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1 août 2023 2 01 /08 /août /2023 06:56

Les Poètes Français, 160 p.

 

     
       Peindre les mots. Ecrire les couleurs. Et par les uns et les autres, sceller le mariage du tableau et du poème, donner forme à l’intime(…) L’introduction de Hafid Gafaïti est superbe et invite à la contemplation de cet ouvrage à quatre mains.


      Au gré des turbulences du verbe et du pinceau non figuratif sous lequel émergent pourtant çà et là un visage, le Mont St-Michel, un soleil, une forêt des brumes, nous oscillons dans les frémissements de créations multiples. D’aucuns auraient attendu une relation davantage évidente entre le texte et les tableaux, mais il est vrai que les premiers ne sont pas là pour expliquer les seconds.  Il s’agit donc à mon sens, la plupart du temps, d’une potentialisation assumée par les auteurs, plutôt que d’une synergie. Cela dit, on est interloqué par la beauté qui fascine.


         Les toiles d’Eliane Hurtado ont ce quelque chose de mystérieux, sans artifice ni mièvrerie, tant le trait est vif, le sujet mouvementé, les fréquents camaïeux de bleus, aériens mais également profonds. Ils s’inscrivent, au deuxième degré, parfaitement dans la geste de Michel Bénard et constituent une manière de chorégraphie stellaire propice aux mirages et aux rêves. Ces élans graphiques et ces éclipses sans cesse nourrissent, peut-être sans même le vouloir, les textes de Bénard.  Notons que la peintre est également poète. En attestent sa biographie mais également les titres de ses œuvres : fulgurance acrylique, gestuelle, gouttes d’or, grisaille azurée…


       Se dégage de ce recueil, sous la plume confirmée de l’écrivain, un étirement du temps et du recueillement (La lettre en majuscule se pose / Sur un fond de silence ) : non pas dans la solitude mais en une sorte de sérénité ciselée, voire de transcendance créative :


Le souffle d’un recueillement m’effleure
Un silence contemplatif me transporte
Sur le seuil d’un autel d’extase


   Sachant que l’amour est un constant axe de vie dans la poésie de Michel Bénard :


Buvons les eaux lustrales
Jusqu’à l’ivresse extrême,
Consumons-nous lentement
Dans les feux de la passion


          Légendes et mythes s’embrasent au fil des pages, parfois en prières laïques. Errances d’enluminures en reflets de ces vers insondables.


          Talismans partagés.


       Ecriture maîtrisée, chaleureuse, qui rejoint crayons et pinceaux de l’artiste-peintre dans ses arabesques, ses tourbillons et ses harpes, pour un plus haut, pour un plus beau, avec une infinie minutie, un point rouge définissant l’horizon, l’inaccessible.


   Véritables miroirs mutuels : encre et pigments, comme l’éloquence d’un intemporel.

 

 

                                                              

©Claude Luezior  

 
 
 
 
 
 
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31 juillet 2023 1 31 /07 /juillet /2023 06:43

Recension : - Claude LUEZIOR – Au démêloir des heures –  Postface Alain Breton -  Liminaire de l’auteur - Editions Librairie-Galerie Racine -Paris- Illustration Diana Rachmuth – Format 13x21 – Nombre de pages 93 -  Avril 2023 –

 

 

Après son remarquable ouvrage : - Sur les franges de l’essentiel. – suivi d’ – Ecritures – Claude Luezior nous revient avec une œuvre clé de haute et forte densité – Au démêloir des heures – un temps de questionnement qu’il dépose devant nous entre la vie, la survie et la pertinence de la folie. « C’est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fou. » nous rappelle Erasme, lorsque « L’esprit de l’homme est ainsi fait que le mensonge a cent fois plus de prise sur lui que la vérité. »   

Le rêve nous transporte toujours au-delà de nous-même, il surpasse le commun et nous place devant le miroir aux illusions. Le poète nous le confirme, nous vivons dans un monde masqué de doute, la permanence d’une pantomime, juste est de constater que le carnaval est permanent au pays des bouffons.

Claude Luezior donne la cadence à ses vers ainsi qu’il ressent le rythme de la vie, dont les rituels barbares ne sont jamais très éloignés. Notre poète déploie ce don d’user de subtiles métaphores, son langage se déroulant dans un rythme fractionné, se veut parfois quelque peu hermétique et pourtant il se fait révélation.

