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30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 06:45

 

Voyelles bleues, consonnes noires

Editions ALCYONE – Collection Surya –

Illustration : Encre de Silviane Arabo - Neige - 

Format 14x21 – Nombre de pages 86.

 

 

 

Ponctué d’espace et de silence, c’est pourtant une longue histoire d’amitié et de poésie - nos regards portant dans la même direction - qui me relie à Monique W. Labidoire et c’est avec forte émotion et bonheur que je découvre aujourd’hui « Voyelles bleues, consonnes noires », le dernier né d’une déjà longue lignée, qui s’est nourri de toutes les graines d’expérience des ouvrages précédents.

Les concessions ici ne sont pas de rigueur, car nous découvrons une poésie hors mode, à contre-courant qui n’a de cesse d’écarter les surplus et autres accessoires de la versification traditionnelle, afin de mieux retrouver la voie de l’émotion pure.

Chez Monique W. Labidoire nous croisons de rares et belles images touchées par la grâce de l’insolite et de l’inattendu. C’est une écriture d’orfèvre de haute lignée, le verbe est riche, nourri des plus subtiles nuances de l’interrogation, mais aussi de l’affirmation.

Notre poétesse prend la parole par la main, comme une compagne de route et la glisse dans sa besace pour en faire son viatique.

Il y a dans ce recueil une notion de pèlerinage fractionné de stations. C’est un langage qui nous étonne, nous surprend, il ne nous est en rien familier, mais nous offre cet intérêt où tout est remis en question, le mode de pensée est revisité. Monique W. Labidoire se détourne des reflexes, s’extirpe de la banalité et des sempiternels clichés du verbiage poétique commun. Elle détient l’esprit du guide qui ouvre des voies nouvelles, ou tout du moins autres, en restituant à la poésie son sens du sacré, notion qui actuellement a tendance à s’étioler :

 

 « Il est temps d’ancrer le chant au firmament des étoiles.../... »   

 

Afin de demeurer crédibles, nous devons considérer cette œuvre comme étant de la poésie de haute couture où les mots sont précieusement tissés et où le verbe est brodé de fil d’or.

Le temps passe, préludant la chute inévitable, cependant l’interrogation demeure face à l’inconnu et le poème en appelle au sens. Là où Arthur Rimbaud voyait des voyelles multicolores, Monique W. Labidoire les voit en bleu. Son langage est très singulier, personnalisé à ce point que le simple jeu musical de l’écriture signe le poème. Cette dernière demeure sensible et attentive à l’instant qui déclenche en elle une soif de désir et de plaisir. Elle cultive ce besoin impérieux de faire renaître la mémoire de son « maître » Eugène Guillevic, jamais elle ne manque l’occasion de le mentionner, de lui adresser un petit clin d’œil complice au-delà des nuages : « Le monde se résume/ Sans se réduire. » (1)

Langage riche et ciselé portant haut une poésie qui est un long chemin s’associant au destin, tout en donnant sens et forme à la vie. Une poésie qui parfois réveille une vision de l’ultime, qui interroge tout en écoutant au loin le glas qui résonne avec pour battant l’énigme des mots tissés à la vie.

Entre ces pages la poésie est vécue telle une expérience, une émancipation, une élévation possible de l’homme et de la parole où se profilent beaucoup de possibles, comme celui de prendre en plein cœur le nom « fraternité. »  

Néanmoins il arrive à notre amie de se sentir en perdition, de chercher sa route au cœur d’une croisée et de faire le point.

Monique W. Labidoire appartient à cette confrérie de poètes qui cherchent d’autres vibrations, d’autres sonorités, afin de s’extirper de la parole convenue. Elle cherche un renouvellement, un paysage vierge qui s’offrirait à sa plume toujours en quête d’audace et d’étonnement.

Sur la voie d’une authentique poésie, sans cesse son auteure est confrontée au questionnement des signes posés sur la page blanche où l’interrogation en arrive à perdre la raison et où le verbe se dénoue de sens.

Les authentiques poètes se font voyants et qui oserait en douter lorsque quelques mois avant le préoccupant épisode pandémique, notre amie écrivait :

 

« .../... marionnettes sans ressorts s’enfonçant dans les nouveaux bourbiers du monde, ce monde ruiné de ses richesses pillées par les barbares. »      

 

Par le poème, restituer la vie, fédérer  l’espérance, tel est le crédo de notre poétesse.

