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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 06:26
Photo de Béatrice Gaudy – Arbuste du Champ de Mars

 

 

 

 

La mort est dans la rue

le printemps aux fenêtres

Pendant que la maladie court les villes

des arbres fleurissent

Lorsque les fleurs seront devenues pommes

                  le temps joyeux

      des réunions de famille et d’amis

                   sera de retour

 

      * * *

 

Lo mort ei din lo charrièro

lou printèmes à la fenèitra

Pendènt que lo malàudio cour la vila

daû aubrei flurissen

Quouro la flour siran devenguda pouma

                  lou tèms jouious

         de la reünioun de famiho e d’ami

                       siro tourna

 

      * * *

 

La morte è per strada

la primavera alle finestre

Mentre la mallattia gira le città

degli alberi fioriscono

Quando i fiori saranno diventati mele

                  il tempo gioioso

         delle riunioni di famiglia e di amici

                      sarà tornato

 

©Béatrice GAUDY

 

Les traductions sont l’œuvre de Béatrice Gaudy  

 

 

 

 

 

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 06:45
Collage de Michel Bénard©

 

 

 

 

avant que ne s’ébruitent

les fureurs de la ville

je t’écrirai ces mots

de mes lèvres humides

comme pour effacer le voile

qu’un désir encore humecte

 

en ce matin sans fard

où se défroisseront les étoffes

je dénouerai mes syllabes

au nom de nos transparences

et de nos doigts en jachère

 

je t’écrirai avec ma sanguine

parce que des écailles vernissées

ont permis à nos sèves

de glisser sans laisser trace

 

nos losanges taillés

ne se sont emboîtés

que l’instant d’un sourire

 

aux parfums d’impatience

respiraient les aiguilles

de boussoles incertaines

 

vague et divague

encore

une poignée d’aurores

 

je t’écrirai l’inachevé

au seuil d’une page

 

que l’absence épuise 

 

©Claude Luezior

 

 in : Jusqu'à la cendre, Ed. Librairie-Galerie Racine, Paris, 2018

https://editions-lgr.fr/claude-luezior/  

 

 

 

 

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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 06:43
Photo d’archives PN

 

 

 

 

Il semble que le ciel tout à coup va s'éteindre

que l'eau dans les rivières s'en retourne à la source

que la vie diminue, que la sève s'assèche

Il semble qu'en amour on étreigne des ombres

La lueur du matin ne laisse aucun espoir

mais un éclat d'acier, avec des remous sombres

qui vous crèvent le cœur tout en broyant du noir

Il semble que la vie s'éloigne et refroidisse

et qu'un matin noyé on trouve entre ses bras

la cage pulmonaire sans oiseau de lumière

 

On est seul, suspendu au souffle de l'Ailleurs

On a le souffle court, où sont donc les prières ?

On croise fort les mains avec dans ses doigts nus

la pensée noyée d'encre et la voix éperdue

car la vie s'en retourne par les sentiers de guerre

Où est ce port lointain reposé de prières

que l'on trouvait en soi à chaque coin de rue ?

Où est donc la maison où le grillon espère

ce fronton qui s'éclaire tel une friandise

cet âtre d'autrefois qui toujours fleurdelise ?

 

Il semble que le ciel va tout à coup s'éteindre

Impossible de dire si vous êtes en ce monde

plus personne n'entend votre voix qui murmure :

''Je sens partir ma vie... Appelez mon mari...''

Il semble qu'on chuchote un ou deux mots bénis

une voix qui soupire : ''Arrêtez, c'est fini ! »

et vous, vous entendez «  Faites entrer l'Infini ! »

 

Il semble que le ciel tout à coup va s'éteindre

Pourtant en haut des murs un rayon le défie

l'arc-en-ciel sort du gris, tous les enfants l'ont vu

avec dans le regard l'azur qui leur sourit...