Dans les rêves mystérieux de la nuit scintille toujours une petite lueur « scories » repoussant les impossibles, les interdits où le poète va toujours au-delà des silences.

Le temps, éternel dilemme, si long et pourtant si fuyant, ne cesse de nous surprendre. Le poète le confirme, ça le rassure, il serait bon d’écarter l’heure qui bat au rythme du cœur. L’existence ne laisse parfois même plus le temps du rêve, il passe silencieux et déjà il s’efface. « Le temps de se perdre de suspendre son vol.../... »

Claude Luezior a son mode d’expression, son code d’écriture, il nous surprend, nous atteint en revers par la bande, il faut savoir et pouvoir mériter sa poésie, elle ne se donne pas, comme une jolie femme elle se livre au jeu des désirs «.../... paradis des sirènes ? »  

La poésie ne porterait-elle pas ses accents de folie d’orgueil et de vanité, dansant avec les bouffons et les farfadets. Cependant ne nous méprenons pas elle nous oriente toujours vers la vérité, qui transmute dans l’athanor de l’alchimiste-poète, avec en perspective ce vieil espoir de voir la parole se transformer en or.    

Parfois Claude Luezior s’abandonne, il se libère, il conjure le sort et défie les outrances,

les démesures, il joue de la dérision et provoque les marabouts de toutes obédiences, jusqu’à la délivrance.

Amoureux inconditionnel de l’art et de la peinture notre ami nous brosse d’étranges scènes en variations multiples, il compose des requiem, des aubes neuves, des horizons nouveaux « la lueur déchire les tulles de l’horizon c’est l’outrage » Il ose parfois le sacrifice jusqu’à la décapitation du soleil sur un horizon sanglant.

  Par la poésie il est possible de créer un monde étrange et singulier de renverser les codes, d’ouvrir les portes du fantastique et de l’imaginaire « Le fou des cartes en mon royaume aurait-il les clefs ? »

Claude Luezior joue avec la transgression, outrepasse les règles, déambule comme un somnambule ébloui qui bouscule l’ordre établi.

Le temps du grand questionnement s’impose, tout est vulnérable, par la parole cryptée le poète serait-il le gardien inconscient d’un langage rescapé, serait-il le conservateur des anciennes connaissances, des anciens savoirs alors que tout va sombrer dans le despotisme  de l’intelligence artificielle et de la numérisation qui s’effacera probablement dans vingt ou trente ans ! Jamais la mémoire ne fut autant en péril. « Tant que nos osmoses partagent leur destin nous recréerons l’éphémère. » Nous sommes dans un monde en perte de mémoire.

Restons sur le degré de la dérision et si les tatouages étaient les garants d’une certaine mémoire des signes et des sentiments. « devant moi cette présence tatouée d’encre mutante »

Le poète a ce besoin de préserver sa part d’innocence, d’étonnement, tel un enfant il boit au sein de la vie, symbole de pureté parfumé d’encens comme une chevelure de femme.

Puisse encore Claude Luezior nous conduire sur les voies détournées allant jusqu’ « Au démêloir des heures » où nous boirons aux sources de la lumière et de l’éloquence.

Nous pourrons croire alors que « Ce fut le jour d’après le grand silence : un jour d’apothéose, peut-être. »

 

Michel Bénard.
Lauréat de l’Académie française.
Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

     
 
 
 

 

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30 juillet 2023 7 30 /07 /juillet /2023 06:51


 

Le balancier de l’été éveille notre sensibilité en nous rappelant qu’il faut étudier les grands anciens et être à l’écoute de la nature : deux piliers à suivre sans rigorisme ni puritanisme.
 
Le jour se lève à Roche Savine.
L’étoffe subtile d’un bleu habille de fraîcheur l’ubac.
L’eau agile d’une cascade danse avec les reines des près, blancs toupets odorants bourdonnant d’abeilles.
Le chemin blond fleuri de digitales décline les couleurs du Haut Livradois.
 
