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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 05:43
À quoi bon ?… - Jean Dornac
 
 
 
 
 
À quoi bon être nés
Si c’est pour être battu
Dès les premiers instants
Par des brutes qui paraît-il
Seraient des parents ?
 
À quoi bon être né
Si c’est pour être enrôlé
Toujours innocent gamin
Un fusil dans les mains
Pour faire la guerre des grands ?
 
À quoi bon être né
Si c’est pour crever de misère
D’être écarté du savoir
Au profit de quelques privilégiés
Qui confisquent la vie pour être plus fortunés ?
 
À quoi bon être nés
Si c’est pour être exploités
Par des êtres vils, des moins que rien
Qui se croient importants
Au nom de leurs pouvoirs et rapines ?
 
À quoi bon être nés
Si le corps ou l’âme
Doivent être violés
Par d’immondes obsédés
Du sexe ou de la force physique ?
 
À quoi bon être nés
Si c’est pour n’avoir jamais le droit de dire
Aux puissants leurs quatre vérités
Sans risquer la prison
Ou d’être torturés avant d’être tués ?
 
À quoi bon être nés
Si l’on nous enlève toute liberté
Au nom des morales étriquées
Justes pour assurer le pouvoir politique
Des imbéciles, nos futurs assassins ?
 
À quoi bon être nés
Si après la mort
C’est pour connaître le néant
Ou des brûlures infâmes
Derrière les portes de l’enfer ?
 
À quoi bon créer des œuvres
Elles se perdront dans le labyrinthe du temps
Inutiles, elles disparaîtront
Avec toutes les illusions des vivants
Tant la vacuité est notre seule vérité…
 
À quoi bon être nés,
Je vous le demande
Si vous ne vous posez
Aucune de ces questions
Qui torturent les poètes ?...
 
©Jean Dornac
Lyon, le 29 janvier 2017
 
 


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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 07:55
Elle a choisi le gris – Salah Bekka
 
 
 
 
 
Sans remède dans sa vie,
Elle peine dans un silence,
Elle stagne dans les débris
De sa lointaine romance.
 
Ses yeux sont balayés
Par les cris de son cœur,
Qui lui reste attaché
Au pilot des torpeurs.
 
Elle vit dans la douleur
Sans ressentir le mal,
Elle n’écarte plus l’erreur,
Tout lui paraît normal.
 
Elle a pris comme témoins
Toutes les étoiles du ciel,
Elle noie dans leur chemin
Les p’tites causes de son fiel.
 
Elle déteste son miroir
Qui lui parle au présent,
Elle pleure sans le vouloir
Une fois qu’il est absent.
 
Dans sa chambre, sur son lit,
Elle souffre le traversin,
Puis le mouille, le punit,
Et accuse son destin.
 
Elle a fait de ses anges
Des gardiens de faiblesse,
Dans sa tête elle les range
Comme soldats de tristesse.
 
Des fois elle se ranime,
Dans l’ombre de son blasphème,
Puis se repent et renferme
Les saccades de son âme.
 
Elle dégrade sa toilette
Pour faner sa beauté,
Certains regards l’embêtent
Et lui donnent nervosité ;
 
Sa vision sur les hommes,
Tarde à trouver les yeux
Du vrai porteur de pomme,
Comme l’ont prédit les cieux.
 
Elle fatigue sa mémoire
À nourrir son passé,
Du regret des déboires
Qui la hantent sans arrêt.
 
Elle a choisi le gris
Comme couleur de sa vie,
Le noir pour ses habits,
Pour renforcer l’oubli ;
 
Elle a pris le silence,
Comme étameur d’échos,
Il la lâche dans l’errance
Sans lui mâcher de mots ;
 
Comme une veuve indignée,
Elle se retrouve isolée,
En doutant de sa foi
Quant on évoque la joie ;
 
Elle rejette les plaisirs
Et les choses de la vie,
Elle a comme seul loisir,
Le poids de l’interdit.
 
