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27 janvier 2021 3 27 /01 /janvier /2021 07:33


 

 

Sous les voûtes romanes, une novice mêle
sa voix de castrat à celle de l’abbesse dans
le poignant Stabat Mater

             Pergolèse enflamme l’autel.

Les moniales cheminent, mains dissimulées
dans les amples manches de leur coule.
Pour ceinture, un lien de cuir rythmant
chaque pas. Nuques ployées, elles avancent
vers le mystère de la Transcendance.

                Jusqu’où iront-elles ?

©Nicole Hardouin.
Extrait du recueil « Prométhée, nuits et chimères » aux éditions de l’Atlantique, collection Phoibos.

 


 

 

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26 janvier 2021 2 26 /01 /janvier /2021 07:39
Illustration copiée sur le site de Pierfetz
 
 
Plus de regrets, plus d’amertume,
Sans oublier les anciens rêves
Qui illuminent mes jours de brume
Quand je me trouve seul sur la grève.
Quand le poids des ans s’accumule,
Si mes pensées font marche-arrière,
Les mauvais rêves, j’émascule
Pour un automne de bruyères.
Les feuilles tombent une à une,
Habillent les sols d’un beau parterre.
Les nuages caressent la lune,
Et les marmottes rentrent sous terre.
Loin des fêtards qui s’éclatent,
Funambule poursuit sa route,
Une pleine vie d’acrobate
Occupé à chasser le doute.
Au soir d’une vie qui s’éloigne,
Je me construis un paradis
Et la Sérénité me gagne,
L’Amiour fait place aux vieux soucis.
 
Pierfetz©
 
 
Une vie bien faite est une suite de rebonds de pirouette ! P.F.
Le poète n'a pas d'âge...Il garde longtemps la faculté d'être jeune jusqu'à en mourir.
On ne peut aller droit devant en regardant trop dans le rétroviseur du passé.
Une pirouette sur soi-même pour éviter les questions embarassantes ou sans réponse.
Au soir d'une vie qui s'éloigne, il ne faut pas occulter le passé dans ce qu'il a de meilleur.
La résilience est l'aptitude à se construire et à vivre de manière satisfaisante,
en dépit des circonstances parfois dramatique. Ne pas gommer ce qu'on a adoré,
brûler seulement l'adoration....
 
Pierfetz©
2013
 
 
 
 
 
 

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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 05:53

 

 


« Une identité trouble, vacillante »: Denis Emorine, Vers l’Est ou Dans l’ornière du temps/ Verso l’Est o nel solco del tempo, Giuliano Ladolfi editore, 2021. Traduction en italien par Giuliano Ladolfi, Préface d’Isabelle Poncet-Rimaud, 128 p., 12 euros.

Poète,  romancier, nouvelliste, dramaturge français contemporain, essayiste, traduit en plusieurs langues, Denis Emorine ne cesse d’interroger son identité éclatée dans toute son oeuvre. Une identité brisée entre l’Est où il retrouve ses racines slaves du côté de son père, et l’Ouest, qui l’enracine dans l’amour de sa mère,  recherchée à travers les femmes rencontrées dans sa vie.  Il la ressent comme une blessure que rien ne pourrait cicatriser, ni même l’amour d’une femme choisie à vie. Son recueil bilingue Vers l’Est ou Dans l’ornière du temps/ Verso l’Est o nel solco del tempo, traduit en italien par Giuliano Ladolfi, en témoigne : « Où que j’aille/ j’emporte avec moi/ une identité trouble/ vacillante/ chaque moment de bonheur est traversé par la mort ».