L’Auvergne tisse les fils bleutés d’un conte tandis que les feux hurlent et dévorent les cinq continents.
A trois heures d’ici, la Grèce est la proie des flammes.
La sainte montagne d’Athos n’y peut rien. En vain les flots murmures des prières. Inutiles incantations.
L’Acropole d’Athènes s’envole dans un nuage de cendres. Phidias et Périclès pleurent.
Prométhée a de nouveau dérobé le feu. Athéna revient.
Heureusement, le portique des Caryatides demeure vivant dans la lumière sacrée de l’Erechthéion.
L’Ether lumineux qui baignait le sommet de l’Olympe vient aujourd’hui incendier le char de l’aurige.
Mais que sont devenus les chants d’allégresse du peuple des Hellènes, la plume des poètes guidés par la voix des Muses ?
Pourquoi brûler la lyre d’Orphée ?
Le Sphinx ailé gardien de l’Oracle va-t-il triompher des torches de titans aveugles ?
 
Vague après vague, j’entends chanter Sappho qui, sur son île de Lesbos, continue à servir la beauté.
Qu’arrive l’éternelle eau nourricière pour fleurir les prairies d’asphodèles.
Gageons que demain la plénitude habitera le cœur des hommes pour que l’horizon devienne l’éminence où l’on ignorera l’indifférence, la violence et la haine.
 
De retour au village de Roche Savine, je mesure la densité de la Terre Mère, la source fécondante des saisons servie par les forces puissantes de la nature.
 
Trois jeunes crécerelles plongent vers l’étang des Escures.
 
Le soir descend, j’écoute le ruissellement du temps.

 

©Roland Souchon
le 22 juillet 2023

 
 www.rolandsouchon.com
 

 

 

 

 

 

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29 juillet 2023 6 29 /07 /juillet /2023 06:47

 

 

 

 

Je ne jouerai plus à la guerre, ses cris sont à jamais bloqués dans mon estomac. Mots et maux encombrent l’horizon, je ne sais en délivrer le son.

 

J’ai vague souvenir de hoquets douloureux, vomis en bordure de fossé. L’herbe était si verte que j’étais honteuse de la souiller, coupable ainsi de retarder la fuite des adultes. Ils nommaient cela s’évacuer.

Je me rappelle avoir scruté le ciel, d’y deviner des drones vicieux camouflés sous le plomb des nuages. Leurs plaintes demeuraient silencieuses.

 

Je garde de ces faits de guerre une étrange responsabilité. De France, d’Irak ou d’Ukraine, une même peur lovée dans la chair, sensation d’interdit et impression douteuse d’en être et d’y avoir participé.

 

Devrai-je à jamais me sentir solidaire du chant des « sirènes » ? Celles-là faisaient gémir les chiens. Le père disait : « Les voilà qui hurlent encore à la mort ».

 

Je ne serai plus jamais la chienne de ces chiens.

 


©Jeannine DION-GUERIN

 
 

 

 

 

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28 juillet 2023 5 28 /07 /juillet /2023 06:34

Photo Ellen Renneboog©

 

Ce que je ne te dirai jamais
Te rappelles-tu de la plage
Au détour d'une côte escarpée
En silence tu m'as regardée
Une ivresse sur ton visage
C'est alors que j'ai réalisé
Que plus que ces paysages
C’est toi que j’ai aimé.

 

©Ellen Renneboog

Extrait du recueil « Poèmes pour P. » disponible chez Amazon.                           
 
 
 

 

 

 

 

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26 juillet 2023 3 26 /07 /juillet /2023 09:23

  11 mai 1979 - RTS                                                                                                        

Toutefois, le souci d’un sain communautarisme qui habite l’auteur depuis sa jeunesse incite à penser que c’est en conscience – en pleine conscience – qu’il cherche à déborder des frontières étroites de l’ ego pour incarner plutôt une subjectivité interpersonnelle.

De là à penser que l’écriture « bipolaire » de Claude Roy puisse être projective d’une attitude assez fondamentale, il n’y a évidemment pas un océan à franchir. Curieusement, le roman Le Malheur d’aimer qui date de 1958 traduit lui aussi cette indécision face à l’engagement profond et indéfectible, cette fois dans l’amour et quand bien même il apparaît totalement partagé. C’est vrai, aussi, que c’est donc l’année qui lui fera connaître enfin un amour sans équivoque.

