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30 janvier 2022 7 30 /01 /janvier /2022 07:28

MAIS LA DANSE DU PAYSAGE-Barbara AUZOU-Poèmes - Préface de Claude LUEZIOR-5 Sens édition-2021

 

« ...Mais la danse du paysage... » Ce vivant mot de passe transmis par Blaise Cendras, l'éternel voyageur, nous prépare à un changement de rythme plus qu'à de belles descriptions des pays traversés. Il s'agit bien de voyages mais de voyages vécus et rapportés sur un autre ton : ''le paysage ne m'intéresse plus, mais la danse'' nous dit Cendras qui voit défiler les pays.

Claude Luezior, pertinent préfacier de ce livre, note aussitôt ce point original : il s'agit pour l'auteur de :

« Prendre et reprendre les lignes qui ondulent et fuient vers les frissons »

Barbara Auzou paraît si naturellement prédisposée au bonheur de la découverte qu'elle semble vérifier d'emblée la parole de Claude Estéban fustigeant les poètes qui se nourrissent de noirceur, en ces mots : « Quelqu'un qui crie que tout est noir, c'est dans sa tête qu'il se cogne »

Dans ce recueil, tout est fluide, ouvert, musical et positif : il s'agit de la ''substantifique moelle'' du voyage, celle qui vous soulève et nourrit votre vie...pour la vie.

Essayons d'emprunter un instant cet « Itinéraire de l'éphémère »qui n'exclut pas ces repères de stabilité que sont partout, les arbres ; l'auteur nous parle de ''l'arbre que l'on s'est choisi'' qui est cité de façon rémanente, où que l'on soit comme un repère, un tuteur entre sol et cieux : 

« comme ces arbres debout sur une seule jambe tremblants séculaires et tout en visions »P.21

On note, à chaque halte, ce qui va demeurer vivant à l'esprit, le son, le timbre du lieu ou de l'instant, tel « le renard gris des Rocheuses...avec son langage à émettre des oiseaux au-dessus des cactus »P.22

Au Kénya « où la beauté s'émonde tendue entre deux gazelles »P.24

Sur l'Ile de Pâques avec « ses vieux enfants de basalte et l'or sombre de la voix à l'aube accordée »P.27

À Wallis et Futuna où «  le bleu qui sert à aimer là-bas se pose comme une coccinelle sur un sein »P.32

Aux Açores où l'on dit « que ce même soleil fait tomber l'amour des corniches »P.36

Au Sri Lanka où « nous aurons désappris à aller vite et nous voilà voyageant à l'abri d'un autre temps »P.38

Dans la Pampa Argentine... « et dans les plaines du vent tressons nos voix pour apprendre à la vie / à épeler toutes les lettres clandestines du consentement »P.40

Et aussi en Sardaigne où, l'auteur nous dit reconnaître «  la Diane doucement poignante du destin ( citation en hommage à René-Guy Cadou)

Et combien d'autres destinations encore qui font de ce recueil un carnet de voyage écrit dans une langue sobre, pertinente, et sur un ton très personnel ; un voyage de connivence avec l'amour qui permet de côtoyer la beauté vivante dont un cœur ouvert et positif ne peut se déprendre quelles que soient les circonstances. Après avoir suivi en pensée l'itinéraire de ce voyage je dirais en conclusion comme l'avoue Barbara Auzou :

« J'ai marché pieds nus vers l'Ailleurs...

« Je ne savais pas qu'on pouvait à ce point aimer la vie »

Recommandons à tous, en cette époque de repli funeste, non pas la lecture mais la fréquentation de ce livre exceptionnellement positif et profond et terminons par ces mots de l'auteur, émouvants et légers à la fois :

« Et je m'éloigne des maçons du passé

de tout ce qui brûle les passereaux...

j'accepte la tiare somptueuse du printemps

sur le roux de mes cheveux... »( Au pied d'un seul arbre)

 

Jeanne CHAMPEL GRENIER

 

Mais la danse du paysage( Poèmes)-Barbara Auzou-5 Sens Editions Genève( Suisse)

 

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29 janvier 2022 6 29 /01 /janvier /2022 07:52


 

 

De la pensée, les mots
ne prennent que des bribes
comme des lambeaux de brouillard
qui passent en courant
devant le paysage,
ne démasquant que les détails
de ce qu’elle fait défiler.
On est loin de représenter l’ensemble !

 

La mathématique de la pensée
est un théorème à la Fermat
que l’on n’est pas près de démontrer,
de démonter??

 

Et puis peut-être
que chacun pense à sa façon,
sans rien à voir avec les autres.

