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16 décembre 2021 4 16 /12 /décembre /2021 09:18
Xavier Grall


 

 


Pierre Jakéz Helias est né à Pouldreuzic (Finistère) en 1914 d’un père qui est à la guerre : élevé en breton, l’enfant deviendra un élève du Lycée de Quimper et finira par enseigner méritoirement le français en divers coins de l’Hexagone. En 1945, il est rédac’chef de « Vent d’Ouest » du Mouvement de libération nationale, anime des émissions en breton sur radio Quimerc’h et devient président d’Ar Falz qui incarne la culture bretonne des enseignants laïques. Il collabore aussi aux Fêtes de Cornouaille.

 

Tous ces titres de gloire rencontreront cependant, par la parution de son livre, une farouche mobilisation de la part de militants bretons dont le plus mordant sera donc Xavier Grall, fraîchement rentré de la capitale et lassé d’y être apostrophé pour sa « gueule de breton ». Sa conscience militante ne s’en trouve-t-elle pas suraiguisée au point de lui faire déverser sa bile, quelquefois sans nuance, sur le « folklorisme fossilisant » de l’auteur désormais « à succès » : Helias. L’épisode a immanquablement marqué les esprits ! C’est que la réponse cinglante de Grall donnera lieu, nous le disions, à un livre-réponse sous le titre « Le Cheval couché » qui a valeur d’un blâme à l’égard du côté rétrograde et carpetteux de son désormais célèbre confrère : sauf que son plaidoyer revêt tous les attributs du dépit amoureux face à l’irrésistible ascension de ce Jackez l’ancien, comme il se plaît à le qualifier irrévérencieusement. Et, pour le lecteur du temps présent et étranger à la géopolitique de cette querelle, le portrait-charge finit par lasser, suscitant comme un malaise face à la disproportion entre le reproche et le corps du délit, si délit il y eut jamais.


Précisons néanmoins que Xavier Grall, à qui nous devons de belles évocations de destins exceptionnels (James Dean, François Mauriac, Arthur Rimbaud et, sans doute Le plus beau : Lamennais), avouera tardivement regretter tout bonnement ce livre.


Il ne nous revient nullement, comme observateur extérieur, de juger du bien-fondé quasi politique de ces réactions dont nous ne partageons – et moins encore ne partagions – pas le contexte. Simplement, il peut sembler légitime de reprendre quelques critiques adressées à l’auteur-cible comme de relever, ensuite, les illogismes dont le temps paraît avoir constellé la diatribe. Les mots sont forts de la part de Grall quant à ses reproches dont certains sont quelque peu décoiffants, comme celui d’en vouloir à Helias d’avoir enseigné le français et de participer à l’extinction de la langue bretonne !  

 

©Pierre Guérande            
 
 

 

 

 

 

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15 décembre 2021 3 15 /12 /décembre /2021 07:42


 

nous sommes assis dans l’herbe
des océans entre nous
là-bas, nos rêves et désirs serpentent, paresseux

de quelque part arrive un air raréfié
tel un souvenir, jusqu’ici
et se dépose sur nos yeux
sa brume fait vaciller la lumière

nous ne sommes pas seuls
bien qu’un monde nous sépare

nous portons sur nos dos et nos bras
dans nos yeux et dans nos corps
nos êtres antérieurs
que nous envoyons, à nos places
dans notre lutte éternelle
tels les spectres beaux et blancs
des flèches les transpercent comme si ne serait-ce que l’air
ils ronflent telle la flamme ou telle la mort

fatigués, nous restons dans l’herbe
avec tout ce que nous appartient
l’air nous remplit les narines et les yeux
coule sur nos corps tel un fluide opalescent

doucement, ces spectres beaux et blancs commencent
à se couvrir de chair et de sang, de peau et de poil
dans une épreuve tendre et nouvelle

nous sommes assis dans l’herbe
rien entre nous
seul le goût différent de nos larmes
qui coulent doucement sur nos visages,
comme autrefois
l’huile sur la barbe d’Aaron.

 © Elina Adam
                              
 

 

 

 

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14 décembre 2021 2 14 /12 /décembre /2021 08:24
Gabriel Cornelius Ritter von Max - G.v.Max lisant le singe

J’ai d’abord pensé au mot fauve
Puis à grincheux puis je suis revenu
Au mot fauve

À d’autres mots j’avais cru
Que le mot fauve
À d’autres mots qui se sont perdus
À d’autres mots guimauves
 
Puis j’ai su
Par lui je débuterai, le mot fauve
 
© David Chomier
 
 Extrait du recueil « Soyons Bref » aux éditions Stellamaris
 

 
 

 

 

 

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13 décembre 2021 1 13 /12 /décembre /2021 07:43


 

 

Dans la mémoire évasive du temps,
Elle nous attend
Notre chambre idéale
Dont les paupières de lin blanc
S’ouvrent sur le lac
Où glisse une yole
Etirant deux blessures jumelles.
C’est l’heure méridienne
Où naissent les métamorphoses,
Les mains qui se frôlent
Les corps qui se cherchent
Et qui osent
Des corolles de baisers
D’où s’échappent des soupirs
Quand viennent mourir
A l’aube devinée
Les vagues soyeuses du plaisir.
 