Risquons un rapprochement avec le jugement -sur un tout autre plan - de Maria Van Rysselberghe (***) qui, dans ses Cahiers, relatait une rencontre de Claude avec Gide en octobre 1941 : « nettement de droite avant la guerre, il ne reconnaît plus son idéal depuis qu’on l’applique ; mal à l’aise partout, tâtant de tous les groupements, de toutes les directions sans pouvoir adhérer à aucune ». L’opinion toujours extra-lucide d’Edgard Morin ne dit pas autre chose : « Claude Roy, comme tout naïf stalinien, avait peur de lui-même … Le parti est notre garde-fou, me disait-il comme si nous étions des déments. Et sans doute son esprit un peu tout-fou, toujours prêt à adhérer à tout et à rien, trop léger de sa gentillesse universelle, avait besoin d’un centre de gravité, d’un tissu conjonctif, d’un squelette » (5).

Fort heureusement, l’auteur s’est largement ressaisi de ces atermoiements en s’affirmant aux plans politiques et philosophiques, mais également affectifs, pour ne garder ce trait (comme une coquetterie ? Comme une signature ?) que dans l’écriture. Sa fidélité en amour comme en amitié, même à l’égard d’un être d’un autre temps (L’ami qui venait de l’an mil) devint exceptionnelle. On ne saurait taire sa vénération pour le couple Anne et Gérard Philipe, elle comme sinologue avertie et lui comme idole du théâtre décédé tellement jeune et dont la génération actuelle imagine à peine le rayonnement dans toute la Francité. Mais un culte non moins grand est réservé par exemple à Octavio Paz, de passage à Paris en 1995, mais longtemps « courtisé » avant cette rencontre ultime.

 

 Au service de la droiture, le talent.

 

Nous avons longuement envisagé le style et bien plus sommairement les sujets de l’écriture de Roy ! Ne le quittons pas sans souligner encore son art de « camper » (le mot nous semble approprié) la physionomie et le profil psychologique de ses personnages : il y a là de la causticité, parfois, mais aussi de l’adoration (n’ayons pas peur du mot !) qui donneraient bien envie de troquer cette manière contre toutes les descriptions techniques de la biométrie et de la caractérologie ! Choisissons peut-être un échantillon de chaque tendance, la gentîment moqueuse et la finement admirative : On commence par laquelle ?

Le visage en triangle, front de proue, menton de brise-glace, et le double rond des lunettes-hublot il ressemblait à une lame de ressort qui fait dzing constamment. C’était un ressort d’acier à l’accent alsacien, et deux fois martelé : par l’énergie impérieuse et les accents toniques de l’allemand. (…). Il avait construit des maisons. Il allait reconstruire le monde. Il était, il est resté, pur comme un tire-ligne, modeste comme un fil à plomb et entêté comme une équerre (Nous, p. 43).

Mais voici pour illustrer la phase dévotion admirative, une évocation de Jean Paulhan, éminent représentant de la NRF dont il avait été évincé pendant la guerre :

Paulhan avait l’esprit biseauté, une malice parfois perverse, une ironie à étages, comme les fusées spatiales. Mais le désintéressement était fondamental chez lui. Il commençait ses journées en écrivant dis ou quinze lettres et billets, qui avaient comme dénominateur commun le souci des autres, le désir d’aider leur travail, de les encourager à accomplir leurs dons, de perfectionner leurs manuscrits, de découvrir des êtres humains intéressants (Le Rivage des jours, p. 167).

Honorer la figure d’honnête homme et d’écrivain de Claude Roy ne serait pas complet sans un écho final à sa carrière de chroniqueur dont la qualité vient se greffer avantageusement à toutes celles déjà évoquées ici : ce n’est effectivement pas négligeable que d’avoir donné, notamment, une vision fidèle de la Chine de son temps, lorsqu’on est soi-même entouré de fins sinologues comme Anne Philipe mais aussi Simon Leys qui rend hommage à sa clairvoyance.

Notre compatriote salue « le rare courage de Claude Roy, d’autant plus admirable que son activité journalistique s’est principalement exercée dans des endroits où la terreur de ne pas paraître suffisamment à gauche atteignit parfois des proportions paniques » (Essais sur la Chine, Bouquins, Laffont 1998).

Ainsi donc, notre auteur, parfois taxé d’hésitation voire d’aller-retour entre idéologies, se voit-il consacré par un commentateur hautement avisé pour sa fidélité jamais démentie envers ses idéaux de déconstruction de toute forme d’absolutisme, fût-ce au risque de se départir des sympathies d’une fraction de penseurs et de clans politiques infiniment proches.

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(1) nous reprenons là une expression de l’astronome Bernard Lyot, son ami, qui disait textuellement trouver chez Claude Roy une « lunette d’approche dans le cœur ».

