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19 février 2022 6 19 /02 /février /2022 07:44


 


Un mot vacille. Vacuité du blanc. L’œil converse seul. De la ligne du sourcil aux commissures, il s’encre d’un nouveau souffle : salive du mot.

Paupières pressées, sous la pulpe des doigts, le vide infuse, forgé à clous. Sur l’étoffe des lumières, l’œil est au gouffre. De noires éclaircies font interstices. Échardes et impacts, mots lucides, brûlent les paupières.

Arrêt sur l’arrête du nez, descente à la pommette et, au crépuscule du cerne, sentir le mot battre sous la forêt des cils. Mot donné aux rives de l’œil là, où s’éteint le souffle.

©Béatrice Pailler
Extraits de VISAGE du MOTS
Revue  Décharge n° 183
Septembre 2019

 
 
 
 
 

 

 

 

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18 février 2022 5 18 /02 /février /2022 09:24


 

J’ai longtemps hésité à parler de tout cela à mes amies. Je pensais : je suis trop spéciale, les autres gouttes ne me croiront jamais. Cependant un beau jour, en compagnie de ma meilleure amie, alors que nous bavardions des mérites respectifs du chêne et du hêtre, que nous comparions l’agilité du faucon et de l’hirondelle, nos regards se sont croisés et nous avons compris : nous étions pareilles ! Elle aussi savait se fondre en toute chose, elle aussi avait souvenir de tout ! De fait, nous les gouttes d’eau, sommes toutes pareilles : nous avons mémoire de tout. En comprenant cela, toutes les gouttes furent saisies d’un immense fou-rire. Les humains n’ont rien entendu bien sur... La plupart ne savent pas reconnaître une eau qui pleure d’une eau qui rit...


Cependant, faute de comprendre vraiment les humains, beaucoup d’entre- eux me fascinent. Les enfants surtout, car ils connaissent « le secret ». Les problèmes viennent en grandissant, ils l’oublient... J’ai ce souvenir d’une petite fille blonde aux yeux verts. Elle est toute jeune, elle joue sous une pluie battante, un jour de tempête. Elle a quitté tous ses vêtements, elle ne porte plus qu’une paire de bottes rouges. J’arrive de l’océan, elle rit tant et plus, lève la tête au ciel, ouvre la bouche et avale la pluie... Et me voilà ! Nous jouons comme des folles à sauter dans les flaques, nous n’avons pas froid, nous rions, nous hurlons de joie... Une journée comme celle-ci vous réconcilie avec le genre humain.


Les plus sages d’entre-eux prétendent qu’une seule goutte d’eau leur suffit pour se souvenir de tout. Mais selon moi, le plus important, c’est de se souvenir « du secret » : la vie n’est qu’un songe, et, en rêvant très fort on peut en faire une fabuleuse histoire...


© Leafar Izen    
 

Le site de Leafar Izen et son site de vente par correspondance  http://www.leafar-izen.com http://www.leslibraires.fr/
 
 
 
 

 

 

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17 février 2022 4 17 /02 /février /2022 07:41


 

 

Tous avidement
C’était avant
Profitaient sans en apprécier
Comme il eût fallu
La saveur du temps qui passe
L’éclosion fugace d’une fleur
L’envol d’un papillon
Le regard d’une femme aimée
Le nuage fugitif
La clarté du jour les étoiles
Le sourire d’un enfant
L’eau pure bondissante
Leur préférant
Le confortable avoir
Le traître rutilant
L’imbécilité crasse
La courageuse lâcheté
Le débile moutonnement
L’indignité du soi.
C’était avant
Ignorant ce qu’ils devaient
A ceux d’avant
Défendant le pré carré
De leurs futiles possessions
S’accommodant de l’oubli
Du meilleur des autres
Ils marchaient aveugles
Vers le néant
C’était avant
Avant
Il y avait toujours eu un avant
Avant la clarté immense
Folie des hommes
Qui définitivement a gommé
L’après
 

© Gérard Gautier  

Extrait du recueil « Errances choisies » aux éditions L'Echarpe
   
 
 

 

 

 

 

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16 février 2022 3 16 /02 /février /2022 08:13

 

PLANÈTE SOLAIRE L’INSTANT S’ÉGOUTTE, JEANNE CHAMPEL GRENIER, ILLUSTRATIONS DE L’AUTEUR, ÉD. FRANCE LIBRIS, 107 P., ORTHEZ, 2021


“Moi j’aime tant tout ce que j’aime! Si tu savais comme j’embellis tout ce que j’aime ! Et quel plaisir je me donne en aimant ! Si tu pouvais comprendre de quelle force et de quelle défaillance m’emplit ce que j’aime…C’est cela que je nomme le frôlement du bonheur ». Extrait des Vrilles de la vigne de Colette.

