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7 janvier 2023 6 07 /01 /janvier /2023 07:51

Photo reçue de Serge Lascar

 


Les nuages s’étiolent en un lit de filasse.
Assommé par l’ennui, d’humeur vagabonde
Le gamin encombré de sa maigre carcasse
Adresse à son reflet, à l’autre dans la glace, un soupir de guerre lasse.
Indolent il rêvasse, en poche une fronde.
L’arme de bois et de métal est aussi froide qu’un coutelas.
Enveloppée dans un mouchoir
Il l’avait dérobée à un vieux quincaillier, blouse grise, lunettes noires
Recélée sous le drap, oreiller, matelas.
L’ivresse le saisit d’une fugue prodigue, farouche, exutoire.
Quelques instants volés au temps, une poignée de seconde
Il se met en campagne, prêt à vaincre le monde.

 

Une pierre ronde sur le chemin
Pour accomplir son destin.
À bout portant la faire jaillir
Pour atteindre l’oiseau, seulement l’estourbir.
Blessé en vol suivre sa chute, le recueillir.
Picorera gourmand, dans le creux de sa main
Des moucherons bien secs
Des miettes de pain
Pincés à coups de bec.
Il viendra se nicher au creux de son épaule
Piaillera à tue-tête dans la cour de l’école.

 

Émergée du néant, une ombre l’a suivi.
C’est un barbon sans âge, un spectre, un esprit.
Les rides sur son front écrivent une vie qui touche au crépuscule.
Joues creuses embarbées d’un lichen griffu, bouffées par la mérule
Yeux vitreux égarés, retenus au visage par les sacs avachis qui pendent à ses paupières
Le vieux semble échappé tout droit d’un cimetière.
Appelé par l’intrus, l’enfant presse le pas.
Cette voix d’outre-tombe, il ne la connait pas.

 

Soudain, par mille éclats, une nuée sauvage éclabousse le ciel.
Comme autant d’artifices surgis en un mirage
Les plumets écarlates irisent le paysage
D’un bouquet flamboyant, déluge d’étincelles.
Volubile, l’ancêtre raconte le voyage des loriots de passage
Les pays qu’ils traversent, les monts, les océans
La pluie, le froid, la soif, bientôt l’épuisement
Les graines mendiées, colportées par le vent
Les chants au petit jour
Pour se dire bonjour, pour se faire la cour.
Ils implorent le ciel, y reposent les ailes
De la longue traversée qu’ils ont effectuée depuis leur archipel
Puis s’égaillent vers le nord, pour échapper aux guerres
Famines assassines, sècheresse des terres
Fleuves de sang et de viscères.
Nomades ou fugitifs, ils rêvent d’un rivage où se partagent en paix
L’école pour les enfants, le boire et le manger.
Nombreux se sont perdus en Méditerranée.

 

Glissant une main penaude dans le pli du blouson
L’enfant tient camouflée la fronde dont l’empreinte trahit son intention.
De ses doigts il triture, écorche le cordon.
À coups de griffes, sans rien en dire
Plante ses ongles, le déchire.
Et l’ancêtre s’éloigne, rejoint les créatures qui comblent sa passion.

 

Depuis, quand dans la nuit
Un astre rougegorge palpite tel un fruit
Le cœur tourneboulé au souvenir de l’homme
Me reviennent en écho les mots de ce fantôme.
L’enfant soudain grandi le salue d’un merci.

 


©Serge Lascar  

Nouveaux Cahiers de Poésie                
 
 
 

 

 

 

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6 janvier 2023 5 06 /01 /janvier /2023 07:48

 

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5 janvier 2023 4 05 /01 /janvier /2023 07:40

    Photo Alix Lerman Enriquez

 

Après la neige lumineuse,
Voici la bruine qui mouille
les branches nues des arbres.

Après la blancheur étoilée
des nuages de décembre,
voici les plaines roses et sombres
de ce début d’année.

Après les guirlandes d'or,
les façades festonnées,
les brillantes festivités,
voici la longue marche aride
vers la nudité de janvier.

©Alix Lerman Enriquez                       
 
 
 

 

 

 

 

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4 janvier 2023 3 04 /01 /janvier /2023 07:38

 

Une pomme encore verte
dort sous un pommier
elle en avait assez de sécher 
au soleil trop chaud de juillet
Intrépide, elle a sauté
pour découvrir le monde d’en dessous
Une fois dans le pré, elle a ouvert un gîte
elle en rêvait
Une mouche est venue visiter
elle a laissé en souvenir
un petit ver entreprenant
qui a ouvert grand porte et volets
Et pour se requinquer
il a tout mangé
ne laissant que trognon et pépins
 

Ce n’est pas plus tragique destin
que de finir sous la dent
d’un homme trop pressé.
 

