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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 10:02

 

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Danielle GERARD « Passer par la nuit » Editions DRICOT- 2013- (60 pages)
Préface Véronique FLABAT-PIOT.
(Prix de l’édition Marcel DRICOT 2013, Grands prix de Poésie de la SPAF)

« La foule tient à nommer nuit, ce soleil qui résiste à son entendement. »
Michel Ange.

Et « Passer par la nuit », comme s’il s’agissait d’une source revitalisante !
Voici enfin de la poésie qui en honore le nom : c’est une étoile scintillante dans l’obscurité parfois affligeante de tant de pseudo-poèmes.
Avec ce nouveau recueil de Danielle Gerard, « Passer par la nuit » nous pénétrons dans l’irrationnel, l’intangible : la nuit devient un effroyable révélateur, un amplificateur silencieux des ondes diurnes.
Dans sa préface, Véronique Flabat-Piot parle de « C’est dans cet « ailleurs »…/… »
Ce bel ouvrage peaufiné de Danielle Gerard porte l’inquiétude de l’absence de la nuit, car, sans elle, que deviendront, le jour, la lumière ? Tout ne serait-il que pourpre ?

« A vouloir une belle nuit étoilée…/… »
« Tout devient pourpre ; »

L’homme est sous jacent, mais il apparaît souvent comme semeur de l’horreur, pourvoyeur du pire.
La poésie de Danielle Gerard soulève bien des questionnements humanistes et existentialistes. C’est une poésie à découvrir par stratifications, par couches d’humaines ou d’inhumaines géologies.
Nous plongeons dans des abîmes d’inconnu et d’incertitude. Nous sommes désemparés devant cet insondable grand mystère obscur.
Terrifiant et lucide constat : et si tout, soudain, disparaissait pour ne laisser place qu’aux ténèbres ?

« C’est toujours dans la peur
A deux pas de la mort. »

A grands cris et invectives, par prévention, Danielle Gerard semble bien vouloir nous dire : « Mais réveillez-vous ! » … et retrouvez votre mémoire de survie.
Le langage est rythmé, cadencé, pertinent, voire percutant.
Il stigmatise par sa volonté de vérité pénétrante.
Nous nous surprenons à rêver, le dos crucifié à la nature ; nous voudrions réveiller l’amour, nous espérons le voir resurgir de ses cendres, tel le Phœnix, mais invariablement le temps nous oppresse de son sourire narquois.
Le verbe est codé, non pas d’une manière hermétique, mais par une symbolique clairvoyance au travers de laquelle Danielle Gerard effleure les mondes parallèles, les décalages temporels. Entravée entre les jalons du temps et l’emprise de la nuit, notre poétesse prend la pose de la réflexion : sur la condition humaine, les remords, les déceptions, les désillusions.

Afin de mieux pouvoir nous imprégner des arcanes poético-symboliques de Danielle Gerard, il s’avère nécessaire de se laisser porter par les clés, les images. Surtout ne pas vouloir décrypter la forme, mais investir le fond, un peu comme on découvre progressivement la beauté d’un tableau abstrait.
Oui, surtout ne pas chercher de révélations dans la forme, mais investir et appréhender le fond !
La lumière nous éblouit, mais les ténèbres nous permettent de mieux discerner l’essentiel. La nuit nous situe dans l’indéfini, l’incertitude, l’entre deux.
Danielle Gerard plonge dans le silence de son pays noir, afin de mieux percevoir l’appel des âmes. Elle parcourt le livre de la nuit, tel un Livre d’Heures, feuillet par feuillet, en prenant le temps d’admirer les lettrines et enluminures, parfois même jusqu’à la nausée, face au silence céleste, aux racines sans « dieu », aux égarements injustifiés !
Mais la nuit devient quelque fois pesante, anxiogène, sème la confusion et jette le doute.

« Et fait éclore la rose
En pleine nuit ? »

Vite, que réapparaisse le jour !
La nuit peut se faire blessure, tout peut soudain s’effondrer, les liens anciens peuvent se rompre dans l’attente de l’aube.
Il nous faut voir ce passage de nuit comme une invitation au retour de la lumière.
Néanmoins, c’est dans l’intimité de la nuit qui passe avec son cortège de silence que Danielle Gerard relit ses carnets du cœur qui s’enflamme.
Nuit porteuse d’espoir et de désir de lumière, qui nous imprègne de sa vérité.

« Ma bouche a goûté à la passion
Mon corps à la volupté. »

Notre amie porte à la nuit une forme votive, qui la conduit jusqu’à l’embrasement, debout, les bras tendus et le regard planté dans les étoiles.

« N’avions-nous point chargé la nuit
De mille maux, de mille insomnies ? »

J’ai parfois cette impression en parcourant les textes de Danielle Gerard de lire du Saint Jean de la Croix - ou son contraire - et pourtant le tout en parfaite complémentarité harmonique !
Danielle Gerard se situe souvent dans l’entre deux, alternant du profane au sacre, un peu entre chien et loup.
Cependant, en finalité, la nuit cédera la place à la lumière, à la chaleur solaire, à l’état d’insouciance ou à la prise de conscience.

Michel Bénard.
Lauréat de l’Académie française.
Chevalier dans l’Ordre des Arts & des Lettres.



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Published by jdor - dans Recensions
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