C’est à ces phrases de Colette que j’ai pensé en refermant Planète solaire, L’instant s’égoutte de Jeanne Champel Grenier.

J’y ai lu la même énergie du vivre :
«  Alors je décidai de saisir, partout sur ma route, le verre à demi plein et de le brandir afin qu’il se remplisse de cette lumière, de ce cru céleste qui éclaire loin et longtemps ».

Le même talent et la même avidité du vivre aussi qui consiste à appréhender le monde dans ses moindres joies et ses plus petits mystères pour les faire immédiatement siens :
« Messages subliminaux à la fois mystérieux et familiers » dont la poétesse ne doute pas un instant qu’ils lui soient « personnellement adressés ».

Dès lors tout devient le lieu d’une communion avec la nature pour qui désire être :
« Un miroir vivant qui se laisse traverser
Absorber par la Beauté palpitante de l’Univers. ».

L’arbre d’abord, cet être majuscule entre branches et bronches que Jeanne inscrit à la cime de son arbre généalogique,

Les fleurs dont elle possède une connaissance parfaite et dont on lira deçà delà les noms savants comme Le Rosa Rugosa ( le rosier pourpre de ma mère) et avec lesquelles elle joue d’une langue savoureuse : Des Vies…Des Violes…Des Violettes. (Elle évoque d’ailleurs Colette dans ce texte.)

Et tant d’évocations de l’enfance... Ah ces longues briques (lombrics) qui me renvoient une fois encore à l’escargot presbytère de Colette !

Et puis cette voix tutélaire, toujours féminine, qui rappelle à l’ordre l’enfant trop libre avec beaucoup de dérision et d’amour :

-« Alors ? Tu es encore allée traîner tes guêtres chez les De Montreynaud ? Méfie-toi, un jour le garde te prendra pour un renard et te fera empailler ! »

Sous ses pépites de bonheur pourtant se glisse en filigrane une véritable réflexion sur la vie, sur le motif de l’instant qu’il faut saisir. Ce questionnement existentiel passe souvent par le biais de la peinture. Car faut-il le rappeler chacun de ces textes est illustré d’une aquarelle originale de la peintre poétesse.
Et même si la mort plane aussi ( Je pense en particulier aux deux très beaux textes dédiés à Miloud Keddar, peintre, poète et ami de Jeanne Champel Grenier, parti « célébrer le silence le 20 janvier 2021 » il n’en reste pas moins que ce recueil est un Feu de joie.

La poétesse conclut :

«  je convoquerai mes amis les plus chers, ceux qui sont tout en bas, ceux qui sont tout en haut, pas un ne manquera à la ronde d’hiver, et on se tiendra chaud, chacun avec ses mots d’amour et d’amitié »
« Ah, qu’elle sera courte l’Eternité, courte et renouvelable à satiété ».

Permettez, Madame, que je m’y glisse aussi un instant !

Barbara Auzou.

 

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15 février 2022 2 15 /02 /février /2022 08:23


 

C’est un petit chemin
ingénu et mutin
qui n’obéit à rien,
qui sans cesse va et vient.

    Qui saute sur les pierres
    et se rit des ornières ;
    qui ne fait pas le fier,
    trottine sans manières.

        Ce n’est qu’un vagabond
        parfois un peu fripon
        qui va par petits bonds.
        Qui flâne sous un pont,
            
            flirte avec le ruisseau,
            folâtre au bord de l’eau,
            se perd dans les roseaux
            en guettant les oiseaux.

        Se glisse sous les branches,
        se tourne et se déhanche
        enlaçant les pervenches,
        les marguerites blanches.

    Puis grimpe la colline,
    badine et se dandine
    humant les aubépines
    sans crainte des épines.

Gambade et batifole
entre les herbes folles,
les papillons frivoles,
et l’insecte qui vole.

    Musarde vers la mare
    où coincoinent les canards
    en joyeux tintamarre,
    puis brusquement démarre,
        
        descend dans le ravin,
        se cache sous les sapins ;
        réapparaît enfin
        couronné de lupins.