Au fil du temps, il arrive que le poème amasse mousse pour revenir vers son auteure en heure de gloire, en odeur de sainteté, tel le fils prodigue que le poète retiendra pour son œuvre.

 

« Ce jour, auprès de vous, le poème veut revenir. »

 

Le poème invite à l’errance vers des paysages oubliés, il réveille des images enchantées, chargées de beauté, mais se heurte au mur de la mémoire et à la douleur récurrente.

 

« .../...toute cette mémoire de mots-images qui ont gambadé dans les campagnes.../... » 

 

« .../...et j’ensable mes souvenirs et mes morts sur la grève afin que le ressac les féconde. »

 

Ici certaines images se dissimulant dans les brouillards de la Shoah ne sont pas loin.

 

Le poème se fait gerbe florale en son jardin obscur et parmi de nombreux au titre de l’exception, je soulignerai un magnifique texte dédié à Alain Duault, poète, écrivain et musicologue de renom, qui n’est pas sans évoquer les voleurs de feu que sont les poètes chers à Arthur Rimbaud :

 

« .../...j’ai laissé entrer l’autre poète, mon frère, afin de partager le plus intime.../...les consonnes apatrides, les voyelles étrangères qui prennent sens dans le feu volé.../... »    

 

La poésie remonte toujours à une source que l’on croyait tarie, une étoile que l’on pensait éteinte et que l’on retrouve écumante ou brillante comme à l’origine.

 

« Au matin d’un nouveau monde y aura-t-il toujours un cœur palpitant au rythme des étoiles en quête du chemin ? »

 

Monique W. Labidoire a quelques velléités picturales en colorant ses voyelles en bleu, comme si elle souhaitait nous faire un petit rafraîchissement de printemps ! Mais qu’en sera-t-il demain ?

Le temps est venu de vous quitter et je ne saurais trop vous inviter à vous imprégner intimement de ce recueil, dont je n’ai plus qu’un mot à vous dire « rêvez ! » pour clore cette réflexion en partage avec Monique W. Labidoire en lui souhaitant que cette source se tarisse le plus tard possible et qu’elle veille encore longtemps sur la proue de la clairvoyante beauté.

Il ne vous reste plus qu’à retrouver les symboles et plus particulièrement les signes que cet ouvrage contient pour vous. Alors :

 

« Voguer au ciel de traîne jusqu’à la définitive rencontre des goélands .../... »

 

Michel Bénard.

 

 

 

(1) Eugène Guillevic extrait de « Magnificat »

Voyelles bleues, consonnes noires – de Monique W. Labidoire – Recension de Michel Bénard

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29 juin 2020 1 29 /06 /juin /2020 06:36
Photo J.Dornac©

 

 

Suite - 4 juillet

 

 

Lettre à l'ami

Ce matin, j’étais dehors à cinq heures, seule en compagnie du soleil levant sur le grand champ où les chevaux au loin courraient dans leur enclos et aussi en compagnie des diverses espèces d’oiseaux qui gazouillaient chacun dans son langage.  La verdure du lieu, la paix qui s’en dégage, les fleurs et surtout, le silence dans toute sa grandeur.  Il fera chaud aujourd’hui, 29° annoncé.  Ma première pensée a été pour toi, cher ami : « Il ne faut pas que j’oublie son anniversaire demain. »


À cette heure, ne pouvant sortir mon portable à cause du bruit d’ouverture qui aurait réveillé tout le monde, j’ai donc décidé de prendre papier et crayon et de t’écrire pendant ce moment de grâce que je vivais.


Je t’écris tout ce que j’ai écrit à cette heure, sans rien retirer puisque c’était une pensée pure, étant à peine sortie du sommeil, spontanée et vraie.