 

Il faudra cette fois s'embrasser et s'étreindre

La vie refleurira innocente et bercée

du souffle reposé de ceux qui sont partis

 

 

© Jeanne CHAMPEL GRENIER

 31 mars 2020

 

 

 

 

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8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 06:44
Je me souviens… ton visage s’émerveillait de tout… Nicolas van der Waay

 

 

 

                                                                  A ma mère

 

 

 

Les jours ont envahi

les berges de l’enfance

et le rêve encore vierge

est devenu confident…

Les chemins sont des pas

qui se multiplient

comme autant de promesses

à la course légère…

Tu étais un arbre

si jeune

qui s’émerveillait de tout

marchant près de la Source

et buvant le ciel

aux murmures d’espérance…

Mais la guerre est entrée

mutilant à jamais

ton visage innocent…

La fête prit fin

dans les flammes

d’une saison

que les armes brisèrent

pour le profit

de quelques-uns…

Ton rire émerveillé

devint un souvenir…

Le quotidien recouvrit

le sentier du bonheur

d’une blessure noire…

Les heures aux joues creuses

traînèrent dans la ténèbre

un monde si lointain

qu’il n’avait plus de corps…

Heureusement

ton cœur voyage

plus droit… plus fort

que la triste souillure…

Il cache une lumière

qui ne s’épuise pas

Derrière ton visage

où les ans sculptent

avec lenteur

l’astre de la vieillesse

j’entends toujours

le rire cristallin

de la petite fille

qui parlait aux fleurs

aux nuages qui filaient

toutes voiles dehors

vers l’horizon moqueur…

Tes quatre-vingt-sept ans

retrouvent la marche

des chemins d’autrefois

et dans le miroir des anges

le rêve de l’enfant

est une signature

qui ne s’efface pas !...  

 

© Victor Varjac

Antibes, 22 octobre 2011

 

Extrait du recueil « Les fiançailles de l’aube » aux éditions Chemins de Plume

 

 

 

 

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 06:25

 

 

 Claude Luezior : « Jusqu’à la cendre »

Liminaire de Nicole Hardouin

Illustration en 1ère de couverture de Jean-Pierre Moulin

Editions Librairie-Galerie Racine – Paris –

 

 

Claude Luezior «  Jusqu’à la cendre » : l’ultime attente de l’aurore.

 

L’œuvre de Claude Luezior est considérable et d’un éclectisme saisissant. De ce fait, il s’avère toujours délicat de penser s’en approcher sans risque d’égarement. Où vouloir y maintenir son attention sans se fourvoyer ? 

« Jusqu’à la cendre », est l'un des plus emblématique parmi ses cinquante ouvrages, car il s’annonce comme une sorte de confession à pas de velours. Le titre à lui seul est porteur d’un signe préfigurant une forte symbolique. D’ailleurs, sa préfacière, Nicole Hardouin, qui est indéniablement une plume avisée, nous situe parfaitement le contexte de l’ouvrage de Claude Luezior. Jusqu’à nous faire voir, dans l’ultime de ces « cendres »,  une nuance d’espérance.

Claude Luezior appartient à ces poètes de référence, jalons dont la voix porte haut. Leur foi déclenche un effet transcendant sur le lecteur attentif. Cette œuvre est une poésie du silence, de l’intime. C’est une sorte de rêve qui s’étire au fil de la nuit, dans l’attente de l’aurore, afin de doucement s’effacer dans la lumière naissante.

Le présent recueil, « Jusqu’à la cendre », est une sorte de codex nécessitant un décryptage : il ne s’offre pas à qui le voudrait, il faut le mériter car Luezior n’accepte pas de compromis. À lui seul, ce livre contient tout un univers à reconstituer :  il a besoin de se livrer, mais il lui faut l’authentique chaleur de la confidence.

L'auteur convoque des formules et des métaphores saisissantes, celles de la parole d’un vrai poète. Bien précieux qui tend à se raréfier. Par ailleurs il est bon de constater que l'auteur agit au service d’autres poètes, d’autres créateurs. Ce qui explique qu’un bon nombre d’artistes jalonnent ses œuvres. Depuis toujours, l’univers des peintres, le mystère de la création, ont passionné cet écrivain : dans ce recueil « Jusqu’à la cendre », Luezior ne manque pas de leur rendre hommage. « C’est ici que suintent en désespoir balafres, cicatrices et doutes, c’est ici que dansent les blessures d’un artiste au pied de sa croix. » De nombreux noms de peintres, auxquels il consacra un ouvrage, le plus souvent un livre d’art, me reviennent à l’esprit : Pavlina, Jacques Biolley, Guy Breniaux, Armand Niquille, Hughes de la Taille, bénéficièrent de sa plume avisée, sans oublier un remarquable ouvrage sur la cathédrale de Fribourg.