(2) non encore devenu le futur témoin pathétique de Buchenwald.

(3) fille de M. Monnom, l’éditeur bruxellois de Verhaeren, et épouse du peintre Théo Van Rysselberghe, parfois dénommée la petite dame d’André Gide dont elle fut la confidente.

(4) Prenons à dessein quelques citations tirées de Un seul poème (1954) et de Le Rivage des jours (1992) : Un autre me répond, un autre ou bien personne (USP p. 96) Il semble qu’il vécut  II semble qu’il rêva Il semble qu’il aima (p. 93). Quelqu’un qui était moi sans l’être tout à fait (p. 94). J’entends quelqu’un un peut-être moi ou bien l’autre qui serait moi (p. 121). Il sent que quelque chose lui manque, mais il ne sait pas quoi (LRDJ p. 46) ; Dans cette nuit d’été qui n’a pas existé (p. 148).

(5) Il est toutefois piquant de lire, sous la plume de Claude Roy lui-même, l’attribution de cette  même attitude et d’une naïveté toute pareille à Jean-Paul Sartre, son Mentor, et ce des années plus tard. « Dans son horreur (non anti-communiste) du Parti communiste il conservait cependant une image un peu romantique, et je crois bien naïve, de ce qu’était « le Parti ». (…) Les « compagnons de route » respectaient trois fois le « le Parti » : parce qu’il était une force, parce qu’il s’appuyait sur eux, et parce qu’ils n’en étaient pas » (Le rivage des jours 1990-1991).

Références

 

Cingal Grégory, https://maitron.fr/spip.php?article172057.

Fonds Claude Roy (Bibliothèque littéraire Jacques Doucet)

 

©Pierre Guérande

       
 

 

       
 
 
 

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26 juillet 2023 3 26 /07 /juillet /2023 06:52

Claude Roy, Paris, 1986

 

 

 


Claude Roy n’est certes pas le plus connu, notamment hors frontières françaises, des auteurs francophones du XXe siècle : en revanche, il a lui-même connu tout le monde au sein des grands noms de ce siècle et cela bien au-delà des limites de son pays. Sa passion d’écrire s’est traduite par une bibliographie impressionnante mais aussi une diversité peu commune des genres abordés : la poésie, que lui-même aurait placée en tête, mais aussi le roman, l’essai, les carnets de voyage et les carnets intimes, et tout cela réparti sans faille au long de ce siècle si bousculé dont il aura connu la quasi-totalité en naissant en 1915, à l’aube de la grande guerre, et en décédant en 1997, invariablement à Paris.


Ce n’est pas, pour autant, que Paris ait été son séjour permanent, tant il a pu visiter de contrées lointaines et tant la géopolitique a pu lui inspirer d’ouvrages : mais procédons peut-être par tranches de vie, comme il a pu lui-même le faire à travers ses écrits, car sa biographie explique grandement sa physionomie littéraire et n’est vraiment pas ici sans intérêt.


Il semble avoir été très tôt voué à côtoyer de futures gloires, et cela commence, entre Jarnac et Angoulême, par ses études en compagnie de François Mitterand.  Bientôt étudiant en droit à Paris, il milite dans les rangs de L’Action Française et publie dans l’organe de la presse maurassienne, L’Etudiant français, et la revue Combat, animée notamment par Thierry Maulnier. Il se lie d’amitié avec Robert Brasillach qu’il rencontre chez Jules Supervielle. En même temps, il se désolidarise du ton xénophobe de plus en plus affiché par les organes comme Je suis Partout, où lui-même n’aborde que des sujets littéraires.


Mobilisé au 503ème régiment des chars de combat, il participe à de violents échanges de tirs dans la Meuse peu avant l’armistice. Faut prisonnier dans la zone de Verdun combien évocatrice, il s’évade et rompt avec le journal Je suis Partout et passe en zone libre grâce à de faux-papiers obtenus de Jean Paulhan et d’Adrienne Monnier, libraire et grande protectrice des arts.


Même en exil forcé à Marseille, il ne renonce pas à sa vocation artistique en intégrant le groupe Jeune France, créé par Pierre Schaeffer, le futur découvreur de la musique concrète, où il anime des émissions à la radiodiffusion nationale. Patriote jusque dans sa vocation poétique, il multiplie les contacts avec la jeunesse littéraire et notamment avec Aragon qui l’achemine vers le Parti communiste en 1943. Ensuite c’est de Paul Eluard qu’il fait la connaissance, une amitié qui ne les quittera plus.