Comme une fleur de montagne
Qui survit à une guerre,
D’un printemps pris au bagne
D’un interminable hiver,
 
Elle souffre dans un froid
Sous un soleil timide,
Les nuages forment son toit
Et autour d’elle un vide ;
 
Elle attend du néant
Un salut invisible,
Il occupe tout son temps,
Et il la rend amovible,
 
Les années se répètent
Dans ce cycle figé,
Dans son âge elle s’entête,
Et elle vieillit isolée.
 
©Salah BEKKA. Auteur
Fleurs, Épines et Frissons…
Paru au : LES ÉDITIONS DU NET
92150 Suresnes France

 
 


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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 07:43
Transition – Charles Cros
 
 
 
 
                                               A Edouard Manet.
 
 
Le vent, tiède éclaireur de l'assaut du printemps,
Soulève un brouillard vert de bourgeons dans les branches.
La pluie et le soleil, le calme et les autans,
Les bois noirs, sur le ciel, la neige en bandes blanches,
Alternent. La nature a comme dix-sept ans,
Jeune fille énervée, oscillant sur ses hanches,
Riant, pleurant, selon ses caprices flottants.
 
Pas encor le printemps, mais ce n'est plus l'hiver.
Votre âme, ô ma charmante, a ces heures mêlées.
Les branches noires sont pleines d'un brouillard vert.
Les mots méchants et les paroles désolées,
Sur vos lèvres, bouton d'églantine entr'ouvert,
Cessent à mes baisers. Ainsi les giboulées
Fondent, et le gazon s'émaille à découvert.
 
Votre moue est changée en rire à mes baisers,
Comme la neige fond, pâle retardataire,
Aux triomphants rayons du soleil. Apaisés,
Vos yeux, qui me jetaient des regards de panthère,
Sont bien doux maintenant. Chère, vous vous taisez
Comme le vent neigeux et froid vient de se taire.
Votre joue et le soir sont tièdes et rosés.
 
Charles Cros
 
 
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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 07:38
Trois petites notes de lumière – Michèle Freud
 
 
 
 
 
Lumière ! Je m’attarde autour de ce mot, je le prononce, je le chuchote, je le chante, je le danse : c’est si léger, si aérien, comme une cascade de poudre d’or. Et puis, joyeusement, je me lave avec cette lumière, douce, onctueuse, jusqu’à ce que je sente naître au plus profond de mon cœur, une lueur, une lumerette, une lumerotte
Je voudrais vous l’offrir, amis de la poésie…
 
Au petit matin, la lumière se posa doucement sur une écorce d’eucalyptus. Elle s’y attarda pour faire chanter les rouges, les jaunes et les verts : elle était comme une caresse, un baiser. Et puis, la lumière s’enroula amoureusement autour du tronc et grimpa lentement jusqu’à la cime.
Alors l’arbre tout entier devint lumière !
 
Dès qu’elle se réveille, vite, elle se lève, ouvre les persiennes, les fenêtres et devant les grands arbres majestueux, devant une abondance de fleurs sauvages, elle respire amplement, se frotte avec volupté aux premiers rayons du soleil, n’en perd par une miette, car il lui faut, chaque jour, sa ration de lumière, pour que sa journée ressemble à une route fleurie.
Oh, cette lumière, elle la boit, s’en nourrit, s’en enveloppe. Elle la sent rayonner, palpiter dans tout son être. Son cœur bat tout doux, léger comme un oiseau. Soudain, elle prend son envol, laissant derrière elle, un sentier lumineux, comme une poussière d’étoiles…
 
©Michèle Freud

 
 


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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 07:46
Si – Claude Gauthier
 
 
 
 
Si le plus beau poème est pour qu’un jour l’écrive :
Quelle en est la retraite, où se tient-il caché,
Le cœur doit-il se plaindre à tout le moins fâché,
Se réjouir plutôt, qu’on n’en sache la rive… ?
 