Toutefois, revenons à l’acte poétique, où, tel un initié s’adressant à ses disciples, Luezior évoque nos errances fatales et nos égarements irresponsables. Avec lui, nous sommes dans l’incantation, le ressenti, le non-révélé. Tel un maître de cérémonie, il officie, il est intimement jumelé à l’acte de création, la «  poiêsis ».  

Apprécions également l’accouplement entre une poésie libérée et une prose poétique. Poésie libérée n’est pas un vain mot, car elle s’émancipe de toutes règles contraignantes, allant jusqu’à soustraire la ponctuation, règles il est vrai entravant le plus souvent l’expression. Ici, nous nous enivrons de «  liberté-libre » qui était si chère à un certain sauvageon, Arthur Rimbaud.

Le poète Claude Luezior nous permet de pénétrer dans un mystère évocateur, sorte de voie initiatique nous conduisant sur les marches d’un autel où les vies sont fragilisées : « nos souvenirs de défroqués, étreinte qui s’effiloche comme un drapeau usé par les vaines révérences du vent ».

Le constat se fait amer, pour voir la lumière des Lumières s’obscurcir face au sectarisme forcené, à l’ignorance extrême et déconcertante de certaines religions. Pourtant le cœur se ravive lorsqu’un bourgeon de fleur peut se trouver assimilé au symbole du désir : « où l’on devine / le scandale des pétales / lèvres en désir / pour impudiques abeilles / où fantasment les silences »

Il arrive cependant au poète, « moine enlumineur », de devenir «  moine-laboureur » ; ainsi extrait de la glaise, le poème s’intègre et s’associe aux bienfaits de la prière. Peut-être est-elle d'ailleurs la prière d'un agnostique, celle qui s’élève au-dessus de la dogmatique. Le poète est  ici celui qui laboure les âmes façonnées et formatées depuis des siècles de soumission, de convenance, de dévotion, pour enfin les voir se fertiliser et se nourrir des sèves de la liberté : « histoire / effrangée / par deux mille ans / mais terreau / de mille autres / holocaustes.»

L’humour, supplément de vie, n’est pas mis en marge : il nous apparait sous diverses facettes avec, parfois, un petit côté fabuliste entre une salade et un escargot dont le désir est de donner une :  « toute petite morsure d’amour (...)  Atteint de folie pure, le voici qui traduit le verbe en vin. »

Chez Luezior, la nécessité d’écrire s’apparente à un état de survie en forme de témoignage qui laisserait une empreinte sur la pierre noircie de la grotte des origines. Dans l'esprit de ce poète attaché aux symboles, à la mémoire des pierres, nous découvrons parfois, entre les lignes, des notes aux nuances hermétiques, qui peut-être nous plongent encore plus dans le mystère de la poésie, avec cette nécessité de brièveté qui touche à l’essentiel. À la parole première, nous retrouvons : « Là, sous l’auvent, un tout petit tas : des mots d’amour pour mieux passer l’hiver ». Mais la poésie n’est-elle pas précisément ce combat pour l’Amour qui doit fédérer le devenir de l’humanité ?

Oui, la poésie nous entraine au-delà des limites du possible et c’est bien vers ce point salvateur que voudrait nous conduire Claude Luezior.

Michel Bénard

Lauréat de l’Académie française

Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres

 

 

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6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 06:34
Photo J.Dornac ©

 

 

 

 

Le matin, aller par les petits sentiers

Aux mille senteurs enivrants

À l’Est, vers la mer vêtue du brocart de l’aube.

 

Splendeur du ciel de myosotis,

Des voiles blanches, des mouettes

Et cette brise, cette brise

Qui caresse les joues

Et apaise les douleurs de l’âme !

