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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 07:45
Don Juan aux enfers – Charles Baudelaire
Jean André RIXENS (1846 - 1924) – Don Juan
 
 
 
 
 
Quand Don Juan descendit vers l'onde souterraine
Et lorsqu'il eut donné son obole à Charon,
Un sombre mendiant, l'œil fier comme Antisthène,
D'un bras vengeur et fort saisit chaque aviron.
 
Montrant leurs seins pendants et leurs robes ouvertes,
Des femmes se tordaient sous le noir firmament,
Et, comme un grand troupeau de victimes offertes,
Derrière lui traînaient un long mugissement.
 
Sganarelle en riant lui réclamait ses gages,
Tandis que Don Luis avec un doigt tremblant
Montrait à tous les morts errant sur les rivages
Le fils audacieux qui railla son front blanc.
 
Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire,
Près de l'époux perfide et qui fut son amant,
Semblait lui réclamer un suprême sourire
Où brillât la douceur de son premier serment.
 
Tout droit dans son armure, un grand homme de pierre
Se tenait à la barre et coupait le flot noir ;
Mais le calme héros, courbé sur sa rapière,
Regardait le sillage et ne daignait rien voir.
 
©Charles Baudelaire
 

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 07:55
Le vin clairet de l’aventure – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Fanette a mis dans son sac à dos, du pain, du fromage, des fruits secs et une chanson à boire, à boire le vin clairet et requinquant de l’aventure, un vin qui pétille et fouette l’imagination, un vin suave et gouleyant qui vous fait dire : « C’est extraordinaire de se sentir vivre, de s’abandonner à la vie… » Et puis elle a chaussé ses gros souliers, elle a mis son vieux chapeau de paille et elle est sortie, le cœur en fête. Le soleil dansait sur une sonate de printemps, il dansait avec le vent, un vent ivre d’avoir goûté aux sucs des fleurs, un vent qui sentait bon le genêt, la menthe et la reine des prés, un vent qui avait le vin gai et sifflotait une rengaine.
 
Elle a suivi un sentier, tissé de feuilles, de mousse et de lichen. Le silence n’était rompu que par le chant des oiseaux et le clapotis d’un ruisseau où se goinfraient des libellules, tout près d’un minuscule marché de fleurs sauvages. Elle marchait lentement, prenait le temps d’écouter la fête secrète, de s’émerveiller d’un papillon aux couleurs vives, d’une écorce, d’une corolle. Toutes ces beautés entraient en elle pour la fleurir de l’intérieur. « S’émerveiller disait-elle, c’est se mettre en état de création, c’est revenir au premier matin du monde… »
 
Soudain, une cigogne noire surgit d’un buisson et d’un air guindé, demanda l’heure. La tête à peine tourneboulée par cette apparition insolite, elle répondit du tac au tac : « Il est l’heure de danser la passacaille ! »
« Alors, dansons, dit l’échassier ! »
 
La Fanette rayonnait, buvait à petites lampées le vin doux de l’instant présent et savourait l’ivresse des hauteurs du vivre…
 
©Michèle Freud


 

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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 07:33
Légèreté – Denise Bernhardt
 
 
 
 
 
Ils dérivaient au hasard de l’espace
En fragments de bonheur.
Perdus dans les pulsations d’étoiles,
Bercés par les mouvances bleues
Des galaxies.
Ce n’était rien,
Qu’un homme et une femme
Ayant rapproché leurs cœurs
De l’infini,
Ayant risqué un jeu en demi-teintes
Pour un plaisir sublimé
Où ils mentaient l’un et l’autre.
Instants délicieux
En dehors de la vie
Venant s’abîmer
Dans la vanité des jours.

© Denise Bernhardt

Extrait du recueil de Denise Bernhardt, « La mangrove du désir », aux éditions Le chasseur abstrait.




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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 07:41
Et caetera – Luce Péclard
 
 
 
 
 
J’aime le mot et caetera
Car il laisse entrouvert
Le chemin du possible,
Un espace de liberté.
 
Veux-tu t’y rallier aussi ?
Explorer un fragment du temps,
De nouveaux lieux et d’autres choses ?
 
Cela n’a guère d’importance
Si chacun, dans le mouvement,
Choisit sa propre direction.
 
On aura fait ensemble
Un certain bout de route.
 
Puis tu partiras en avant
Et je resterai en arrière,
Ou peut-être vice versa,
C’est bien égal, et caetera.

© Luce Péclard
 
Extrait du recueil de Luce Péclard, « LA FORCE DE L'ELAN » aux éditions du Madrier
 
 
 
 
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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 07:35
Demain, dès l'aube... – Victor Hugo
 
 
 
 
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.


Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.


Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
 
Victor Hugo
3 Septembre 1847
 
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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 07:40
L’âme – Victor Varjac
 
 
 
 
L’âme
toujours trop près
du monde
ne perçoit
que l’anéantissement
du peuple d’un séjour…
tout s’échappe
des mains de la chair
dont l’obstination
dérisoire
ne sert d’alibi
qu’au vent
de nos actes…
 
La chute est entrée
sans preuve
et sans promesse
dans la maison
des hommes
comme un souffle
qui se livre
pour mieux ensemencer
une image plus forte !
 
©Victor Varjac
Antibes, novembre 1998

Extrait de « LE CHEMIN DES RÊVES » aux éditions Chemins de Plume




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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 07:45
DADA-démiurge – Béatrice Pailler
Paul Delvaux
 
 
Dandy dantesque en damas de daim, dans la dé-cadence des día-logues, DADA déshabille demain, délivre des donneurs à dire ; déchire, dévore, digère, défèque, les doctes dogmes des dogues donneurs d’ordres.
Ainsi, DADA-Durgā, dévêtue, déploie ses dunes de désirs devant DADA-dents-dures qui aux doutes du destin, déboute dieu.
Alors, derviche déculotté, DADA débonde dard durci aux décolletés des duègnes, aux déduits des donzelles.
Et DADA-démiurge en dentelles diurnes darde déviant et danse, danse dans le déni des déités, le dédain des diktats et danse, danse aux déserts déso-pilés, dédales du désastre.
 
©Béatrice Pailler
Revue SOUFFLES Les écrivains Méditerranéens
N° 252-253 « Mon Grand DADA » Août 2016
 
 
 
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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 07:40
Mal entendu – Michel Duprez
 
 
 
 
 
Nous lui faisons observer
qu'il avait mal entendu
dès qu'il a mis le doigt
sur la pensée odorante
dont la saveur de sa langue
tirait presque tout son miel.
 
Ayant bien mal entendu
et l'intention de reconnaître
le fait qu'il s'était planté,
il s'est dit réjoui à l'idée
que des propos si délicats
aient pu germer dans son esprit.
 
Encore un malentendu ?
Peut-être...
Mais si ce qu'attend le poète
n'est pas toujours ce qu'il entend,
pourquoi n'apprécierait-il pas
tous ces moments de délice
survenus à l'improviste
et donc, bien entendu,
tout à fait par hasard ?
 
©Michel Duprez
 
 
 
 
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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 07:45
Mon rêve, mon utopie – Djida Cherfi
 
 
 
 
J'ai jeté l'ancre il y a longtemps,
pour aimer sans condition.
Mon lieu de prédilection,
une terre déserte d'ambition.
J'y ai créé et bâti des rêves avec talent.
J'y ai logé des gens,
des femmes et des hommes différents.
J'ai fait place à la joie de vivre avec les éclats de rire de l'innocence.
J'y ai abrité la différence, l'amour et la nonchalance.
De cette terre j'étais devenue la reine,
pour un temps, unique souveraine.
Temps ou bonheur rimait avec soleil et,
ou je croyais mon utopie éternelle, sans aucun danger potentiel.
L'esprit tranquille là-bas,
je laissais passer le temps et le monde devant moi...
J'ai donné vie à des enfants,
certains sont morts d'autres vivants.
Ils ont grandi dans l'innocence et la prudence,
ils ont basculé dans le le monde de Blake et son expérience !
J'ai essayé de donner la vie à la vie,
ça reste mon rêve, mon utopie.
 
©Djida Cherfi
06/04/2016.
 
 
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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 07:42
Hommage à l’œuvre du peintre « intuitiste » Franco Cossutta « Le Christ évanescent » - Michel Bénard
©Franco Cossutta Le Christ évanescent
 
 
 
 
On dit de Lui
Qu’il fût le fils de « l’Homme ».
Aujourd’hui il n’est plus
Qu’une lumineuse espérance,
Une fragile et volatile évanescence,
Une inconsciente entité.
Il est là, telle une blessure
En souffrance d’humanité.
Ses ondes vibrent à l’infini,
Se font l’émanation du sublime
Du souffle universel,
De la respiration cosmique.
Christ de douleur,
Christ de torpeur,
Christ de la passion
Et des hautes transcendances,
Témoin de l’effroyable constat,
Du chaos pandémiques des religions.
Issu de l’inconnu, modelé
Aux mystères de la création.
Avatar miroir de deux mille ans d’histoire
D’une humanité humiliée, bafouée, stigmatisée.
Christ rédempteur d’un monde
Où chacun tente de retrouver
Les fragments perdus,
Non pas d’une éphémère vérité,
Mais d’une hypothétique Parole prophétique.
 
©Michel Bénard.

 
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