©Denise Bernhardt  

Extrait du recueil de Denise Bernhardt, « La mangrove du désir », aux éditions Le chasseur abstrait.                              
 

 

 

 

 

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12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 08:03

Editions Les Poètes Français

 

''Caillou de lumière sur le sentier de la nuit''nous confie Hafid Gafaïti dans la belle préface de ce livre d'Art ; et je dirais très vite et de façon convaincue, que cette pépite encore brûlante vaut son pesant d'or, mesurée à l'aune de tout ce qui se publie sur cette planète.

La personnalité d'Eliane Hurtado marque aussitôt d'un sceau indélébile l'imagination de celui qui se trouve confronté à l'une de ses oeuvres ; on se situe à l'instant de création, mais à l'instant positif où la poésie élève la vision. Un chemin de lumière tel un serpent de feu ou de sang traverse parfois en diagonale le tableau, lui donnant une élégante pulsion ascendante. Il n'est jusqu'aux fleurs couleur rouge feu sur fond noir qui ne soient créations quasi volcaniques ; fleurs divines qui demeurent en la mémoire longtemps après le jaillissement initial.

Les mots de Michel Bénard, (grand peintre voyageur, poète lauréat de l'Académie Française entre autres cent titres de reconnaissance) sont comme une sereine et fidèle voix qui accompagne ce créatif chemin de beauté. Venus en écho d'émotion depuis les falaises et abimes lancés et colorés par la main inspirée du peintre Hurtado, ces mots nous accompagnent, ce sont les mots d'un habitué de ces lieux rares, un éclairé qui nous dit comment recevoir ce qui se présente à nous : un ami, poète et peintre de très grande qualité lui-même, qui nous guide sans effet de manches :

 

''Au cœur de la douceur/ D'un cloître ocre-rose / Le regard en exil / J'ai découvert votre visage/ Rayonnant en toute tendresse/ Dans le cristal d'une perle de rosée...''( p.14 et tableau''Alternance'' p.15)

 

''Dans l'onirisme imprévu/ D'une parenthèse de vie...S'imaginer pouvoir un jour/De la partition déchiffrer l'éternel''(p.28 et tableau : ''Errance fractionnée'')

 

Un livre sublime, riche de 160 pages où toutes les œuvres sont en couleur, ce qui hélas n'est pas toujours le cas dans les livres traitant d'Art et Poésie. Un livre exceptionnel où la parole sereine de Michel Bénard nous accompagne d'oeuvre en œuvre, ces planètes secrètes bien connues en tout point de lui seul, afin de ous inviter à

''Danser avec les galaxies / Sur les pouponnières d'étoiles / Jusqu'à la naissance sublime/ De la ronde des mondes/ Pour l'insolite de l'amour ( p.38)

Comment ne pas se laisser tenter par un tel voyage dont on ne peut revenir qu'augmenté ?

Plus de 70 textes poétiques de Michel Bénard face à autant d'oeuvres en couleur d'Eliane Hurtado, un ouvrage dont la couverture cartonnée format 32/32, présente une très belle et riche oeuvre en couleur sur fond noir, signée Michel Bénard !

Rêve de vitrail - Eliane Hurtado

 

Jeanne CHAMPEL GRENIER

 

Adresses :

Madame Eliane Hurtado - 74 rue Championnet -75018 - PARIS

Monsieur Michel Bénard -124 rue de Vesle - 51100 - REIMS

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11 décembre 2021 6 11 /12 /décembre /2021 07:42
Un coquecigrue


 

 


8 mars
Dans sa course la plume ignore les écueils.
Elle écrit les climats, rédige les ambiances.
En sondant l’alphabet elle emplit des recueils,
Sa vaillance éludant toutes les obédiences.


9 mars
Le cran et la vaillance, en suis-je assez dotée
Pour affronter le sort à chacun réservé ?
Comme le meilleur pont, ai-je bien ma butée,
Contrefort préservant du péril aggravé ?


10 mars
Mais le péril nous guette à chaque coin de rue,
Masqué sous le soleil, embusqué dans le noir.
Il prend souvent l’aspect d’une coquecigrue
Qui, dans notre théâtre, hante le promenoir.

A suivre…    


© Luce Péclard Extrait du recueil de Luce Péclard, « LE GUÉ DES JOURS » aux éditions du Madrier                            
 

 

 

 

 


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10 décembre 2021 5 10 /12 /décembre /2021 07:42
photo © Michèle Laurent

 

Chapitre : II

                  
Tu m'as dit Pourquoi mourir ?
J'ai pris alors ton masque et
L'ai jeté à la nuit :
Ton sourire illumina la porte
Et nous avons pris possession
De nouvelles clefs.