 

Dans les branches parfumées

Des hauts pins maritimes

Tout un peuple de joyeux de courlis

Et de tisserins

S’ébroue et chante !

 

Matin de paix infinie,

Matin dans mon âme mûre

Comme un beau fruit d’été !    

 

©Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 2 mai 2020

 

Glose :

 

Courlis cendréNumenius aquata – (n.m.) : est un genre d’oiseaux limicoles (petits échassiers). Les courlis sont caractérisées par un bec long, fin et recourbé vers le bas, et un plumage surtout marron avec peu de changements suivant la saison. Ils représentent une des lignées les plus anciennes de limicoles scolopacidés, avec les barges qui leur ressemblent mais possèdent des becs droits ou légèrement retroussés. En Europe on désigne généralement par « courlis » une seule espèce, le Courlis cendré (Numenius arquata).

 

Tisserin (n.m.) : le tisserin est le nom donné à des nombreuses espèces d'oiseaux de genres variés, appartenant à la famille des Ploceidae dans l'ordre des Passeriformes. Ces oiseaux sont remarquables par la structure de leurs nids, et leur comportement sociaux variés et originaux.  

 

 

 

 

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5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 06:35
www.sciencesetavenir.fr

 

 

 

Elle est ronde

Silencieuse

Au-dessus du monde

La lune est lumineuse

 

Elle est ronde

Minut-ieuse

Au centre du monde

L'heure est précieuse

 

Elle est ronde

Merveilleuse

Au centre du monde

La ronde voyageuse...  

 

©Lydia Montigny

  

Extrait du recueil « Exquis Salmigondis » aux Editions BoD-Books on Demand - Paris

 

 

 

 

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 06:20
Photo J.Dornac © - (Sénégal 1972, pendant ma période de service militaire obligatoire)

 

 

5 janvier

 

L’aurore est aux aguets même au cœur de la nuit.

Alerte, sentinelle ! Écoute, observe, intense,

A travers le brouillard et plus que l’ennui

L’instant où le soleil transperce le silence.

 

6 janvier

 

Le soleil comme un gong apparaît en solo,

Ouvrant la partition dans l’aube qui s’accorde.

Mille chants accourus lui forment un halo

Pour la coupe des sons qui tout à coup déborde.

 

7 janvier

 

La coupe résonnante invite à communier,

Intarissable, offert à l’oreille tendue.

Chacun devient alors l’écoutant-nautonier

Qui perçoit, hors les bruits, la voix de l’étendue.  

 

A suivre…   

 

© Luce Péclard
Extrait du recueil de Luce Péclard, « LE GUÉ DES JOURS » aux éditions du Madrier
 

 



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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 06:27

REBONDS

 de Jeanne Champel-Grenier et Louis Delorme, Éditions Thierry Sajat, Paris, mai 2020, 126 p., préface de l'éditeur, tableaux des auteurs, ISBN : 978-2-35157-832-2

 

 

Tous deux respirent en poésie, donnant leurs traits de plume, la trace de leurs crayons ou les couleurs de leurs palettes comme les feuilles donnent leur oxygène. Comme cela, sans prétention, apparemment sans effort, sans effet de manche ni battage médiatique.

Partir d'un même vers n'est pas nécessairement facile. Mais il faut avouer un terreau culturel semblable, une eau lustrale puisant à des sources communes, un soleil de France, les vents d'un partage sans faille. Côte à côte, deux bulbes plantés par une main  encore très verte : tout au bout d'heures saisonnières, l'un donnera la jonquille, l'autre, la tulipe. Sans ombre ni épines, en heureuse fraternité. Grâce à quelque programme d'un druide, un long brin d'ADN artistique et la magie d'une muse qui, décidément, a bien des facéties...

Sans ambages, Jeanne écoute Romain Gary dire Plus on donne, plus il vous reste ou Léo Ferré chanter C'est extra, tandis que Louis, son frère aîné en littérature, murmure : on s'enrichit par ce beau geste / Au bonheur, on peut s'abonner. Tous deux enfants d'un puisatier courant dans la garrigue, frère et sœur sur un bord de Loire ou tous deux, simples à la margelle d'un émerveillement poétique, Jeanne et Louis ne cessent de faire scintiller le rêve.