En pensée, je revois ta photo, celle que tu m’as fait le plaisir de me donner, photo que j’ai souvent regardée, souvent…  Je revois ton beau visage, tes cheveux blancs bien ordonnés et tes yeux, tes yeux d’une telle douceur, d’une telle profondeur, d’une telle bonté et à la fois, tes yeux qui me racontent tant de choses, une vie, une histoire, la tienne…


Devant l’adversité, tu as tenu le cap autant que tu as pu.  Faisant de fausses manœuvres par moments, tu t’es égaré, comme nous toutes et tous.  Avec des efforts soutenus, une foi authentique et qui est tienne, tu as su redresser la barre et retrouver ton chemin, pas nécessairement «  le bon » aux yeux de certains, mais le tien et c’est ce qui importe dans la quête de chacun.  Toujours retrouver son chemin à soi, car personne ne marche le même long chemin même s’il y croise parfois d’autres chercheurs, pèlerins de la vie.  Sauf exception, s’étant égarés sur le tien n’y sont pas restés… Les autres ont fait, font et feront un bout de route ou une longue route avec toi, t’apportaient, t'apportent et t’apporteront beaucoup comme tu leur apportais, apportes et apporteras autant, prenant ensemble un raccourci jusqu’à la croisée où les chemins se sont séparés, se séparent, sépareront.  Non sans peine, non sans douleur, non sans souffrances mais avec aussi la certitude que ce raccourci n’aura pas été vain.


Il faut rester humble devant les leçons que la vie nous offre, c’est le long apprentissage des autres et de soi à travers l’expérience.  Celui ou celle qui n’apprend plus rien est un être errant.  Je ne m’inquiète donc pas pour toi mon ami, toi qui souris à l’oiseau, qui t’émeus devant la fleur.  Tu es un être tellement grand pour moi, je profite de ce jour anniversaire pour te dire combien tu me consoles de tant de choses quand je vois cet homme qui n’a pas oublié son enfant en soi.  Merci encore d’être tel que tu es !


Sous ce ciel bleu sans nuages, devant cette végétation grandiose nourrie par mon non moins grandiose Fleuve, une légère brise venant du large vient me dire qu’elle t’apportera ma pensée de l’aurore où nous sommes seuls toi et moi en cet instant aux odeurs intemporelles de bonheur et de grâce infinie. 


Bon Anniversaire !

Je t'embrasse bien fort !


 

~*~

5 juillet

~*~


Dans la ronde sans fin de l’immense univers
Le soleil est-il à jamais condamné à poursuivre sans cesse
L’insaisissable clarté de la lune ?


~*~


 

Je crois que savoir se tirer d’affaire c’est surtout avoir la capacité de se construire une solide base avec toutes les pierres que les autres nous jettent.


Lorsque jeune, je me disais qu'à chaque jour je posais une pierre, pour bâtir ma maison intérieur sur des bases solides.  J’ai bâti ma maison intérieure, j’en suis à deux étages sûrement. Elle est solide.  Je pose chaque jour les briques du troisième étage. Lorsqu’il sera complété, j’y poserai le toit.  Alors, ma vie sera arrivée à son terme .  Et je m’envolerai sur les ailes de l’éternité, retrouver tous ceux que j’aime.


 

~*~

Les amants


Dans l’attente de l’ultime rencontre
Les amants comptent les secondes

Que le temps lasse et passe !

Pays de légendes, pays magie
Terres vierges intérieures
Où des parfums inconnus embaument l’air
Pays de ciels lumineux
Où l’âme ravie d’expériences suaves
Fait gonfler le désir
Désir de l’autre, de la chair chaude

Hyménée païenne de Beltane
Où la Déesse-Mère bénira l’union consacrée

Que vienne ce jour des réjouissances
De la jouissance
Seuls dans l’Île Sacrée
Les amants vont s’aimer.


~*~


 

14 juillet

Fête des français.  Je viens de terminer de lire mon quatrième livre depuis le début de l'été.  Que de belles heures passées à l'ombre des arbres, des odeurs d'iode !  Hier, pique-nique à Kamouraska, superbe journée. J'en ai rapporté de magnifiques photos.  La nuit dernière, un orage impressionnant.  Ce matin, vers cinq heures, les gens en tentes, du côté sud, étaient inondés et quittaient dans le chaos le plus complet.  J'ai pris des photos.