La mémoire tourmentée par les souvenirs d’un passé tragique l’accable et entrave son bonheur. Il le porte dans son sang comme un mal  qui nourrit la douleur et l’obsession de la mort. Le regard tourné vers l’Est, d’où viennent les barbelés, les camps de la mort,  le poète ne saurait s’en libérer, car il a marqué à jamais la vie de ses parents et la sienne.
La mort et l’amour sont inséparables dans ses poèmes. Il les a connus depuis son enfance. L’amour le plus profond est troublé par le frisson de la mort. Un cri de rage contre la mort, qui lui a enlevé les êtres les plus chers, et un autre de secours lancé à la femme aimée, voilà le fil rouge du recueil.
Vers l’Est c’est la mort qui lui fait peur, le tracasse, l’épuise. Il y voit le flot rouge du sang des victimes, l’amour déchiré par la guerre, les yeux bleus de sa mère et ses bras protecteurs, comme une hallucination.  Sa voix grave se fait celle de la douleur que l’on ne peut pas partager.
Il y a deux femmes dans la vie du poète : la mère et l’aimée. La première, il ne réussit pas à l’effacer de sa mémoire, ni la mort, ni la douleur de sa perte ; l’autre, c’est son seul appui, le refuge contre l’obsession de la mort qui empoisonne son bonheur. C’est en vain qu’il s’agrippe à l’amour, rien ne peut le détourner de ses démons intérieurs.
Le passé, c’est l’enfer de la mort, le présent la blessure sans cesse ouverte par le souvenir d’une histoire tragique qui fait saigner le coeur de l’adulte. L’image de la jeune femme brune aux yeux bleus, celle de la mère, le hante. Il se revoit petit garçon, égaré, « enfant tragique », à la recherche de l’amour de celle qu’il a perdue : « Il y aura des cendres dans ma tête/ mais toi/ oui/ Toi/ tu resplendiras toujours ». Son souvenir l’empêche de jouir d’un amour partagé pour l’éternité : « Depuis si longtemps/ les barbelés nous séparent/ il y aura toujours un fusil braqué sur toi ».
Sans le vouloir, il chemine vers l’Est par sa quête identitaire. Il retrouve ses racines slaves, il s’attache aux poètes russes, les rejoint dans la douleur. En même temps il implore son amour, cherche l’oubli, conscient cependant que celui-ci ne peut rien contre la mort : « Tu cherches l’oubli/ qui ne viendra plus jamais. »
Harcelé entre le passé douloureux et le présent heureux, mais embrouillé par les souvenirs, le poète ne trouve nulle part une consolation. Il porte en lui la mort comme une malédiction qui vient de l’Est.
Ce livre bilingue, fruit du travail de deux auteurs dont les sensibilités résonnent, nous fait découvrir une poésie grave, déchirante, d’une rare harmonie intérieure, la musique des deux langues: le français et l’italien.

©Sonia Elvireanu      
 
 


 
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24 janvier 2021 7 24 /01 /janvier /2021 08:11

m'a dit le poète, si je meurs ... »

(à Miloud KEDDAR qui vient de nous a quitter)

Dessin de Jeanne Champel Grenier

 

La liste des poètes du blog disparus en peu de temps (deux ces trois derniers mois) s'allonge tragiquement. Jeanne, très proche de lui, comme une grande soeur, m'avait dit qu'il était malade, mais la fin est venue plus rapidement que prévu et laisse son épouse, ses amis, tous ceux qui le connaissaient et l'aimaient dans le désarroi, la tristesse et le vide... Restent ses écrits, heureusement... (Jean Dornac)

 

 

As-tu remarqué comme les paroles
de l'ami qui s'est absenté
toujours reviennent à tes pieds
et ronronnent en farandoles
des mots qui se tiennent par la main
au nom d'une mouvante affinité
d'enfance ou d'ailleurs
suite caressante en la mineur
qui te lamine
pour que tu pleures ?
 
Quelles que soient les saisons
les saisons du cœur
tu pourrais apercevoir
quelqu'un d'un peu triste
au regard vif, aux gestes lents
comme un oiseau silencieux
qui tient la lumière d'hier
et celle de demain dans son regard
quelqu'un de clair et de patient
de tendrement assoiffé
assis en tout lieu
qui mène à l'espoir
 
Quelqu'un qui a mesuré
le désert avec la peur
quelqu'un qui te reconnaît
et par ses paroles t'assiste
t'annonce la moindre lueur
 
Quelqu'un de doux
en train de te regarder
dans les yeux
et dans le coeur
matin et soir
 
Quelqu'un qui a soif
de noyer sa douleur
et qui vient la nuit
ou à point d'heure
tout prés de toi
pieds nus, sans un bruit
au jardin du silence
''boire l'eau des fleurs''...
 