 

©Louis Delorme  
 
Extrait du recueil « Alternances » de 2020. Editions Thierry Sajet                    
 
 

 

 

 

 


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28 janvier 2022 5 28 /01 /janvier /2022 07:44

 

                                  A toi maman

 

Ô dieu improbable
je ne crois pas en toi
et pourtant je t’implore
et je te demande
d’exaucer ma prière…
… elle sera brève et simple
comme le vie d’un homme…
Accorde ta clémence
à celle dont les bras
n’ont jamais renoncé
à celle dont les lèvres
au milieu de la nuit
ont toujours attendu
un baiser d’espérance…
Retire je t’en supplie
les doigts sales et noirs
des mauvaises douleurs
qui dévorent la chair
et masquent le soleil…
Je t’en prie
verse ta lumière
à celle que la fièvre
n’a jamais vaincue…
Sans une plainte
elle mène une existence
où le quotidien
se plaît à mordre
sans cesse
mais donne rarement…
Soulève s’il te plaît
la roche du temps
qui meurtrit ses épaules
et pèse sur sa marche
comme une ombre trop lourde
qui pousse le mur
au delà du chemin…
Reconnais que cette âme
frôle ton regard
chaque fois que ton ciel
abuse de sa force…
Ne laisse pas son coeur
à la merci de l’abandon…
Offre à cette femme
qui a tant combattu
le soutien de ton bras
pour qu’elle puisse gravir
en toute quiétude
l’escalier du Royaume
qui mène à la joie
de la métamorphose…
Cette femme admirable
qui porte fièrement
la marque de tes coups
sans le moindre murmure
cette femme est ma mère
et je te la confie
même si tu n’es qu’un nom
un conte… une légende…
Offre-lui la parole
qui permet de poursuivre…

 

Je ne crois pas en toi
ô dieu… dieu invisible
dieu improbable
je ne crois pas en toi
et pourtant je te prie
je te prie d’exaucer
cette simple prière…

 

© Victor Varjac

Antibes, dimanche 13 janvier 2002

 

Extrait du recueil « Le Dragon de Poussière » aux éditions MELIS      
 

 
 

 

 

 

 

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27 janvier 2022 4 27 /01 /janvier /2022 09:07
Siudmak © (Kenako)


 


Sculpture charnelle, force essentielle,
Campé là-haut sur son rocher,
L'athlète bande son arc, en ciel.
Quelle cible sa flèche va chercher ?

 

Un oiseau perdu dans l'azur ?
Un fantasme né dans les nuages ?
L'amour fou d'une belle aventure ?
L'envoi caché dans un message ?*

 

Chasseur ou guerrier sanguinaire,
En quête d'un amour impossible,
Rêveur de cibles imaginaires,
En recherche de l'inaccessible.

 

Peu importe l'arbalétrier.
L'important est surtout la flèche,
Geste d'amour ou meurtrier,
Aurore, rosée ou terre sèche.

 

J'aurais aimé être l'archer
Cupidon sorti de sa toile,
Fixer la pomme sans l'arracher,
Effleurer le coeur d'une étoile!

 

Etre une flèche dans la vie,
Celle qui montre les chemins,
Peu importe si on m'oublie
Sur les routes des lendemains.


Pierfetz © 2004

 
 
 
 
 

 

 

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26 janvier 2022 3 26 /01 /janvier /2022 07:44


Ce poème figure dans Mais la danse du paysage

 

tous les vains rideaux de nos vies sont nichés
désormais dans une antichambre un repli quelque part
en mer de Thessalie j’ai semé mes ex-voto de galets
peints et de miel sur les mythologies de nos peaux
il y avait des blocs arrondis en plein ciel des cordes
et des échelles pour les mots et tous les élans qui s’accomplissent
on a ri devant le pain de sucre de nos âmes à peine entaillé
par la lame des saisons qui avait sculpté ces parois lisses
contre des arbres debout sur une seule jambe tremblants
séculaires et tout en visions


© Barbara Auzou.                            

 

 

 

 

 

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25 janvier 2022 2 25 /01 /janvier /2022 07:24
oeuvre de Max Ernst


 

Mots fractals, mots puissants, braises et cendre, tension dans la pâte du quotidien.   
 
Ecrire c’est accepter de retourner le sablier et conserver les grains de sable sous la peau, fugitives morsures des songes.

 Ecrire c’est aussi accepter la signature de la chair et du sang. Celle qui donne à l’autre un abri pour les nuits d’averse, une carapace pour traverser les ronces du soir.

C’est dessiner avec l’extrême mouvance du mot immobile, le reflet d’une île à travers l’ombre de la vie.

Sur la mosaïque de la mémoire brûlent des scories aux remous plus ou moins perceptibles.

Dans cette intime mythologie s’originent oasis et déserts, monastères et sultanats, mais tout se perd dans la profondeur des estuaires nocturnes, tout disparaît dans des océans sans horizons.

Et pourtant dansent sous mes paupières un phare lointain et lumineux : vos mots.