~*~

Les fols été heureux s’achèvent
Le temps file
On se cherche
Ne se trouve pas
Pourquoi ces amours malheureuses
Pourquoi ces espoirs impossibles
Pourquoi la tristesse à la clef
Pourquoi le bonheur s’échappe comme un poisson
Dès qu’on le touche


~*~

15 juillet


De mon amour



Pendant que je longe la veine du Saint-Laurent
Moi, fille de la Terre
Je te respire avec le vent d’est
Qui vient mêler mes longs cheveux
Comme caresse
Aux parfums enivrants, aux vœux sacrés
Aux odeurs de serments

~*~
Pendant que je parcours mes terres intérieures
Moi, fille du Pays
Je reviens te parler de mon amour
Celui qui n’a pas encore labouré mon champ
Fait pousser le grain de sénevé
Et récolté la moisson de mes étés


Il n’a pas encore parcouru mes plaines
Mon amour
Il est parti dans ses terres intimes
Se retrouver après un long voyage au loin, très loin
Là où on ne revient qu’à peine
Là où seul le fort revient
Celui qui croit


Il m’a fait signe de la main
Il arrivera bientôt
Sur les ailes d’un poème
Des mots qui sauvent et consolent
Ceux de l’espérance et des promesses tenues
Après un long éternité d’épreuves et d’attentes


Je lui ouvrirai mes bras, l’envelopperai
Je lui ferai voir mon Pays
Mon île secrète et ses plages invitantes
Je le ferai s’asseoir sur le pic de mes falaises
Le conduirai jusqu’à l’infini de mon Fleuve
Voyage apaisant rempli de Beauté
Baume à l’âme et au corps
Il guérira, mon amour

~*~

 

© Ode

 

(A suivre)

 

Sources : http://zodode.5.50megs.com/Mots_Bleus/carnet_05.htm 

 

 

Création Ode©



 

 

 

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28 juin 2020 7 28 /06 /juin /2020 06:35

 

 

 

 

Dans la rue des poètes

Poussent les plus belles fleurs

On y trouve des comètes

Qui égrènent joliment les heures.

 

Il s’en passe des choses

Dans la rue des poètes

Je ne sais si j’ose

Les dires aux gens honnêtes

 

Dans la rue des poètes

Parfois brillent des lumières

Illusions ! pensent les gens bêtes

D’autres se disent qu’ils ont bu trop de bière…

 

De fait comment comprendre

Ces gens qui alignent des mots

Qui soignent les maux à vendre

Et les disent sans même un bruyant rot

 

Oui, nous aimons être lus

Et c’est la raison

Pour laquelle parfois nous sommes crus

Et transformons nos mots en chansons

 

Nous traversons les ans et les saisons

Sur les ailes de toutes les misères

Le seul philtre qui de la vérité donne le ton

Et souvent, nos mots deviennent vos prières !

 

Dans la rue des poètes

Brille aussi un éclatant soleil

Qui chante puissamment la fête

Celle des amours beautés sans pareil !

 

Viens te promener dans ma rue

Toi qui flâne si volontiers

Sur les boulevards et les avenues

Pour respirer le monde et mieux l’aimer

 

Regarde ces amoureux qui s’embrassent

Ils sont le monde, ils sont la vie

Je sais que les voir t’embarrasse

Tu les envies ? Alors, vas-y !

 

Parcours ma rue poétique

Chante mes mots d’amour

Ouvre tous mes portiques

Pour trouver celui qui te fera la cour !

 

Viens cueillir les fleurs du bonheur

Je les ai semées pour ton cœur

Elles t’attendent en ouvrant leurs bras

N’aie pas peur, jolie Clara !

 

Tu trembles et frisonnes

Mais dans ma rue, il fait chaud

C’est l’amour qui en toi résonne

Ton visage n’en est que plus beau !

 

Que chantent les amours neuves

Dans la rue des poètes

Qu’elles coulent comme les plus beaux fleuves

Qu’en amour, il n’y ait nulle diète !

 

©Jean Dornac

Lannion, le 26 juin 2020

 

 

 

 

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27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 06:35

 

 

 

 

L'amitié, la pierre angulaire de toute une vie.

 

Un véritable ami, cela n'est pas fréquent,

Mais c'est, lorsqu'on le trouve, à la vie, à la mort ;

L'amitié, je ne vois pas de plus beau trésor :

Ça se noue, on ne sait trop où ni trop quand.

 

Un ami, c'est quelqu'un pas toujours de ton camp !

Le lien qui vous unit reste pourtant plus fort

Que toutes les opinions car c'est au même port

Que va votre idéal, pas à mettre à l'encan.