Il participe alors à la libération de Paris, d’où il tire un livre-reportage qui fit sensation (Les yeux ouverts dans Paris insurgé). Ce passionnant témoignage vaut tous les films d’époque et figurera dans la second tome de sa trilogie autobiographique (Moi Je, Nous et Somme toute) ultérieurement. Suivant, en tant que correspondant de guerre, l’avancée des alliés en Allemagne, il vit une autre libération, celle du camp de Bergen-Belsen qui le foudroie littéralement pendant des mois. S’ensuit l’affreuse période de l’épuration où il aurait rétracté sa signature, sous la pression du parti, visant à gracier son ami Brasillach, dont on sait les dérives collaborationnistes avec le Troisième Reich. Bien d’autres artistes de ses connaissances signent la pétition que rejettera finalement de Gaulle.


La vie intellectuelle reprend ses droits avec de nouvelles et d’anciennes figures du Parti comme Eluard, Picasso, Aragon mais aussi Marguerite Duras, Edgard Morin parmi d’autres figures françaises moins familières à des yeux étrangers. S’engage dans ce contexte hyperactif une vraie vie consacrée aux voyages et aux lettres qui n’est pas sans rappeler l’existence de Max-Pol Fouchet, son strict contemporain. Ses livres les plus remarqués (Clefs pour l’Amérique, Clefs pour la Chine) autorisent ses prises de position viriles, aux côtés de Jean-Paul Sartre, son idole, mais aussi de Roger Vailland, Jacques Prévert ou Vercors, contre l’insurrection hongroise en 1956. Passons sur ses relations tumultueuses avec le Parti communiste dont il se détourne, comme tant d’élites de son temps, et revenons davantage sur son constat désabusé du stalinisme ou sa tardive opposition à la guerre d’Algérie, quand il co-signe le Manifeste des 121. Son horreur du totalitarisme, de la torture, de toute répression devient le leit-motiv de ses interventions dans la presse. C’est dans les colonnes du Nouvel Observateur qu’il commentera désormais des ouvrages comme La révolution introuvable de Raymond Aron ou du Premier Cercle de Soljénitsyne. Il n’est pas à Paris lors des événements de mai 1968, où sa place semblait toute faite, peut-être, mais sa croisade continue à propos d’autres chapitres internationaux.


En 1958 encore, il se remarie avec Loleh Bellon, comédienne et dramaturge, elle-même divorcée de Jorge Semprun (2): cette union sera le « bonheur d’aimer », contrairement au titre de l’un des romans de ses débuts et alors qu’un certain échangisme, pris dans une acception plus qu’honorable d’ailleurs, prend place dans les rangs des artistes, comme pour Gala devenant Madame Salvador Dali après avoir été l’épouse d’Eluard.


Or, entre Claude et Loleh, ce sera cet « amour de diamant », comme elle le décrira finement, et c’est elle qui escortera sans faiblesse un mari qui se sait cancéreux de longue date, et auquel elle ne survivra que quelques mois, à la veille du XXIème siècle.
 
Le style en poche
 
Il est pour le moins étonnant de voir coexister chez Claude Roy, comme aussi chez Apollinaire avant lui, des odes des plus sublimes à côté de textes nettement plus quotidiens dont le langage autant que l’intention semblent tomber sous le sens. Or, ce n’est nullement une question d’âge : le sublime peut avoir été conçu très jeune, et le quotidien bien plus tard ! Mais commençons donc par évoquer telle page irrésistiblement inspirée, écrite en 1984 :
                                                
                                           Tant je l’ai regardée           caressée           merveillée
                                           et tant j’ai dit son nom à voix haute et silence
                                           le chuchotant au vent          le confiant au sommeil
                                           tant ma pensée sur elle s’est posée           reposée
                                           mouette sur la voile au grand large de mer
                                           que même si la route où nous marchons l’amble    
                                           ne fut et ne sera qu’un battement de cil du temps
                                           qui oubliera bientôt qu’il nous a vus ensemble
                                           je lui dis chaque jour merci d’être là
                                           et même séparés                son ombre sur un mur
                                           s’étonne de sentir mon ombre qui l’effleure

                                                                                                            (A la lisière du temps)


