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15 juin 2019 6 15 /06 /juin /2019 07:05

Béatrice Pailler parvient par une litanie persistante et combien pénétrante à restituer le goût de l’eau sur la langue dans une invite à éveiller les sens : « Aux jeux de sur-face / Il faut oser sa langue / En saisir les reflets. »

Ici, point de précipitation mais une petite suite à la Satie où les notes laissent, de page en page, une impression de poèmes courts, voire même d’une suite de mots, pour, peu à peu, sous le titre générique Eaux entraîner un épanchement de poèmes en prose avant un final en apaisement intitulé singulièrement : Eau grande.

Point d’angélisme béat sur ce qui tombe du ciel, mais le constat d’une chute en infini turbulent sur la solitude de l’être : « Une goutte, / Une note, / Le silence n’est plus seul. » Du «  JE de l’eau », on passe au « JEU de peau », non sans un clin d’œil homophonique : « L’air / De l’œil / Cueille / L’O. » et avec parfois un mouvement d’éventail sous forme de haïku fugaces : « Contentement de l’eau / Ciel en morceaux, / Ecailles au sombre d’elle. »

Et voilà qu’en un second mouvement (car c’est une poésie sonore), les eaux se libèrent en essence (et naissance) diluvienne : « Eau collant aux fenêtres, souffre et plomb, le ciel en abcès se répand. La pluie ne cède en rien. La pluie occulte. Plus rien n’existe que sa langue sur le réel défenestré, sa langue comme une anguille. »

Un lyrisme fécond entraîne au vague à l’âme : « Par-delà le jour, dans l’aller et le venir sur le vif des marées, l’horizon trace sa ligne et la mer, remuée, troublée jusqu’à son tréfonds se brouille d’écume. »

Faire la peau (douce) aux mots ouvre une perspective d’échos infinis : « Ta peau, ton eau : humus, humeur. / De quel horizon, nos corps accoucheront-ils ? / Et de celui-ci éclos quelle parole s’en échappera ? », où la nature apporte sa grâce en lot : « La source tricote ses arpèges, une cantate à menue voix. Phrasé humide donnée au vent, le chant de la fontaine est promesse, un baiser candide au front de l’été. »

Le court (cours ?) final vibre en accord entre les éléments, les choses et les corps : « Eau Grande : / Bleu / Caillou de ton œil, // Au confluent de nos corps : / L’eau. »

Il faut ajouter que Claude Jacquesson, avec une série de six encres d’effets aquatiques, scande ce bel ensemble non pas en marge mais en accord parfait.

Patrick Mouze

 

Goûte l’eau – poèmes- Béatrice Pailler, accompagné de six encres de Claude Jacquesson, Les Plaquettes, A L’Index. 11€ Le Livre à Dire Jean-Claude Tardif 11, rue du Stade 76 133 Epouville

https://www.lelivreadire.blogspot.com/2018/11/collection-les-plaquettes-goute-leau-de.html

 

Patrick Mouze plaît à se dire « né, vivant et mourant à Rheims » mais, depuis des lustres vacillants, continue à sévir chez Les Amis de l’Ardenne sans oublier, occasionnellement, Europe, A L’Index etc., après avoir publié sans succès ou confidentiellement poèmes, récits et romans et fondé deux éditions de poésie bilingue (Albédo et Alibis) au vingtième siècle. Aujourd’hui il aspire à l’anonymat. On le comprend mais passe outre !

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  • Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...
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