 

Claude, Michel, Robert, Serge, Jean Charles, Pierre

Sont partis bien trop tôt ; nous étions comme lierre

Attachés à ce tronc commun d'humanité.

 

Rien n'aura disparu quand je serai poussière

De ce que fut pour nous cette raison première

Qui n'a jamais besoin que d'avoir existé.

 

©Louis Delorme  

 

 

 

 

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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 06:19

 

 

Les traductions en occitan limousin et en italien sont de Béatrice Gaudy

 

 

 

Les enfants comme les abeilles

adorent suçoter

le suc sucré

des fleurs de trèfles

Les enfants abeilles

de l’avenir

 

* * *

 

Loû eifant coumo la belha

adorou suçounia

lou suc sucra

de la flour de treife

Loû eifant belha

De l’aveni

 

* * *

 

Ai bambini come alle api

piace moltissimo succhiare a poco a poco

il succo zuccheroto

dei fiori dei trifogli

I bambini api

dell’avvenire

 

©Béatrice GAUDY

 

Nota bene : Le poème n’avais pas de titre, je me suis permis d’en créer un.  

 

 

 

 

 

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25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 06:06

 

 

 

 

 

tes énigmes au galop

sans mors ni bride

et ces débris fracassés

 

ne pas piller

ces lambeaux de mémoire

que pulvérise encore

la meule des heures

 

quand se délitent

nos paumes écorchées

et s’accrochent

les déchirures

 

ne plus suffoquer

à l’ombre maigre de bétons

qui emmurent la fournaise

de nos asphyxies

 

au pas, la tessiture

de nos voix en chamade

elles vibrent désormais

sur les vestiges d’un silence

 

©Claude Luezior

 

 in : Jusqu'à la cendre, Ed. Librairie-Galerie Racine, Paris, 2018

https://editions-lgr.fr/claude-luezior/  

 

 

 

 

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24 juin 2020 3 24 /06 /juin /2020 06:25

 

A propos du peintre…

 

 

 

 

                                              Un recueil de Miloud KEDDAR :

 

 

                                                  L'illustration de couverture :

 

                 Miloud KEDDAR est Poète et Peintre. Il faut en conclure que le choix de son illustration de couverture n'a pas été fait à la légère. Il me semble donc important d'essayer de l'analyser. Elle n'est pas là par hasard, surtout de la part d'un poète philosophe.

Sur fond gris de brume, un gris un peu flou s'éclairant vers le haut avec quelques traînées d'aurore ou de crépuscule  juste suggéré d'un rose violacé, sont disposées trois formes humaines revêtues d'un manteau, vues de dos et qui se suivent sans précipitation ; on les dirait en suspension. Elles sont impossibles à identifier : même corpulence mais trois couleurs sont utilisées : prune, vert et  blanchâtre, trois teintes que l'on retrouve chacune à des endroits différents sur les trois silhouettes, à croire que l'artiste ne possédait que ces trois couleurs : il y a donc une raison à ce choix restreint : une certaine idée d'unité ; sont-elles trois personnes apparentées ? Trois fois la même personne ? Serait - ce la même personne à trois périodes différentes de sa vie, à trois moments différents de la journée, ou de la nuit ? La même personne matin, midi et soir ?

                C'est une sorte de procession, une sorte de trinité mystérieuse ( 3 en 1 ? ou bien 1 trois fois ? )

Ces trois couleurs restreignent le champ des possibles car elles créent une parenté évidente à ces trois présences : même but ? même route ? même questionnement ?

Je suis tentée de dire ; une seule personne et plusieurs routes. Voilà ce que je déduis de cette image à la fois elliptique et précise, mais je suis sans doute influencée par le titre du recueil.

                 D'autre part, on ressent une sorte de retenue, de retour sur soi, vu la position des épaules et de la tête penchée en avant ; il en ressort une sensation de silence mystique et pourtant cela ne va pas jusqu'à rappeler l'image religieuse traditionnelle, pas de visage éclairé par la grâce, pas de geste de bénédiction ; tout est secret, tout est à l'intérieur. On devine ces trois silhouettes en procession lente, en apesanteur ; ce sont les pensées qui s'élèvent. Cela pourrait être la même personne à des degrés d'introspection différents ; et là, bizarrement, je pense aux feux tricolores, à l'arrêt : on est au carrefour des doutes. Mais ce n'est pas l'adolescence agitée. La vitalité, la transgression ne sont pas représentées, le ralenti, oui. On ne ressent pas l'exaltation de la jeunesse, plutôt la démarche que l'on fait lors d'un retour sur soi.

