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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 07:38

Collection Accent tonique - Poésie
L’Harmattan © octobre 2019
155 pages

 

Le livre est dédié à l’être aimé. Celui-ci est comparé à l’une des plus belles manifestations naturelles : l’arc-en-ciel. Un phénomène que rend sans doute plus magnifique encore son peu de durée d’existence. L’amour est éphémère, l’aimé devient l’absent.
Je flâne dans la lumière pour retarder
la nuit avec l’étrange absence de toi.

Absent mais espéré.
A chaque tombée du soir je suis toujours
plus loin, mais si près de toi, mon amour

Cette absence, cependant (que le lecteur devine vite définitive), est refusée comme telle par le poète. Sonia Elvireanu évoque le passé au temps présent afin d’immortaliser le moindre souvenir ou peut-être pour espérer revivre le rêve d’Orphée :
Fais-moi découvrir que tu vis
quelque part dans un autre temps

Quel miroir traverser, quelle dimension investir pour que puisse s’accomplir le retour de l’aimé ?
tu n’étais nulle part, je t’ai appelé […],
je t’ai cherché, tu n’étais nulle part

Si le présent borne le passé et ignore le futur il est avant tout l’inverse du perpétuel. Les saisons passent cependant et se renouvellent. Le temps épouse son orbe. C’est grâce à la contemplation du monde et la compréhension de ses cycles que le poète va pouvoir incarner le disparu dans tout ce qui existe alentour ainsi que dans une temporalité sans limites. Cette communion nécessite des liaisons permanentes entre le moi profond et la réalité. Voilà pourquoi, dans ce recueil, abondent les références aux arbres, aux fleurs, depuis l’humble pommier fleuri au jardin, jusqu’à un rosier jaune, en passant par un bouquet de bouleaux. Mais aussi au terreau nourricier, au vent, à la pluie, au feu (très présent dans les allégories employées) ou bien encore à la neige, à la fulgurance d’un ciel au Levant. C’est parce que la beauté du monde a été partagée qu’elle s’éternise. Cette certitude acquise perpétue l’amour. L’aimé vit partout, peut ressurgir, regarder en se taisant ou interpeller. D’où le recours à des bribes de dialogues — rêvés ou rappelés ?
« Ouvre, ma bien-aimée, le jour est en train de mourir,
je suis venu te caresser […] »

En déployant une incantation lancinante, parfois traversée par le cri (ou, plutôt, par le désir d’un cri qui jamais ne vient), entre le souffle vital qui la porte malgré tout et la fascination du silence, Sonia Elvireanu tente d’exorciser l’impossibilité de ce deuil.
Tout le texte est bercé par un ton élégiaque. Le choix de l’exergue est révélateur. Cette citation de Rilke est extraite de la Première élégie de Duino. L’élégie, composante du classicisme germanique, excelle à exprimer le sentiment humain. Elle s’avère souvent mélancolique, parfois plaintive :
l’absence et l’ombre font souffrir
Si le distique élégiaque n’est pas toujours de mise ici, les strophes demeurent brèves et le rythme des vers, s’il n’est pas à dessein régulier, révèle toujours cette fluidité nécessaire au genre. Aucune hystérie, pas d’excès, mais beaucoup de pudeur, d’humilité. C’est en usant de douceur que Sonia Elvireanu choisit non pas d’effacer la mémoire de l’aimé mais bien de la conserver dans le moindre repli de la vie, non pas d’oublier l’absent mais d’incruster littéralement ses traces, comme si elles demeuraient palpables, dans chaque élément d’un paysage.
Mais le choix de Rilke nous éclaire également sur la démarche de l’auteur. A l’instar du poète autrichien, Sonia Elvireanu tisse des liens entre l’espace invisible de l’intériorité humaine et l’espace visible de la réalité de l’univers. A de rares exceptions près, comme il a déjà été constaté, c’est à l’aune du présent que l’auteur considère ces perspectives. Comme si le temps et l’espace se doivent de constituer une seule et unique dimension, comme si l’intimité de l’être et la vastitude du monde ne peuvent à terme que fusionner.
les nuits et les jours ne meurent pas aux tréfonds,
le vif d’hier nourrit mes matins vides,
leur lumière murmure dans le sang du jour