Éloquence grave des mots, rythmes burinés aux enclumes où se forge la phrase.

Thierry Sajat, poète, éditeur et ami de tous les instants, relève dans sa préface, que ces textes à deux voix ont le même fond, avec la beauté du verbe, l'élégance de la langue française.

Les deux compères respirent, griffonnent de concert, s'échangent ce langage si courtois qu'il vient sans doute de quelque chevalier, si aimable qu'on pourrait le suspecter de féerie. L'une dit andalou, Daudet, Giono, Pagnol ou bien entonne un chant catalan, l'autre prétend avoir, lorsque viendra le moment de la levée d'écrous (...) tout au fond de sa besace, un ou deux vers à donner à Charon.

Que le lecteur en soit averti : ce livre qui tient si bien en mains a son douloureux secret de famille. Son achevé d'imprimer est de mai 2020. Louis s'en est allé sur les sentes d'un cosmos le 19 avril et n'a jamais eu la joie de tenir ces pages en leur forme définitive. L'ultime titre de sa plume résonne de manière emblématique : En route ! avec l'un de ces sous-titres qu'il saupoudrait d'humour : Ne traînez pas les pieds, ça use les savates ! Son tout dernier vers sera : Notre passage ici n'est qu'une étape brève. Trop brève, Louis, malgré moult décennies sur cette terre des hommes : trop brève, surtout avec ce point final !

 

Claude Luezior

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 03:49

 

Recension : Salvatore Gucciardo –  « Ombres et lumières. »

Préface de Giovanni Dotoli.

Illustrations Salvatore Gucciardo.

Editions  L’HARMATTAN  « AGA » collection L’ORIZZONTE  

Format 14x21.  Nombre de pages 113.

                      

 

Salvatore Gucciardo « Ombres et lumières » une clé initiatique.

 

Le préfacier, maître et professeur émérite Giovanni Dotoli, voit en cet ouvrage particulièrement remarquable du peintre et poète Salvatore Gucciardo, créateur aux multiples talents : « Une fenêtre ouverte sur l’origine » ce qui me fait immédiatement songer à ce tableau bien connu de Gaspard Friedrich, où l’on aperçoit une femme de dos dans l’encadrement d’une fenêtre et face à l’immensité inconnue d’un paysage romantique. A quoi songe cette femme, que cherche-t-elle ? Une réponse sur l’absolu, une révélation sur l’origine ? Qui suis-je ?    

Cette image symbolique correspond parfaitement au personnage de Salvatore Gucciardo que je connais depuis les balbutiements de notre intronisation dans le monde des arts et des lettres, c’est-à-dire plus d’un jubilé.

Ce dernier recueil mixte, poésie, prose et graphisme se révèle être en quelque sorte l’aboutissement et la concrétisation du message transmis opiniâtrement toute une vie durant dans l’œuvre initiatique et ésotérique du visionnaire hors pairs qu’est au travers d’une constance immuable, Salvatore Gucciardo.

Les illustrations sont d’une grande qualité et de belle unité, l’ensemble chargé de signes, de codes ésotériques et de symboles révélateurs.

C’est indéniablement une chance et un privilège que de rencontrer au cours de sa vie de semblables créateurs libres et indépendants de tous systèmes et de toutes influences des modes éphémères, tant peintres, poètes, sculpteurs, musiciens etc. J’ai eu dans ma vie cette chance de croiser des personnages flamboyants. Victor Hugo ne disait-il pas pour reprendre un vers en exergue de cet ouvrage majeur : «  Chaque homme dans sa nuit s’en va vers la lumière. »

Rapprochons-nous de l‘œuvre pour en percevoir la mélodie et en découvrir les richesses symboliques s’exprimant de manière binaire, s’équilibrant où se complétant d’un dessin poétique à une écriture graphique. Alliance détonante, alchimie enchantée où l’émotion transcende sur la raison. L’énergie développée ici soulève autant de questionnement que d’admiration, car l’œuvre de Salvatore Gucciardo est gigantesque et prodigieuse, je ne lui connais pas une seule journée où il n’a pas peint, dessiné, ébauché, écrit quelques lignes ici et là, car l’écriture bien que plus tardive est devenue aujourd’hui d’une haute importance.