                  C'est un chemin virtuel que l'on ne foule pas avec les pieds. On est sur la voie multiple du ''Connais-toi toi-même'' et du ''Je pense, donc je suis ''. Un chemin multiple, à la fois long et lent et profond qu'empruntent ceux qui n'attendent pas la mort pour entamer ''le grand voyage''.

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

 

 

 

 

 

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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 06:33
Le penseur, œuvre de Khalil Gibran

 

 

J’ai la joie d’accueillir Miloud KEDDAR, peintre et poète, présenté ici par Jeanne Champel Grenier que je remercie grandement. Aujourd’hui, elle vous présente l’homme et le poète avec l’un de ses poèmes, demain, ici, je publierai sa présentation du peintre au travers de la couverture de son recueil intitulé : Chemins de Soi

Bonne découverte si vous ne connaissiez pas cet homme d’arts qui nous fait l’honneur de le découvrir sur Couleurs Poésies (Jean Dornac)

 

 

 

                                                      « CHEMINS DE SOI »

                                                             Poèmes 

                                                     Miloud KEDDAR

 

                     Chaque homme se demande un jour, et le plus tôt est le mieux : qui suis-je ? Pour quoi suis-je fait ; et de ces interrogations naissent mille questions sans réponse puisque la réponse se construit par tâtonnement, la plupart du temps, sauf si l'on a un don précoce et particulièrement évident, irrépressible. Certains chemins s'ouvrent d'ailleurs dans la douleur ''Etre poète c'est avoir une corde cassée et être sensible'' Il va s'agir donc de chemin de compensation, de réparation intérieure. Comment trouver cet accord parfait entre les manques et les exigences de la vie ? Il faut compter sur le hasard dont le jeu est imprévisible .  ''Ecrire, c'est mélanger les cartes, jeter les dés, les cartes seront retournées'' Nul chemin déjà tracé d'avance, il n'est pas question de destin mais de chemin à créer pierre après pierre.

                    Pour Miloud KEDDAR, homme ayant vécu dans le désert des Touareg, homme qui étudia la météorologie en Algérie, il s'agit à chaque instant d'être patient, attentif aux signes du ciel. La vie est un chemin difficile et personnel ; il est fonction de tous les sens mis à l'écoute. L'homme du désert connaît le chemin de l'eau par la soif, le chemin de l'ombre par la brûlure sur la peau, le chemin de l'autre par l'absence, la solitude. Il avance de façon primitive au sens de ''premier'' avec respect, et goût du progrès, du développement futur, comme ''la rivière se jetant dans le plus du fleuve qu'il nomme vie qui s'efface en renaissant dans le multiple''' Il y a encore chez Miloud KEDDAR des traces d'oueds interrompus asséchés dans ses aspirations de fleuve régulier qui file vers la mer. Rien ne semble acquis.'' Pas à pas se rejoint l'éternel ''. L'auteur qui a passé sa jeunesse à l'écoute des signes qui pourraient le guider vers le meilleur de lui-même, est devenu Penseur, Poète et Peintre en empruntant mille chemins personnels dans la discrétion et la sagesse.

                    Mot après mot, couleur après couleur, le tout baigné de silences alternés de rumeurs, il a vu des idées fondatrices s'installer en lui ; il s'est laissé irriguer, et de sa terre intérieure en jachère, aride, sont nés des chemins, parfois une oasis fertile, de paix et de joie :''A regarder un fleuve caresser fiévreusement la joue de la terre,...on se prend à croire en l'amour''

Attentif aux rencontres, souvent avec son ''autre'' intérieur ( ''Éclaire cet autre en toi qui s'oppose à tes doutes'') , sa vie prend de la profondeur, et cette profondeur il pourra la partager car elle est source d'enracinement :''Et tu iras d'un seuil, au salut d'un autre seuil''

                      C'est donc bien de chemins intérieurs dont il s'agit ; d'une longue introspection positive, créative, qui permet à l'homme de connaître sa position face à ses aspirations premières.