Par ailleurs, on constate le recueil pétri de mysticisme, de religiosité même. Comme le démontre la lecture de plusieurs titres : Psaume / Le baptême de l’eau / La dernière confession / Entre les saints et les oliviers / Croix votive / Prière / La bénédiction de la mer, etc. Mais cette première impression s’avère incomplète tant la création poétique est empreinte de sensualité, d’amour de la vie, du désir d’accéder aux révélations terrestres. L’élan ne se brise pas au contact du monde fini ; il se fond en lui pour se gorger de son énergie. De nombreuses références à l’antiquité, mais aussi à la reine de Saba, figure solaire s’il en est, à un souvenir de voyage en Grèce viennent confirmer cette dimension païenne qui s’arrange fort bien du panthéisme évoqué plus haut.
Dès lors, invoquer un dieu apparaît presque réducteur. Le poète sait que l’aimé n’a jamais été le centre de l’univers ; il n’en est qu’un élément. Il en va ainsi de tout être humain, simple partie d’un tout. La création est traversée par une sève unique et organisatrice. Une énergie sans commencement ni fin, universelle. Son dynamisme se manifeste dans le mouvement perpétuel qui détermine les trajectoires des planètes dans l’infini du cosmos au même titre que les ellipses des électrons au sein de la matière finie de nos corps.
Je suis une ronce dans la plaine,
le vent me courbe, mais ne m’arrache pas,
le soleil m’étouffe, mais ne me brûle pas […]

Cette énergie « dédaigne de nous détruire » (Rilke). Jamais elle ne nous terrasse mais, au contraire, nous renforce, décuple l’amour, abolit la distance qui pouvait nous séparer de l’absent :
le ciel m’enlève, la lumière me caresse,
les feuilles me bercent,
me tissent un manteau pour que la froideur
de la pierre ne m’envahisse pas […]

L’espérance violente, les rêves éveillés, tant de souvenirs si vivants, toutes ces promesses d’aubes encore lointaines, pour le poète, sans cesse se perpétuent dans «le souffle du ciel ».

 

© 2020 Gérard Le Goff

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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 07:38
Une escorte de démons…


 

 

5 février

Les humains vacillants comptent sur une escorte.
Ils la trouvent parfois hélas chez les démons
Et, même consentants, parmi cette cohorte,
Invoquent le secours de religieux sermons.

6 février

Quand j’ai soif de secours, il se matérialise :
Un arbre me captive, où quelque oiseau fervent
M’offre sa farandole, ourle une vocalise
Dans l’étoffe de l’air ondulé sous le vent.

7 février

D’universelle ampleur, l’étoffe sans couture
S’ajuste à tous les lieux, aux formes du vivant.
C’est une aile battante, une fluide sculpture
Que ne troue aucun dard, derrière ni devant !

8 février

Un dard est un trait d’ombre, une flèche mortelle
A retourner de suite à son expéditeur.
Sans peur, avec adresse, ainsi l’on démantèle
Tout plan prémédité, tout assaut destructeur.

A suivre…    

© Luce Péclard
Extrait du recueil de Luce Péclard, « LE GUÉ DES JOURS » aux éditions du Madrier    
 
 


 

 

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16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 07:34
Photo « les amants de sel », de Denis Portay©


 

Au delta du fleuve,
Un envol de flamants roses
Et le sable à l’infini.
Vont et viennent les flots,
Se meuvent les eaux
Saillies par le feu solaire.
Mordue par les vents
La vague enfante ses pépites,
Fleurs serties du sel de la mer.
Elles se mêlent, s’emmêlent
S’assemblent pour mieux s’embrasser
Au cœur des camelles*.
Ainsi va l’existence,
Vont et viennent les nuées
De larmes salées
Percées d’éclaircies
Réunies en pétales de joie
Scellés d’amour
Saupoudrant l’Etre du sel de la vie.