Si le sort jusqu’ici, cachotier nous en prive,
Le monde d’Apollon n’en paraît pas gâché,
Tant l’attente lui garde autre que remâché
De le savoir intact au temps qu’il nous arrive… ?
 
D’ailleurs, dès que rendu par le milieu du gué
De mon sonnet qui court, qui de vous intrigué
Pourrait y reconnaître en l’instant, le prodige…
 
Evidemment personne ; et je ne m’en plains pas,
Préférant à tout prendre honorer bien, vous dis-je,
Sa voix d’ailleurs venue… et qui me tend les bras.
 
©Claude Gauthier
 




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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 07:39
Contre-jour – Denise Bernhardt
 
 
 
 
Que se cache t’il
Derrière la porte bleue
Du jardin parfumé de Yasmine.
Un oiseau posé
Sur une aiguière d’or,
Trois perles de Santal
Dans un coffret de bois de rose,
Le murmure de l’eau évasive
Brodant sous la lune
Des aiguillées de silence.
Il y a, Sylvie, plus belle
Qu’un amandier en fleurs,
Berçant sur son cœur, le Poète
Qui s’endort en rêvant
D’une étoile nouvelle.

© Denise Bernhardt

Extrait du recueil de Denise Bernhardt, « La mangrove du désir », aux éditions Le chasseur abstrait.




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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 07:34
Le reflet d’autrui – Luce Péclard
 
 
 
 
Au miroir invisible
Qui me sert de rétroviseur,
Je l’observe à la dérobée.
 
C’est mas coquetterie
Pour découvrir
Autre que moi :
 
Ce prochain si distant,
Et cependant
A ma portée !

© Luce Péclard
 
Extrait du recueil de Luce Péclard, « LA FORCE DE L'ELAN » aux éditions du Madrier
 
 
 
 
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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 08:01
CALLI - Nancy Turnier-Férère
 
 
 
Hommage à Apollinaire
 
ME
 
CHERCHES-
TU ?
 
ME VOIS-
TU ?
ME DESSINES-
TU
COMME
UNE
FLEUR ?
 
MAIS, NE
 
SAIS-
TU
 
PAS QUE JE
 
SUIS LÀ DÉJÀ
 
DANS
TON
JARDIN ?
OUI,
JE
SUIS
 
CELLE
QUE
TU
 
ADMIRES.
 
 
©Nancy Turnier-Férère




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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 08:08
Une à une les lumières… - Victor Varjac
 
 
 
Une à une les lumières
vont rejoindre le sommeil
ouvrant à l’ombre qui s’avance
la grille incertaine des rêves…
 
La robe des étoiles
scintille comme une fée…
 
Le chemin nous devance
en dessinant nos pas
mais nous cherchons encore
et chercherons toujours
ce qui pousse le monde
et ce qui nous entraîne
vers ces lieux inconnus
qui referment nos pas…
 
©Victor Varjac
Antibes, décembre 1998

Extrait de « LE CHEMIN DES RÊVES » aux éditions Chemins de Plume




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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 07:47
Lunaison – Béatrice Pailler
 
 
 
 
Folles en tunique de peau,
Les nonnes ânonnantes prient.
Et
L’abbesse,
Corps rompu,
Insane
Sur son âne
S’ébat
Et corrompue,
Vole
Éperdue
Au sabbat,
Où le Diable cornu
L’abaisse,
La blesse,
De sa corne nue.
Ainsi,
Aux fléaux des ténèbres,
Les nonnes ânonnantes crient.
Et
Au cœur des champs
Où pullulent les chancres,
Le chœur des chantres
Hululent ses chants,
Pour les nonnes appendues
Qui gigotent suspendues,
D’une gigue idiote, bien pendue.
Trottent,
Dansent,
Se frottent la panse.
Et
Le Diable rit de cette folle diablerie.
 
 
©Béatrice Pailler
« Mon Grand DADA »
Revue SOUFFLES Les écrivains Méditerranéens
N° 252-253 « Mon Grand DADA » Aout 2016
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