 Je vogue sur leur reflet à marée haute, à marée basse, nous labourons l’océan.

 Secret de nos feux.


 
©Nicole Hardouin        
 

 

 

 


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24 janvier 2022 1 24 /01 /janvier /2022 07:38


 

 

L’amour
ce n’est pas toujours
une robe blanche qui ondule,
des anneaux échangés,
un bouquet envolé,
deux vies qui s’enlacent
dans un quotidien lumineux.
Tu as beau le savoir,
quand tu te surprends
à aimer en pays d’adultère,
il est déjà trop tard
tu es devenue Femme bis,
condamnée au secret,
à l’amour masqué
qui ne connaît que l’ombre.
Toi, la Femme bis
tu entretiens ton foyer de silences
avec les soins d’une épouse.
Mais à l’abri
de cette sage apparence,
la passion consume ton existence.
L’amour
ce n’est pas toujours
une robe blanche…


©Kathleen HYDEN-DAVID  
Extrait de « A cœur ouvert » Éditions France Libris 2019    
 
 

 

 

 

 

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23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 07:36
Photo Jdornac©


 

 
... Un petit papillon vagabond, trublion,
s’élance et volette,
se lance à la volette
en faisant des bonds et rebonds
d’un bouton floribond
à une fleur rose-bonbon...
 

©Lydia Montigny
 
Extrait du recueil « Exquis Salmigondis » aux Editions BoD-Books on Demand - Paris
 
 
 
 
 

 

 

 

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22 janvier 2022 6 22 /01 /janvier /2022 08:14

 

Traduit du roumain et préfacé par Dana Shishmanian, 4e trim. 2021
Éd. L'Harmattan, Paris, 96 p., ISBN : 978-2-343-24323-8

Nul doute qu'Ara Alexandre Shishmanian a une plume de poète, bien que celle-ci puisse paraître, au prime abord, acérée, voire vertigineuse. En effet, comme le note justement sa préfacière, il faut entrer dans cette écriture comme dans un monde inconnu, où tout est à découvrir : ne pas reculer devant l'insolite des connexions, ou s'obstiner à chercher le sens dans le seul plan du discours, mais se laisser plutôt porter par le souffle, tantôt syncopé tantôt continu, des mots et des images, tels qu'ils viennent dans leur bousculade en rupture des conventions sémantico-syntaxiques (...)


L'on serait même tenté d'aller plus loin : le propos de l'auteur, que l'on pourrait qualifier de carrément débridé ou, du moins, d'idées verbales en fuite, semble justifier son équilibre virtuel dans le rêve, le cauchemar, voire le mythe sous-jacent.


le poète traîne ses haillons parmi des nids de limites*
ses yeux crient à travers le sang de ses paumes-
des explosions flétries de crépuscules *
personne se croise songeur-
méconnu de lui-même*

 

Ses mots, telles des éclaboussures issues de leurs cavernes, prennent forme en de surprenants jaillissements. Puissance d'images cristallines et contresens naturels s'intriquent dans des mêlées où s'étranglent, pêle-mêle, des vocables rares et des expressions aux limes de la syncope.


Y renaissent et s'y bousculent incantations aux aguets, néant pavé de solitude, clameurs et sirènes.


À noter de curieuses astérisques en fin de lignes, comme s'il s'agissait là d'une ponctuation nouvelle ou d'un code suintant du fond des âges.


Avec un lyrisme hors du commun et que d'aucuns qualifient de post-romantique, Shishmanian évoque, tel un fil rouge, l'amour indicible d'Orphée, l'enfer d'Eurydice, l'inénarrable lien et les failles entre les êtres, au-delà des contingences.


Et l'auteur de conclure :
je scrute -tenant personne par la main-
des amnésies qui dépassent l'anamnèse-
je la vide des pas et de la substance de l'ouïe
où elle s'était incrustée- jusqu'à ce que j'oublie
toutes les différences qui me crucifiaient *

 La poésie, est-elle, quelque part, un espace privilégié pour une fusion inachevée du réel et de l'irréel : lunaisons singulières, prières et vibrations laïques, entrelacs chamaniques de mots et d'absolu en quête de transcendance ?

©Claude Luezior


 

 

 


 
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21 janvier 2022 5 21 /01 /janvier /2022 07:31
Travail personnel, Domaine public, wikimedia


 

              Samothrace a perdu la tête
                les bras m’en tombent dit Vénus
                Prenez-en du poil de la bête
                et laissez là votre rictus

 

                C’est assez dire que pour plaire
                un certain manque ne nuit guère
                Ainsi moi qui ai peu d’esprit
                je compte bon nombre d’amis

 

                On voit combien la bienveillance
                vient à bout des insuffisances
                pour peu qu’elles soient bien portées
                soit dit en toute humilité

 

                ©Pierre Guérande 

 

 

 

 

 

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