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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 07:56
La passion de Jujube. – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Comme le papillon est attiré irrésistiblement par la flamme d’une bougie, Jujube est sous le charme de l’humble fleur des champs, la sauvage, la résistante. Bien sûr, il sait la beauté d’une plante cultivée, il comprend la passion de son ami pour les agapanthes, tubéreuses ressemblant au bouquet du feu d’artifice qui éclate dans le ciel en milliers d’étoiles.
 
Jujube, lui, est heureux avec son bout de terrain où poussent, pèle-mêle, selon la saison, églantines, sarriettes, thym, coquelicots, marguerites, glaïeuls, scabieuses, chèvrefeuilles, folles avoines. Et tous ces noms de fleurs, il aime les prononcer à haute voix pour les faire chanter, virevolter, sous le souffle musical de ses lèvres.
 
Cette mini-jungle, c’est son île aux trésors, sa caverne d’Ali Baba. À quatre pattes, comme un animal, dans ce fouillis végétal, Jujube observe la vie, une vie grouillante et prometteuse. Il jubile, il se sent riche et des ondes de bonheur, des frissons d’extase parcourent tout son être.
 
Jujube rêve de mourir au milieu de toute cette vie exubérante, dans cette nature sauvage. Les molécules de son corps se mêleront à celles des fleurs et des insectes. Ce sera plus qu’une mort : des noces avec la terre…
 
©Michèle Freud
 



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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 07:45
Banlieues – Denise Bernhardt
 
 
 
 
Dans la fourmilière du petit jour
Tu chemines vers moi
Avec un brouhaha de planètes
Dans le cœur,
Et du bonheur à l’affût
Dans toutes les rivières de ton corps.
Tes mains parmi des milliers
Recèlent des caresses d’écume
A répandre sur mes rivages.
Toi, mon visiteur de l’aube
Venant déposer des soleils
Au couchant de ma vie.
Toi, qui viens me donner
Le berceau de ton amour
Dans celui de tes bras,
Où se blottit mon âme
Encor ivre de ses errances.

© Denise Bernhardt

Extrait du recueil de Denise Bernhardt, « La mangrove du désir », aux éditions Le chasseur abstrait.




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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 07:42
PETITE CONVERSATION – Luce Péclard
 
 
 
 
- Ah ! Que le monde est beau !
 
- Non, c’est une illusion !
Il n’est que monologues
Et trompeuses nouvelles.
 
- Comprends-tu que le vrai dialogue
Se noue entre monts et rivières,
Là où l’eau déchiffre les pierres
En épelant leur sens caché ?
 
- Est-ce là le discours qui compte ?
 
- Le seul qui dure au fil des siècles,
Avec son murmure inlassable,
A la fois message et reflet
Sous le ciel infiniment grave.
 
- Il me faut donc écouter mieux
Et transformer mon attention ?
 
- C’est une urgence, en vérité,
De se fondre au creuset des sources
Et de ruisseler vers la mer
Dans l’abandon le plus complet…
Tu verras, le monde est si beau !  
 
© Luce Péclard

Extrait du recueil de Luce Péclard, « Pars si tu peux » aux éditions du Madrier

 


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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 07:57
TROU-TROU - Nancy Turnier-Férère
Paul Delvaux
 
 
 
Quand je te voyais
je me sentais toujours
à l’apogée de mes rêves
 
Être ton joujou
était l’un d’eux
 
Aussi je rêvais
que tu étais le ruban
du trou-trou
de mon jupon
le grand secret
sous ma jupe
que je soulevais
pour t’admirer
 
Ceci causait
un tohu-bohu exquis
de mon être
assise
couchée
ou debout
 
Ce fut l’essor
de mon imagination
et la parité de nos âmes
qui repoussaient
ce silence sombre
qui régnait enfin
sous ma jupe
 
Fais
ton apparition notable
Je ne veux plus
que tu sois cloîtré
ou invincible
 
Soyeusement tu seras
le ruban du trou-trou
de mon corps assoiffé
 
Debout devant la glace
je t’admirerai en silence
vaincu affectueusement
 
©Nancy Turnier-Férère
 

 

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 08:08
Pourquoi – Victor Varjac
Pierre Puvis de Chavanne, Le rêve
 
 
 
Pourquoi avons-nous la nostalgie
de notre ombre
sur le chemin des rêves
où nos empreintes
encore fraîches
esquissent une ligne pure
comme l’œuvre d’un songe
obéissant à des lois
invisibles et secrètes ?

© Victor Varjac
Antibes, 1996


Extrait de « LE CHEMIN DES RÊVES » aux éditions Chemins de Plume




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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 07:41
Au loin une Voile – Béatrice Pailler
 
 
 
 
Sous le poids du jour, lassé des longues courses maritimes et des folles aventures, le vent nonchalant, au pont du navire s’attarde et mollement s’affale dans la voilure. Cliquetis et craquements dans la mâture, voici, le chant de nuit du voilier où la vigie s’ensommeille. Une houle discrète babille son doux ramage où clapotis et chuchotements ronronnent aux flancs du vieux gréement. Et sur l’onde vermeille, tiédie de soleil, c’est une invite au repos, là, dans la rumeur secrète des vagues océanes, dans la sérénité du soir et des flots apaisés.
 
Et le navire devient nacelle où l’homme harassé, larguant les amarres du réel, s’endort bercé. Sur les visages, enfantins ou vieillis, du mousse encore gamin, du marin aguerri, passe l’ombre du rêve aimé. L’enfant verra sa mère inconnue lui sourire les bras tendus. Elle a les joues, rouges et rondes, lustrées comme les pommes aux étals dérobées, en cachette dévorées. Il aimerait les embrasser comme il les a croquées. Et le jus acidulé, à peine sucré de cette pomme à nulle autre pareille, soulage sa soif du lait nourricier.
 
