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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 06:57

 

La poésie peut s’exprimer dans tous les arts, musique, peinture, photographie, danse et bien sûr en littérature. Grâce à Michel Bénard, partons à la découverte d’une artiste photographe, Rachel Locatelli… (Jean Dornac)

 

Exposition de photographies à l’Espace Mompezat. Paris
Du 02 au 16 Juillet 2011.

 


Rachel-Locatelli.JPG© Rachel Locatelli



Notre dernière exposition de la saison en notre espace Mompezat, siège de la Société des Poètes français se présente sous les meilleurs augures, et c’est avec un véritable plaisir que nous accueillons sur nos cimaises les œuvres tout en filigrane d’une photographe de talent et d’une belle originalité, Rachel Locatelli.
Par cet aspect de l’art photographique aujourd’hui présenté ici, nous restons en accord avec notre esprit d’éclectisme et d’ouverture à tous les modes d’expressions, que nous avons toujours souhaité donner au travers de nos diverses manifestations culturelles.
Avec l’œuvre photographique de Rachel Locatelli nous confirmons cette orientation.

Le travail créatif de Rachel Locatelli est une forme de pérennisation de l’éphémère, du voile fugitif qui se présente à nous, un regard de miroir.
Notre photographe porte en elle depuis longtemps ce désir de fixer le diaphane, la pensée par l’image.
Mais la vie quotidienne a ses obligations, alors les routes s’écartent de ce que l’on aspire à réaliser véritablement.
Cependant ce désir de fixer l’image de l’irréel ne la quitte jamais.
Ainsi pour se perfectionner elle suivra un enseignement de perfectionnement photographique, mais l’orientation vers l’esprit de la photographie reportage, humaniste ou réalisme social où l’on retrouve les thèmes des Doisneau, Ronis, Clergue, Bresson, Lartigue, Ciccione etc. etc. ne correspond pas à ses recherches personnelles.
Il lui faut plus de poésie, plus d’intimisme, la petite note énigmatique de la différence. Ainsi au cours de pratique sur le motif, Rachel Locatelli sera vite attirée par l’envers du décor, l’image frémissante ou déformée.
Elle va donc s’attarder sur les reflets aquatiques, de vitres, de miroirs, l’image déportée, modifiée et fractionnée.
Puis soudain, durant une séance de travail ayant pour thème la nature-morte autour de jeux de miroirs et effets indirects, Rachel Locatelli prît conscience de l’orientation qu’elle souhaitait donner à ses travaux.
Il lui fallait plus de mystère, plus de révélation de l’image intérieure, il lui fallait transposer l’imaginaire de la pensée.

Pour être photographe, Rachel Locatelli n’en n’est pas moins attirée par les peintres, avec une petite prédilection pour les courants dits, de l’angoisse, du tourment, de la douleur, du corps dans ses états stigmatisés, de la nouvelle réalité !
Par exemple je songe à Claude Fabien, Anne-Marie Cuttolo, Antoine Correia, Andrieu, Franta etc. etc.
C’est ainsi qu’elle va user de différents effets de la matière comme mise en scène pour réaliser ses nouvelles prises de vues. Préparation avec divers matériaux, tulle, gouache, mousse, eau etc. Le tout traité en noir et blanc, car c’est pour Rachel Locatelli, une manière de donner plus de densité et de contraste à ses photographies.
La révélation de l’image est plus tranchée, plus évocatrice.
Notre amie a bien quelques photographes qu’elle admire, tels Laurence Demaison ou Cindy Sherman, mais se refuse à toute influence, elle tient à laisser s’exprimer sa personnalité, à trouver son équilibre en harmonie avec ses jeux.

Elle s’écarte aussi du coté facile et séducteur et plus superficiel de la couleur, elle ne cède à aucune concession. Simplement jouer de l’effet du noir et blanc, avec sa solitude, son silence, son énigme et parfois son cri.
Rachel Locatelli, afin de mieux réaliser ses clichés, se coupe du monde extérieur, masque les effets lumineux parasites et se met en scène, grimant ici une main, là un bras, une partie du buste, du ventre ou du visage pour ne laisser visibles ou plutôt suggérer que quelques éléments qui se trouveront fondus dans l’ensemble du maquillage.
Il lui faut rendre visible se qui ne l’est pas en estompant ce qui est trop figuré.
A partir de cet engagement, transparait en filigrane les émotions, les parties intimes du sujet traité, les pensées, voire même les phantasmes.
Rachel Locatelli mise sans cesse sur la déstructuration de l’autoportrait. C’est un questionnement permanent entre ce qui est ou ce qui n’est pas. Signifiant ou signifié.
Tout n’est qu’interrogation des fragments de vie, des stratifications de corps. Il faut restituer la part invisible, recomposer l’imaginaire. Jeu du dédoublement de l’image !
Voir différemment, c’est là il me semble que réside toute la part intangible de la poésie.
Il suffit de se laisser porter par les photos de Rachel Locatelli pour s’en convaincre.
Ne nous attachons pas à la ressemblance, mais à l’émotion, au ressenti, en laissant notre regard s’imprégner de l’inconnu.
Traversons ces larmes délavées, brouillées, écoutons ces cris retenus, bâillonnés, refoulés, observons ces détails apparents où de la vie et la mort il n’y a qu’un pas, où l’équilibre et si précaire. Prison ou liberté ? La nuance est difficile à saisir.
Et ce graffiti ne témoigne t-il pas par ses entrelacs de toute la dramaturgie existentielle.
Parfois même si Rachel Locatelli se défend des influences au regard des œuvres d’autres photographes, je ne peux m’éviter de songer à certaines séries comme « Graffiti et Transmutation » de Brassaï.
Simple rapprochement pour instaurer une petite parenthèse.
Dans le silence, la pénombre et l’instant solitaire du créateur face à lui-même et à son questionnement, Rachel Locatelli tisse secrètement sa toile pour mieux se libérer, fragmente son corps pour mieux retrouver son identité, brise l’image pour mieux éclairer l’intimité de son paysage intérieur.
Il ne nous reste plus qu’à nous laisser porter selon votre attention de l’instant, votre ressenti, détachez vous du visible et laissez-vous pénétrer par l’errance de son chuchotement.
Ici le mystère se fait bigarrures, énigmes.
La vision s’exile sur le miroir de l’autre rive, les songes se fixent dans la trame, sous l’écume d’un silence poétique contenu et suggéré.

© Michel Bénard.
Lauréat de l’Académie française.
Chevalier dans l’Ordre des Arts & des Lettres.

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