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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 06:31
Le courrier

 

 
 
 
JE garde encor en moi les spasmes des tranchées       

N'ayant plus de ferveur pour ce chant de victoire…  
OUBLIERAI -je ce jour quand recrue, je marchais…  
 
JAMAIS je n'aurai cru vivre un tel purgatoire…
LES enfants s'amusaient près d'un vase où juchaient                      
LILAS mauves et blancs, coupés pour l'offertoire…
 
ET je revois aussi notre chambre à coucher, 

LES cheveux de ma mie, ses joues comme un ciboire,

ROSES comme les fleurs qu'elle aimait tant toucher…
 
NI lettre, ni nouvelle en ce temps très notoire :
CEUX qui en recevaient avaient peur de cacher

QUE la mort ne les prenne en proie expiatoire…
 
LE temps semblait figé quand nous partions chercher

PRINTEMPS, joies et bonheurs, sur les bords de la Loire
DANS laquelle je pris son cœur amouraché.
 
SES mains gardaient mon front sur le très dérisoire

PLIS de son corset bleu où j'aimais me nicher…

A des années de là, une page et l'Histoire

GARDE en moi ce passé…, mais vide est la psyché.
 
©Robert Bonnefoy
 
RB – D’après Aragon ‘’Les lilas et les roses’’  
 


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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 06:37
Portrait de Robert Desnos par N. Deroo

 

 

 
 
L’étrange oiseau dans la cage aux flammes
Je déclare que je suis le bûcheron de la forêt d’acier
que les martes et les loutres sont des jamais connues
l’étrange oiseau qui tord ses ailes et s’illumine
Un feu de Bengale inattendu a charmé ta parole
Quand je te quitte il rougit mes épaules et l’amour
Le quart d’heure vineux mieux vêtu qu’un décor lointain
étire ses bras débiles et fait craquer ses doigts d’albâtre
À la date voulue tout arrivera en transparence
plus fameux que la volière où les plumes se dispersent
Un arbre célèbre se dresse au-dessus du monde
avec des pendus en ses racines profondes vers la terre
c’est ce jour que je choisis
Un flamboyant poignard a tué l’étrange oiseau dans la cage de flamme
et la forêt d’acier vibre en sourdine illuminée par le feu des mortes giroflées
Dans le taillis je t’ai cachée dans le taillis qui se proclame roi des plaines.
 
Robert Desnos
Extrait du recueil « Les Ténèbres »
 
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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 06:44
Photos © Claude Luezior

 

 

 

 

et quand le soleil
donnera ses derniers reflets
en virile présence
 
et quand ses rayons exsangues
étreindront pour toujours
les flots qui trébuchent
 
et quand ces teintes engourdies
seront l'étrange sépulcre
affrontant sa nuit plénière

 
et quand la barque de Charon
ou toute amère consœur
pillera nos rétines ultimes
 
et quand ces ébauches de paradis
n'auront plus cours
à la bourse du cosmos
 
et quand les collines infinies
rendront leurs ardoises
en final sacrifice

 
 
peut-être nos yeux verront-ils
au-delà de nos convoitises
l'appel vigoureux de la vie ?

 
© Claude Luezior
 
 


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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 06:37
Illustration par Bertall de "La petite sirène" d'Andersen, 1876 (wikisource)
 
 
 
 
 
Ecoutez, le vent ne cesse de chanter cette histoire, une histoire de sirène et de sous-marin.
 
Il était une fois un jeune homme qui passait son temps à inventer des histoires abracadabrantesques. Un jour, il voulut se donner à fond dans une de ses aventures extravagantes dont on n’ose rêver tellement elles semblent inaccessibles…
 
Et chose des plus étonnantes, inattendues, impensables, farfelues, l’adolescent se mit à construire un petit sous-marin, toute en vitres transparentes. Par une belle matinée de printemps, des enfants qui jouaient sur la plage, remarquèrent au milieu des vagues, un drôle de bateau qui peu à peu s’enfonça dans les flots.
 
Que voulait-il ce mystérieux marin ? Il désirait tout simplement réaliser un rêve, tellement fou, tellement insensé qu’il n’en avait parlé à personne. Quel était donc ce rêve étrange ? Eh bien, il souhaitait écouter le chant d’une sirène, s’absorber dans ce chant, vivre par ce chant toute une éternité.
 
Ce marin en herbe naviguait tranquillement en eaux profondes, dans une lueur bleuâtre, parmi des poissons de toutes les couleurs, des plantes étranges et fascinantes. Il voguait dans un monde féerique où régnait un silence de cristal. Soudain, il l’entendit enfin, ce chant rêvé, cette mélodie harmonieuse, enchanteresse, cette voix encore plus belle que la plus belle des voix humaines. Il but comme un précieux nectar toutes ces notes de musique. Il s’en imprégna, il s’en enveloppa. C’était un régal, une jubilation de tous ses sens. En même temps, il ressentait dans tout son être une douceur quasiment magique. C’est dans cet état d’euphorie qu’il l’aperçut, la sirène, sublime vision qui paracheva l’enchantement. Attirée par ce curieux bateau qui ressemblait à un gros poisson blanc, elle se rapprocha, peu à peu. Alors, il se virent mieux, ils se regardèrent, il se découvrirent, ils s’émerveillèrent. Il la trouva belle : sa peau avait la fraîcheur et la délicatesse d’un pétale de rose, dans ses yeux fleurissaient des bleuets et ses longs cheveux d’ébène portaient une couronne d’anémones.
 
Elle le trouva beau avec ses cheveux blonds, lumineux comme un soleil et sa drôle d’écharpe verte autour du cou.
 