Et le recueil s'achève sur un long ralenti où les mots orange, lune, brume créent une image mentale de repos ''une orange fait l'aumône à la nuit..., une lune caresse nos paupières...et toujours l'avenir...une aube plus claire et verte... laisse place au jour qui sur le toit réitère son chant...

C'est la divine phrase des Écritures consacrant le jour de création: ''Et il y eut un jour et il y eut un matin''.

                  Le philosophe Miloud KEDDAR sait que l'on n'avance pleinement dans la vie qu'en accomplissant, parfois dans la douleur et le renoncement, ses propres chemins intérieurs, ce qui est bien plus que de développer ses dons personnels, car ces chemins de vie ne se tracent pas sans inclure l'autre, son semblable, et une certaine idée de l'harmonie, du silence et de l'infini. Alors seulement, on peut se sentir en phase avec l'univers : « O rêve , ô pilier ! Au dessus-de l'abîme soutenant tout l'azur ! »

Le miracle c'est qu'en lisant Miloud KEDDAR, en scrutant ses toiles, on se trouve, ''après tant de pleurs, en rêve encore dans l'enfance continuée'', en phase avec sa vision de l'homme et du monde car si certains poètes sont pour « l'ici et le maintenant'', Miloud KEDDAR est pour « L'ici et l'Ailleurs, et le maintenant et demain ». Il y a de l'humilité naturelle et de la grandeur dans l’œuvre de Miloud KEDDAR.

 

©Jeanne CHAMPEL GRENIER

 

 

 

Extrait de ''CHEMINS DE SOI''

de Miloud KEDDAR, Peintre et Poète

 

 

...Un peintre au Poète dit un jour

: « Ami, comme moi,

habille le monde, tente la lumière ».

Et le poète de répondre :

« J'habite la langue, avec ses ombres

 avec ses masques, avec son sacrifice ».

Puis le Poète, tout en regardant l'horizon

et sur ses lèvres rien encore que des mots, dit :

« Mais la langue est-elle le monde ? » 

Et puis il se tait,

sachant qu'il lui faut lier son destin au silence

et lier son destin à celui du Peintre

pour que peut-être du geste

et de la langue

puisse naître la lumière.

 

©Miloud KEDDAR

 

 

 

 

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22 juin 2020 1 22 /06 /juin /2020 06:52

      

 

Librairie-Galerie Racine, premier trimestre 2020,15 Euros.

 

En ce livre (complété d'une superbe peinture de Colette Klein et d'une non moins belle préface d'Alain Duault), la sourcière (sorcière?) dionysiaque des mots et des eaux lustrales, accrochant sa force de vie au thyrse de la jouissance, célèbre la sauvagerie universelle des temps d'avant les codes, des temps où la conquête des sens importait davantage que la quête du sens. Nicole Hardouin blasonne la jouissance.

 

Son héraldique? Les mots du corps, mais aussi l'écriture même, modèle de souffle, incitation à la ferveur gourmande à l'approfondissement de la nudité des origines. Lilith a précédé Eve, revendique-t-el1e. Femme suzeraine et indomptée, vouée au plaisir, le serpent lui-même, symbole de la luxure, s'avoue vaincu devant plus forte que lui. La chair carnassière s'éblouit, fête chamelle sans frein, sans culpabilité, sans entrave.

 

Lilith évoque-t-elle sans trêve l'accomplissement de la chair, de peur de mourir à1'aube? Il faut conjurer les fissures de l'existence par où peuvent fuir l'attente et le désir. Le désir voyageur sans étoile, incessant mendiant entre le seuil et le passage, Athanor dans lequel la poète alchimiste transmue les ténèbres en liberté.  Le désir, seule brisure portant I'espoir d'un possible. Et cette chair exubérante livrée au lecteur finit par être vue par un paradoxe apparent comme une porte à peine entrouverte sur un secret.

