bien jacté, ça ? Mais il ne faut quand même pas trop halluciner. Je sens bien que toute ma carcasse bat de l’aile. Mais qui voudrait m’allonger toute une flopée d’achetoirs pour une grosse révision de toute la mécanique ?
Ah quelle chienne de vie, sans la moindre loupiote dans la ligne de mire !
 
Pour sûr qu’un jour, quand je serai trop dans la limonade, quand j’en aurai ma claque de cet arsouille toujours en rogne, je me ferai sauter le caisson, oui je le jure, je me ferai sauter le caisson…
 
Mais qu’est-ce que je raconte ? Je ne vais quand même pas me flinguer pour un mec ! Redresse-toi, la grande, prends un marteau et fracasse tes chaînes. Et maintenant, respire un bon coup. Respire le bon air de la liberté !
 
©Michèle Freud
 
 


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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 07:44
Empreintes – Denise Bernhardt
 
 
 
 
Nous avons vécu
Si peu de choses,
Quelques baisers sur les joues,
Des pétales de rire dans le cou,
Et mes doigts qui jouaient
Avec les lignes de ta main.
Nous avons échangé
Quelques nuages d’encres
Dilués dans les abîmes
De l’absence,
Et les remous des passions.
Mais j’ignore pourquoi
Le temps n’a pas voulu
Effacer nos errances.
Tes brumes m’environnent,
Avec toujours le même chant,
Et murmurent en nos cœurs
Les ruisseaux irisés
De nos balbutiements.
 
© Denise Bernhardt

Extrait du recueil de Denise Bernhardt, « La mangrove du désir », aux éditions Le chasseur abstrait.




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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 07:34
Le réseau supérieur – Luce Péclard
 
 
 
 
Les liens de l’amour,
Indéfiniment extensibles,
Etendent leur réseau serré
Sur les friches humaines.
 
Et les plus belles plantes
Peuvent y apparaître,
Les fleurs les plus inattendues
Y croître librement.
 
C’est le seul filet
Qui retient le monde
Au bord de l’abîme !

© Luce Péclard
 
Extrait du recueil de Luce Péclard, « LA FORCE DE L'ELAN » aux éditions du Madrier
 
 
 
 
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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 07:37
Espoir masqué – Nancy Turnier-Férère
 
 
 
 
 
Je te demande pardon,
Je verse des torrents de larmes,
Je languis la frénésie et le charme
Des jours et des nuits.
Je m’égare parmi les buis
Je me sens comme un oiseau
Sans ailes au printemps nouveau,
Comme une fleur oubliée et fanée.
Notre amour ne suit plus un cours aisé
Et je dis pardon.
 
Oui, pardon !
Rien que pour de nouveau voir
Ton reflet séduisant dans mon miroir.
Te bercer dans mes bras toute prête,
Et que revienne le temps des fêtes.
Délivrer mes douloureuses peines,
Accéder à mon espoir caché sans rênes.
Accueillir tes désirs et tes vœux souhaités.
Et bannir ma douleur amère à supporter,
Je te demande pardon.
Ne dis plus non
 
©Nancy Turnier-Férère
 



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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 08:07
Coquelicots de mon enfance – Victor Varjac
 
 
 
 
 
Coquelicots de mon enfance
vous êtes revenus
comme une grande blessure
enflammer l’herbe folle
qui galope
sur les talus sauvages…
Papillon végétal
vous accompagnez notre marche
d’une touche légère
et d’un sourire de sang…
Ô cœurs libres et offerts
au milieu des blés mûrs
qui bruissent comme l’océan
sous les caresses de l’air…
Vous êtes la promesse et le rêve
de la saison de feu
incarnant le frisson
de cette couleur vive
qui surprend la prairie
allongée sous le jour…
Coquelicots mes amis
ne craignez rien
j’aime trop votre visage
tourbillons d’oriflammes
qui traversent la plaine
d’un rire incandescent
pour serrer
vos tiges fragiles
entre mes doigts curieux…
Ô que de souvenirs
et que d’images tendres
m’appellent et me lient
à cette fleur délicate
dont l’éphémère beauté
refuse en expirant
nos prisons de cristal…
 
©Victor Varjac
Antibes, 27 mai 2003

Extrait de « LE DRAGON DE POUSSIÈRE » aux éditions MELIS




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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 07:44
Octobre en Avesnois - Béatrice Pailler
 
 
 