Pour en revenir au professeur Giovanni Dotoli, il a parfaitement perçut le côté médiumnique de Salvatore Gucciardo et qu’au travers de cette inspiration transcendantale, il retourne et se nourrit aux archétypes des origines, aux sources de nos essences, dans le magma de la création et des champs cosmiques, magnétiques et autres mondes parallèles. Une œuvre de ce dernier est une respiration sur le créé universel. L’artiste fusionne avec un environnement stellaire, il en lit les mythes, les sphères, les cercles comme une grande partition cosmogonique.  

Les plus grands spécialistes ayant connu Salvatore Gucciardo ne pouvaient que le confirmer, à commencer l’immense maître Marcel Delmotte son père spirituel en quelque sorte, sans oublier le peintre ésotérique et symboliste Aubin Pasque, la grande figure de la littérature fantastique Thomas Oven, ainsi que le remarquable spécialiste de la démonologie l’inoubliable Roland Villeneuve, l’incontournable critique d’art Anita Nardon  et beaucoup d’autres spécialistes de l’occulte, du satanesque, de l’animisme, du manichéisme sont présents autour de l’œuvre unique de Salvatore Gucciardo toujours porteuse de ce combat des origines entre le bien et le mal, la lumière et la ténèbre, à ce point particulier que le regard qu’il porte sur le monde contemporain est parfaitement d’actualité, à cette seule différence que cela fait plus de cinquante ans que Salvatore Gucciardo tire la sonnette d’alarme. Mais hélas l’homme est aveugle et sourd. Aujourd’hui nous sommes au seuil d’un chaos et nous sommes bien obligés de convenir que l’artiste-poète avait vu juste sur le devenir éminent d’un monde en souffrance est en perdition.

Salvatore Gucciardo est un passeur d’énergie qu’il transforme en vision divine et en restitue une sorte d’image sacrée, encore faut-il en déchiffrer le code. L’œuvre de cet artiste singulier se mérite et pour que cette lumière sacrale nous guide il faut en être digne, c’est une œuvre génératrice d’absolu. Dans le cas contraire ce ne serait que paroles jetées aux profanateurs ignorants, réducteurs  et obscurantistes.

Introduisons-nous dans l’ouvrage qui s’ouvre sur la porte des « ombres » et des corps épuisés aux pieds des terrils qui se souviennent, ainsi que de la vulve du néant d’où sort un embryon conçu avec l’eau des ténèbres, la prémonition se confirme, l’homme géniteur du mal sera l’esclave de ses actes, des erreurs de son incohérence et cupidité.

Les illustrations à l’encre de chine insérées dans le recueil « Ombres et lumières » sont tout en courbes et alternances entre le blanc et le noir. Nous y retrouvons toute la dualité contenue dans les pages de l’ouvrage.

Pareils à bon nombre d’artistes et poètes Salvatore Gucciardo à l’instar des prophètes aimerait restructurer le monde, le nourrir d’actions salvatrices et corriger les erreurs de « Dieu.» Pour vouloir faire entendre sa voix les épreuves sont nombreuses, les obstacles multiples et insoupçonnés et c’est le plus souvent une avancée vers l’inconnu. Comme Arthur Rimbaud l’un de ses poètes de compagnonnage, Salvatore Gucciardo est un artiste d’une extrême lucidité car il se fait  « voyant, » porteur d’une belle sensibilité mettant dans sa besace de créateur des brassées de tendresse, des gerbes d’espérance et des réserves d’amour qui seront essaimées et incrustées dans chacune de ses œuvres. Pas une œuvre où ne soient symboliquement présentent toutes les valeurs fondamentales de l’humanité. Lorsque l’émotion devient trop forte ce sont toutes les fréquences vives de ses œuvres qui lui échappent et le consument. L’artiste est dans une sorte de brassier ardent, avec Dante il franchit les cercles de l’enfer et comme Ulysse il doit s’attacher au mât de l’existence et devenir sourd pour ne pas succomber à l’appel illusoire et hypnotique des sirènes.