 

©Nicole Portay
camelles* : pyramides de sel dans les marais salants du littoral méditerranéen

 
 

 

 


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15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 07:47
Ethiopie... Simien


 

                                                               à Miloud

 

Le silence, mon ami, lorsqu'on a rempli sa vie
n'est pas absence, tu le sais, toi l'Ethiopien !
C'est le grand désert avec ses dunes qui chantent
Le silence est fait de milliards de vies
pleines de légèreté, de déférence, de liberté,
de discrétion, de complicité, d'amitié rare
Le silence, c'est la douleur tue, la pudeur de l'univers

 

Le silence c'est parfois le grand 8 de la pensée
Il se compose de phrases tissées entre elles
par le hasard, ou par l'harmonie naturelle
ce sont des intentions, des constellations
proches ou lointaines, des évidences
le silence c'est du bouche à oreille
du cœur à cœur, du corps à corps
ou bien des ressentis discrets, tenus à distance
pour avoir la chance de se deviner, de s'effleurer
de s'apprivoiser, de s'imaginer ensemble

 

Le silence c'est aussi un monde parallèle ordonné
qui vous traverse la Place de la Concorde du cœur
avec un sentiment d'admiration et de fierté
car si l'on tend l'oreille en profondeur
on reconnaît des murmures de grandes voix et voies,
des pensées au garde-à-vous émergeant de l'enfance
des idées de justice venues du fin fond des anciens rêves
qui défilent et font leur ''minute de silence''
puis se recueillent en toute saison au jardin d'hiver

 

Le silence est peuplé de vies actives et reposées
s'y accordent les violons muets de la pensée
se resserre le bouquet des longueurs d'ondes positives
ne pas perdre le fil, le fil à plomb, le fil d'Ariane
ne pas rater la bonne étoile, les pressentiments
qui arrivent en courant depuis demain
afin de guérir l'aujourd'hui et l'hier, caresser les souvenirs
Le silence, c'est l'envers soyeux du bruit, c'est la voix de l'infini

 

Le silence, mon ami, quand on a le cœur plein des autres
est un monde de connivence qui nous inclut et nous porte
une immense plage du débarquement allié, émouvante
une marée de sourires, d'éclats de joie qui batifolent
souvent des chuchotements nocturnes secrets et sacrés  
parfois les pleurs d'un enfant que tu reconnais :
toi-même qui t'étais oublié dans ta barbe
et que ta mère sans bruit, prend dans ses bras
pour que tu aimes un jour, quand tu seras grand,
la nuit du silence, la nuit d'où tu viens, maternel écrin
celle qui n'a rien à se reprocher et qui nous attend...

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER      
 
 
 
 
 
 

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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 07:46
Détail de l’oeuvre « libre interprétation » reçue de Serge Lascar


 

 


Je connais un jardin étrange et solitaire
Déroulé aux confins de brumes éphémères.
Enlacée aux coteaux d’une colline nue
L’âme s’y désaltère à l’eau vive d’un ru.
Je connais un jardin étrange et solitaire
Palpitant dans le souffle d’amours adultères.
De chemins parcouru
D’étoiles revêtu
Il s’étend par-delà mes rêves outranciers
Jusqu’aux rives dorées de Méditerranée.
Je connais un jardin et bientôt je m’y perds.
C’est un jardin secret
Qui ne va pas plus loin que le bout de mon nez.

©Serge Lascar
 

 


 
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13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 05:21
Image du site quercy.net


Excellente relecture de la fable de Jean de la Fontaine par Ellen Fernex !