 
Octobre, les feuillages s’enflamment. Ruisselures, étincelles crépitent, frôlent les nues. Échappées des forges de l’automne, des broderies d’orfroi courent au ciel, elles sont de cuivre fondu. De loin en loin, parmi les verdures assombries, des oriflammes d’or roussi s’avivent noyés d’humide grisaille. Dans l’écrin trouble des houles enherbées, sous le camail cendreux des cieux, la Sambre se plisse de pluie et aux berges cages, les écluses serties de bruine scintillent.
Chienne ou louve, l’heure métisse, maîtresse du canal, se mire dans l’onde. Les rousseurs végétales et les berges s’estompent dans la torpeur froide des vapeurs automnales. Le ciel larmoie, un oculus rouge tache le rideau des brumes. Et au miroir des pluies, la Sambre, anguille dormante sous le voile d’étain, guette le couchant.
Octobre en Avesnois, ici, au banquet des forêts de l’ombre, l’automne festoie, et sur le canal cendré, dans la déchirure de ses eaux, une veine flamboie.
 
 
©Béatrice Pailler
Revue Traversées
N°79 Mars 2016
 
 
 
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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 07:46
Cri « Terre » - Michel Duprez
Vladimir Kush
 
 
La mine sombre, l'homme au large est sur ses gardes. Il crie plus fort que les vagues : « J'ai fait tout ce que j'ai pu mais tout se plie ou se brise et coule à pic. Il y a houle et le vent souffle, on est loin, très loin des côtes, seuls en pleine mer, face à la pluie, au feu du ciel, sur des flots de larmes, des larmes de sang, à voir nos corps, la mort dans l'âme, sous leurs draps de chair et d'os ».
 
Quand tout à coup une voix fend l'air : « Terre ! ».
 
Il y a du sable en vue, la vie de plus en plus proche.
 
« Ouf, on est saufs », dit l'homme à ceux qui se tiennent par la main près de lui, les nerfs à fleur de peau.
 
La terre, oui, la terre, celle qui nous laisse à tous le temps de vivre et le choix de l'heure où, presque à bout de souffle, on pense tout haut les trois mots qui nous font si peur : « Je suis prêt ».
 
©Michel Duprez
 
 
 
 
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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 07:41
Principes fragiles – Djida Cherfi
 
 
 
 
Parfois je me demande pourquoi quand tout va bien,
Tous les bons vieux principes prennent des vacances.
Alors que quand les choses vont de travers,
On cherche la foi et on espère pénitence.
On s’invente des bonnes volontés et des actions,
On fait des efforts ; on s’improvise « bon ».
On se surpasse ; on devient... prophète !
On se permet des conseils sur la vie, de quoi elle est faite.
On devient les meilleures personnes que dieu ait créées.
Mais voilà, le diable ressurgit aussitôt que le mal disparaît.
On oublie trop vite qu’on peut succomber,
Parce que dans la vie, il y a des choses difficiles à réaliser.
Des choses simples, évidentes et spontanées
Des valeurs qui n’auraient pas de délais.
De simples expériences, qui peuvent parfois marquer,
Dont on devrait parler pour se rappeler et se libérer.
Se libérer pour une plus grande sagesse d’esprit,
Qui parlerait mieux de ce qu’est vraiment la vie.
 
©Djida Cherfi
 
 
 
 
 
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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 07:45
Recension : « Les chemins de lumière » de Véronique Flabat-Piot – Michel Bénard
Editions Les Poètes français – 2016 – 77 pages – format 15 x 21 - Postface Vital Heurtebize. (Illustration de couverture : Roland Flabat.)
 
 
 
Ce nouvel ouvrage de Véronique Flabat-Piot « Les chemins de lumière » s’offre à l’espace de liberté d’un ciel parsemé de routes informelles s’ouvrant sur autant de destinations inconnues et soulevant mille et une interrogations et réflexions. Où vais-je ? Qui suis-je ?
Avant de poursuivre, est-il bien nécessaire de rappeler ici combien Véronique Flabat-Piot maîtrise toutes les techniques et formes d’expressions poétiques, passant du plus rigoureux classicisme, sonnets, triolets etc. ...allant jusqu’aux textes les plus libérés.
Sans en abuser il me semble judicieux de souligner, car le fait devient de plus en plus rarissime, notre amie sait ce que poésie est sensée impliquer et surtout ce que cela veut dire.
Quittons cependant la forme pour nous retrouver et débattre sur le fond, auquel je demeure très sensible.
Telle des pierres angulaires, l’importance de l’art et de son cortège réside sur les chemins de l’humain et quelles qu’en soient les sources, elle se fait le révélateur de l’amour.
 