L’homme verra sa compagne, amante et mère, son corps fertile qui enfante au rythme des saisons. Il imagine l’enfançon, il est né et a grandi loin de son père ; après tant de filles, il veut un garçon. Une campagne, c’est deux ans, une maigre solde, le danger à chaque instant et dans son regard à elle, il a vu la supplique muette. Rester, non ! Mais que sait-il, lui, de sa vie, de son corps qui s’épuise avec sa jeunesse qui s’enfuit, de sa solitude inquiète ?
 
Pour tous, voici venue l’heure du silence où l’âme se tait où dans les profondeurs du sommeil s’entrouvrent les portes de l’oubli. Alors, comme une offrande faite à la nuit, rêves et regrets s’effacent dans la souveraine lenteur de l’onde assagie.
 
©Béatrice Pailler
2ème Prix de Prose Poétique 2015
Concours international des Ateliers D’arts Servon-sur-Vilaine

 


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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 07:57
IMMORTELS – Michel Duprez
 
 
 
 
Comment nous serait-il possible d'oublier ?
Quand nous nous sentions pousser des feuilles
comme un enfant ses premières dents
et qu'il nous arrivait d'assister,
sans jamais vraiment pouvoir intervenir,
à d'interminables jeux de forêt
après avoir longuement pris racine
et presque été supplié quelquefois d'offrir un peu d'ombre
à l'une ou l'autre âme solitaire
accroupie dans l'herbe en pensant y cueillir
la fleur d'un rêve.
 
On avait beau nous dépouiller,
taillader nos pourpoints plus tendres que ces lames,
scribes improvisés de l'amour,
tatoueurs-nés aux cœurs loin de ressembler
à ceux dont ils se servaient
pour signer leurs forfaits.
 
Le ciel avait beau nous foudroyer du regard
lorsqu'il se mettait en colère,
la scie produisant un bruit d'enfer
nous démembrer jusqu'au torse
ou l'extrême froideur de l'arrière-saison
barbouiller nos mains vertes de taches de rousseur,
rien n'aurait pu nous empêcher de renaître
un grand jour de printemps
et de recommencer à porter fruits.  
 
©Michel Duprez

 


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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 07:37
Un atome dans l’univers – Djida Cherfi
 
 
 
 
Une petite goutte au fond d’un verre,      
Fragile de transparence et de matière.
Substance vaporeuse au gout amer,
Prête à s’envoler dans les airs.
Petite goutte dans un grand verre,
C’est mon âme dans le mystère.
Goutte qui s’efface dans le vent,
Légèreté inquiétante de coton.
Se résigne Mon moi profond,
Et s’en va par déception.
Petite goutte s’envole ou s’enterre
Dans l’oubli de l’atmosphère.
Elle peut s’alourdir,
Elle peut se laisser mourir.
Devenir rouge de colère,
Et faire naitre un cœur de pierre.
Cet atome dans l’univers 
Qui ne veut plus toucher terre.
Parce que là on le bouscule
Comme un enfant dans la foule.
Petite poussière s’éloigne du monde,
Rouge goutte n’est plus elle-même.
Elle s’enfonce dans une vérité profonde,
Ou les idées ne sont plus les mêmes.
Je ne veux plus toucher terre,
Je suis un atome dans l’univers.
 
©Djida Cherfi
06/12/2015



 
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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 07:46
Nous nous ferons les mendiants – Michel Bénard
Marc Chagall
 
 
 
Nous nous ferons mendiants d’amour,
Nous protégerons sous nos manteaux d’étoiles
Les liens secrets de notre intimité.
Nous apprendrons à laisser  nos corps chanter,
De cœurs et d’âmes nous irons
Ciseler des signes de beauté
Sur le livre de nos destinées. 
Pareils à des artisans nous œuvrerons
Afin que notre communion devienne
La permanence de nos états de grâce.
Et nous nous promettrons de saupoudrer
Les pigments de nos rêves
Sur les parcelles fragiles de nos vies,
Pour déposer sur nos mots d’amour
Les chatoyantes couleurs d’un miracle.
 
©Michel Bénard.



 
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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 07:45
Une Rose – Ode
Photo J.Dornac©
 
 
 

Je t’offre une rose
Je la dépose sur tes terres
Celles de ton enfance volée
~*~
Jamais plus on ne t’enlèvera tes étés
Les oiseaux et les fleurs
Les grands espaces et la mer
Les sommets des montagnes

Jamais plus on ne t’enlèvera l’amour
Les étoiles ne s’éteindront plus
Le puits ne s’asséchera plus, jamais

Tu as pris le poème
Comme espace de jeu
Et tu as refait ton enfance
En te forgeant des souvenirs

Au poème, tu as tissé tes rêves
Tes jours, tes amours
Tes voyages
Tes sables de feu
Ta vie de l’ombre

Comme brûlure de sel
Le poème t'a donné
Le goût du cinname

Par le poème
Tu as créé des mers d’oiseaux
De fleurs et une folle enfance
Tu as repris la sente des vacances
Et de la lumière

Tu as risqué le poids de la vérité
Vaincu la peur
Sur l’île captive d’un radeau de rêves
Et de dures réalités
Le poème s’est alors enfuit

Sous l'aile de l'oiseau blessé
Le poème est revenu
Dans un fracas déchirant ton ciel
Aux odeurs de chrysanthèmes

Ainsi, je t’offre une rose d'éternité
~*~
Mon poème se hisse à la hauteur de la rose déposée sur les terres de ton enfance
Sur tes terres immortelles
 
©Ode



 
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