Mais un artiste tel que Salvatore Gucciardo se ressaisit toujours pour se détourner des pièges et supercheries. Comme tous les authentiques artistes, Salvatore Gucciardo  prends le temps de l’instant de grâce, cet espace de réflexion entre deux œuvres, les temps de la mesure des cohérences de l’expression graphique et du langage écrit.

Dans l’œuvre de Salvatore Gucciardo, graphique ou écrite, nous rencontrons cette recherche d’absolu où la femme et l’homme ne feraient qu’un, sorte d’idéal premier de l’hermaphrodisme, symboles ancrés dans la mémoire collective et que nous retrouvons dans les écritures avec ce mythe incontournable d’Adam et Eve. Epoque reculée où l’homme et la femme étaient censés ne faire qu’UN : « Nous représentons l’histoire de l’humanité. » « Essor fervent / Illumination sacrée / Sublimation / De l’homme et de la femme. »   

Avec Salvatore Gucciardo nous sommes souvent enveloppés d’effluves vaporeux alchimiques ou philosophiques, l’Athanor caché dans les brumes de l’atelier où le silence du scriptorium n’est jamais bien loin. Mais rassurons-nous, beaucoup plus en lien avec la réalité notre créateur sait faire chanter et chante la femme. Ne parle-t-il pas de l’homme et de la femme : « Habités par le feu de l’exaltation. » ou encore dans un esprit similaire : «  Que la lumière sacrale est dans nos gènes. » Sans oublier  ce regard de femme déposant sur le poète un duvet de douceur.

Au fur et à mesure de notre avancée dans les arcanes gucciardiennes, véritable cheminement initiatique nous nous engageons vers une forme de connaissance, de dépouillement allant jusqu’à côtoyer l’ivresse extatique des sages. Ensemencer l’ignorance,  féconder l’inculte tel serait le désir de notre peintre-poète s’imaginant tout à fait en train d’enluminer les livres sacrés, c’est sur ce point tout à fait utopiste que je rejoins mon ami Salvatore Gucciardo, là où la bête surgit de l’Apocalypse, l’homme peut redevenir fondamental : «  Chaque image de l’homme est une anthologie. »

Le temps, grand timonier de l’univers est le maître mot du combat de Salvatore Gucciardo  dont l’œuvre globale, peinture et littérature, se voudrait intemporelle, passé, présent, futur se confondent, fusionnent, ils ne font qu’un, mieux , au niveau cosmique, le temps est censé ne pas exister, cela notre artiste visionnaire l’a parfaitement compris depuis longtemps. Une fois initiés nous sommes occultés par son œuvre et nous parvenons à voyager dans un espace hors temps.

Il est toujours hasardeux et délicat de prétendre aborder un artiste de l’envergure de Salvatore Gucciardo, parce qu’il possède des clés que nous ne détenons pas, il entretient un dialogue en communion avec l’univers au travers des mythes, royaume de la poésie et de l’espace tangible au niveau de la réalité physique, voire scientifique. C’est ainsi qu’il interprète et transpose les messages célestes.  

Thaumaturge, démiurge, alchimiste, mystique, initié, voyant, philosophe, peintre et poète ? Toutes proportions gardées et sous certains aspects Salvatore Gucciardo est tout à la fois, mais c’est avant tout un homme d’une belle humanité, qui peut et sait regarder les ombres et les lumières du monde.

Ici, je laisserai le mot de la fin à son prestigieux préfacier Giovanni Dotoli, qui confirme que la poésie de notre visionnaire : «.../... est un éclat d’absolu qui nous illumine. »

Ainsi, avant que vous entrepreniez ce merveilleux voyage dans le monde insolite de Salvatore Gucciardo, je vous suggèrerai de prendre le temps nécessaire pour méditer sur ces deux vers :

« Il ne faut pas combattre le temps. Il faut chevaucher la lumière. »

 

Michel Bénard.

Lauréat de l’Académie française

Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres

Poeta Honoris Causa.

 

Quatrième de couverture

 

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Présentation

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  • Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...
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