©Jeanne CHAMPEL GRENIER
 
 
(Le poète Miloud KEDDAR nous a quittés
le 20 janvier 2021 à minuit)
 
 
 
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23 janvier 2021 6 23 /01 /janvier /2021 07:29


... Parfois, on commence un livre en ayant hâte d’arriver à sa fin...


Quant au livre de la Vie, il y a des chapitres que l’on aime relire, d’autres que l’on élide...


Toutes les pages ne sont pas identiques, quelques-unes plus longues à lire  et à comprendre que d’autres, plus difficiles à tourner...


... mais personne... n’est pressé d’arriver à l’épilogue et de refermer le Livre...

 

©Lydia Montigny  

Extrait du recueil « Exquis Salmigondis » aux Editions BoD-Books on Demand - Paris            

 

 

 

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22 janvier 2021 5 22 /01 /janvier /2021 07:28
Tableau de Gérard Beaulieu©


 

 

Je rêve
Que tu m’attendes comme dans un rêve
Languissante de me revoir
Je rêve
De choses impossibles, d’avoir
Chaque nuit possession
De ton imagination
Je rêve
Dans ta tête prendre assise
De ça je me gargarise
Je rêve
Que tu m’attendes comme dans un rêve
Avec des plans sur la comète
Je rêve
Notre amour à la fête
Une nuit étoilée, toutes les nuits
Je rêve
Et par le rêve, je revis
Je rêve
Je rêve
Je rêve
 
© David Chomier
Extrait du recueil « Soyons Bref » aux éditions Stellamaris
 
 
 
 
 
 

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21 janvier 2021 4 21 /01 /janvier /2021 07:32
photo blogs mediapart - nuit de cristal

 


Nocturnes flambant de lueurs factices ; ce sont des hommes flambeaux qui roulent dans la nuit leurs chevelures d’incendie.
Nocturnes chancelant aux fardeaux des brasiers ; ce sont des synagogues en torche qui violentent l’esprit au bûcher de la nuit.


Au récit de la nuit, toujours la vie où désespérer c’est croire encore - pour au peuple des anges se mêler, c’est pleurer - pour toujours rire aux bras fiancés.
Et, dans la nuit vacillante aux lueurs des cierges, dans cette nuit où tu voles au-dessus des toits, tu donnes au malheur la couleur de ton sourire, à la mort, dans la lumière, un tour de piste, au bourreau le trille de ton violon.
Et quand il te faut partir, redevenir vagabond, tu puises au voyage inconnu le décor de ta vie.

 

©Béatrice Pailler 
Recueil SACRE
Éditions Racine & Icare 2019
http://www.editions-racine-icare.weonea.com/
Carine Roucan : 10 rue Jean Lemarcis 76610 Le Havre
Prix public 13€

 

 


 
 

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20 janvier 2021 3 20 /01 /janvier /2021 07:50


Elina Adam, jeune poète francophone de Roumanie, prosatrice et traductrice, licenciée en langues modernes appliquées, anglais et français.

 


 

 

ô, l’oiseau qui revient
j’entends ses soupires hiératiques
il tremble ses plumes dans un froid muet, sans écho,
susurré comme la nuit qui déchire sa respiration
de même que mon cœur se fend lui-même...
cet oiseau est la nuit dans laquelle je m’enveloppe,
comme la solitude qui se contracte tel un fœtus,
c’est le souvenir d’un corps qui embrasse,
le baiser glacé qui se brise en mille flèches,
le sang qui palpite dans la neige
sous l’épouvante de l’œil à la paupière mourante.
mon cœur ne veut pas s’arrêter,
il continue de se déchirer alors qu’il se cherche,
la tache de neige s’agrandit comme l’œil
de l’oiseau qui veut m’avaler