 

Alors advient la perte. Dans le sillage d'Adam s'engouffrent la procréation et les tabous à elle attachés. La jouissance partagée n'est plus de mise. Le serpent dompté, rampe. Lilith, en fuite traverse le miroir. Pourra-t-elle revenir?  C'est ici que s'avancent conjointement l’imaginaire et la mémoire. Parviendra-t-elle à fàire jaillir les contraires (vide-surgissement.silence-cri), être à la fois « revenante. devenante » ou l’'absence étant définitive, muée en fantasme? « Nuit de lave, drap de suie »

 

Les descendants d'Adam sont devenus désir inassouvi, recherche furieuse de 1'avant ou tristesse sans fond. Sans guide pour leur enseigner les arcanes de la jouissance pure et heureuse, ils se réfugient dans la violence et les turpitudes de la chair.

 

L'alchimiste rameute ses souvenirs (la perte est-ce qui nous aide le mieux à nous souvenir). Y puisera-t-elle force pour revenir? L'aveu perce « J'ai toujours voulu dominer, fut la cause de ma chute ».Que peut-on réinventer? La perte se lance dans une folle poursuite avec le manque et le désir (manque désir perte manque). Le désir fàit du manque un infini. L'égarement-folie du début devient égarement-errance sur le chemin sans objet, |e chemin qui n'existe pas (« Marcheur, il n'y a pas de chemin » A.Machado).ou alors, ce chemin n'est-il que l'égarement lui-même?

 

Le retour ( Etemel Retour?) amènera avec lui la distance qui, mêlée à la fusion primitive, pourra peut-être enfin générer la véritable rencontre, charnelle et spirituelle à la fois. L’essentiel, finalement, ne serait-il pas dans I'inachevé ? Dans la clandestinité entendue comme territoire où l'être humain brise son carcan (le but) pour se réconcilier avec lui-même (le chemin)? Il n'y a début ni fin à rien. Le souffle inouï de la grande prêtresse projette à notre face nos propres vapeurs méphitiques et caressantes à la fois. Peut-être les seuls initiés auront-ils le droit de venir avec elle approcher le désir et le manque en même temps, à la recherche de l'unité (des corps et des esprits) perdue.

 

Nous sommes parvenus aux confins. Juste au-delà, c'est l'énigme primordiale. Cette écriture chamanique et charnelle nous amène au plus près. Danger, brûlure, mais aussi talisman pour les temps d’inclémence.

                                                            

Jean Louis Bernard

 

 

 

 

 

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 06:41

 

 

 

                                                                  A Jean Orizet

 

Le vin du jour

a perdu sa couleur

et l’aube se mélange

au sang du crépuscule…

Les mots n’ont plus de force

et dans ma bouche triste

l’image aux ailes d’or

est devenue caillou…

Sous les lèvres des fleurs

je ne sens plus

le trouble des parfums

où dansait l’espérance…

Suicide du baiser

esquisse d’un silence

qu’aucun bruit ne bouscule…

Le quotidien pourchasse

les voix imaginaires

immenses et vagabondes

dont la semence vive

contient son propre jour…

Rebelle à ces lois

qui font de l’existence

une prison de chiffres

une fosse tranquille

l’enfant du rêve

comme un ange infidèle

s’oppose au soleil noir

d’une vie de mensonges…

Tel un cœur obstiné

refusant l’agonie

le rêve de l’enfant

aux yeux de Poésie

apporte à l’homme sombre

cet amour oublié

dans une vieille malle

où trop souvent les êtres

entassent leurs envies…

Mais ces renoncements

qui encombrent nos ans

sont un monde effacé

qui contient je le sais

notre belle jeunesse

habillée de nos joies

et de notre innocence…

Nostalgie d’un hier

toujours féérique

et de nos passions

voyages chimériques

perdus dans la poussière…

Instants sacrifiés

sur l’autel du vulgaire

que sont-ils aujourd’hui ?

des mannequins en haillons

qui surprennent nos sens

quand nous les regardons

réveillant le passé

rougissant nos joues

retrouvant la chaleur

et le mouvement

aérien de nos corps…

Ironie des objets

à la mémoire folle

au-delà de la mort…

Mais pour sauver mon âme

du banal… du médiocre

je dois toujours franchir

la ligne sans reflet

et provoquer la déchirure

et confronter mon sang

à l’extraordinaire !...

 

© Victor Varjac

Antibes, 19 novembre 2011

 

Extrait du recueil « Les fiançailles de l’aube » aux éditions Chemins de Plume

 

 

 

 

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