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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 06:55
L’hurluberlu – Michèle Freud
 
 
 
 
Ernest est un homme distrait, extravagant, un peu foufou. On l’appelle l’hurluberlu. Hiver comme été, il porte une casquette en toile bleue, patinée par le temps et un vieux pantalon de golf à carreaux. Ses chaussettes sont rarement assorties et ses souliers ressemblent étrangement à ceux d’un clown. Il n’a jamais de montre, seuls quelques élastiques rouges et verts ornent son poignet. Il vit seul dans une maison tapissée de vigne vierge. Ses quatre pièces sont encombrées de pierres de toutes sortes, de vieilles racines, véritables sculptures naturelles aux silhouettes étranges, de bois flottés joliment polis par la mer. Son ami, qui vient le voir régulièrement, dort sur un matelas, entre des piles de livres qui montent jusqu’au plafond. Quant à la salle de séjour, c’est le royaume des coquillages, la Vallée des Merveilles ou l’imagination des visiteurs prend son envol vers des sphères inconnues, des continents inexplorés.
 
Au milieu d’une friche, paradis des insectes et des petits mammifères, se dresse une tour couverte de lierre, imposant monolithe de verdure, colonne vivante en hiver qui retentit du chant des oiseaux, heureux de picorer ces petits grains noirs qui s’offrent à eux.
 
Dans sa poche, Ernest a toujours un vieux carnet où sont notées des centaines de phrases. Chaque jour, il s’en offre quelques-unes, comme dessert, après son frugal repas. Voici la dernière : « Sur les pentes de l’Estérel, j’ai vu fleurir l’asphodèle, une fleur qui à elle seule, est un univers de beauté, de rêve et de tendresse. En la contemplant, mon cœur s’est enrichi de mille papillons blancs. » Sur le fil qu’il a tendu entre deux arbres, voltigent des carrés de tissus colorés où sont écrits des poèmes. Mais Ernest n’a pas tendu, comme Rimbaud, des cordes de clocher à clocher, des guirlandes de fenêtre à fenêtre, des chaînes d’or d’étoiles à étoiles, pour y danser. Pourtant il est prêt à grimper sur les cordes de la pluie, au-dessus des nuages, pour y voir le soleil.
 
Il apprécie la poésie, pourtant il n’en écrit pas, il s’emberlificote trop dans les mots. Mais l’essentiel est de poétiser se vie quotidienne. Alors Ernest fait éclater le présent, il en goûte les saveurs, les parfums et les sons. La beauté est pour lui l’unique chose précieuse et chaque fois qu’il découvre de nouvelles splendeurs, ses yeux se constellent d’étoiles…
 
©Michèle Freud


 

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  • Amoureux de l'écriture, poésie, romans, théâtre, articles politiques et de réflexions... Amoureux encore de la beauté de tant de femmes, malgré l'âge qui avance, la santé qui décline, leurs sourires ensoleillent mes jours...
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