Par contraste, voici la conclusion mignonne et cependant plus tardive (1990-1991) de Souvenir de l’île de Ré :
                                                             Quand ma préférence sera de retour
                                                              nous éplucherons tous deux les pommes de terre
                                                              puis nous irons nager avant le déjeûner
                                                              sur la plage où la mer est de si bonne humeur

                                                                                                          (Le Rivage des jours)
 
Quelquefois, cette poésie confine à la simplicité des ritournelles d’antan, bien apte à rappeler que notre auteur fut un inégalable conteur de textes pour enfants :
                                                                A Réaumur-Sébastopol
                                                               J’ai rencontré mon ami Paul
                                                               À Saint-Maur et Ménilmontant
                                                               J’ai dû quitter mon ami Jean

                                                                                                       (Un seul poème)
 
On le voit, la poésie de Roy s’assimile résolument à une déclaration d’amour à la vie, non sans comporter presque perpétuellement une inquiétude sous-jacente qui est, elle aussi, bien palpable en  d’autres pages.


Un trait particulièrement présent ici sera l’expression d’une hésitation subie ou voulue entre les deux pôles d’une alternative vécue ou à vivre : serait-ce un simple procédé de style qu’on ne le découvrirait pas aussi intensément : ainsi, cette phrase qui conclut significativement Le Rivage des jours :


                                                             Quelqu’un m’attend. Je ne sais pas où. Il ne sait pas qui,
                                                              Nous ne savons pas quand.
                                
Cette tendance à l’indécision témoigne, à n’en pas douter, d’une fragilité ressentie face à l’exigence de choix que requiert invariablement toute existence, or les allusions en sont légion chez notre auteur : bien plus, c’est même l’hésitation quant à être soi ou autrui, ou encore quant à exister « pour de vrai » qui taraude par moments l’écrivain (4).


Un texte intitulé Le portrait modèle illustre particulièrement cette tendance au nihilisme, voire à la dépersonnalisation, comme il faut bien la nommer :
                                                                J’entre et je sors de vrais miroirs
                                                                Ils n’auront rien gardé de moi
                                                                La nuit efface au tableau noir
                                                                L’apparence qui se croit moi.

                                                                                                   (Un seul poème)

 

 

Références
 
Cingal Grégory, https://maitron.fr/spip.php?article172057.
Fonds Claude Roy (Bibliothèque littéraire Jacques Doucet)

©Pierre Guérande        
 

 

       
 
 
 

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25 juillet 2023 2 25 /07 /juillet /2023 06:31



traductions par Béatrice Gaudy


Quand verspéral
le vent doucement
a secoué l’arbre
un homme en est tombé
le ventre tout rond
comme un fruit
le ventre rond
de tous les fruits
qu’il venait de manger

           * * *

L’ome Fru

Quorum vesperau
lou vent douçomen
ho boulega l’aubre
un tome en è toumba
lou ventre tout round
coumo un fru
lou ventre round
de tou loü frû
que venio de minja


           * * *

L’uomo frutto

Quando vespertino
il vento dolcemente
ha scosso l'albero
un uomo ne è caduto
il ventre tondo tondo
comme un frutto
il ventre tondo
da tutti i frutti
appena mangiati
 

©Béatrice GAUDY                                                      
 
 
 

 

 

 

 

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24 juillet 2023 1 24 /07 /juillet /2023 06:31

Illustration : Serge Lascar

 


Pris au ciel de ma vie
J’ai suivi une étoile
Filante
Incandescente
Une étoile étincelle
Cruelle
Artificielle.
Ai déployé mes ailes
Via le grâce promise
Conquise, alanguie.
 
Faim de suc et de fruits.
J’ai poursuivi l’étoile
Filante
Incandescente
Astre surnaturel
Artificiel
Fille de lune, de nuit.
 
Puis le jour a jailli.
Finis les rêves de balades
Les lèvres rouges, acidulées
Ingrate destinée
Aphrodite a muté
En une amère marmelade.
Pris au fiel de mes jours
Poèmes et discours
Me suis brûlé les ailes sur l’écorce d’un fruit.

 

 ©Serge Lascar

Nouveaux Cahiers de Poésie              
 
 
 

 

 

 

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23 juillet 2023 7 23 /07 /juillet /2023 06:52

Suite 27 & 28 des « Fatrasies à Reims » - Etienne Fratras

 

©Etienne Fatras                        
 
 
 

 

 

 


 
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