            Parfois pris de langueur,
            il s’assoupit, rêveur,
            dessous un saule pleureur
            dans le parfum des fleurs.

                Souvent il disparaît
                dans l’ombre des forêts
                pour savourer la paix
                sous l’éclat bleu d’un geai.

                    Puis repart, un peu fou,
                    il ne sait pas vers où,
                    en folâtrant partout ;
                    jusqu’où ? jusqu’où ? jusqu’où ?

                
 
©Ellen Fernex                    
 
 

 

 

 

 

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14 février 2022 1 14 /02 /février /2022 07:40

 

            Grouillent et s’accumulent ses paroles, remplissant chaque silence, chaque parcelle d’espace. Dissertant sans cesse à propos de tout, mais essentiellement sur elles-mêmes. Comme pour se rassurer encore un peu davantage. Inépuisable caléidoscope du verbe qui s’effrite et se délite, pour finalement ne rien dire, ou si peu.

 

©Claude Luezior

in : Jusqu'à la cendre, Ed. Librairie-Galerie Racine, Paris, 2018
https://editions-lgr.fr/claude-luezior/                          
 
 
 

 

 

 

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13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 08:17
Déesse-mère ©Sculpture bronze de Francelaine DebelleFontaine


 


Je voudrais habiter

Ton chant

Comme une parole éclose

Sur un rivage de varech et d’écumes

Femme

Je voudrais habiter

Ta joie

Comme beauté d’un nouveau départ

Quand tu portes en toi la vie


©Barnabé Laye
Poèmes à l’Absent

 

site internet : www.franceleine.com

       
 
 

 

 

 

 

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12 février 2022 6 12 /02 /février /2022 07:45


 

 

J’ai trop de musique dans la tête
Au creux des yeux trop de vols furtifs
D’oiseaux-mouches à robe de moire
Trop d’éclairs
Papillonnants métallisés
Zébrant le ciel argenté
De ma mémoire
Pour que tu germes
Poème
Fleur vierge
Etoile du silence
Dans la forêt dense
De mes souvenirs

 

Et puis surtout
Il y a Toi
Ombre parmi les ombres
Long poème pétri d’ébène
Inviolable et secret
TOI
Perpétré à longueur de temps
A langueur de mots
Dans l’emphase creuse
De mes phrases

 

©Jeannine DION-GUERIN  

extrait du recueil « Offre-moi ce oui… »
 
 
 

 

 


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11 février 2022 5 11 /02 /février /2022 07:57


 

 


En haut des cimes
Une étoile scintillante
Vient d’apparaitre
Au sommet du sapin
Captive le regard de l’enfant.
Ses yeux émerveillés
Reflet de l’âme
Restent fixes.
Dans sa bouche entre-ouverte,
Aucun son
Sur son visage
Coulent des larmes de lumière.
Un souffle de zéphir
Caresse le sapin
Est-ce un signe du bonheur.

 

©Eliane Hurtado                                
 
 
 
 

 

 

 

 

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10 février 2022 4 10 /02 /février /2022 07:32


 
 


Rescapés d’une époque révolue, presque chimérique, où allons-nous ?
 
Quelle farce nous fait-on croire aujourd’hui avec ce passe-partout et ces moult doses d’un venin dont on ne saura la véritable histoire seulement dans dix ans.
 
A entendre tous ces donneurs de leçons, nous n’aurions même plus le droit de « voir sous les jupes des filles ».
 
Quelle chance d’échapper à ce foutoir alors que, derrière le verrou, murmure un frou-frou, un bijou d’amour.
 
Avec les premières lueurs de l’an neuf, je veux m’enfuir vers l’ailleurs, retrouver les promesses de l’aube, la grâce des matins vêtus de bleu.
 
Pas de lyrisme larmoyant, mais simplement recevoir le jour qui se lève comme un sourire :
             Espérer, s’étonner, s’émerveiller, inaugurer sans cesse les lendemains
                Chercher la lumière partout où l’ombre surgit
                     Raconter le mystère des choses inutiles
                          Vivre avec ma Muse une aventure où les rêves les plus fous voyageront sur un cahier ou sur une toile
                              Avoir foi en la poésie, celle qui ouvre la porte d’un lever de soleil où s’embrasseront couleurs et lumières.
 
Oui, accueillir ces premières lueurs telle une offrande, et les heures se peupleront d’abeilles sur des prairies en fleurs.


©Roland Souchon  
janvier 2022

   www.rolandsouchon.com      
 
 
 
 

 

 

 

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