 

 

La cigale ayant chanté
tout l’été
se trouva fort dépourvue
quand la bise fut venue.
Elle alla crier famine
chez la fourmi sa voisine.
Mais sur le pas de la porte,
anxieuse, elle s’arrêta ;
malgré la bise très forte,
elle attendit, hésita.
La fourmi n’est pas prêteuse,
c’est là son moindre défaut.
Va-t-elle me traiter de gueuse,
prendre ma requête de haut ?
Vais-je frapper pour quémander
au risque de me faire renvoyer ?
Ou irai-je mourir dignement,
seule, dans la neige et le vent !
Pourtant, glacée et affamée, elle s’enhardit.
Elle frappa.
La porte s’ouvrit.
Ah, dit la fourmi,
c’est toi, cigale ma voisine.
Ne reste pas au froid.
Viens t’abriter sous mon toit.
La pluie s’est mise à tomber,
vite, entre te sécher.
Le vent souffle méchamment,
ferme la porte et viens dedans.
Mais la cigale étonnée restait là,
devant la porte, empruntée.
Vite, dit la fourmi, approche toi du feu
pour sécher tes pattes et tes ailes.
La cigale n’en croyait pas ses yeux,
n’en croyait pas ses oreilles.
La fourmi qu’on disait pas prêteuse
l’accueillait et paraissait heureuse
de la recevoir dans son logis.
près du feu la cigale s’assit,
regarda autour d’elle, se détendit,
se croyant en paradis.
La fourmille s’affairait,
assiette et tasse apportait,
bouillon remuait.
Voici pour toi, cigale ma voisine ;
mange, régale-toi et reprends bonne mine.
C’est une joie pour moi de t’accueillir,
de te soigner, de te servir ;
un devoir de te récompenser
pour le bonheur que tu m’as donné ;
car tout l’été tu as chanté ;
tu m’as aidée à travailler ;
les brindilles si lourdes à porter,
cette fourmilière à préparer.
Ce labeur si fastidieux,
c’est grâce à ton chant joyeux
que j’ai pu l’accomplir
tout l’été sans faiblir.
C’est ton chant dans les oliviers
qui m’apporta la gaité.
Maintenant, reste ici pour l’hiver ;
tu n’auras rien d’autre à faire
qu’à chanter pour nous distraire.
Le bonheur de vivre en frères,
notre travail et la musique de pair.

Toute vie serait triste
sans les oeuvres des artistes.


©Ellen Fernex  

Prix de la ville de Dijon    

 

 

 

 

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 08:18

 

 

 
 
 
Toi que le vent a déposée
Dans le dédale de mon verger
 
Fille indigo
Fruit de la vigne
Fille blanche
Fleur de cerisier
 
Es-tu la même
Ou l'opposée
De celle que je tiens captive
Dans le rituel de mes pensées 
 
© Leafar Izen
 

 
 
 
 

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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 07:40
Image science presse.qc.ca


 


 
La lettre A ouvre le bal.
Qu’évoque-t-elle pour vous ?
L’Amour certainement, mais aussi peut-être Alexandrin, ce vers de douze syllabes qui vient inventer une voix sur les mots.
 
B, c’est forcément la beauté avec Zéno BIANU, le berger des roses qui danse avec son alphabet.
 
C, pour acclamer le génie de Jean COCTEAU.
Ce magicien à qui l’on demandait un jour :
Jean, si votre maison brûlait, qu’emporteriez-vous de plus cher ?
                       et Jean Cocteau de répondre : J’emporterai le feu.
 
D, pour un rondeau avec Charles D’ORLEANS.
Il est le chant d’une source vive lorsque Le temps a laissé son manteau
                                                                        De vent, de froidure et de pluie
                                                                        Et s’est vêtu de broderie
                                                                        De soleil luisant, clair et beau

 
E, soyez le bienvenu Paul ELUARD
Avec son lyrisme naturel, il a chanté l’amour fou.
Sur ses chiffons d’azur, il a écrit LIBERTE :
                   Sur la mousse des nuages
                   Sur les sueurs de l’orage
                   Sur la pluie épaisse et fade
                   J’écris ton nom
                        LIBERTE

 
F, de pommier en cerisier court Paul FORT, ce conteur de ballades.
Il voyait la grenouille bleue, complice du beau temps. Amante du ciel pur, elle réfléchissait l’azur.
Avec ce poète, le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite. Il va filer.
 
G, dans un conciliabule d’hirondelles s’envole un poème ciselé de Théophile GAUTIER.
Qu’il fait bon près du basin des Tuileries déclamer sa Fantaisie d’hiver :
                          Les vases ont des fleurs de givre
                          Sous la charmille aux blancs réseaux ;
                          Et sur la neige on voit se suivre
                          Les pas étoilés des oiseaux.