©Elina Adam  
 

Du recueil en préparation La Blessure de l’amphore

 

 

 

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***


Version d’origine en roumain

 

 

oglindă
ah, pasărea vine din nou,
o aud cum suspină, hieratic,
își tremură penele într-un frig mut, fără ecou,
susurat ca și noaptea în care își sfâșie respirarea
așa cum inima mea se despică pe ea însăși…
pasărea asta e noaptea în care mă strâng,
așa cum singurătatea se strânge în poziția fătului,
amintirea unui trup care îmbrățișează,
e sărutul înghețat care se sparge în mii de-ascuțișuri,
sângele în zăpadă palpită,
sub spaima ochiului cu pleoapă muribundă.
inima mea nu se oprește,
ea continuă să se despice, căutându-se,
pata de zăpadă se tot mărește ca și ochiul
păsării care vrea să mă-nghită.

©Elina Adam  

 

 


 

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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 07:38

 

 
 
                            « Je cherche deux notes qui s’aiment », Amadeus Mozart
 
 
Parce que c’est trop dur
Et que ça fait trop mal
On ne peut rayer
D’un crissement de plume
Deux notes qui s’aiment.
On pose quelques bémols
On arase les dièses
Ponctués de soupirs.
Mais c’est toujours
La même musique
Le même chant
Pour que rien ne meure
Dans le silence des âmes.
 
©Denise Bernhardt
 
Extrait du recueil de Denise Bernhardt, « La mangrove du désir », aux éditions Le chasseur abstrait.
 
 
 
 
 

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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 07:38

Collection Accent tonique - Poésie
L’Harmattan © octobre 2019
155 pages

 

Le livre est dédié à l’être aimé. Celui-ci est comparé à l’une des plus belles manifestations naturelles : l’arc-en-ciel. Un phénomène que rend sans doute plus magnifique encore son peu de durée d’existence. L’amour est éphémère, l’aimé devient l’absent.
Je flâne dans la lumière pour retarder
la nuit avec l’étrange absence de toi.

Absent mais espéré.
A chaque tombée du soir je suis toujours
plus loin, mais si près de toi, mon amour

Cette absence, cependant (que le lecteur devine vite définitive), est refusée comme telle par le poète. Sonia Elvireanu évoque le passé au temps présent afin d’immortaliser le moindre souvenir ou peut-être pour espérer revivre le rêve d’Orphée :
Fais-moi découvrir que tu vis
quelque part dans un autre temps

Quel miroir traverser, quelle dimension investir pour que puisse s’accomplir le retour de l’aimé ?
tu n’étais nulle part, je t’ai appelé […],
je t’ai cherché, tu n’étais nulle part

Si le présent borne le passé et ignore le futur il est avant tout l’inverse du perpétuel. Les saisons passent cependant et se renouvellent. Le temps épouse son orbe. C’est grâce à la contemplation du monde et la compréhension de ses cycles que le poète va pouvoir incarner le disparu dans tout ce qui existe alentour ainsi que dans une temporalité sans limites. Cette communion nécessite des liaisons permanentes entre le moi profond et la réalité. Voilà pourquoi, dans ce recueil, abondent les références aux arbres, aux fleurs, depuis l’humble pommier fleuri au jardin, jusqu’à un rosier jaune, en passant par un bouquet de bouleaux. Mais aussi au terreau nourricier, au vent, à la pluie, au feu (très présent dans les allégories employées) ou bien encore à la neige, à la fulgurance d’un ciel au Levant. C’est parce que la beauté du monde a été partagée qu’elle s’éternise. Cette certitude acquise perpétue l’amour. L’aimé vit partout, peut ressurgir, regarder en se taisant ou interpeller. D’où le recours à des bribes de dialogues — rêvés ou rappelés ?
« Ouvre, ma bien-aimée, le jour est en train de mourir,
je suis venu te caresser […] »