 

©MILOUD KEDDAR  
Extrait(s) de CHEMINS DE SOI de MILOUD KEDDAR aux Éditions « Flammes Vives »
 
 
 
 
 

 

 

 

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9 décembre 2021 4 09 /12 /décembre /2021 07:39


 

La ville débonde écumeuse d’un trop plein de décembre. Les néons giclent, bavards, lustres sous la peau des pluies. Aux vitres des cafés le monde s’embue de silhouettes rapides, de visages : flous cocons d’humanité.
Les lumières gouttent dans la chaleur consommée. Englacés aux miroirs, les mots bruissent en reflets de nous-mêmes


Dans un relent de lueur, quelques néons traînent tardifs. Mouvances du soir, les rues s’assourdissent.
Le froid retranche. Reste les ombres : excroissances à la nuit, pouls filant au macadam : un vibrato de talons, écho de leur humanité

 

©Béatrice Pailler  

Extraits d’EXISTER
Revue ARPA n°125-126


   
 
 
 

 

 

 

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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 07:47
Photo NASA

 
 


J’ai vécu tant de choses depuis. J’ai vu apparaître ce qu’ils appellent les plantes. Oh, bien sur, au début ce n’était pas grand chose, juste des petites poussières vertes et microscopiques qui flottaient sur l’eau. Je crois bien qu’ils appellent cela le « plancton ». Mais les mots, moi, vous savez... Néanmoins, ces petites choses insignifiantes se sont bien débrouillées : comme les bactéries, elles se sont transformées, adaptées. Et c’est ainsi que sont apparues les algues puis les plantes sur la terre. Les fougères, les mousses, les herbes, les fleurs, les arbres... On en trouve de toute sorte maintenant. Et moi, Gotita, je sais comment entrer en elles, car les plantes sont faites avec beaucoup d’eau. Quand j’habite dans une plante, je me sens bien, le vent caresse les feuilles, tout est si calme. Les plantes sont comme moi : elles raffolent de la pluie.

A mesure que la terre s’est refroidie, j’ai redécouvert la sensation d’être un petit glaçon. Dans les nuages les plus froids, il m’arrive de me transformer en flocon de neige, plus beau qu’un diamant taillé. Ils appellent cela cristallisation. Ce n’est qu’un mot. Pour moi, c’est comme vêtir un habit de lumière. Descendre du ciel dans cette somptueuse tenue : quel honneur ! C’est un ballet majestueux. Les prairies, les montagnes, les forêts deviennent blanches, pures et silencieuses.

Il m’arrive de passer l’hiver entier attendant que le printemps me fasse fondre et renaître sous forme de goutte. Ils appellent cela liquéfaction. Ce n’est qu’un mot. Pour moi, c’est le bon moment pour aller contempler cette lumière bleue et magique qui filtre à travers les glaciers. Parfois je n’ai même pas le temps de renaître comme goutte, car le soleil me transforme directement, de neige en gaz. Ils appellent cela sublimation. Et ce mot là, je ne sais pas pourquoi, il me plait énormément.
En tombant du ciel, si je traverse de l’air très froid, je congèle instantanément et tombe en averse de grêle. Ils appellent cela solidification. Ce n’est qu’un mot, et j’ai cru comprendre qu’ils le détestaient, à cause des dégâts dans leurs potagers.
© Leafar Izen  
 
Le site de Leafar Izen et son site de vente par correspondance
 http://www.leafar-izen.com http://www.leslibraires.fr/        
 
 
 
 

 

 

 

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7 décembre 2021 2 07 /12 /décembre /2021 07:36
"Persiennes vertes" Albert Marquet - 1944/1946


 


A ses persiennes tout juste entrouvertes, nos souvenirs de défroqués, une étreinte qui s’effiloche comme un drapeau usé par les vaines révérences du vent, deux-trois mouchoirs pendus sur une corde à l’italienne, une nuisette désormais inutile, quelques orgasmes, quelques serments, ses paradoxes devenus chauves-souris, bien des caresses que les heures ont momifiées, une poignée d’attentes, un encore trop futile, des silences, beaucoup de silences tels des miettes que même les étourneaux dédaignent, un tout dernier espoir évanoui, des ombres, beaucoup d’ombres sécrétées à la va-vite par un soleil en vadrouille, toute une vie : la mienne, la sienne, sur ce rebord de fenêtre à jamais desséché.

©Claude Luezior

in : Jusqu'à la cendre, Ed. Librairie-Galerie Racine, Paris, 2018

https://editions-lgr.fr/claude-luezior/                        
 
 

 

 


 
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