D’un bond, la sirène vint tout près de la paroi de verre, elle étendit ses mains contre les mains du jeune homme, mit sa joue contre sa joue, ses lèvres contre ses lèvres. Mais comment s’aimer d’avantage ? Un mur transparent, infranchissable, les séparait. Mais un mur qui pouvait se briser…
 
D’un côté, la vie, de l’autre, la mort. Le marin n’hésita pas. une seule étreinte, mais pour l’éternité… 
 
©Michèle Freud




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6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 06:36
Seule
 
 
 
 
 
Tu as fermé ton cœur à double tour
Les migrateurs sont partis vers le sud,
Tu as jeté la clé
Tu as fermé ton cœur
Pour l’ouvrir à une autre.
Elle y  a fait son nid.
Ici il fait froid
En ce début d’automne,
Les mots d’amour se sont tus
Et tremblent les forêts.
Là-bas le soleil envahit ta maison
Chantent les tourterelles
Tu n’auras plus jamais froid.
 
©Denise Bernhardt

Extrait du recueil de Denise Bernhardt, « Le chant des Nébuleuses », aux éditions JEBCA, collection l’Immortel.




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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 06:41
De la fiction à la réalité
 
 
 
 
La machine écrasant le temps
S'est mise en route désormais :
L'intelligence artificielle
Aux pas de métal insensible
Nous annonce le transhumain.

Alerte aux démons invoqués !
Halte aux mécaniques du diable !
Protégeons notre éternité
Qui élargit l'instant présent
Au ciel infini de notre âme !


©Luce Péclard
Juillet 2017



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Published by jdor - dans Luce Péclard
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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 06:35
Le retour à la raison, Man Ray
 
 
 
 
Une phrase sur la pulpe du silence, mes
veines s’affolent
fables de la présence
fragments de l’essentiel.
 
Mots en effraction sur chemin de traverse
mon souffle s’anime
sève vitale.
 
Vous êtes syllabes, je suis virgule blottie
dans les cils du désir
jouissance buissonnière.
 
©Nicole Hardouin.
In FONTAINES CARNIVORES
Éditions L.G.R. Paris.




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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 06:32
William Blake, Le Corps d’Abel trouvé par Adam et Eve, vers 1826, Londres, Tate Gallery

 

 
 
 
 
En ces jours qui s’échappent
et meurent à la flamme des lampes
je me sens peu à peu devenir
la première fois de ce monde
où tout semblait possible
mais la parole retentit
brisant le reflet
d’une matière trouble…
 
L’harmonie blessée
a perdu ses couleurs
et les hommes ont saisi
les mains de la violence…
 
L’illusion devient vérité
le mensonge trône
à la place du cœur…
 
L’univers n’est plus
qu'un peu de sable noir !...

© Victor Varjac
Antibes, le 6 novembre 1999

Extrait du recueil « l’Homme Imaginaire » aux éditions MELIS




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2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 06:33
Carlo Marochetti : Tombe de la Princesse Elizabeth

 

 

 

 
Calme et sereine comme une icône fragile, paupières closent
Lèvres scellées sans un souffle, saintement elle repose.
 
Viel ivoire ciselé, elle a la pâleur tranquille d’un gisant.
Et la rivière, ce précieux lamé, cette mortelle parure
Dépose à son cou un  ruban chatoyant rehaussé de verdure.
Là, sous l’éclat de la lune, la lame d’argent perce son sein nimbé de blanc.
 
Elle s’étiole et se fane troublée par la caresse lunaire
Qui lentement lui tisse un vaporeux voile funéraire.
 
Abandonnée aux tourbillons rapaces qui frôlent ta hanche enfantine
Petite te voilà prisonnière, la hart au col de ce lacet de glace,
De ce nœud fluide coulant, de cette froide étole qui t’enlace
Voici qu’au plus près de ton corps coule roule et lascive s’enroule l’onde serpentine.
 
Sous le lourd catafalque de son riche vêtement couronné du lin de sa chevelure éparse
Evitant les berges fuyantes aux roselières griffues, majestueuse elle passe.
 
Dans les plis et replis de ta jupe voile sombre déployée en corolle froissée
Remous et tourbillons s’agitent, se pressent le long de tes cuisses
Et dans leur hâte déchirent meurtrissent cette chaire, cette peau, ce frêle lys
Mais voilà que l’Eau vive envieuse avec force, avec audace, te vole au courant dévoyé.
 
Alors, parmi les algues baignées et bercées toute entière à son plaisir, elle te couche 
Là parmi les lueurs vertes de l’absolu silence du royaume oublié, elle te touche.
 
©Béatrice Pailler



 
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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 06:35
Carnaval de Sesimbra

 

 
 
 
Que la vie chante et danse au rythme des Sambas !
Le temps s’est arrêté mais son cœur continue
De battre la chamade à chaque coin de rue
Et l’été fait rougir les toits des haciendas !
 
Cette fureur qui luit dans tes yeux, ô Bahia,
Est l’amour incarné vivant sans retenue
Nos rêves les plus fous mais aussi sans issue
Quand la joie d’enseigner devient apostolat.
 
Mille épées d’or s’en vont, sous ton soleil brûlant,
S’occuper de nos corps si sensuellement
Que le jour qui s’annonce aura goût de framboise !
 
Ô Bahia, c’est le rêve, il faut boire à la vie,
Se soûler de musique et bénir la folie !
La raison a sombré dans tes eaux bleu turquoise.
 
©Michel DUPREZ
 
 
(Ce sonnet est le premier texte interprété en voix off à l’occasion de « Brasil, souffle d’espoir », spectacle poétique présenté en 2005 au Festival de la Rochelle par « L’Envers des Rimes », présidé par Pierre Brandao, et où s’associent également le mouvement, la musique et la danse).

 


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Published by jdor - dans Michel Duprez
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