En déployant une incantation lancinante, parfois traversée par le cri (ou, plutôt, par le désir d’un cri qui jamais ne vient), entre le souffle vital qui la porte malgré tout et la fascination du silence, Sonia Elvireanu tente d’exorciser l’impossibilité de ce deuil.
Tout le texte est bercé par un ton élégiaque. Le choix de l’exergue est révélateur. Cette citation de Rilke est extraite de la Première élégie de Duino. L’élégie, composante du classicisme germanique, excelle à exprimer le sentiment humain. Elle s’avère souvent mélancolique, parfois plaintive :
l’absence et l’ombre font souffrir
Si le distique élégiaque n’est pas toujours de mise ici, les strophes demeurent brèves et le rythme des vers, s’il n’est pas à dessein régulier, révèle toujours cette fluidité nécessaire au genre. Aucune hystérie, pas d’excès, mais beaucoup de pudeur, d’humilité. C’est en usant de douceur que Sonia Elvireanu choisit non pas d’effacer la mémoire de l’aimé mais bien de la conserver dans le moindre repli de la vie, non pas d’oublier l’absent mais d’incruster littéralement ses traces, comme si elles demeuraient palpables, dans chaque élément d’un paysage.
Mais le choix de Rilke nous éclaire également sur la démarche de l’auteur. A l’instar du poète autrichien, Sonia Elvireanu tisse des liens entre l’espace invisible de l’intériorité humaine et l’espace visible de la réalité de l’univers. A de rares exceptions près, comme il a déjà été constaté, c’est à l’aune du présent que l’auteur considère ces perspectives. Comme si le temps et l’espace se doivent de constituer une seule et unique dimension, comme si l’intimité de l’être et la vastitude du monde ne peuvent à terme que fusionner.
les nuits et les jours ne meurent pas aux tréfonds,
le vif d’hier nourrit mes matins vides,
leur lumière murmure dans le sang du jour

Par ailleurs, on constate le recueil pétri de mysticisme, de religiosité même. Comme le démontre la lecture de plusieurs titres : Psaume / Le baptême de l’eau / La dernière confession / Entre les saints et les oliviers / Croix votive / Prière / La bénédiction de la mer, etc. Mais cette première impression s’avère incomplète tant la création poétique est empreinte de sensualité, d’amour de la vie, du désir d’accéder aux révélations terrestres. L’élan ne se brise pas au contact du monde fini ; il se fond en lui pour se gorger de son énergie. De nombreuses références à l’antiquité, mais aussi à la reine de Saba, figure solaire s’il en est, à un souvenir de voyage en Grèce viennent confirmer cette dimension païenne qui s’arrange fort bien du panthéisme évoqué plus haut.
Dès lors, invoquer un dieu apparaît presque réducteur. Le poète sait que l’aimé n’a jamais été le centre de l’univers ; il n’en est qu’un élément. Il en va ainsi de tout être humain, simple partie d’un tout. La création est traversée par une sève unique et organisatrice. Une énergie sans commencement ni fin, universelle. Son dynamisme se manifeste dans le mouvement perpétuel qui détermine les trajectoires des planètes dans l’infini du cosmos au même titre que les ellipses des électrons au sein de la matière finie de nos corps.
Je suis une ronce dans la plaine,
le vent me courbe, mais ne m’arrache pas,
le soleil m’étouffe, mais ne me brûle pas […]

Cette énergie « dédaigne de nous détruire » (Rilke). Jamais elle ne nous terrasse mais, au contraire, nous renforce, décuple l’amour, abolit la distance qui pouvait nous séparer de l’absent :
le ciel m’enlève, la lumière me caresse,
les feuilles me bercent,
me tissent un manteau pour que la froideur
de la pierre ne m’envahisse pas […]

L’espérance violente, les rêves éveillés, tant de souvenirs si vivants, toutes ces promesses d’aubes encore lointaines, pour le poète, sans cesse se perpétuent dans «le souffle du ciel ».

 

© 2020 Gérard Le Goff

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