 
H, c’est l’incontournable Victor HUGO.
Toutes les cordes résonnent dans son œuvre : les Feuilles d’Automne, les Chants du Crépuscule, les Voix Intérieures, les Châtiments, les Contemplations, la Légende des Siècles.
                     et puis, voici ses vers…
Les nuages, ces solitudes
Où passent en mille attitudes
Les groupes sonores du vent…

                    encore : demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne
                                                      Je partirai

                    et encore : J’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir !
 
I, c’est la voix infinie du poète, celui qui, d’un trait de plume, nous offre le chant du loriot et le parfum des fougères.
 
J, voici le vers libre de Francis JAMMES.
Avec son parapluie bleu, il part au bras de Clara d’Ellébeuse…
                     Viens, viens
                              Aimons-nous encore
Je n’aime qu’elle, et je sens sur mon cœur la lumière bleue de sa gorge blanche
.
 
La lettre K se pose sur la palette de Wassily KANDINSKY, peintre-poète.
Animée d’un souffle spirituel, chacune de ses couleurs met l’âme en vibration. Le bleu s’élève jusqu’à l’arc céleste des prophètes.
Avec son tableau IMPROVISATION N°19, Kandinsky nous ouvre la porte du jardin d’Eden.
 
L, arrive le fabuliste Jean de La Fontaine qui, avec sa virtuosité de prosateur-poète, nous invite à un ballet de cour.
Dansez sur l’Hymne à la volupté :
« Ô douce Volupté…
   Ne me dédaigne pas, viens-t’en loger chez moi,
   J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique,
  Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique
  Viens donc ; ô douce Volupté…

 
M, comme Alfred de Musset.
Il a su mettre de la poésie où Voltaire et Boileau n’ont su mettre que de l’esprit ou de la raison.
C’est le poète d’amour le plus vrai avec LA NUIT DE MAI :
Le poète :
Pourquoi mon cœur bat- il si vite ?
Qu’ai-je donc en moi qui s’agite
Qui vient ? Qui m’appelle ?

    La muse :
Poète, prend ton luth ; c’est moi, ton immortelle. Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu.
 
N, à la rencontre de NORGE.
Ce belge assoiffé de lumière a toujours la main tendue dans la joie ou l’ennui.
Il nous offre une chanson pour chaque moment de notre vie.
          RENGAINE
La pluie avait mille ans
Sur cette ville en plomb.
Mille ans, c’est long, c’est lent.
Il pleuvait tant et tant
Que sur les habitants
Pesait immensément
Un ciel bas de plafond.
Alors comment, comment
Sous le plomb, sous la pluie
Montait si follement
Leur âme resplendie ?

 
O,
 Ô Arbre, accueille-moi !
Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
 
P, avec le vers libre de Prévert.
Fantaisie surréaliste et humble réalité familière sont les deux creusets de la poésie de Jacques Prévert.
Ecoutons sa tendresse, sa spontanéité et sa verve avec
                 SABLES MOUVANTS
               Démons et merveilles
                  Vents et marées
        Au loin déjà la mer s’est retirée
                           Et toi
Comme une algue doucement caressée par le vent
       Dans les sables du lit tu remues en rêvant…

 
Q, en compagnie de Raymond QUENEAU, ami de PREVERT. Membre de l’Académie Goncourt, sa poésie burlesque lui vaut le succès, en 1959, avec Zazie dans le métro.
Pour- L’Instant fatal-, il écrit- Si tu t’imagines- qui sera chanté par Juliette Gréco :
Si tu t’imagines
Si tu t’imagines
fillette fillette
Si tu t’imagines
xa va xa va xa
va durer toujours
la saison des za
la saison des za
saison des amours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures…

 
R, avec une chanson de geste, première œuvre poétique
Un poète anonyme a composé, vers 1100, LA CHANSON DE ROLAND
 
