Ce matin, le rose délicat d’un Tiepolo a jailli sur la ramille d’un pommier.
Cette tendresse suffisait à mon bonheur quand un éclat vermillon est venu avec La Vénus endormie, tableau de Giorgio da Castelfranca, dit Giorgione, peintre vénitien de la Renaissance italienne.
Ce tableau, parfois considéré comme le premier nu intégral, a certainement été peint dans un boudoir pétri de volupté où se froissent dentelles et soies colorées.
Giorgione a bien compris que Titien, son brillant élève, serait bientôt le Maître incontesté de la couleur, peintre à l’écoute de cette mélodie secrète qui se dévêt petit à petit, touche après touche.
Pour peindre une telle Vénus, il a fallu rencontrer de belles dames qui, adossées aux coussins de velours pourpre, laissent au bord de leur tasse l’exquise empreinte d’un rouge à lèvres couleur de feu.
Aux lisières de ces saveurs inouïes, une femme nue s’est endormie.
Ebloui, Giorgione a capté les suaves couleurs ambre, safran et rouge vermillon.
Sa palette est devenue le levain qui se lève et s’épanouit sur un corps brûlant de désir.
Fusant vers des transparences violettes, les jaune de Naples, ocre jaune et terre de Sienne peuplent le corps de cette Vénus que Giorgione a voulu comme la Sérénissime alanguie sur la lagune.
Un fleuve de couleurs s’engouffre sur cette lumineuse mosaïque de chairs d’où rayonne le sublime jardin des délices.
Quand une vénitienne déplie sa corolle, un subtil poème prend l’universelle couleur de la beauté.
Le soleil rouge de la déesse Hathor veille sur le sommeil de Vénus.
Seul le baiser d’Orphée peut la réveiller.
2022
©Roland Souchon
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