« Si l’artiste parvient à murmurer « je t’aime »,
Des arcanes du doute, il sortira vainqueur ! »
 
« Les chemins de lumière » renvoient l’homme aux arts et à leurs créateurs afin de les extirper du doute.
L’art devient une possibilité de côtoyer une forme de vérité, de vivre une certaine idée de l’absolu.
Par sa passion de l’art et de la poésie Véronique Flabat-Piot rapproche les oppositions, le feu et l’eau, le verre et le plomb, l’encre et le parchemin. Ne rejoignons-nous pas la symbolique du vitrail, des passeurs de lumière ? Des « oeuvriers » pour reprendre un terme qui nous tient au cœur.
Questionnement, révélations, la ligne de conduite est tracée, elle devient transcendance.
Véronique Flabat-Piot effleure l’intemporalité d’un monde informel en gestation sous les doigts de l’artiste, de l’artisan, du poète.
Tout ceci est souligné avec délicatesse, finesse à l’aune de l’expérience.
Le « dit » sonne clair et juste.
Poursuivons ces chemins qui nous conduisent sur les degrés du sacré où de l’ésotérisme.
La poésie, l’art ne sont-ils pas des actes sacrés ? Si assurément !
 
« Tu toucheras l’occulte, en regardant les choses
Et verras le réel, en palpant le Divin... »
 
Etre poète c’est aussi savoir s’effacer au profit de l’humilité, de la pure beauté, d’une certaine vérité le plus souvent intangible, ineffable.
 
« N’être qu’un souffle
dernière expiration
de l’âme qui s’envole... »
 
Le poète est drapé de sensibilité, de vibrations profondes, de résonances intérieures, c’est peut-être pourquoi il en appelle encore plus à la tendresse.
 
« .../...je trouve, en mon tréfonds,
les fleuves de tendresse.../... »
 
Ingrédient difficilement dissociable de la poésie, le mysticisme n’est parfois pas bien loin, il frôle l’invisible, l’impalpable, il pressent un nouveau « prophète » qui pourrait dispenser des promesses d’amour à l’infini.
Au détour d’un poème, d’un vers, il nous arrive de rencontre une étrange allégorie, avec sa faux sur le dos : la camarde... Mais le poète est confiant, provoquant, il la défie, l’attend sans la craindre, car il sait que seul l’Amour perdure.
 
« Et j’aimerai,
j’aimerai,
j’aimerai...
...de toute la force de ma Vie,
aux confins de l’Eternité ! »
 
Permettez-moi ici de vous conseiller d’emprunter « Les chemins de lumière », faites en bel usage, en espérant qu’ils vous conduisent loin. Osez vous laisser transporter de l’humain au Divin, précisément là où :
 
« .../...tout et rien fusionnent,.../... »
 
Michel Bénard.
Recension : « Les chemins de lumière » de Véronique Flabat-Piot – Michel Bénard
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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 07:40
Muse et Poète de la guerre - Ode
 
 
 
 
 
Muse
Poète, prends ton calame; quitte ta thébaïde
Va et regarde au loin, baigne ton âme à ton encre
Hurle devant le fait, ce que voient tes yeux humides
Trempe ton cœur lourd, libère-toi du chancre
Poète
Je suis fille de la Terre Ô ma Muse
Et j'ai peur pour Elle, tout est si sombre
J'ai peur pour mes sœurs, mes frères, Ô Muse
Je vois des voiles noirs, des brumes épaisses, des ombres
Ce que mes yeux voient m'effraie, ne me plaît guère
Je ne vois plus la Planète Bleue mais seule la guerre
 
Muse
Poète, prends ton calame; arme-le de courage
Regarde la jonquille en ton jardin, elle te parle
Te raconte la vie qui renaît. Laisse monter en toi la rage
Te rends de par les Terres, du bout du monde jusqu'à Arles
 
Poète
Mon âme voyage de par le monde Ô ma Muse
Je n'y vois que désolation, peurs, pleurs et sang
Mon calame tremble sous ma main inquiète, diffuse
Le mal est partout, pluriel, les barbares sont en rangs
Leur bras est armé pour la pire des forfaitures
Je rage devant ces incultes illuminés ainsi les sépultures
 
Muse
Poète, prends ton calame; dénonce, crie ce que tu vois
Que les dieux t'entendent ! Que par le monde on entende ta voix
Que le vent glacial porte ton message et crie ton désespoir
Que tes mots fassent taire enfin, des barbares, la rumeur
 
Poète
J'irai Ô ma Muse, j'irai là où de moi on a besoin
Mes mots d'abomination partiront de par le monde
Fasse que les dieux m'entendent et partout au loin
Qu'ils tonnent plus forts que leurs canons immondes
Qu'ils fassent enfin cesser de la guerre la clameur
Que de l'Amour et la Paix reviennent à jamais les odeurs.
 
Ode©
14 mars 2003©
 
Création Ode©

Oeuvre en titre de Ode©
 
 
 
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