Entendez-vous sonner les décasyllabes avec la mort de la belle Aude :
…L’empereur Charles est revenu d’Espagne.
Il vient à Aix, le meilleur lieu de France,
Monte au palais, arrive dans la salle.
Aude est venue, la belle demoiselle,
Qui dit au roi : « Où est Roland, le capitaine,
Qui me jura de me prendre pour femme ? »
Charles en a grande douleur et peine,
Pleure des yeux, tire sa barbe blanche :
« Sœur, chère amie, d’un mort tu me demandes.
Je t’en ferai un valeureux échange,
Ce sera Louis, meilleur n’en sais en France.
Il est mon fils, et il tiendra mes marches. »
Aude répond : « Un tel mot m’est étrange.
Ne plaise à Dieu, à ses saints, à ses anges,
Qu’après Roland je demeure vivante ! »
Elle perd ses couleurs, elle tombe aux pieds de Charles :
Tout soudain elle meurt.

 
 
S, partons avec le grand voyageur SAINT-JOHN PERSE.
Prix Nobel de littérature en 1960.
Laissons-nous emporter par VENTS :
C’étaient de très grands vents  sur toutes faces de ce monde,
De très grands vents en liesse par le monde, qui n’avaient d’aire ni de gîte,
Qui n’avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,
En l’an de paille sur leur erre… Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !

 
T, avec les strophes malicieuses et musicales de Paul-Jean TOULET. Promenons-nous sur un chemin crayeux de Provence avec ses trois châtes qui s’en vont d’un pas qui danse :
Une enseigne, au bord de la route,
              -Azur et jaune d’œuf-,
    Annonçait : Vin de Châteauneuf,
             Tonnelles, Casse-croûte.
    Et, tandis que les suit trois fois
              Leur ombre violette
    C’était trois châtes de Provence,
             Des oliviers poudreux,
    Et le mistral brûlant aux yeux
           Dans un azur immense.

 
U, c’est l’Union de la peinture et de la poésie.
  de Louis Aragon le poète et de Marc Chagall qui a peint le plafond de l’Opéra de Paris.
 
                   … Et l’Opéra s’emplit du chant pur des cigales
                       Vers cet azur d’abord ouvert à Debussy
                       Où l’enfant à l’enfant enseigne l’art égal
                       De l’être et du désir et sous ta main voici Chagall.
                                       Madrigal pour un plafond -Louis Aragon

 
V, remontant à la source jaillissante des vocables, voici Paul VERLAINE.
A l’âge de dix-huit ans, il compose le poème Chanson d’automne.
Reconnu par les symbolistes comme un artiste immense, il est élu prince des poètes en 1894, lors de la disparition de Leconte de Lisle.
Le déplacement de la césure, l’atténuation de la rime par les enjambements, l’emploi insolite de l’hendécasyllabe conduisent ce maître de l’harmonie du vers aux Fêtes galantes.
Verlaine sanglote d’extase quand la lune blanche luit dans les bois :
 
                      …   Ô bien-aimée
                            Rêvons, c’est l’heure
                            Un vaste et tendre
                            Apaisement
                            Semble descendre
                            Du firmament
                            Que l’astre irise…
                            C’est l’heure exquise.
                                                La Bonne Chanson, VI

 
 
L’alphabet allait se refermer quand WX,YZ sont arrivées deux par deux enlacées, fières de garder l’irréel intact.
 
Elles sont venues chanter la poésie, ce cœur nomade sans cesse disponible aux appels des oiseaux et du vent.
 

©Roland Souchon
www.rolandsouchon.com  

 

 

 


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10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 07:52

 

 

 

« Je suis d'un pays bleu de l'âme ». Ainsi se présente le poète Christian Boeswillwald, et ces mots sonnent comme le salut d'un passant sur la terre pour qui le pays natal a marqué l'enfance de son sceau indélébile. Aussitôt, quelques touches précises brossent ce ''pays bleu de l'âme''qui n'a que très peu de rapport avec ''les rêves bleus'' pleins de douceur d'une enfance heureuse ; on pense plutôt à l'expression ''bleus à l'âme'' lorsque l'on écoute la narration du poète :