 ©  Bernard Delpech
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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3 janvier 2023 2 03 /01 /janvier /2023 06:53

Photo - MARK GARLICK

 


Cette heure-là nous transperce de sa flèche
Le son s’écoule rouge à l’horizon
Pendant que se déroule le tapis du temps
File le trajet et tracé s’affiche autant
L’heure est là et porte l’odeur d’ailleurs
Hésitant à chaque seconde du monde
S’essouffle alors, petit à petit, la venue du futur
Et la flèche aiguisée du vent
T’attend

©Gérard Leyzieux                                      
Extrait du recueil :  « Extrait de « Et l’attente attend » aux éditions Stellamaris        
 
 

 

 

 


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2 janvier 2023 1 02 /01 /janvier /2023 07:26


 

 

Il git dès l'instant où la déflagration
a tout défiguré autour de lui et un jour
il retrouvera l'arrondi de la pierre qui le portait
et les jambes de son prof explosé à sa place
( de quoi faire une soupe « soupire un militant »)

C'est une léchouille de chèvre qui l'a sorti
de sa mort : deux poins bruns, ses yeux pourront
témoigner de l'entrain des gens à dégoupiller,
de la couleur d'une armée étrange de soigneurs,
de la sensation pliée de son corps mis en touche

Il sait qu'il y a de grands joueurs sans moralité
toujours là, ces damnés souvenirs, il aimait son
précepteur, qui prit des chevaux blancs dans la tête
et devint comme une toile tachiste. Échiquier des vies.
Aucun lieu où poser son doigt sur la mappemonde

percée, encore en alevinage, alors une étoile, se dit-il
une étoile de trop dans l'éther dérange les mines
et cette terre doit être la sienne..construire ailleurs
profiter d'un vaste trou d'obus, marcher sur des os.
Ni construire ni ensevelir ce qui s'est caché tout seul.

Retrouver des déclinaisons, des ablatifs cochés en bleu
sur la cendre des arbrisseaux opinant de la tête.
mais qui ne le concernent plus : il est gardien d'un cimetière
sans solde, ni horaires, et dans la nuit ouvrée joue
entre deux dents avec ses dernières allumettes.

©Pierre MIRONER
 
       

 

 

 

 

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1 janvier 2023 7 01 /01 /janvier /2023 09:10

photo Patrick Poendl / Shutterstock.com

 

Version française

 

J’ai traversé un désert
pour trouver l’oasis que tu étais,
née de la chaleur torride et du gel,

bédouin entre des sables brûlants,

je t’ai retrouvé dans la verdure,
près du lac, séduit par le mirage,
le tien ou celui de l’eau,

penché sur l’azur brillant
du fond ou du Haut,

fata morgana tu étais
et seuil d’initiation.


                        le 21 décembre 2022

 

 


Oaza din deșert
 

Version roumaine

 

Am străbătut un deșert
să aflu oaza care erai,
crescută din arșiță și îngheț,

beduin între nisipuri fierbinți,

te-am  regăsit între verdeață,
lângă lac, furat de miraj,
al tău ori al apei,

aplecat peste azurul strălucitor
din adânc ori din Înalt,

fata morgana între lumi erai
și prag de inițiere.

 

21 decembrie 2022

 ©Sonia Elvireanu                                 
 
 

 

 

 

 

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31 décembre 2022 6 31 /12 /décembre /2022 07:45

Un jour, ce fut le présent…
 

                            

 

                                                                                               à Jean Dornac


Le présent dont je vous parle
est loin d’être un cadeau.
Sa présence est tellement fugace,
à peine un instant qui passe
à la vitesse de l’éclair
et que seul le futur peut témoigner
qu’il a réellement eut lieu.
Le présent dont je vous parle,
en ce moment même,
a déjà disparu,
pulvérisé tambour battant.
On serait à juste titre en droit de présumer
qu’il s’est évaporé dans la nature
en glissant la clef sous le paillasson,
effaçant par un ingénieux tour de passe-passe
la moindre trace de son passage.
Le présent dont je vous parle,
après le délai qu’on lui a accordé,
quel que soit le contexte
auquel il sera fait référence,
aura toujours pour principal défaut
de briller par son absence.
 

©Michel Duprez                                    
 
 
 
 
 
 
 
 

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30 décembre 2022 5 30 /12 /décembre /2022 07:53

Dessin de Gérard Beaulieu


Blanche apparition,
Gracile silhouette,
Votre âme se profile en filigrane
Aux portes de l’imaginaire,
Là, où naissent les rêves.
Belle comme une espérance
Miroitant sur l’eau claire
D’une oasis ombragée,
Belle comme la musique
De votre corps dévoilé,
Qui se fait symphonie.

 

©Michel Bénard.                          
 
 
 
 

 

 

 

 

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29 décembre 2022 4 29 /12 /décembre /2022 07:35

Le féminin sacré

 

Tu te réveilles un matin
tu prends ta plume et du papier
à ta table tu t’assieds
les mots apparaissent
sur la feuille blanche
s’alignent comme par magie
plein de sens, de sensualité
d’érotisme, rempli de tes fantasmes
Tu écris si bien ami
À ton destin tu ne peux échapper
Magna Dea te surveille
te protège, t’éclaire
Elle est là ne l’oublie pas
laisse glisser ta plume
laisse couler les mots
que la Grande Déesse t’inspire
abandonne-toi pour qu’un jour
je puisse de nouveau te lire
 
~*~
 
Ti risvegli al mattino
prendi carta e penna
al tavolo ti siedi
le parole appaiono
sul foglio bianco
si allineano come per magia
pieno di senso, di sensualità
di erotismo, ricolmo delle tue illusioni
Scrivi così bene amico mio
Al tuo destino non puoi sfuggire
Magna Dea ti sorveglia
ti protegge, ti illumina
Lei è qui non dimenticarlo
lascia scivolare la tua penna
lascia scorrere le parole
che la Grande Dea ti ispiri
abbandonati affinché un giorno
io possa nuovamente leggerti

 

Ode©
Extrait du recueil de ODE : Médaillons Poétiques, français et italien – Traduction de Mario Selvaggio  
 

 

 
 

 

 

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