''' Saison des pluies...faméliques soleils...quelques flammes...le noir des suies...en poésies de pain perdu qui ressemblaient à des prières...dans les nuits tristes de mémoire, j'arpente encor ce pays bleu en recherchant ma maigre enfance... ''

Voici le cadre et l'intérieur du cadre qui nous sont offerts d'emblée. On songe aux poètes du nord, des Flandres, aux poètes et peintres des Pays Bas, ces pays que le soleil ne fait qu'effleurer et qui nourrissent la tristesse : 

''Car je sais bien le dérisoire / De toute vie qui n'est qu'un jeu / Où tout finit dans le silence''

''L'âme rêve au printemps mais le regard s'enlise''

Alors se profile un vers qui situe le poète dans sa ligne de vie :

''Ce lent passé de neige que le temps a dissout''; mais il n'est pas question de s'appitoyer :

''Un brin de soleil blanc traverse le ciel noir

Le monde est si tranquille au souffle d'un dimanche

juste quelques moutons qui paissent sous les branches

Des sapins, et nous deux qui marchons vers le soir''

On croit au début percevoir l'atmosphère sombre et pathétique d'un tableau de jeunesse de Van Gogh aux Pays-Bas, puis celle d'un paysage pastoral réaliste de Jean François Millet, suivi de vues romantiques de Caspar David Friedrich, tout en pensant au rythme des mots du poète Emile Verhaeren sur la musique de Sybélius.

Prémonitoire ? Le poète envisage même la fin de l'homme pour un retour à la vraie nature :

''Il n'est plus rien de l'homme et la terre sent bon / La lune dans le ciel a la blancheur du marbre /

à la belle saison''.Toutefois, Christian Boeswillwald ne s'installe pas dans la complainte puisque :

''Rien n'épuise les ciels'' / N'est-ce pas l'essentiel pour laisser sa tristesse /dans le reflet des pluies sur le bord du ruisseau '' Car, ne l'oublions pas :

'' Nous sommes les enfants des étoiles lointaines / flottant parmi les vents des rêves et des nuits, / des semences venues de l'eau bleue des fontaines / juste pour un instant comme de simples fruits''

Merci pour ce long et si beau poème, monologue de l'âme, où survit toujours et ricoche ''une voyelle douce amie des poésies / des encres du hasard ...où très souvent un vers revêt l'élégance, la force d'élévation et la profondeur ''d'une cathédrale'', où les illustrations, magnifiques photos réalisées par l'auteur, '' viennent allumer par magie les vieux papiers épars''.

 

Jeanne CHAMPEL GRENIER
« Je suis d'un pays bleu de l'âme »
Christian BOESWILLWALD
Les Amis de Thalie
13, chemin de la Valade
87520- VEYRAC

 

 

 

 

 

 

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9 janvier 2021 6 09 /01 /janvier /2021 07:30
 
 
(à Louis, mon frère)
 
Il avait dit :
 
J'ai en moi toutes les plages rêvées
pour le plus grand repos
tout l'espace rêvé
pour le plus grand silence
et si peu de vie à terre
si peu de cohérence
et tant de mots à taire
tant de déshérence...
 
À mes pieds le désespoir avait belle allure
le soir traînait ses oiseaux de deuil
tombés des falaises du levant
en long voile de vent rasant...
L'espoir n'avait plus de seuil
plus jamais de dorénavant
quand il fallut ce matin-là
d'un tendre et courageux tambour
désapprendre la fidèle musique
qui marque le temps à rebours
 
J'entends toujours passer son ombre
si proche, serrant la lumière...
et lui, cherchant ses mots sans voix
le ciel des larmes dans les yeux
au creux des doigts une rivière...
 
Il avait dit :
 
Je suis un drôle d'oiseau
un fou de Bazan
qui affronte les océans
J'ai en moi toutes les plages rêvées
pour le plus grand repos...
tout l'espace rêvé
pour le plus grand silence...
et avec la vie
tant de connivence... 
 
© Jeanne CHAMPEL GRENIER      
 
 
 
 
 
 
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